Gabriel Séailles

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Gabriel Séailles
Naissance

Paris
Décès
(à 71 ans)
Barbizon
Nationalité
française
Formation
École/tradition
Principaux intérêts
Influencé par
A influencé
Distinctions

Gabriel Séailles, né le à Paris et mort le à Barbizon, est un historien de la philosophie français.

Militant laïque et socialiste, comme son ami Jules Lagneau, il fut à l'origine de la création de l’Union pour l'Action morale[1], qui préfigure la Ligue des droits de l'Homme. Ses écrits sur l'esthétique, inspirés du kantisme, ont connu une certaine faveur au début du XXe siècle. Il a aussi laissé une œuvre qui fait autorité dans le domaine de la morale et de la sociologie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gabriel Jean Raymond Séailles étudia à l’École normale supérieure dès 1872, et sortit premier de l'agrégation de philosophie en 1875[2]. Il enseigna dans les lycées de Laval (1875), Brest (1876) et Douai (1876) puis fit un séjour à Leipzig[3] pour y étudier avec Lachelier l'épistémologie enseignée par Wilhelm Wundt ; il a laissé de ce séjour, outre un journal de voyage, un article sur l'éducation en Allemagne[4]. Docteur ès lettres en 1884[5], il est l'année d'avant père d'un garçon prénommé Jean Charles (1883-1967).

Après avoir donné des cours au lycée Henri IV en 1883 puis au lycée Jeanson de Sailly en 1884, il devint maître de conférences de philosophie à la Faculté des lettres de Paris. Au sein de cette université, il fut également directeur des conférences de philosophie en 1893[6] puis détint de 1898 à 1913 la chaire d'histoire de la philosophie, succédant à Paul Janet[7]. C'était avant tout un libre-penseur, sympathisant socialiste qui se battit contre l’ingérence cléricale dans les affaires de l'État. Témoin en faveur d'Émile Zola, admirateur de Jean Jaurès, il fut un ardent défenseur d'Alfred Dreyfus. Il fut aussi à l'origine des Universités populaires, et compte parmi les fondateurs en 1898 de la Ligue des droits de l’Homme[7]. Il militait pour une société laïque, solidaire et juste, fondée sur le travail, au sein de laquelle tout citoyen pourrait se réaliser. Il a collaboré au cours de sa carrière avec de nombreux journaux tels que L'ère nouvelle, La Dépêche de Toulouse, Le Progrès de Lyon, le Populaire de Nantes, et les Cahiers des droits de l'homme[8].

Gabriel Séailles analysa avec perspicacité l’impressionnisme, la peinture de paysage et de portrait. Il composa diverses monographies sur les artistes de son temps et quelques essais sur l’esthétique inspirés des idées de Kant. Son œuvre comme son engagement ont profondément marqué les esprits de son temps, et sa postérité s'étend des lettres aux arts et à la philosophie, de Proust à Luigi Pirandello, de Basch à Bergson, de Croce à Le Corbusier. Le génie de l’artiste : « puissance réglée, capricieuse et féconde, capable de toutes les métamorphoses[9] » - n'est pas vu comme une force surhumaine, mais consiste selon Séailles en un ensemble de forces physiques, intellectuelles et spirituelles qui, partant de la sensation, l'élaborent et l’organisent et finalement la transforment en images par lesquelles l’artiste exprime ses propres sentiments.

Luigi Pirandello fut particulièrement influencé par Gabriel Séailles, dont il reprend intégralement des passages entiers dans ses propres écrits, sans d'ailleurs toujours le citer[10] :

« N’attendez pas l’heure des choses étonnantes que vous ne ferez jamais. Soyons simples, ayons des âmes de bons ouvriers. Il faut rester vivant ne jamais trahir, ne jamais avoir peur ; ne vous lamentez pas, travaillez et ne faites pas de concessions, jamais de concessions. »

Il est inhumé au cimetière de Barbizon, aux côtés de son épouse l'artiste peintre Octavie Charles Paul Séailles[11]

La municipalité de Barbizon a donné son nom à une rue de la commune. Le collège de Vic-Fezensac dans le Gers porte également son nom.

Publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Alain, Souvenirs sur Jules Lagneau, éd. Gallimard, 1926.
  2. « Les agrégés de l'enseignement secondaire. Répertoire 1809-1960 | Ressources numériques en histoire de l'éducation », sur rhe.ish-lyon.cnrs.fr (consulté le 24 octobre 2016)
  3. Cf. Marcel Turbiaux, « Wilhelm Wundt et le manifeste des 93 », Bulletin de psychologie, vol. 56 (3), no 465,‎ , p. 408.
  4. G. Séailles, « L'enseignement en Allemagne », Revue internationale de l'enseignement, vol. VI,‎ , p. 956-976.
  5. Christophe Charle, « 102. Seailles (Jean, Raymond, Gabriel) », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol. 2, no 1,‎ , p. 162–163 (lire en ligne, consulté le 19 juillet 2020)
  6. Christophe Charle, « 102. Seailles (Jean, Raymond, Gabriel) », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol. 2, no 1,‎ , p. 162–163 (lire en ligne, consulté le 19 juillet 2020)
  7. a et b D'après Luc Verdebout, Correspondance de Guillaume Lekeu, Liège, Mardaga, coll. « Musique – Musicologie », (ISBN 2870095570), « Chronologie de la vie de Guillaume Lekeu », p. 15, note 22.
  8. Christophe Charle, « 102. Seailles (Jean, Raymond, Gabriel) », Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, vol. 2, no 1,‎ , p. 162–163 (lire en ligne, consulté le 19 juillet 2020)
  9. G. Séailles, « Le génie dans l'Art », Introduction, p. vii.
  10. F. Orsini, Pirandello e l’Europa, Cosenza 2001, p. 174
  11. Leur tombe est à peine visible, juste signalée par une minuscule plaque presque illisible, posée sur le sol près d'un bosquet sur le côté droit du cimetière, et un peu plus loin la tombe de son gendre : le journaliste et homme d'affaires Charles Paix-Séailles (1879-1921), qui dirigea Le Bonnet rouge
  12. Classic Encyclopedia

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Célestin Bouglé, « Autour de la philosophie du travail. Le testament de Gabriel Séailles », Revue de Métaphysique et de Morale, 1925.
  • I. Benrubi, Le sources et les courants de la philosophie contemporaine en France, Paris, 1933.
  • (it) Claudio Vicentini, L'estetica di Pirandello, Milan, Mursia, 1970.
    Sur l’influence de Séailles sur Pirandello.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Les portraits de Séailles le représentent avec sa femme Octavie Paul (1855-1944) et sa fille Andrée (1891-1980).

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :