Jean-Pierre Falret

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Jean-Pierre Falret
Portrait de Jean-Pierre Falret

Jean-Pierre Falret

Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à Marcilhac-sur-CéléVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata
à Marcilhac-sur-CéléVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité(s) FranceVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession(s) médecin et psychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata

Jean-Pierre Falret, né le à Marcilhac-sur-Célé, Lot et mort le à Marcilhac-sur-Célé, Lot) est un psychiatre français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Falret fait ses humanités à Cahors. Il commença ses études de médecine à l'âge de 17 ans, et obtint son diplôme de docteur en médecine en 1819[1]. Il travailla particulièrement sur les pathologies mentales.

  • Études à la Faculté de Montpellier, puis à Paris.
  • Intégration dans le service de Pinel (1745-1826). Rencontre avec Esquirol (1772-1840) qui va devenir son maître.
  • Soutenance de sa thèse, en 1819.
  • Nomination comme médecin de la « section des idiotes » à la Salpêtrière en 1831.
  • Nomination comme médecin de la section des aliénées adultes à la Salpêtrière en 1841.

Il entreprend de faire un enseignement clinique de cette branche nouvelle de la médecine qu’on n’appelait pas encore psychiatrie, enseignement qui connaît un vif succès, puisqu’à l’époque, il n’y avait pas à la Faculté de Paris de chaire correspondante (elle ne sera créée qu’en 1875, à Sainte Anne).

On peut citer parmi ses élèves Claude Bernard (1813-1878) et Paul Gachet, surtout connu par les portraits que fit de lui Vincent van Gogh (1853-1890) quand ce médecin-peintre amateur le reçut à Auvers-sur-Oise.

Durant 36 ans, de 1831 à 1867, il occupe un poste de médecin aliéniste à l'hospice de la Salpêtrière. Il est le fondateur de la pratique de la présentation de malade. Jean-Pierre Falret a été l’un des plus éminents psychiatres et chercheurs du milieu du XIXe siècle. Ses découvertes et son humanisme ont fait évoluer la condition des personnes touchées par les troubles mentaux et ouvert la voie de la psychiatrie moderne.

Le clinicien[modifier | modifier le code]

Surtout connu pour ses travaux cliniques et l’utilisation de « tableaux cliniques » aujourd’hui utilisés par tous, Jean-Pierre Falret est célèbre pour ses découvertes en psychiatrie, notamment à propos de la description de ce qu’il a nommé la « folie circulaire ». Il a en effet en 1854, démontré que les accès de manie et de mélancolie, considérées jusque là comme deux maladies différentes survenant chez le même individu ne sont en fait que deux phases dans l’évolution cyclique d’une seule et même maladie. Kraepelin la nommera un siècle plus tard psychose maniaco-dépressive, dénomination qu’elle a conservée jusqu’à il y a peu[2]. On parle plutôt de nos jours de « troubles bipolaires ».

Il décrit aussi la maladie mentale comme « la forme la plus inhumaine de la maladie, celle qui défigure l’esprit ». Une vision qui étonne encore aujourd’hui par sa modernité. Avec lui, on passe de l’aliénation mentale aux maladies mentales. On « reconnait » progressivement « tout l’humain dans les malades ».

L'humaniste visionnaire[modifier | modifier le code]

Farouchement opposé à une pratique de la psychiatrie réduite à l’enfermement et la privation des droits, le fondateur de l’Œuvre Falret s’est battu pour lui opposer une conception profondément humaine, respectueuse des personnes et ouverte sur la société. Ainsi, après avoir visité les asiles d'Angleterre et d'Écosse en 1835, il prend une part active à la préparation de la fameuse loi du 30 juin 1838 visant à rétablir les droits civiques des malades mentaux pour en faire des citoyens à part entière. Véritable pionnier, il a la conviction que les « aliénés pouvaient guérir de leur maladie et que leur donner une place dans la société et un travail était un gage de leur salut ».

« Toutes les circonstances les plus fâcheuses se réunissent pour décourager l’aliéné convalescent à sa rentrée dans le monde. La famille ne veut plus ou ne peut plus le recevoir ; la société le repousse avec effroi, et, avec des forces de réaction insuffisantes, il est obligé de se créer… une nouvelle existence… Incapables de vaincre tant d’obstacles, … ils aboutissent en définitive à l’immoralité, au crime ou au suicide, ou bien ils ne tardent pas à retomber dans la cruelle maladie à laquelle ils avaient si heureusement échappé. »

Conscient de la fragilité de ses patients et des risques de rechute, il fonde en 1841 la Société de Patronage pour les Aliénés sortis guéris de l’Hôpital de la Salpêtrière.

Cette société de patronage deviendra par la suite l’Œuvre Falret.

Création d’un asile ouvroir[modifier | modifier le code]

Le 10 mars 1843, la Société est pourvue d’un « asile ouvroir » au 35 de la rue Plumet (Paris XVe). Sa gestion est confiée aux Sœurs Notre-Dame du Calvaire, congrégation fondée par le père Bonhomme. Il s’agit d’un patronage spécial accueillant dans un établissement particulier les cas d’extrême misère parmi les aliénées les plus démunies. Ce lieu leur offre refuge, travail, soins et secours de la religion. « Grâce aux progrès des traitements et à l’impulsion donnée par quelques hommes d’élite, la dignité humaine est réhabilitée dans la personne des aliénés, ils ne sont plus assimilés aux criminels et confondus avec eux dans un même lieu et sous une même direction ; On ne les voit plus non plus errants dans les cités, objets de dérision et d’insultes, à la merci du désordre de leurs idées et de leurs sentiments, troublant le repos public, offensant les bonnes mœurs et exposés à toutes les embûches que pouvaient leur tendre l’intrigue et la cupidité. Maintenant ces infortunés reçoivent des soins empressés, qui, nous l’espérons, deviendront de plus en plus efficaces, et leurs intérêts sont bien protégés par la loi de 1838, pendant leur séjour dans les hôpitaux qui leur sont spécialement consacrés. Mais, à leur sortie, que deviennent les convalescents pauvres, et quelles sont les dispositions de la société à leur égard ? ». (Extrait du rapport du comité administratif au conseil général de l’œuvre, séance du 25 mars 1845)

En 1848, l’œuvre s’élargit en accueillant aussi les hommes aliénés convalescents sortis de Bicêtre et les enfants des uns et des autres. Un décret en Conseil d’état du 18 décembre 1848 modifie partiellement le nom de l’association en y ajoutant « … sortis guéris des asiles de la Salpêtrière … et de Bicêtre ».

Le 16 mars 1849, par arrêté n° 15 831, publié au Bulletin des lois partie supplémentaire n° 1 007 et signé Louis Napoléon Bonaparte, la société de patronage obtient sa Reconnaissance d'Utilité Publique et définit son objet : « L’œuvre a pour but de prévenir le retour ou le développement héréditaire de l’aliénation mentale en assurant le bienfait d’une assistance matérielle, morale et religieuse aux indigents et aux enfants des indigents des deux sexes qui sortent des deux hôpitaux consacrés dans le département de la Seine au traitement des affections cérébrales ».

En 1855 est créé un asile ouvroir installé à Vaugirard, rue des Vignes, sous le nom d’ « asile ouvroir Sainte Marie » et confié aux Sœurs Notre-Dame du Calvaire. Il est transféré avec elles en 1864 à Grenelle au n°95 de la rue du Théâtre. Il n’accueille que des femmes.

Les religieuses font l’acquisition aux enchères d’une maison de campagne dotée d’un parc, au n° 50-52 rue du Théâtre à Paris, où il fonctionne encore aujourd’hui.

Par décret impérial n° 17 955 signé Napoléon, Bulletin des lois n°1107 partie supplémentaire, le nom de la société de patronage est modifié.

Elle s’intitule désormais : « Œuvre de patronage pour les aliénés indigents des hôpitaux de la Seine». Les nouveaux statuts de l’œuvre sont approuvés. La création de l’asile ouvroir est entérinée et son fonctionnement arrêté. « Toutes les circonstances les plus fâcheuses se réunissent pour décourager l’aliéné convalescent à sa rentrée dans le monde. La famille ne veut plus ou ne peut plus le recevoir ; La société le repousse avec effroi, et, avec des forces de réaction insuffisantes, il est obligé de se créer… une nouvelle existence…Incapables de vaincre tant d’obstacles, … ils aboutissent en définitive à l’immoralité, au crime ou au suicide, ou bien ils ne tardent pas à retomber dans la cruelle maladie à laquelle ils avaient si heureusement échappé ». (Extrait d’un rapport administratif de 1865).

Près de deux siècles après la création de cette première structure d'accueil, des milliers d’hommes et de femmes cheminent dans son sillage pour apporter une aide aux adultes et enfants en détresse avec l'Œuvre Falret et la Fondation Falret.

Création d'une maison de santé[modifier | modifier le code]

En 1821, il s'associe avec un autre médecin aliéniste, le docteur Félix Voisin, qui a obtenu son diplôme la même année que lui (1819)[3]. Félix Voisin est lui aussi disciple de Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol. Il a acquis l'année précédente, en 1820, une propriété située à Vanves au sud de Paris. En 1822, les deux médecins y fondent une maison de santé située au numéro 8 de la rue du Bois (de nos jours, rue Falret). Le domaine couvrait 40 hectares. Les bâtiments comprenaient un établissement central, une ferme, une chapelle et des pavillons indépendants à un seul étage. A l'origine il n'y en avait que 6, mais en 1898 il y en avait 28. L'autorisation d'ouverture est donnée par le préfet de police de Paris le , pour accueillir 50 pensionnaires. Ce nombre sera porté à 65 par décision modificative du après la construction de 3 nouveaux bâtiments destinés aux pensionnaires féminins. La maison de santé acquiert une excellente renommée, et participe au développement de la commune. Félix Voisin est même élu maire de Vanves entre 1892 et 1839. Le fils de Jean-Pierre Falret, Jules Falret, succède à son père comme directeur de l'établissement, jusqu'à son décès en 1902. L'établissement cesse son activité en 1927, et en 1933 le parc fut vendu à la commune de Vanves[1]. Autrefois désigné Parc Falret, il porte désormais le nom du maire de Vanves de l'époque, Frédéric Pic, mais la rue qui le longe se nomme rue Falret[3]. Plusieurs bâtiments de l'établissement subsistent. L'un d'entre eux est devenu un restaurant, Le pavillon de la tourelle[4].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Commission municipale d'histoire locale de Vanves, Vanves, du Moyen Âge à nos Jours, Maury Imprimeur,‎ , p. 132-139.
  2. bpMagazine, Through the ages, it’s been there, Stephanie Stephens
  3. a et b René Sedes, Ces vanvéens hors du commun : 50 portraits, de la Renaissance à nos jours, TSPublications/presse du 2 mai,‎ , 124 p. (ISBN 2-912615-02-X), p. 38-41.
  4. « Le Pavillon de la Tourelle » (consulté le 21 janvier 2016).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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