Bénédict Morel

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Bénédict, Augustin Morel est un psychiatre français né à Vienne (Autriche) en 1809 et mort à Rouen en 1873. Il fut connu, au milieu du xixe siècle, par la théorie de la dégénérescence humaine.

Bénédict Morel
Portrait de Bénédict Morel

Portrait de Bénédict Morel vers 1870

Biographie
Naissance
à Vienne (Autriche)
Décès (à 63 ans)
à Saint-Yon,France
Nationalité Drapeau de la France France
Thématique
Études Médecine, (psychiatrie)
Formation Hôpital de la Salpêtrière, Paris
Titres Docteur
Profession PsychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata
Travaux Psychiatrie
Approche Psychiatrie
Idées remarquables Démence précoce
Schizophrénie
Œuvres principales Traité des maladies mentales, 1852-1853 ; Traité des Dégénérescences, 1857
Auteurs associés
Influencé par Jean-Pierre Falret, Prosper Lucas
Partisans
(A influencé)
Valentin Magnan, Cesare Lombroso, Henry Maudsley, Max Nordau

Biographie[modifier | modifier le code]

Bénédict Morel est né en 1809 à Vienne (Autriche) de parents français. Suite aux guerres de la Sixième coalition, ses parents l'abandonnent aux soins d'un prêtre luxembourgeois, l'abbé Dupont et de sa servante Marianne. Ceux-ci pourvoient à l'éducation et aux études du jeune homme[1].

Bénédict Morel étudie à Paris. Il y assure ses besoins en donnant des leçons d'anglais et d'allemand. Il est reçu docteur en médecine en 1839 et devient deux ans après assistant du psychiatre Jean-Pierre Falret à la Salpétriêre et élève de Charles Lasègue et de Claude Bernard[2].

L'intérêt de Morel pour la psychiatrie se précise après ses visites de plusieurs asiles pour malades mentaux à travers l'Europe. En 1848, il est nommé directeur de l'asile d'aliénés de Maréville, près de Nancy. Il y introduit des réformes pour le bien-être des aliénés et y réduisant, en particulier, les pratiques de contention. Il étudie l'histoire ses handicapés mentaux et de leurs famille, la pauvreté et les maladies infantiles. En 1856, il est nommé directeur de l'asile du Manoir de Saint-Yon à Rouen.

Morel, influencé par diverses théories pré-darwiniennes de l'évolution, celles, en particulier qui accordent un grand poids à l'acclimatation, conçoit la déficience mentale comme le dernier stade d'un processus de détérioration. Dans les années 1850, il élabore une théorie où la dégénération mentale se développe de l'enfance à l'âge adulte.

Il publie, en 1857, un Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine et des causes qui produisent ces variétés maladives, dans lequel il explique la nature, les causes et les indication de la dégération humaine. Morel recherche les causes des maladies dans l'hérédité bien qu'il ait plus tard pointé l'alcoolisme et l'usage de drogues comme des causes de l'affaiblissement mental. Morel s'inscrit dans le mouvement intellectuel dominant au milieu du xixe siècle pour lequel, dans la mouvance du darwinisme, la dégénérescence de l'espèce humaine constitue un facteur majeurs en matière sanitaire, social, éducative, voire raciale.

Démence précoce[modifier | modifier le code]

Article principal : Démence précoce.

Dans le premier tome de ses Études cliniques (1852), Morel utilise à l'occasion le terme démence précoce pour décrire les caractéristiques de certains jeunes patients[3],[4]

Morel utilise le terme de façon descriptive et non pour définir une nouvelle entité nosographique. Il désigne ainsi un groupe de jeune sujets atteints d'une forme de stupeur [5]. Leur état se caractérise par une torpeur, une énervation, un désordre de la volonté et ce qu'on reliait alors à la mélancolie. Morel a une compréhension traditionnelle de la [démence] : a contrario des conceptions actuelles, il ne la conçoit pas comme irréversible [6].

Bien qu'on ait pu voir dans les observations de Morel sur la démence précoce une préfiguration du diagnostic de la schizophrénie, [5] et d'autres ont montré de façon convaincante que les descriptions de Morel ne peuvent en aucune manière d'en faire un précurseur du concept de dementia praecox caractérisé par le psychiatre allemand Emil Kraepelin [7].

Leurs concepts de démence diffèrent de façon significative. Kreapelin utilise le terme dans son sens presque moderne alors que Morel ne décrit en aucune manière une catégorie nosographique. Le terme de démence précoce utilisé par Morel avait totalement disparu avant les études d'Arnold Pick et Emil Kreapelin et il est à peu près certain que ceux-ci n'en eurent même connaissance que longtemps après la publication de leurs travaux sur une maladie portant le même nom[8]. Comme l'a dit simplement Eugène Minkowski ; « Un abyme sépare la démence précoce de Morel de celle de Kraepelin. »[9]

Bibliographie partielle[modifier | modifier le code]

