Gabriel Pérès

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Gabriel Pérès
Description de l'image Peres1.jpg.
Naissance
Carbonne (France)
Décès (à 83 ans)
La Seyne-sur-Mer (France)
Nationalité française
Domaines Physiologie
Renommé pour Ses travaux sur la physiologie

Gabriel Pérès (1920 à Carbonne (Haute-Garonne) - 2004 à La Seyne-sur-Mer (Var)), docteur vétérinaire, fut professeur de physiologie générale et comparée à l'Université Lyon I et directeur de l'Institut de biologie marine Michel-Pacha de Tamaris, à La Seyne-sur-Mer.

Origines familiales et jeunesse[modifier | modifier le code]

Gabriel Pérès est né le à Carbonne (Haute-Garonne), non loin deMuret, au sud-ouest de Toulouse. Le nom qu'il portait était connu depuis longtemps dans la région toulousaine : des Pérès ont accédé au capitoulat [réf. nécessaire] de Toulouse au XVIIIe siècle, et sa propre lignée avait contracté des alliances avec quelques-unes des familles les plus anciennes du Languedoc, en particulier les Roquefeuil[réf. nécessaire]. Son père était vétérinaire, d'abord praticien avant d'entrer dans l'administration et de faire carrière comme directeur des services vétérinaires, à Albi, puis à Valence, avant d'occuper à partir de 1940 les fonctions de directeur des services vétérinaires du Rhône ; en même temps, il se livra à des recherches de zootechnie et de pathologie.

C'est donc tout naturellement que, le baccalauréat en poche, Gabriel Pérès marcha sur les traces paternelles et devint en 1938, élève de l'École nationale vétérinaire de Lyon, tout en suivant certains enseignements de la Faculté de Médecine et de la Faculté des Sciences. La même année 1942 le vit devenir licencié ès sciences, obtenir le certificat de microbiologie délivré par la Faculté de Médecine de Lyon et soutenir sa thèse de docteur vétérinaire devant la même Faculté, qui lui décerna à cette occasion une Médaille d'argent. C'est à cette époque qu'il noua avec plusieurs de ses condisciples des liens d'étroite amitié, notamment avec Raymond Cœur, Jacques Euzéby et Michel Bertrand.

Sa thèse de médecine vétérinaire, intitulée Recherches sur l'utilisation du chien pour la préparation des sérums précipitants, lui avait été inspirée par Armand Tapernoux, professeur de physique, chimie et toxicologie. C'est précisément en 1942 que Tapernoux publia avec A. Rochaix, professeur d'hygiène à la Faculté de Médecine de Lyon (qui devait mourir deux ans plus tard lors d'un bombardement qui détruisit son laboratoire) un ouvrage très estimé sur le lait et ses dérivés, ultérieurement réédité, et dont la suite naturelle fut l'hygiène des milieux ruraux publié l'année suivante avec le même hygiéniste. Rappelons que le nom d'Armand Tapernoux (1899-1984) reste inscrit dans les annales de Lyon comme maire de la cité, puisque, comme premier adjoint de Louis Pradel, il succéda à ce dernier lors de son décès en 1976, pour un mandat de transition qui dura moins de deux semaines. Gabriel Pérès se réclama constamment de l'initiation scientifique qu'il avait reçue auprès d'Armand Tapernoux, et s'il dut très probablement à l'influence de son père l'intérêt qu'il témoigna plus tard aux problèmes d'hygiène publique, lorsqu'il contribua à établir l'écotoxicologie aquatique en France, il est certain que la formation qu'il avait reçue chez Tapernoux ne put que lui être profitable.

Recruté dès 1942 en qualité d'assistant stagiaire, Gabriel Pérès renonça rapidement à une carrière qui s'annonçait sous les meilleurs auspices et il n'hésita pas à quitter le foyer qu'il venait de fonder pour rejoindre les forces françaises libres, avec lesquelles il prit part aux campagnes d'Italie et de France. C'est en 1945 seulement qu'il put réintégrer l'École vétérinaire, d'abord comme assistant titulaire, puis en 1947 en qualité de chef des travaux pratiques de physiologie. À côté de ses fonctions d'enseignement, qui l'amenaient à effectuer des démonstrations sur toutes sortes de vertébrés, y compris ceux de grande taille (équidés oubovidés), Gabriel Pérès effectua des recherches dans plusieurs domaines, d'une part en physiologie nerveuse, aux côtés de Louis Jung, titulaire de la chaire de physiologie et directeur de l'École, d'autre part sur divers aspects du métabolisme du calcium, avec Pierre Collet, ultérieurement professeur de pathologie chirurgicale.

