Galoubet

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Galoubet

Le galoubet, flûtet ou flûte de tambourin fait partie de la famille des flûtes à bec à une main, à trois trous (accompagnées d'une percussion, comme le tambourin), dont on trouve des représentants dans le monde entier. Le terme de « galoubet » est ancien : la première itération connue de ce mot est due à Sauveur-André Pellas (de), auteur d'un dictionnaire provençal-français en 1723.

Historique[modifier | modifier le code]

Du Moyen Âge à la Renaissance, un instrument semble prédominant (cf. Virdung, T. Arbeau) : les quatre notes fondamentales sont espacées d'un ton, un ton et un demi ton (1-1-1/2). Du fait de cet accord la gamme chromatique n'est pas entièrement jouable. Plusieurs instruments de ce type ont été retrouvés (épave de la Mary Rose par exemple, qui a coulé au XVIe siècle). Les tambourinaires anglais (Morris pipers) ont conservé également cet accord, ainsi Poul Høxbro. En Provence, cet instrument a été reconstitué par Maurice Guis dans les années 1990. Outre le répertoire ancien dans lequel il trouve sa place, il est également utilisé dans plusieurs pièces contemporaines ("Robayats" de Jean-Baptiste Giai pour flûtet « Renaissance » et violoncelle, "Ballata" du même auteur, etc.) car son timbre caractéristique le rend très attrayant…

De Renaissance à la Révolution française, une autre flûte de tambourin est jouée, accordée différemment (1 ton - 1/2 ton -1 ton), appelée aujourd'hui « flûtet baroque » ou « flûtet en dièses » (en effet, contrairement au galoubet moderne dont on reparlera ci-dessous, les pièces aisément jouables sur cet instrument sont écrites dans des tonalités comportant plusieurs dièses à la clef : ré ou la majeurs principalement). Cet accord, proche de celui du txistu, ne permet pas non plus de jouer toutes les notes. Des compositeurs de musique baroque champêtre parisiens lui ont offert de belles pages : Marchand, Lemarchant, Lavallière, etc. Six exemplaires anciens sont connus, dont plusieurs d'origine parisienne ; ce flûtet a été reconstitué grâce aux travaux de Maurice Guis, Marius Fabre, Gérard Superbe. Au niveau du répertoire contemporain, Jean-Baptiste Giai a écrit plusieurs pièces pour cet instrument, dont "Cintâmani".

Depuis la révolution française, un autre accord s'est imposé pour donner naissance au galoubet moderne. Les quatre notes fondamentales sont toutes espacées d'un ton (mi bémol - fa - sol -la). Tous les chromatismes sont alors obtenus à l'aide de demi-trous. C'est sans doute cette possibilité nouvelle qui a fait que ce système s'est très rapidement répandu. Aujourd'hui c'est de très loin l'instrument le plus usité, les deux autres n'étant joués que par quelques (anciens) élèves des différents conservatoires du sud de la France qui proposent l'étude de ces instruments anciens.

Facture[modifier | modifier le code]

Le galoubet est tourné dans des bois durs. Les principales essences utilisées sont le buis, l'olivier, le palissandre et bien sûr l'ébène. L'instrument est le plus fréquemment tourné d'une seule pièce bien que des galoubets en deux parties sont également fabriqués. Certains instruments soignés sont rehaussés d'incrustations de bois d'essences différentes du reste du corps, de métaux (étain, argent, etc.) ou d'ivoire pour les instruments plus anciens.

On peut distinguer principalement trois parties dans un galoubet. Le sifflet (qui comprend le bec, le canal, la languette, le biseau et la fenêtre), le corps du galoubet percé de ses trois trous (deux sur le dessus pour l'index et le majeur, un sur le dessous pour le pouce) et du pavillon (séparé du reste du corps par une virole) qui aide au maintien de l'instrument.

