Jean-Pierre Falret

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Jean-Pierre Falret
Portrait de Jean-Pierre Falret
Jean-Pierre Falret
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à Marcilhac-sur-CéléVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata (à 76 ans)
à Marcilhac-sur-CéléVoir et modifier les données sur Wikidata
Pays de nationalité FranceVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession Médecin et psychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata

Jean-Pierre Falret, né le et mort le à Marcilhac-sur-Célé, Lot , est un psychiatre français, membre de l'Académie de médecine et fondateur de l'Œuvre Falret. Il vécut à Paris et exerça notamment à l’Hôpital de la Salpêtrière. Par son approche clinique, il identifie les symptômes et le fonctionnement des troubles bipolaires qu’il nomme « folie circulaire ». Il fut également un des pionniers[1] dans le champ du médico-social avec la création de structures pour l’accompagnement des personnes en dehors du milieu hospitalier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Falret fait ses humanités à Cahors. Il commence ses études de médecine à l'âge de 17 ans, et obtient son diplôme de docteur en médecine en 1819[2]. Il travaille particulièrement sur les pathologies mentales.

En 1812, il est externe à l’hôpital des Enfants-Malades à Paris. Suite au remplacement d’un de ses compatriotes, il intègre le service de Philippe Pinel (1745-1826). Il rencontre Jean-Étienne Esquirol (1772-1840) qui va devenir son maître. En décembre 1819, il soutient sa thèse intitulée : Observations et propositions médico-chirurgicales[3].

Avec le docteur Félix Voisin, il fonde en 1822 la maison de Vanves près de Paris (1822-1932).

En 1822, il publie son traité De l’hypocondrie et du suicide[4]. En 1828 et 1829, il reçoit deux médailles d’or décernées par l’Académie des sciences pour des travaux statistiques sur le suicide et les morts subites à partir de documents de la préfecture de police. En 1829, il est d’abord admis comme membre adjoint puis en 1829 comme membre titulaire à l’Académie de médecine. En 1830, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. En 1864, il est élevé au grade d’officier.

C’est en 1821 que Jean-Pierre Falret est nommé médecin de la « section des idiots »[5] à la Salpêtrière. En 1841, il sera responsable de la section des aliénées adultes à la Salpêtrière.

Il visite des asiles d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande au cours de l’année 1835. En 1837, il est consulté au sujet du projet de loi sur les aliénés.

En 1841, le Dr. Jean-Pierre Falret fonde la 'Société de patronage pour les aliénées indigentes sorties guéries de l'hôpital de la Salpêtrière', devenue l'Oeuvre Falret, qui accueille aujourd'hui plus de 3.000 malades.

En 1843 est créé le patronage et asile de convalescents de la Salpêtrière et en 1856 l’Asile ouvroir. En 1845, il visite l'asile d'Illenau, à Achern, Grand Duché de Bade, dont il détaille le plan dans son dernier ouvrage : l’ensemble de ses mémoires rassemblées et publiées en 1864 sous le titre Des maladies mentales et des asiles d’aliénés[6].

Un médecin aliéniste et un humaniste[modifier | modifier le code]

Durant 36 ans, de 1831 à 1867, Jean-Pierre Falret occupe un poste de médecin aliéniste à l'hospice de la Salpêtrière. Il est très apprécié des malades qui « avaient toutes pour lui de l’affection et du respect. Même dans leurs plus grands écarts, il parvenait à les dominer par le geste, par le regard ou par quelques paroles énergiques, dont la sévérité était toujours tempérée par la bienveillance. »[1] Il est aussi estimé par ses élèves notamment pour sa pédagogie :

« Le Dr Falret a su, qualité rare entre toutes, faire des élèves instruits à son école, mais indépendants, dont pas un n’a suivi servilement sa trace […] Tous les élèves qui ont passé par le service du Dr Falret à la Salpêtrière, ont conservé le souvenir vivace des conseils donnés par le maître et de sa bonté toute paternelle. »[1]