L'École vétérinaire de Lyon avait en matière de recherches physiologiques une tradition établie de longue date. Au XIXe siècle, ce sont Rey, puis G. Colin, excellent physiologiste expérimentateur, qui a écrit sur les méthodes en physiologie, dans son Traité de physiologie comparée de l'homme et des animaux (1854) des pages dont l'intérêt ne le cède en rien à la célèbre Introduction à la médecine expérimentale publiée par Claude Bernard onze ans plus tard. Appelé en 1848 à la chaire de physiologie de l'École vétérinaire d'Alfort, Colin eut pour successeur à Lyon Auguste Chauveau (1827-1917). Chauveau avait reçu sa formation à l'École d'Alfort, entre 1844 et 1847, auprès d'Henri Bouley, anatomiste réputé. Chef des travaux anatomiques à l'École vétérinaire de Lyon, puis professeur d'anatomie et physiologie en 1863 (les deux enseignements ne seront séparés qu'en 1881), Chauveau ne se borna pas à publier en 1857 un important Traité d'anatomie comparée des animaux domestiques ; il profita des animaux destinés aux dissections (chevaux notamment, qui jouaient à cette époque un rôle économique important) pour se livrer à des recherches sur la physiologie cardiaque et la physiologie nerveuse, entrant en rapport avec Marey dont il appliqua dès 1860 la méthode graphique à l'étude du fonctionnement cardiaque, aussi bien qu'avec Claude Bernard, et il montra que le glucose était utilisé au niveau de tous les tissus, et pas seulement des poumons, comme l'avait cru Bernard. Par la suite, Chauveau devait, à Lyon, apporter une contribution essentielle à la connaissance des maladies infectieuses, de la nature corpusculaire des virus, et de l'atténuation des virus pour la préparation des vaccins. Lorsqu'il fut appelé à succéder à Bouley, en 1886, comme professeur de pathologie générale et comparée au Muséum de Paris, Chauveau eut pour successeurs, d'abord son élève Saturnin Arloing (1846-1911), qui fut aussi le premier titulaire de la chaire de physiologie générale et comparée occupée plus tard par Gabriel Pérès, puis Kaufmann, Maignon, et enfin Louis Jung, chef de travaux en 1912, puis professeur à partir de 1922, lors du départ de Maignon pour Alfort. Jung, remarquable expérimentateur, fut le premier maître de Gabriel Pérès en physiologie fonctionnelle. Ainsi, fermement établie par Chauveau, la physiologie expérimentale était bien vivante à l'École au temps où Gabriel Pérès devenait lui-même chef de travaux. Les appareils imaginés par Marey et Chauveau y occupaient une place d'honneur.

De ces années passées à l'École vétérinaire, Gabriel Pérès a gardé toute sa vie un bon souvenir, car comme il le dit lui-même, elles lui avaient « permis d'apprendre à connaître la morphologie, la physiologie et la pathologie des mammifères sur une échelle étendue [... et] donné l'occasion d'approfondir certaines notions de physiologie fonctionnelle. » Sa carrière paraissait toute tracée à l'École, mais certaines circonstances, jointes au fait qu'il se trouvait de plus en plus attiré par la recherche purement scientifique, lui firent préférer la Faculté des Sciences où le professeur Daniel Cordier lui proposa un poste d'assistant en 1950. Gabriel Pérès se vit d'abord chargé des démonstrations effectuées sur l'animal, puis il devint chef des travaux pratiques en titre, en 1956. Les méthodes pédagogiques mises en œuvre dans les Facultés des Sciences faisaient une large place au travail personnel des étudiants, qui étaient interrogés non seulement sur les cours donnés par les professeurs, portant en général sur des sujets de pointe renouvelés chaque année, mais sur l'ensemble de la discipline. En physiologie, on acquérait ces connaissances en rédigeant, avant chaque séance de travaux pratiques, un exposé historique et critique qui pouvait atteindre plusieurs dizaines de pages. Pérès les lisait, les corrigeait et les notait.

Les recherches sur le métabolisme protidique[modifier | modifier le code]

Dès 1949, Gabriel Pérès avait commencé au laboratoire de physiologie de la Faculté des Sciences des recherches sur les modifications subies par les protéines sériques à la suite de diverses agressions, notamment les brûlures et le choc traumatique. C'était le domaine d'étude de Daniel Cordier. Docteur vétérinaire, agrégé à l'École d'Alfort, mais aussi élève d'André Mayer, professeur au Collège de France, Cordier avait étudié avant la guerre les modifications métaboliques induites par les changements des tensions des gaz dans l'air inspiré, reprenant ainsi les travaux commencés cinquante plus tôt par Paul Bert et ses élèves dans leurs mémorables recherches sur la pression barométrique. Cordier avait fait sienne la méthode d'analyse temporelle instituée par Paul Bert, qui consiste à étudier dans le temps les effets de chacun des facteurs susceptibles d'intervenir dans une condition expérimentale déterminée, en en faisant varier l'intensité et la durée d'application. Cette approche rigoureuse fut précisément celle que Gabriel Pérès, à son tour, conseilla à ses élèves. Cordier était ainsi parvenu à d'importantes conclusions sur l'acidose métabolique produite par l'asphyxie ou l'hypoxie, même si elle peut être masquée dans ce dernier cas en raison d'une phase initiale d'alcalose gazeuse liée à l'élimination exagérée d'anhydride carbonique qu'entraîne l'hyperventilation réflexe induite par l'hypoxie. D'autre part, Cordier, en sa qualité de vétérinaire militaire, avait effectué à la Poudrerie du Bouchet, près de Vert-le-Petit, des travaux importants sur les phénomènes pathologiques consécutifs à l'inhalation des gaz de combat. En 1940, au moment de l'armistice, il avait gagné l'Angleterre et trouvé refuge à Cambridge, où il put poursuivre des recherches physiologiques en rapport avec les exigences de la guerre, tout en établissant des liens personnels avec la célèbre école des physiologistes de Cambridge, à commencer par Barcroft. De retour en France, Cordier fut nommé en 1945 professeur de physiologie à la Faculté des Sciences de Lyon, dans la chaire laissée vacante par le décès de Henry Cardot (1886-1942), et réussit, en dépit des difficultés de l'après-guerre, à remettre en route non seulement le laboratoire lyonnais, dont Émile Terroine, professeur de physiologie à Strasbourg replié à Lyon, avait assuré la gestion par intérim, mais aussi le Laboratoire maritime de physiologie de Tamaris, entièrement dévasté par la guerre.