Le plus répandu est le galoubet en si (appelé « ton de Saint-Barnabé » par les anciens tambourinaires - souvent confondu actuellement avec un instrument accordé légèrement plus grave que le diapason normal) ; il existe également en si bémol (peu répandu aujourd'hui, mais apprécié des tambourinaires de la fin du XIXe siècle entre Marseille et Toulon - parfois appelé ton d'Aubagne), en la, ut (pas transpositeur celui-ci), sol, etc.

Maintien[modifier | modifier le code]

Tambourinaire avec galoubet et tambourin par Alphonse Daudet.

Le galoubet est une flûte à bec en bois d'une trentaine de centimètres, jouée de la seule main gauche, et toujours accompagnée du tambourin, un tambour très allongé dont le timbre est situé sur la peau de frappe, et qui est « touché » à l'aide d'une massette tenue dans la main droite.

La flûte est tenue entre l'annulaire et l'auriculaire, qui restent fixes ; les trois autres doigts de la main gauche (pouce, index et majeur) venant boucher ou non les trois trous de l'instrument pour composer les différents doigtés.

Une des difficultés du jeu est d'acquérir une indépendance suffisante des deux mains pour gérer d'un côté la mélodie de la main gauche, tout en assurant de l'autre côté l'accompagnement rythmique de la main droite.

Jeu[modifier | modifier le code]

La tessiture du galoubet, très aigüe et perçante, se situe deux octaves au-dessus de la clef de sol. Son ambitus couvre facilement une douzième (une octave plus une quinte) grâce au principe des notes harmoniques : avec un même doigté, le musicien peut obtenir plusieurs notes en soufflant plus ou moins fort.

Par exemple, en bouchant tous les trous à l'aide du pouce (trou du dessous), de l'index et du majeur (pour les trous du dessus) on peut obtenir, en soufflant très doucement, la note la plus grave possible, le Fa (c'est le nom de la note lue non celle entendue, le galoubet étant un transpositeur). Les quatre notes fondamentales obtenues en ouvrant les trois trous de l'instrument (Fa, Sol, La, Si graves) sont très peu sonores et ne sont pas employées en dehors de quelques rares pièces contemporaines (Patrice Conte, Jean-Baptiste Giai, Pierre Guis par exemple).

Le jeu normal du galoubet ne se fait pas sur ces notes fondamentales, mais principalement sur les trois harmoniques supérieures, voire au-delà. À partir d'un doigté donné (par exemple celui du « Fa » grave, tous trous bouchés), le tambourinaire peut sélectionner les différentes harmoniques en soufflant plus ou moins fort : le Fa à l'octave de la fondamentale (harmonique 2), puis le Do (harmonique 3), le Fa de l'octave supérieure (harmonique 4), et le cas échéant le La (harmonique 5) et de nouveau, le Do(harmonique 6). Ces harmoniques successives sont celles des sonneries d'un clairon.

Partant de la seconde harmonique et du Fa, le joueur peut donc monter la gamme de Do majeur en libérant successivement les trous de la flûte : Fa, Sol (en libérant l'annulaire), La (libérant le majeur) et Si (libérant le pouce) ; puis en passant à la troisième harmonique les mêmes doigtés produisent les notes à la quinte des précédentes : Do (tout fermé), Ré (sans l'annulaire), Mi(libérant le majeur) et Fa♯(libérant le pouce). Le Fa supérieur peut également être produit sur la quatrième harmonique (en fermant tous les trous), et sur cette harmonique les doigtés produisent ensuite les notes à l'octave de celles de la seconde harmonique.

De plus, comme dans le jeu d'une flûte classique, toutes les notes peuvent s'obtenir en employant éventuellement des demi-trous : tous les chromatismes sont accessibles.

Expressions[modifier | modifier le code]

Expression folklorique traditionnelle[modifier | modifier le code]

Le galoubet-tambourin est aujourd'hui très utilisé dans les groupes traditionnels provençaux, ou ensembles folkloriques ; il est associé à des spectacles ou des festivités populaires.

Il recourt alors principalement à un répertoire codifié par l'aixois François Vidal vers 1864, qui visait à se rapprocher du courant de "renaissance Mistralienne". Cette pratique populaire et traditionnelle s'étend à des ensembles uniquement musicaux de tambourinaires, dont l'histoire remonte pour certains au début du XXe s., comme "Li Cigaloun Arlaten", "Li Tambourinaire Sestian", etc.

