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Henri Tomasi

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Henri Tomasi
Description de cette image, également commentée ci-après
Portrait d'Henri Tomasi.
Nom de naissance Henri Frédien Tomasi
Naissance
Marseille (France)
Décès (à 69 ans)
Paris 9e (France)
Activité principale Compositeur,
chef d'orchestre
Style Musique néo-classique
Lieux d'activité Drapeau de la France France
Années d'activité 1926-1970
Collaborations Milhaud, Honegger, Poulenc
(groupe « Triton »)
Formation Conservatoire de Paris
Récompenses Prix de Rome

Henri Tomasi, né le à Marseille et mort le dans le 9e arrondissement de Paris, est un compositeur et chef d'orchestre français.

Henri Tomasi naît à Marseille dans le quartier populaire de la Belle de Mai[N 1], premier enfant de Xavier Tomasi, lui-même flûtiste, auteur d'une "Anthologie de La chanson populaire de l'Ile de Corse" [1] et de Joséphine Vincensini, tous deux corses originaires de Penta-di-Casinca. Ce sera avec sévérité qu'il destinera Henri à devenir musicien, ce fils qui rêvait d'être marin.

Dès l'âge de 6 ans, il étudie le piano au conservatoire de sa ville natale (il a été dans cet établissement camarade du violoniste Zino Francescatti, dédicataire de futures œuvres du compositeur) avant d'intégrer le Conservatoire national à Paris. Pour payer ses études, il dut travailler comme pianiste, d'abord à Marseille au temps du cinéma muet, puis dans de grands hôtels comme le Lutetia à Paris. Là, de généreux bienfaiteurs lui offrent leur soutien, le joailler-horloger-parfumeur Louis Cartier, et l'avocat Me André Lévy-Oulmann. En 1927, il sort doublement primé du Conservatoire, obtenant un Premier second Grand Prix de Rome avec la cantate Coriolan et un 1er Prix de Direction d'orchestre à l'unanimité. Le 30 octobre 1928, il épouse une jeune étudiante des Beaux-Arts, Odette Camp[2], avec qui il aura un fils, Claude en 1944.

Il connait rapidement le succès en tant que chef d'orchestre aux "Concerts du Journal" puis à "Radio Colonial" (créé à destination de l'Empire colonial français) et en tant que compositeur avec de premières œuvres Cyrnos (1929), un concerto pour piano, et surtout avec le poème symphonique Tam-Tam (1931) dont l'originalité unanimement saluée lui vaut un premier enregistrement discographique chez Pathé. Acteur important de la vie musicale, il adhère au groupe Triton (1932) aux côtés d'Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Sergueï Prokofiev, etc.

La Seconde Guerre mondiale n'interrompt pas cette double carrière. De 1940 à 1944 il est le second chef de l'Orchestre national (actuel Orchestre national de France) replié dans sa ville natale de Marseille. Il dirige ainsi 103 concerts, aux côtés de Désiré-Émile Inghelbrecht qui en dirigea 131. Il avait participé à la création de l'Orchestre national dès 1934 en tant que membre du Jury d'admission. Cependant il traverse une profonde crise intérieure. Dans la situation dramatique d'alors, la religion lui semble le seul recours et il se retire à 50 km de Marseille au Monastère de la Sainte-Baume, pour des retraites et devenir moine dominicain. Ce lieu sera à l’origine de trois chefs-d’œuvre d’une réelle élévation spirituelle : Symphonie en ut (L’Apocalypse), Requiem pour la paix, et l’opéra Don Juan de Mañara, d’après le « Mystère » du poète Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz dont le mysticisme touche alors profondément Henri Tomasi. C’est de cette dernière œuvre, triomphalement créée à Munich le 29 mars 1956, que sont extraites les célèbres Fanfares liturgiques. Après la Libération, sa renommée incontestée de chef d’orchestre acquiert une dimension européenne et, le 16 juillet 1946 à Interlaken, son concert Debussy à la tête du prestigieux Concertgebouw remporte un succès tel qu’il devient l’un des chefs invités au Holland Festival aux côtés des plus célèbres, Otto Klemperer (1946), Eduard van Beinum, Leonard Bernstein, Charles Munch, Benjamin Britten (1948), Igor Markevitch (1949), Eugene Ormandy (1954). L’Allemagne, la Belgique, l’Irlande, l’Italie, la Suisse l’inviteront également. Deux autres sommets de sa carrière de chef seront ses directions à l’Opéra de Monte Carlo (1945-1951), et au Festival de Vichy d’après-guerre (1947-1955). Cette intense activité se conjugue à une créativité accrue de compositeur. Le Conservatoire de Paris lui commande plusieurs œuvres pour ses concours d’entrée, dont le Concerto pour trompette, mondialement connu et interprété par les plus grands noms, Maurice André, Wynton Marsalis, Eric Aubier, David Guerrier, Håkan Hardenberger, Alison Balson, Reinhold Friedrich, etc.