Sous la direction de Cordier, Gabriel Pérès commença par étudier les modifications du spectre d'absorption du sérum sanguin dans l'ultraviolet. Lorsque ce travail fut entrepris, c'était une approche fort originale, d'autant plus que rares étaient à l'époque les laboratoires français dotés du fameux spectrophotomètre DU mis au point en Californie par Arnold Beckman en 1942. La suite logique de l'étude était le dosage quantitatif des protéines sériques, et Pérès l'entreprit chez le rat, soumis à divers types d'agression ou de modifications des gaz inspirés. Compte tenu du rôle exercé par les glandes surrénales dans la protection de l'organisme vis-à-vis des agressions, établi en particulier par les travaux de Hans Selye (1907-1982), qui ne manqua d'ailleurs pas de citer ultérieurement ses travaux, G. Pérès examina les effets de la privation des surrénales, ou surrénalectomie. En s'appuyant sur les travaux d'Arthur Grollman (1901-1980), il réussit à mettre au point un breuvage salin de composition définie qui assurait la survie des animaux surrénalectomisés, ce qui permettait une comparaison valable avec l'effet des traitements par les hormones corticostéroïdes administrées aux animaux opérés ou intacts. Parmi les résultats de cette importante série de recherches, qui furent présentés dans une thèse de doctorat soutenue en 1955, on doit citer la baisse de la protéinémie totale provoquée par divers types de chocs ou par le manque d'oxygène, phénomène qui n'apparaît pas chez les animaux surrénalectomisés. C'était l'indice d'une augmentation du catabolisme protidique dans les conditions mises en jeu, et de l'intervention des surrénales, et il en poursuivit dès lors l'étude en procédant au dosage des acides aminés sanguins, qui se trouvèrent, comme prévu, en forte augmentation. C'est alors que Gabriel Pérès m'associa[Qui ?], de 1957 à 1960, à ses recherches sur les effets métaboliques des tensions gazeuses. Par la suite, après la disparition de Cordier, il nous confia, à ma femme et moi-même, la poursuite de cette recherche ; nous fumes ainsi amenés à reprendre l'étude dumétabolisme des acides aminés, en employant des techniques de séparation et de dosage par électrophorèse ou par chromatographie, et en procédant à des investigations sur les enzymes qui effectuent les réactions métaboliques. Ceci nous a permis de tester certaines des hypothèses élaborées.[Qui ?]

Une intéressante conséquence des recherches effectuées à Lyon sur les effets des brûlures et du manque d'oxygène fut l'étude des effets physiologiques de l'altitude, envisagée isolément ou associée aux radiations solaires. Les expériences furent menées par Gabriel Pérès dans un chalet dont il avait fait l'acquisition aux Terrasses, au-dessus de la Grave, à 1 800 m d'altitude. Pour les réaliser, il fallait emmener de Lyon aux Terrasses les animaux aussi bien que le matériel nécessaire pour les expériences, en particulier une petite centrifugeuse mue manuellement, pour séparer le plasma sanguin. Fait plus remarquable, Gabriel Pérès n'hésita pas à monter, sur son dos, les animaux d'expérience encore plus haut, dans un refuge sis à 3 450 m. Comparativement, des essais furent réalisés à Lyon dans un caisson à dépression provenant des surplus américains. G. Pérès étudia non seulement les constituants sanguins mais également le transit gastrique et l'absorption intestinale du glucose, qui étaient deux des thèmes de recherche du laboratoire de Daniel Cordier. Les effets des radiations solaires furent tout spécialement étudiés, ainsi que le rôle protecteur des hormones surrénaliennes.

Voilà à quoi un physiologiste enthousiaste consacrait ses vacances estivales, dans les années 1950. Il est juste d'ajouter que Gabriel Pérès menait toute l'année, à Lyon comme aux Terrasses, une vie extrêmement laborieuse. Il avait accepté d'exercer des fonctions de directeur scientifique dans un laboratoire pharmaceutique, auxquelles il consacrait plusieurs matinées par semaine. Il venait ensuite au laboratoire et, à partir de onze heures, il commençait son travail expérimental, qui bien souvent ne se terminait que tard dans la soirée. Deux jours entiers étaient dévolus aux travaux pratiques, le vendredi et le samedi.