Par ailleurs des modes d'expressions variés divergent de cette pratique folklorique.

Autres modes d'expression[modifier | modifier le code]

Au milieu des années cinquante, le compositeur Henri Tomasi a écrit une "Sinfonietta Provençale", comportant un air pour galoubet-tambourin seul, le "Tombeau de Mireille". Cette œuvre fut créée à Paris en 1959.

Au début des années soixante-dix, deux ensembles majeurs ont ouvert la voie d'une part aux musiques anciennes, d'autre part aux musiques actuelles d'inspiration traditionnelle : Les Musiciens de Provence, fondés par Maurice Guis, Maurice Maréchal, René Nazet, etc., et l'ensemble Mont-Joio, autour de Patrice Conte, J.-M.Carlotti, J.-N.Mabelly, F.Dupont, et plus tard Michel Bianco, entre autres.

L'introduction du galoubet-tambourin dans les Conservatoires de musique régionaux a permis d'aborder des répertoires classiques et de redécouvrir les partitions traditionnelles antérieures à 1850 (Arnaud, Chateauminois, Imbert, Gardon, etc.). Le développement des stages de musiques par les fédérations folkloriques (Fédération folklorique méditerranéenne, Rode de Basse-Provence, etc.) a également permis de mettre en avant ces répertoires.

L'Académie du Tambourin propose depuis 1989 une perspective historique du répertoire traditionnel du galoubet-tambourin jusqu'à nos jours, à travers une esthétique concertante (créations avec l'orchestre de Cannes-PACA, direction Philippe Bender, en 1993 par exemple).

De nouvelles voies sont explorées dans un mouvement abordant un large éventail de styles par Miquèu Montanaro, dans ses différents ensembles, et par ses élèves ou anciens élèves, ou par Jean-Baptiste Giai et son ensemble Archemia (compositions contemporaines, musique de chambre), ou par bien d'autres encore : Alain Bravay et sa classe du Conservatoire d'Orange, musiques anciennes notamment), Serge Icardi (conservatoire de Toulon Côte d'Azur), Gaël Ascaso et Guilhem Robin(ensemble Tamb-rock), Sébastien Bourrelly (ensemble Lei Gabian...), Florian Mesureux, Benjamin Mélia, Olivier Lyan, Jean-François Gérold (et l'ensemble Le Condor), Bernard Rini, Michel Georges... Thibaut Plantevin, auteur d'un abondant répertoire de chansons utilise le galoubet-tambourin au sein de la formation de son père Jean-Bernard Plantevin.

Variantes locales[modifier | modifier le code]

De nombreuses variantes du galoubet existent de par le monde et portent des noms locaux variés :

Le flageolet et le pipeau n'appartiennent pas à la même catégorie que le galoubet, du fait d'un nombre de trous et d'une manière de jouer différents.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Guis, T. Lefrançois, R. Venture, Le Galoubet-Tambourin, instrument traditionnel de Provence, Éditions Édisud, 1993. (ISBN 2-85744687X)

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Divertissement classique à la provençale, Maurice Guis, galoubet-tambourin et vielle à roue, Chantal de Zeeuw, orgue.
  • Le tambourin témoin de son temps, Académie du Tambourin.
  • Le tambourin témoin de son temps Vol.II, Académie du Tambourin.
  • Morceaux choisis pour une aubade, Ensemble musical provençal Bernard Rini.
  • Petites pièces du terroir marseillais, Ensemble musical provençal Bernard Rini.
  • Voyage autour d'un pupitre, Académie du Tambourin.
  • Tambourinaire, Montanaro Buda Musique.
  • France.Le Galoubet-Tambourin.Musique d'hier et d'aujourd'hui, Ocora Radio France André Gabriel & Montanaro
  • Raga Tambourin, Montanaro Nord-Sud.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Les riches heures du tambourin de Provence, 2001, Académie du Tambourin.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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