À la suite d'un grave accident de voiture en 1952, il abandonne progressivement la baguette et à partir de 1956, il se consacre uniquement à la composition. De nombreuses œuvres se succèdent alors dans tous les domaines, spécialement pour le théâtre. Ainsi le « drame lyrique et chorégraphique » L’Atlantide, d'après le roman de Pierre Benoit, créé à Mulhouse le 26 février 1954 avec la danseuse étoile Ethéry Pagava dans le rôle mythique d’Antinéa, connaît un vif succès qui se poursuivra pendant une dizaine d’années, totalisant plus de 80 représentations (ce fut l’un des opéras contemporains le plus joué) avec d’autres stars de la danse comme Ludmila Tcherina, puis, à l'Opéra de Paris avec Claude Bessy et Claire Motte durant 20 représentations – En 1956, c’est le drame lyrique Sampiero Corso (Sampieru Corsu) qui est créé à l’Opéra de Bordeaux avec Régine Crespin dans le rôle de Vannina d'Ornano suivi d’une programmation au Holland Festival. La même année l’oratorio Triomphe de Jeanne (texte du poète Philippe Soupault) est représenté à Rouen lors des fêtes officielles célébrées pour les 500 ans du procès en réhabilitation de Jeanne d'Arc.

Ces années 1955-1960 marquent l’apogée de la renommée du musicien, couronnée en juin 1960 par le Grand Prix Musical de la Ville de Paris. Henri Tomasi a commencé à souffrir d’une surdité qui l’isolera, sans entraver pour autant son génie de l’orchestration, comme en témoignent les œuvres qui suivront, toujours plus en prise avec les évènements de son temps et dans lesquelles s’affirment avec force ses convictions humanistes. Les plus emblématiques seront : Le Silence de la mer, drame lyrique d’après le récit de Vercors sur la Résistance ; le Concerto pour guitare (ou 2 guitares) « à la mémoire d’un poète assassiné, F.G. Lorca » ; L’Éloge de la folie  « Jeu satirique, lyrique et chorégraphique » d’après Érasme ; la Symphonie du Tiers-monde en hommage à Hector Berlioz d’après un texte d’Aimé Césaire ; Chant pour le Vietnam, inspiré par un texte de Sartre ; Retour à Tipasa, « cantate profane » pour chœur d’hommes et récitant sur un texte d’Albert Camus, philosophe et écrivain dont Tomasi partage alors totalement la vision du Monde.

En novembre 1969, il sera sauvé d’un œdème pulmonaire mais il restera immobilisé pendant 6 mois. Après un dernier voyage dans sa ville natale, Marseille, de retour à Paris, il ne pourra pas achever l’harmonisation de ses Chants corses a cappella (12 sur les 18 prévus), sa dernière œuvre, comme un ultime salut à son île d’origine. Au matin du 13 janvier 1971, en son appartement de Montmartre son épouse Odette le découvrit paisiblement endormi dans son fauteuil Voltaire. – S’il avait renoncé à un projet d’opéra sur Hamlet, il en reste une courte et grinçante pièce pour 4 trombones, Être ou ne pas être. L’écho s’en prolonge dans un testament, écrit et signé devant notaire : «Enfin la paix sur cette stupide planète ! »  Au même moment pourtant il célébrait en musique ces mots de lumière de Camus : « Au milieu de l’hiver j’apprenais enfin qu’il existait en moi un été invincible. »

En 2001, lors du Centenaire de sa naissance, selon les volontés de son fils, ses cendres ont été transférées du cimetière Saint-Véran d'Avignon au cimetière de Penta-di-Casinca, village natal du père d'Henri.

En 2008, la Région Corse, en hommage à sa déclaration de 1956 : « Je refuserai la légion d'Honneur tant qu'il n'y aura pas de Conservatoire en Corse » donna son nom au Conservatoire de Musique, Danse et Art dramatique de Corse.