Maître de conférences[modifier | modifier le code]

Nommé maître de conférences en 1959, à la suite du transfert à Grenoble de Georges Dessaux dans une chaire de physiologie nouvellement instituée à la Faculté des Sciences, Gabriel Pérès entreprit l'étude des effets métaboliques exercés par une hormone surrénalienne qui avait été isolée quelques années auparavant par Thaddeus Reichstein (1897-1996), et que l'on connaissait encore assez mal, l'aldostérone. Par ailleurs, il initia une recherche sur les effets métaboliques de l'atocophéryl-quinone, un analogue structurel du tocophérol, ou vitamine E. Là encore, la bibliographie était clairsemée et les résultats obtenus par les divers auteurs remplis de contradictions. Il s'imposait de procéder à une enquête conduite en faisant varier méthodiquement les conditions expérimentales. C'est ce que Gabriel Pérès réalisa avec la coopération active de deux spécialistes des vitamines, biochimistes formés à l'école de Paul Meunier (1908-1954), j'ai nommé Jacques Jouanneteau, disparu hélas il y a quelques années, et Georges Zwingelstein, toujours actif à Tamaris. Ce fut le début d'une longue et fructueuse collaboration, et compte tenu de l'orientation physiologique que ces deux chercheurs souhaitaient donner à leur recherche, ils rejoignirent par la suite le laboratoire de Physiologie générale et comparée. À ces travaux sur le tocophérol fut aussi associé un peu plus tard notre ami Gérard Brichon, qui fit là ses premières armes de physiologiste. Entretemps, Gabriel Pérès s'était trouvé amené à prendre la direction du laboratoire, à la suite du décès inopiné du professeur Daniel Cordier, en octobre 1960.

La chaire de physiologie générale et comparée que Gabriel Pérès occupa à partir de l'automne 1961, créée par une loi de 1883 dont Paul Bert fut le rapporteur, fut longtemps la seule de ce genre dans une Faculté des Sciences. Saturnin Arloing, élève de Chauveau, en fut le premier titulaire. Bientôt il remplaça son maître, et la chaire échut à un élève de Paul Bert, Raphaël Dubois, qui l'occupa à partir de 1887. La Faculté des Sciences de Lyon avait jusqu'alors été logée dans les combles du Palais Saint-Pierre. La politique de réanimation universitaire lancée par la Ve République, en réaction à la défaite subie devant l'Allemagne en 1870, se traduisait, entre autres choses, par la construction de palais universitaires. Celui de Lyon, édifié sur les terrains de la Vitriolerie, quai Claude-Bernard, se trouvait alors en cours d'aménagement, si bien que Dubois arriva juste à temps pour obtenir l'attribution de locaux assez satisfaisants pour l'enseignement pratique et la recherche en physiologie. C'est dans ces locaux que Dubois et ses successeurs, Couvreur, Cardot et Cordier, ont officié pendant quatre-vingt ans. Il devait revenir à Gabriel Pérès de présider au transfert du laboratoire sur le campus universitaire de la Doua, à Villeurbanne, non sans rencontrer bien des difficultés de la part des services financiers de l'administration centrale, et plus encore de certains collègues peu enclins à attribuer des locaux aux disciplines jusqu'alors ignorées par les programmes. Car la physiologie commençait enfin à occuper en France, dans les cursus scientifiques, la place qui lui revenait. L'ancienne licence ès sciences naturelles composée de trois certificats, telle qu'elle avait été définie par des arrêtés ministériels de 1896, où la physiologie animale n'était qu'optionnelle, avait cédé la place en 1958 à des licences nouvelles, tant pour l'enseignement que pour la recherche, dans la composition desquelles cette discipline figurait obligatoirement. En 1966, une nouvelle réforme, première d'une longue série, modifia le premier cycle, désormais étalé sur deux ans, et y introduisit la physiologie (ainsi que la biochimie et la génétique). Simultanément, la psychologie se trouvait détachée de la philosophie, et faisait appel à la psychophysiologie, rarement offerte jusqu'alors en France (des tentatives lyonnaises, dues la première à Raphaël Dubois, la seconde à Daniel Cordier, avaient été vite étouffées). La mise en place de ces réformes exigeait l'attribution de moyens nouveaux, tant en locaux qu'en personnels. L'effectif du laboratoire s'accrut rapidement, la psychophysiologie, créée en 1960 et placée sous la responsabilité de Jacques Chanel, un autre élève de Daniel Cordier, prit son indépendance, avec le soutien actif de Gabriel Pérès qui dut patiemment convaincre de l'opportunité de cette mesure tel ou tel de ses collègues plus âgés (entre autres le physicien Georges Déjardin, foncièrement hostile à la multiplication des chaires). Ce n'était pas tout de réunir des moyens. On s'aperçut rapidement que la démocratisation de l'enseignement physiologique et l'augmentation des effectifs nécessitaient une refonte de l'approche didactique. Les jeunes enseignants s'attelèrent avec enthousiasme à cette tâche, réussirent à faire exécuter par les étudiants, plus nombreux d'année en année, un programme ambitieux de manipulations, les unes classiques, et peut-être d'autant mieux formatrices, les autres résolument modernisées ; ils s'inspirèrent des méthodes décrites dans les manuels anglais ou américains pour amener les élèves à construire eux-mêmes leurs plans d'expérience, et réaliser l'analyse critique de leurs résultats. Ils furent encouragés par le professeur Pérès, qui institua des travaux dirigés, précédant de plusieurs années l'établissement officiel de ce type d'enseignement, et obtint pour ce faire, dès 1962, du doyen Jean Braconnier, la création pour ses collaborateurs de deux postes de maîtres assistants, prélude à plusieurs autres.