Si l’on retient surtout de lui ses travaux cliniques, Jean-Pierre Falret reconnaît lui-même son évolution scientifique en ayant un regard critique sur ses premières approches de l’aliénation. En effet, à la suite de ses maîtres, comme Esquirol, il commence sa carrière en accordant une grande importance aux lésions anatomiques pour expliquer les causes des troubles mentaux. Pendant cette période, il fera une étude statistique approfondie du suicide. Il sera notamment cité par Émile Durkheim, fondateur de la sociologie française, dans son ouvrage paru quelques décennies plus tard en 1897 : Le suicide[7]. Considérant cette approche décevante, il se tourne vers la psychologie, attiré par les maîtres de l’école écossaise. Il entreprendra même un voyage en 1835 pour visiter les asiles d’Angleterre et d’Irlande qui inspireront des améliorations dans les lieux où il pratique. Il préfère finalement se consacrer désormais à une médecine clinique. C’est elle qui lui fera réfuter la théorie de la monomanie (à l’inverse d’Esquirol) qu’il formule ainsi « nous n’admettons jamais l’unité de délire dans l’aliénation mentale »[1].

Le clinicien[modifier | modifier le code]

Jean-Pierre Falret

Il entreprend de faire un enseignement clinique de cette branche nouvelle de la médecine qu’on n’appelait pas encore psychiatrie, enseignement qui connaît un vif succès, puisqu’à l’époque, il n’y avait pas à la Faculté de Paris de chaire correspondante (elle ne sera créée qu’en 1875, à Sainte Anne).

On peut citer parmi ses élèves Claude Bernard (1813-1878) et Paul Gachet, surtout connu par les portraits que fit de lui Vincent van Gogh (1853-1890) quand ce médecin-peintre amateur le reçut à Auvers-sur-Oise.

Il est le fondateur de la pratique de la présentation du malade.

Jean-Pierre Falret a été l’un des plus éminents psychiatres et chercheurs du milieu du XIXe siècle. Ses découvertes et son humanisme ont fait évoluer la condition des personnes touchées par les troubles mentaux et ouvert la voie de la psychiatrie moderne.

Surtout connu pour ses travaux cliniques et l’utilisation de « tableaux cliniques » aujourd’hui utilisés par tous, Jean-Pierre Falret est célèbre pour ses découvertes en psychiatrie, notamment à propos de la description de ce qu’il a nommé la « folie circulaire ». Il a en effet en 1854, démontré que les accès de manie et de mélancolie, considérées jusque là comme deux maladies différentes survenant chez le même individu ne sont en fait que deux phases dans l’évolution cyclique d’une seule et même maladie. Kraepelin la nommera un siècle plus tard psychose maniaco-dépressive, dénomination qu’elle a conservée jusqu’à il y a peu[8].

On parle plutôt de nos jours de « troubles bipolaires ».

Il décrit aussi la maladie mentale comme « la forme la plus inhumaine de la maladie, celle qui défigure l’esprit ». Une vision qui étonne encore aujourd’hui par sa modernité. Avec lui, on passe de l’aliénation mentale aux maladies mentales. On « reconnait » progressivement « tout l’humain dans les malades ».

L'humaniste visionnaire[modifier | modifier le code]

Profondément humaniste et animé par des convictions religieuses fortes, Jean-Pierre Falret se montre farouchement opposé à une pratique de la psychiatrie réduite à l’enfermement et la privation des droits. Il s’est battu pour lui opposer une conception profondément humaine, respectueuse des personnes et ouverte sur la société, comme le précise le Pr Patrick Berche dans son ouvrage sur le cerveau de 2015[9]. Ainsi, après avoir visité les asiles d'Angleterre et d'Écosse en 1835, dont il tira profit pour apporter des améliorations notamment pour la maison de Vanves, il prend une part active à la préparation de la loi du 30 juin 1838 visant à rétablir les droits civiques des malades mentaux pour en faire des citoyens à part entière.

Le Dr.Falret a la conviction que les « aliénés pouvaient guérir de leur maladie et que leur donner une place dans la société et un travail était un gage de leur salut ». Ainsi, il insiste pour une évolution des termes utilisés à l’égard des personnes atteintes de troubles mentaux. Loiseau écrit dans son éloge : « les mots d’imbécilité, de démence et de fureur qui figurent encore dans le code civil, ont été remplacés dans la loi de 1938 par le mot plus exact et plus général d’aliénation mentale »[1].