Son œuvre — quelque 150 opus — aborde tous les genres (dont 10 ouvrages pour le théâtre et 8 musiques de film) est d'une singularité qui échappe à toute classification : du jazz au grégorien et à l'atonalisme, du mysticisme à son engagement d'homme révolté citoyen du monde, de la Provence à Cuzco, son langage "protéiforme" présente les aspects les plus contrastés. Ses origines méditerranéennes caractérisent nettement son esthétique : « La Méditerranée et sa lumière, ses couleurs, c’est cela pour moi la joie parfaite. La musique qui ne vient pas du cœur n’est pas de la musique. Je suis resté un mélodiste ». Henri Tomasi a été l'objet d'attaques virulentes de la part de l'avant-garde musicale des années 1950, qui ne goûtait guère son lyrisme et un style jugé néo-classique.

Principales œuvres

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Outre le Conservatoire de musique et de danse de Corse, de nombreux sites ou institutions portent le nom d'Henri Tomasi : une rue de Bastia, Paris, Marseille, le collège de la Casinca se trouvant à Folelli, une salle du conservatoire de Marseille, la Biennale et le Concours international de quintette à vent Henri-Tomasi[5].

En 2019, la 4ème bilingue du collège Campo Vallone de Biguglia (région bastiaise) a réalisé un docu-fiction sur la vie et le parcours d’Henri Tomasi. Un projet monté grâce à Emmanuelle Mariini (professeure de musique au collège Campo Vallone) et ses 17 élèves qui se sont tous investis. La vidéo dure treize minutes et retrace toute la vie de cet homme aux multiples mystères.

Discographie

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Notes et références

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  1. Dans une note d'Henri Tomasi à propos de sa naissance, ce dernier affirme parfois être né le , ce que contredit son acte de naissance (no 773 du 18 août 1901) consultable en ligne sur le site des archives départementales des Bouches-du-Rhône.

Références

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  1. Paul Arrighi, Les chansons de Cyrnos : anthologie de la chanson populaire de l'île de Corse recueillies, notées avec la traduction du dialecte, une introduction, des notes sur la langue, les vocératrices, les danses et les instruments de musique en Corse, F. Detaille, (lire en ligne)
  2. « Odette Camp (1909-1979) », sur odette-camp.fr. Autre source : Dictionnaire des Marseillaises, ouvrage sous la direction de Renée Dray-Bensousan et de Hélène Échinard, Catherine Marand-Fouquet, Éliane Richard. Éditions Gaussen 2012
  3. Frédéric Ducros Malmazet, « L’influence de la Corse dans l’œuvre d’Henri Tomasi », dans Jean-Marie Jacono, Lionel Pons (dir.), Henri Tomasi, du lyrisme méditerranéen à la conscience révoltée, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, (lire en ligne), p. 297-322.
  4. « Henri Tomasi, le mélodiste », sur philharmonique.strasbourg.eu, .
  5. « 7ème Concours international de quintette à vent Henri Tomasi », sur ifiv-marseille.blogspot.com.

Bibliographie

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Ouvrages et articles

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  • Jean-Marie Jacono (dir.) et Lionel Pons (dir.), Henri Tomasi, du lyrisme méditerranéen à la conscience révoltée : actes du colloque international Henri Tomasi et la Méditerranée, Marseille et Ajaccio, 25-28 septembre 2013, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, coll. « Arts. Théorie et pratique des arts », , 561 p. (ISBN 979-10-320-0006-9).
  • Michel Solis (pseudonyme de Claude Tomasi, fils d'Henri), Un idéal méditerranéen : Henri Tomasi, Albiana, 2008, 191 p. (ISBN 978-2-84698-264-1).
  • (en) Christophe Bennet, Henri Tomasi and Radio: a protean Musician on the Waves, (lire en ligne Accès libre [PDF]).
  • Michel Faure, « De quelques mélodies d'Henri Tomasi », sur musique.histoire.free.fr.
  • Jean-Marc Strobino, « Henri Tomasi : de la Méditerranée au Laos, en musique », Philao, no 110,‎ 1er trimestre 2018 (lire en ligne Accès limité).

Filmographie

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  • Jacques Sapiéga, Le Requiem perdu d'Henri Tomasi, 2001 : documentaire sur l'enregistrement du Requiem pour la Paix par Michel Piquemal, avec l'Orchestre Philharmonique de Marseille, le Chœur Régional PACA et le Chœur Départemental des Alpes Maritimes.
  • Paul Rognoni, Henri Tomasi, un idéal universel, 2005 : documentaire retraçant la double carrière du compositeur et du chef d'orchestre ; avec les participations de Maurice André, Serge Baudo, Olivier Cangelosi, Michèle Canniccioni, Frédéric Ducros, Henri Dutilleux, Dévy Erlih, A. Leroy, Emmanuelle Mariini, S. Moubarak, C. Peilho, Éric Tanguy, Claude Tomasi et José van Dam.

Liens externes

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