Gabriel Pérès suivait l'exemple de ses maîtres, en préparant son enseignement très minutieusement. À l'ancien cours magistral à la Cordier, très documenté, certes, mais parfois un peu théâtral, et entièrement laissé à la discrétion du professeur, il substitua des cours établis selon un plan communiqué préalablement aux étudiants, assorti de planches anatomiques établies par ses soins, et respectant scrupuleusement le programme. C'était sérieux, ardu parfois, mais efficace, comme en témoignent le succès des étudiants lyonnais aux concours de recrutement. Bientôt il fut en mesure de proposer la création d'enseignements nouveaux, portant notamment sur la physiologie des animaux marins, qui, avec d'autres établis ultérieurement, ont conféré son originalité et son efficacité aux enseignements lyonnais de la physiologie. Le professeur Pérès, conscient de ses devoirs envers les étudiants, les recevait volontiers, les acceptait comme stagiaires ou chercheurs à Lyon ou à Tamaris. Cette attention portée à l'enseignement n'est pas toujours à l'honneur dans les établissements universitaires, et si elle a valu à Gabriel Pérès et à ses collaborateurs la gratitude de maint ancien élève, elle n'a guère été appréciée favorablement par ses pairs.

Prenant la responsabilité d'une équipe dont les thèmes de recherches avaient été définis par Cordier, mais qui l'intéressaient personnellement à plus d'un titre, Gabriel Pérès sut fournir des moyens de travail aux anciens de la maison, recruter rapidement des maîtres de conférences qui assumèrent à ses côtés une partie des tâches d'enseignement magistral et de direction de recherche — mentionnons tout spécialement Robert Fontanges, spécialiste de la physiologie microbienne et de l'immunophysiologie, ainsi que Jeanne-Françoise Worbe, elle aussi ancienne élève de Daniel Cordier, qui développa une recherche originale sur le métabolisme glucidique — et également engager certains jeunes chercheurs du laboratoire sur des sujets nouveaux, qui lui paraissaient prometteurs : outre les travaux sur la physiologie des poissons sur lesquels je me propose de revenir, je citerai les effets physiologiques des ondes laser, étudiés par Pierre Deschaux, ceux du rayonnement ultraviolet, par Jacques Dumas, ceux de l'hyperoxie hyperbare — un sujet qui avait été exploré pour la première fois par Paul Bert, surpris par la toxicité de l'oxygène pur sous forte pression et complétait les recherches précédemment entreprises au laboratoire — les mécanismes de l'absorption intestinale des sucres, qui ont fait l'objet de la thèse de Gabriel Crouzoulon, le métabolisme du silicium, sujet très original apporté au laboratoire par Yolande Charnot. Celle-ci le tenait de son père, Abel Charnot (1897-1970), pharmacien militaire établi au Maroc, qui avait reçu à Lyon sa formation scientifique car il avait préparé aux côtés du pharmacien colonel Albert Leullier, professeur à la Faculté de Médecine et Pharmacie, et sous la direction d'Edmond Couvreur, - alors titulaire de la chaire de physiologie générale et comparée, sa thèse de doctorat ès sciences soutenue en 1925 et intitulée Contribution à l'étude du sang de l'Ilelix pomatia. Abel Charnot s'était intéressé aux troubles du métabolisme calcique présentés par les sujets vivant dans les zones où se trouvent les gisements de phosphate. Généralisant ses observations sur les changements affectant le silicium du sang et des tissus dans divers états pathologiques, il s'était trouvé conduit à instituer des traitements à base de silicium organique, seul ou associé au potassium, en vue de régulariser le métabolisme calcique. Gabriel Pérès, qui avait effectué des recherches expérimentales sur la calcémie et dont la seconde thèse de doctorat ès sciences avait précisément porté sur la régulation de la calcémie chez les mammifères, ne pouvait qu'être intéressé par ce sujet ; il n'hésita pas à encourager Yolande Charnot dans la poursuite de cette recherche, qui donna lieu à de nombreuses publications sous leur signature, et leur valut l'honneur de participer à un Symposium Nobel sur le silicium tenu en 1977 à Stockholm, à un moment où peu de chercheurs, en France, mesuraient l'intérêt de telles recherches.