  • Traité des maladies mentales. deux volumes ; Paris, 1852–1853 ; seconde édition, 1860. (Dans la seconde édition, Morel crée le terme démoce précoce pour désigner la dégénération mentale).
  • Traité des Dégénérescences, 1857.
  • Le no-restraint ou de l’abolition des moyens coercitifs dans le traitement de la folie. Paris, 1861.
  • Du goître et du crétinisme, étiologie, prophylaxie etc. Paris, 1864.
  • De la formation des types dans les variétés dégénérées. Volume 1 ; Rouen, 1864.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pick 1993, p. 44.
  2. Pick 1993, p. 44-45.
  3. (Hoenig, 1995, p=337) ; (Boyle, 2002 , p=46). Berrios, Luque et Villagran prétendent, dans leur article de 2003 sur la schizophrénie, que Morel n'utilisa le terme qu'en 1860, dans son ouvrage Traité des maladies mentales (Berrios, Luque, Villagran, 2003, p=117) ; (Morel, 1860). Dowbiggin prétend incorrectement que Morel utilisa le terme à la page 234 du premier volume de ses Études cliniques de 1852 (Dowbiggin, 1996, p=388) ; (Morel, 1852, p=234). Dans ses Études cliniques de 1852, Morel évoque la démence juvénile pour dire qu'il n'y a pas d'âge pour la sénilité et que, dans son expérience clinique, il y a autant de cas de sénilité parmi les jeunes que parmi les vieillard (Morel, 1852, p=235). De plus Hoenig indique, avec raison, que Morel utilise le terme deux fois dans son traité de 1852, aux pages 282 et 361 (Hoenig, 1995, p=337) : (Morel, 1852, pp=282, 361). Dans le premier cas, il s'agit de jeunes filles affectées d'asthénie qui ont été plusieurs fois affectées de typhoïde. Il s'agit donc d'un terne descriptif et non d'un diagnostic. Le terme est utilisé, dans le second cas, pour préciser que la maladie des maniaques n'évolue pas nécessairement vers une forme précoce de démence
  4. (Berrios|Luque|Villagran2003|p=117). Le terne Démence précoce n'est utilisé qu'une seule fois par Morel dans son Traité des dégénérescence physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine de 1857. (Morel, 1857, p=391), et sept fois dans son livre Traité des maladies mentales : (Morel, 1860, pp=119, 279, 516, 526, 532, 536, 552).
  5. a et b Dowbiggin 1996, p. 388.
  6. Berrios, Luque et Villagran 2003, p. 118.
  7. Berrios, Luque et Villagran 2003, p. 117.
  8. Alors que Barrios, Luque et Villagran plaident en ce sens , d'autres prétendent, sans preuve, que Krepelin a été inspira par Morel. Par exemple Stone 2006, p. 1.
  9. Cité dans Berrios, Luque et Villagran 2003, p. 117.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (en) German E. Berrios, Rogelio Luque et Jose M. Villagran, « Schizophrenia: a conceptual history », International Journal of Psychology and Psychological Therapy, vol. 3,‎ , p. 111–140 (lire en ligne)
  • (en) Mary Boyle, Schizophrenia: A Scientific Delusion?, London, 2nd, [détail de l’édition] (lire en ligne)
  • (en) Norberto Aldo Conti, « Benedict Augustin Morel and the origin of the term dementia praecox », Vertex (Buenos Aires, Argentina), Argentina, vol. 14, no 53,‎ , p. 227–31 (PMID 14569313)
  • (en) Ian Dowbiggin, « Back to the future: Valentin Magnan, French psychiatry, and the classification of mental diseases, 1885-1925' », Social History of Medicine, vol. 9, no 3,‎ , p. 383–408 (PMID 11618728, DOI 10.1093/shm/9.3.383)
  • (en) J Hoenig, A History of Clinical Psychiatry: The Origin and History of Psychiatric Disorders, London, , 336–48 p. [détail de l’édition] (ISBN 0-485-24011-4), « Schizophrenia: clinical section »
  • (en) M Lund, « On Morel's 'épilepsie larvée: the first Danish epileptologist Frederik Hallager's opposition in 1884 against Morel's psychical epileptic equivalents », Journal of the history of the neurosciences, Netherlands, vol. 5, no 3,‎ , p. 241–53 (PMID 11618744, DOI 10.1080/09647049609525673, lire en ligne)
  • (en) Eduardo Luis Mahieu, « On Morel and dementia praecox », Vertex (Buenos Aires, Argentina), Argentina, vol. 15, no 55,‎ , p. 73–5 (PMID 15085229)
  • (en) B.A. Morel, Études cliniques: traité, théorique et pratique des maladies mentales, Nancy, [détail de l’édition] (lire en ligne)
  • (en) B.A. Morel, Traité des dégénérescence physiques, intellectuelles, et morales de l'espèce humaine, Paris, J.B. Balliere, [détail de l’édition] (lire en ligne)
  • (en) B.A. Morel, Traité des maladies mentales, Paris, [détail de l’édition] (lire en ligne)
  • (en) Daniel Pick, Faces of degeneration : a Europeam disorder, c. 1848-c. 1918, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 052145753X)
  • (en) Michael H. Stone, The American Psychiatric Publishing Textbook of Schizophrenia, Arlington, , 1–15 p. [détail de l’édition] (lire en ligne), « History of schizophrenia and its antecedents »

Liens externes[modifier | modifier le code]