Daniel de La Touche

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Buste en hommage à Daniel de La Touche, à São Luís (Maranhão).

Daniel de La Touche, seigneur de La Ravardière, est un huguenot né en 1570 à Berthegon dans l'actuel département de la Vienne. Capitaine de la marine française et colonisateur du début du XVIIe siècle, Il épouse en 1589 Charlotte de Montgommery[1] et s’installe à Cancale au port de la Houle[2]. Il est mort entre 1631 et 1635 dans cette ville.

Biographie[modifier | modifier le code]

Suite à l’implantation en Guyane de deux armateurs Jacques Ruffault et Charles des Vaux qui demandent du renfort pour la colonie, Daniel de La Touche arme un navire[3] et embarque le 12 janvier 1604 de Saint-Malo en direction du Brésil accompagné de l’apothicaire Jean Mocquet. Ils ont pour objectif d’explorer la baie de l'Oyapock. Ils continuent plus au sud et découvrent l’île de Maragnan (Maranhāo) dans la baie de Sao Marcos au sud de l’Amazonie. Le site est à la confluence d’estuaires, ce qui rend possible une large pénétration vers l’arrière-pays. Ils établissent un premier contact avec les indigènes Tupinambas et leur proposent de devenir des sujets français en échange de leur protection contre les Portugais[4]. Ils reviennent en France l'année suivante accompagnés de l'amérindien Yacopo de la tribu des Caripous qu'ils présentent à la cour.

Daniel de la Touche qu' Henri IV à nommé “lieutenant général de toutes les terres comprises entre l’Amazone et l’Orénoque“, monte une seconde expédition à destination du Brésil en 1609. Il s’allie avec Charles Des Vaux et se dirige sur l’île de Maranhao. Ils rentrent en France en août 1610, avec la conviction de pouvoir y installer une colonie mais apprend l’assassinat du roi trois mois plus tôt. Marie de Médicis reconduit de La Ravardière dans sa charge mais ne soutient pas financièrement ses projets. Daniel de la Touche recherche et trouve des mécènes, notamment François de Razilly et Nicolas de Harlay (baron de Sancy).

Il part de Cancale le 8 septembre 1612 accompagné de frères capucins (dont Claude d’Abbeville) et de 500 colons. L’expédition comprend trois embarcations : La Régente, commandée par Daniel de La Touche et François de Razilly, La Charlotte, commandée par Nicolas de Harlay, et La Sainte-Anne commandée par Isaac de Razilly[5].

De La Touche fonde le fort Saint-Louis (Saint-Louis du Maragnan), en l’honneur de Louis XIII, dans la baie de Sao Marcos. Il concrétise le projet d’Henri IV d’une France équinoxiale dont il est nommé vice-roi.

En décembre 1613, laissant de la Ravardière sur l’île de Maragnan, la Régente appareille pour la France avec à son bord François de Rasilly, accompagné de six Tupinambas. Sa mission est de convaincre la cour d’envoyer des renforts pour consolider la colonie française qui subit des assauts répétés de la part des portugais. Mais souhaitant un rapprochement avec l’Espagne, Marie de Médicis ne donne pas suite et de Rasilly revient au Maragnan en juin 1614.

Parallèlement, trois cents maçons, charpentiers, tailleurs, terrassiers, cordonniers et laboureurs ainsi que de nombreuses familles d’artisans arrivent pour renforcer la colonie. Ignorant les lettres patentes délivrées par les rois de France, Philippe III d’Espagne décide de chasser les colons[6]. Le gouvernement brésilien charge Jeronimo de Albuquerque et Campos Moreno de mettre fin à la présence française : Les troupes portugaises, commandées par Alexandre de Moura (pt), remportent la bataille de Guaxenduba (pt) le 19 novembre 1614[7].

Après quelques escarmouches, une trêve et des tractations, l’assaut final est donné l'année suivante contre les colons français et Daniel de La Touche capitule 4 novembre 1615. Il est conduit au Portugal et emprisonné dans la tour de Belém jusqu’en 1620[8]. Ainsi se termine la colonisation française "équinoxiale" au Brésil qui aura duré trois ans. Au XVIe siècle, toujours au Brésil la France antarctique dirigée par Nicolas Durand de Villegagnon avait connu le même sort en résistant 5 ans (1555-1560).

La ville de Saint-Louis est rebaptisée São Luis ; elle est aujourd'hui la capitale de l'État du Maranhão et compte plus d'un million d'habitants. Le siège du parlement, le Palácio dos Leões (pt) se situe à l’emplacement de l’ancien fort construit par Daniel de La Touche.

La personnalité de Daniel de La Touche et son dévouement envers les Indiens qu'il protégeait ont été tels que la ville l'honore toujours. Son buste trône devant le parlement de Maranhão.

A l'occasion du 400e anniversaire de la création de Saint-Louis du Maragnan alias São Luis, une œuvre en bronze du sculpteur Patrick Abraham[9] a été inaugurée le 9 septembre 2012, près du phare de la Houle à l'initiative du musée de Cancale[10].

Inauguration du monument à la mémoire de Daniel de La Touche de la Ravardiere à Cancale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Son père Gabriel de Lorges, comte de Montgommery blessa mortellement le roi Henri II lors d'un tournoi en 1559. Bien que pardonné par le roi sur son lit de mort, le régicide involontaire se retira à Jersey, pour échapper au courroux de la reine mère Catherine de Médicis.
  2. Alain Roman, Malouins et Cancalais à la conquête du Brésil.
  3. Propriétaire du château de Regnéville de 1594 à 1603. Il le vend pour financer en partie son expédition.
  4. (en) Lady Maria Callcott, Journal of Voyage to Brazil.
  5. (en) Silvia Castro Shannon, « Pirates, Nobles and Missionaries; the French in the North of Brazil, 1612-1615 », “Lost Colonies” Conference St. Anselm University,‎ march 26-27, 2004.
  6. Souhaitant un rapprochement avec l’Espagne, Marie de Médicis ne proteste pas.
  7. Sûr de sa supériorité navale et terrestre, de La Ravardière décide d’attaquer la base portugaise la plus proche qui constitue une menace pour la colonie. Trop confiant, il lance ses troupes qui essuient un cuisant échec face à un ennemi  bien moins nombreux mais mieux préparé.
  8. D'abord consigné à Lisbonne jusqu’en 1618 puis enfermé dans la Tour de Bélem sur ordre du vice-roi du Portugal. Il est finalement libéré, après une vigoureuse offensive diplomatique, le 29 janvier 1620.
  9. « Abraham peintre  L'artiste Peintre et sculpteur de marine », sur www.peintreabraham.com (consulté le 1er mars 2019)
  10. « Cancale célèbre l’explorateur Daniel de la Touche de La Ravardière », Ouest-France, 8 septembre 2012, [lire en ligne].