En 1984, Gabriel Pérès, tout en continuant d'assurer certains enseignements, en particulier sur les animaux marins, décida de se décharger dorénavant des enseignements d'endocrinologie qu'il délivrait à Lyon dans la maîtrise de physiologie, dont la responsabilité m'avait été confiée une dizaine d'années auparavant, et de confier la direction de son laboratoire lyonnais à Georges Zwingelstein, devenu directeur de recherches au CNRS. En effet, outre les lourdes tâches qu'il assumait à Lyon, et dont je viens de donner un aperçu, Gabriel Pérès s'occupait très activement depuis 1961 de la direction du Laboratoire maritime de Tamaris, dont je vais maintenant parler, et il reconnut la nécessité de se consacrer désormais exclusivement à cette dernière fonction.

Directeur de l'Institut Michel-Pacha[modifier | modifier le code]

L'Institut Michel-Pacha, à Tamaris (La Seyne-sur-Mer)

Lorsqu'il devint titulaire de la chaire de physiologie comparée, Gabriel Pérès devint du même coup le directeur de ce que l'on nommait alors la Station maritime de Biologie de Tamaris. Sis dans la baie du Lazaret, qui s'ouvre sur la baie de Toulon, un bâtiment de style mauresque abrite depuis 1900 le laboratoire maritime de physiologie construit pour une large part grâce au don généreux de Michel Pacha, qui, en 1890, offrit à l'Université de Lyon, à la prière de Raphaël Dubois, le terrain et les matériaux nécessaires à la construction, sous la condition que le nouveau laboratoire maritime serait affecté aux recherches physiologiques et constituerait une annexe de la chaire de physiologie générale. Raphaël Dubois (1849-1929) réunissait la triple qualification de pharmacien, de médecin et de naturaliste. Je ne puis détailler ici les titres scientifiques éminents de Raphaël Dubois, auquel G. Pérès a consacré deux communications substantielles à l'Académie de Nice. Préparateur de Paul Bert à la Sorbonne, il l'assistait dans la réalisation de ses expériences sur l'anesthésie, et il avait entrepris simultanément l'étude de la biophotogénèse chez les animaux luminescents, étude qui lui fournit la matière de sa thèse de doctorat ès-sciences. Il découvrit le mécanisme intime du phénomène, montrant que la production de lumière était due à l'action d'un ferment, qu'il nomma luciférase, sur un substrat particulier, la luciférine. Les organismes lumineux sont nombreux chez les êtres qui vivent dans le milieu marin, et Dubois était pleinement conscient, tout comme son maître Paul Bert, du reste, de tout ce que le physiologiste peut espérer d'un laboratoire spécialement équipé pour les recherches physiologiques portant sur ces organismes. Dubois, qui parvint peu à peu à passer le plus clair de son temps à Tamaris, y travailla pratiquement jusqu'à sa mort, survenue en janvier 1929, trois jours après sa dernière communication.

Après Dubois, Cardot, ancien élève de Lapicque et proche collaborateur de Charles Richet, travailla à Tamaris avec ses élèves (Antoine Jullien et Angélique Arvanitaki notamment) et il sut y attirer la fleur des physiologistes français, ainsi que quelques nobles étrangers ; la station tomba en léthargie à la mort de Cardot, survenue en 1942, au moment où la Seconde Guerre mondiale faisait rage, provoquant des destructions considérables dans la région de Toulon et notamment à Tamaris, déjà dévasté par l'occupation italienne, puis allemande. Après la guerre, les bâtiments furent restaurés à grand peine par Cordier et son épouse, qui, disposant de moyens limités, durent se borner à venir y travailler deux mois chaque été avec quelques collaborateurs choisis. Il est important de remarquer que le fait de diriger la station ne fut cependant pas sans influencer durablement l'orientation des recherches de Daniel Cordier, qui joignit désormais les poissons, d'eau douce ou marins, aux espèces animales qui avaient fait jusque-là l'objet principal de ses travaux. Son successeur devait adopter la même ligne de conduite.

En effet, sitôt nommé, Gabriel Pérès, qui jusqu'alors avait été tenu à l'écart de Tamaris (il travaillait aux Terrasses pendant l'été), décida de redonner vie à la station, et de l'ouvrir désormais de façon permanente. Il réussit à en conserver la maîtrise, malgré les convoitises de certain collègue lyonnais qui souhaitait occuper tout ou partie de la station et avait projeté de s'approprier ses moyens en personnels et en matériels (y compris les bateaux de pêche et la bibliothèque !) II y vint régulièrement lui-même, il obtint de certains de ses collaborateurs qu'ils y fassent des séjours prolongés, jusqu'au moment où un universitaire résida en permanence au laboratoire (ce fut d'abord Maurice Buclon, puis Gérard Brichon), il y organisa des stages d'étudiants, qui donnèrent naissance plus tard à des certificats spécialisés, il y accueillit des collègues français et étrangers, nouant avec plusieurs de ceux-ci de fructueuses collaborations (Ion Motelica, Robert Crane, Ernest Schoffeniels, Wanda Leyko...). La création d'un périodique scientifique, les Annales de l'Institut de biologie marine Michel-Pacha, suivie de celle des Acta Ichthyophysiologica, permit l'enrichissement rapide de la bibliothèque de l'Institut par échange avec d'autres revues similaires. Gabriel Pérès obtint du recteur Louis des travaux d'aménagement puis la construction d'un nouveau bâtiment inauguré le 28 décembre 1968 qui abrite un vivier bien équipé, un grand laboratoire de recherche ainsi qu'un petit bâtiment pour le logement des étudiants participant aux stages. Il put également obtenir en 1965 du CNRS les crédits nécessaires pour la construction d'un bateau, le professeur Raphaël Dubois, appelé à remplacer la ville de Lyon, une embarcation légère acquise bien avant la guerre. Enfin, il engagea une active politique de collaboration avec les organismes de recherche qui s'implantèrent dans la région, le CNEXO, le Centre d'études et de recherches biologiques de la Marine (CERBM), la Fondation océanographique Paul-Ricard, puis l'Université de Toulon et du Var, pour n'en citer que quelques-uns. Pour expliciter durablement la vocation de la station, Gabriel Pérès lui fit donner le nom d'Institut Michel-Pacha (Laboratoire maritime de physiologie) qui aurait dû être le sien à l'origine. Même si les bouleversements administratifs qui suivirent la réforme des Universités après la crise de mai 68 ont parfois entravé la réalisation des travaux nécessaires à l'entretien correct du laboratoire — mais Tamaris n'a pas été la seule victime de l'incurie administrative vis-à-vis des bâtiments universitaires — les efforts constants de Gabriel Pérès puis de son élève et successeur Gérard Brichon, l'actuel directeur, auquel il transmit le flambeau le ter janvier 1988, ont réussi à maintenir intact le potentiel de l'Institut.

Lorsque l'on consulte la notice de travaux établie par Gabriel Pérès peu avant son départ à la retraite (1er septembre 1989), on est frappé de l'importance qu'ont prise progressivement les sujets de recherches portant sur les animaux aquatiques, alors que cette rubrique était absente de l'exposé de titres préparé en 1961. Ayant pris conseil auprès de spécialistes de la physiologie et de la biologie des poissons, notamment de Maurice Fontaine, professeur au Muséum, et directeur de l'Institut océanographique de Paris, il consacra une part de plus en plus grande de son activité scientifique à la physiologie des animaux aquatiques, qu'ils soient marins ou habitants des eaux douces. D'abord il encourage les élèves de son prédécesseur qui ont commencé des recherches dans ce domaine, par exemple Renée Bange-Barnoud sur le métabolisme protidique, et Andrée Demael, qui mène à bien une thèse sur les particularités du contrôle endocrinien du métabolisme glucidique chez la Tanche, en réponse aux conditions du milieu ; elle sera rejointe par Daniel Garin, qui contribue à affiner par la méthode des traceurs isotopiques l'étude des métabolismes organiques. D'autre part, il encourage des chercheurs à étudier l'absorption intestinale : je pense aux premières recherches de Maurice Buclon, qui ont démarré à son initiative, aux beaux travaux de Béchir Tritar, de Tunis, sur l'absorption intestinale des acides aminés chez les céphalopodes et les amphibiens effectuées tant au niveau de l'organisme entier que sur des cellules isolées, avec de multiples voies d'approche, notamment une technique originale de vésicules de bordure en brosse d'entérocytes. Il aide grandement Madame Peyrin, chercheur du CNRS chez le professeur André Cier, à étudier la biosynthèse des amines biologiques et le rôle des corps axillaires chez les Poissons. Et il amorce chez les animaux aquatiques une étude comparative des effets métaboliques des changements affectant la composition du milieu, d'abord en ce qui concerne la composition gazeuse, puis surtout la composition ionique, et c'est tout un ensemble de travaux importants que Georges Zwingelstein va entreprendre avec une solide équipe, en portant une attention toute particulière sur le métabolisme lipidique : les lipides faisaient un peu le rôle de parent pauvre des études métaboliques effectuées chez les animaux marins. La biogenèse et le métabolisme des lipides complexes, et leur rôle dans l'osmorégulation, les processus de méthylation et la perméabilité membranaire dans divers tissus vont faire l'objet des persévérantes recherches de Zwingelstein, Gérard Brichon, et leurs collaborateurs, qui se poursuivent avec fruit jusqu'à ce jour, contribuant à la notoriété internationale de l'Institut Michel-Pacha, et donnant lieu à de multiples et étroites collaborations avec plusieurs laboratoires américains. Enfin, Gabriel Pérès démarre lui-même avec un petit groupe qu'il dirige personnellement des recherches tout à fait intéressantes sur la nutrition des poissons, qui débouchent sur la définition des conditions d'élevage de certaines espèces, et sur l'écotoxicologie, dont il convient de parler plus précisément.

De l'écophysiologie à l'écotoxicologie[modifier | modifier le code]

Les préoccupations des hommes de science, puis des décideurs politiques, relatives à l'avenir des espèces, menacées par les modifications du milieu ambiant entraînées par les activités humaines, ont ouvert au cours de la deuxième moitié du XXe siècle un nouveau domaine d'investigations physiologiques dont la portée est double : il s'agit d'une part d'étudier précisément les fonctions qui permettent aux êtres vivants de s'accommoder des conditions de vie que leur impose le milieu ambiant et de réagir à leurs modifications ; d'autre part, de mettre à profit les données ainsi acquises pour évaluer les risques que certaines activités humaines font peser sur la biosphère. Or l'école lyonnaise avait à son actif une bonne connaissance des mécanismes adaptatifs à l'étude desquels se trouvait voué depuis Cordier l'essentiel de son activité scientifique, et cela chez des organismes aquatiques des plus variés. Gabriel Pérès était d'autant plus à même de s'investir dans ce dernier champ d'étude qu'il pouvait en outre se prévaloir de sa double formation initiale de vétérinaire et de scientifique. D'ailleurs, le domaine ne lui était pas totalement étranger, puisque dès 1953, il avait supervisé au laboratoire de physiologie de la Faculté des Sciences la thèse de doctorat vétérinaire d'André Dubus rapportant Quelques données sur l'utilisation des poissons comme réactifs biologiques. Certes, en provoquant des changements dans les conditions du milieu, les chercheurs lyonnais visaient avant tout à démasquer les mécanismes régulateurs qui assurent en permanence chez les animaux supérieurs le maintien de l'homéostasie et leur permettent ainsi de mener, selon la célèbre expression de Claude Bernard, une vie libre et indépendante. Mais en dépit de leur orientation fondamentale, ces chercheurs n'étaient pas indifférents aux retombées pratiques que comportaient leurs travaux : lorsque l'on étudie les effets des changements de température ou de salinité du milieu, les applications sont évidentes, et les institutions publiques ou privées intéressées se révèlent prêtes, sous certaines conditions, à épauler les chercheurs. C'est ainsi que naquit d'abord une série de recherches effectuées chez les poissons d'eau douce sur l'influence de l'augmentation de la température de l'eau provoquée par le fonctionnement des centrales nucléaires, recherches qui furent soutenues par EDF et donnèrent lieu à des rapports publiés dans les Cahiers de Montereau.

À côté des modifications physiques affectant le milieu ambiant, les modifications de nature chimique, celle de la salinité du milieu marin et surtout le déversement de substances éventuellement toxiques dans les milieux aquatiques par les entreprises industrielles, posaient des questions épineuses, qui commencèrent d'être activement étudiées par Gabriel Pérès et plusieurs de ses collaborateurs : c'est l'influence des sels de plomb sur divers mécanismes physiologiques qui retint d'abord leur attention (Bogé et Rigal, 1974, Demael 1975), puis le méthyl-mercure (Bogé et Rigal, 1980), le chrome, cependant que s'imposait le recours aux poissons, très sensibles à la pollution, comme organismes détecteurs. Pour cela, la littérature étrangère, qui dans les années 1970 était presque exclusivement d'origine anglo-saxonne, proposait des espèces dont il fallait valider l'emploi dans notre pays ; d'autres espèces mieux adaptées aux conditions régnant en France méritaient d'être repérées ; à côté des méthodes fondées sur l'estimation de la seule létalité, il convenait d'adjoindre des mesures biochimiques rendant mieux compte des effets toxiques engendrés par les polluants. En outre, il s'imposait d'établir des méthodes de substitution in vitro, épargnant le recours aux animaux vivants. C'est à cette tâche multiforme que Gabriel Pérès n'a pas hésité à s'atteler, en en faisant le sujet pour ainsi dire exclusif de ses propres travaux à partir du moment où il se fixa à Tamaris. Il resserra sa collaboration scientifique avec les chercheurs de l'école polonaise, à la suite de laquelle il introduisit l'étude de certaines activités enzymatiques présentes dans les globules rouges (superoxyde dismutase et catalase plus particulièrement), qui donnèrent lieu à de fructueuses recherches avec Gérard Brichon, ainsi qu'avec Hélène Roche et plusieurs doctorants jusqu'au départ de Madame Roche dans la région parisienne en 1995. Plusieurs organismes nationaux et internationaux firent appel à la compétence reconnue de Gabriel Pérès, qui fut encore, en 1996, nommé expert auprès de l'OCDE en écotoxicologie aquatique. La recherche appliquée n'a pas toujours bonne presse en France, et il est de bon ton dans certains milieux scientifiques de prétendre l'ignorer, même et surtout lorsqu'on la pratique discrètement pour glaner quelques subsides. Certes, Gabriel Pérès en tira parti pour son laboratoire, et réussit par ce moyen à le faire survivre malgré la déficience des crédits publics, mais il ne ménagea pas sa peine, en acceptant de siéger dans de multiples commissions, de rédiger des rapports substantiels, d'assister à des colloques spécialisés. Tout ceci témoigne qu'il considérait ces tâches comme un devoir qu'un scientifique doit rendre à son pays, et c'était, me semble-t-il, une autre facette de cet engagement civique qui l'avait poussé, quarante ans plus tôt, à rejoindre discrètement les combattants de la France libre.

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