Il a un souci particulier des femmes et des enfants aliénés mentaux et surtout de leur devenir après leur sortie de l’asile comme en témoignent les propos de René Semelaigne[10]  : « la période de convalescence mérite toute la sollicitude du médecin, et la condition des femmes est à ce point de vue moins favorable que celle des hommes. Sans asile, sans ouvrage, sans soutien aucun, elles tombent dans l’immoralité ou dans le désespoir qui les entraîne au suicide, ou provoque une rechute ».

Historique des structures créées à son initiative ou à sa suite[modifier | modifier le code]

Conscient donc de la fragilité de ses patients et des risques de rechute, il fonde, en 1822, avec son collègue Félix Voisin une maison de Santé à Vanves. Par la suite en 1841, soucieux de la réinsertion des aliénés sortant de l’Asile, il sera à l’initiative de la Société de Patronage pour les Aliénés sortis guéris de l’Hôpital de la Salpêtrière avec l’abbé Jean-Joseph Christophe, aumônier de la Salpetrière, qui deviendra plus tard évêque de Soissons. Cette société de patronage deviendra par la suite l’Œuvre Falret.

Création d'une maison de santé[modifier | modifier le code]

En 1821, il s'associe avec un autre médecin aliéniste, le docteur Félix Voisin, qui a obtenu son diplôme la même année que lui (1819)[11]. Félix Voisin est lui aussi disciple de Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol. Il a acquis l'année précédente, en 1820, une propriété située à Vanves au sud de Paris. En 1822, les deux médecins y fondent une maison de santé située au numéro 8 de la rue du Bois (de nos jours, rue Falret). Le domaine couvrait 40 hectares. Les bâtiments comprenaient un établissement central, une ferme, une chapelle et des pavillons indépendants à un seul étage.

À l'origine il n'y avait que 6 pavillons, mais en 1898 il y en avait 28. L'autorisation d'ouverture est donnée par le préfet de police de Paris le , pour accueillir 50 pensionnaires. Ce nombre sera porté à 65 par décision modificative du après la construction de 3 nouveaux bâtiments destinés aux pensionnaires féminins. La maison de santé acquiert une excellente renommée, et participe au développement de la commune. Félix Voisin est même élu maire de Vanves jusqu'à 1839. Le fils de Jean-Pierre Falret, Jules Falret, succède à son père comme directeur de l'établissement et de l'Oeuvre Falret, jusqu'à son décès en 1902. L'établissement cesse son activité en 1927, et en 1933 le parc fut vendu à la commune de Vanves[2]. Autrefois désigné Parc Falret, il porte désormais le nom du maire de Vanves de l'époque, Frédéric Pic, mais la rue qui le longe se nomme rue Falret[11]. Plusieurs bâtiments de l'établissement subsistent.

L'un d'entre eux est devenu un restaurant, Le Pavillon de la Tourelle[12].

Création d’un asile ouvroir[modifier | modifier le code]

Études cliniques sur les maladies mentales et nerveuses, 1890

Le 10 mars 1843, la Société de Patronage pour les Aliénées sorties guéries de l’Hôpital de la Salpêtrière est pourvue d’un « asile ouvroir » au 35 de la rue Plumet (Paris XVe). L’accueil y est assuré par les filles de la Charité, fondées par Saint Vincent de Paul, pour les aliénés les plus démunis, se trouvant dans une extrême misère. Ce lieu leur offre refuge, travail, soins et secours de la religion. « Ainsi, ceux qui constituent les tuteurs de ces pauvres, abandonnés par leur famille et par la société, n’ont pas seulement à soulager des misère présentes, à donner du secours, du travail, un asile même; ils ont un but plus important à proposer, celui de remédier aux causes particulières de leur infortune, ils doivent avant tout chercher à les réconcilier avec leurs familles, ils doivent les faire accepter par la société en provoquant l’intérêt sur leur malheur, en persuadant par l’autorité de leur expérience, aux personnes qui peuvent leur donner un emploi, qu’elles sont très aptes à le remplir, et qu’elles méritent toute confiance. »[13].

En 1847, cette société fusionne avec celle créée par un autre aliéniste, Baillarger. En 1848, elle s’élargit en accueillant aussi les hommes aliénés convalescents sortis de Bicêtre et les enfants des uns et des autres. Un décret en Conseil d’état du 18 décembre 1848 modifie partiellement le nom de l’association en y ajoutant « … sortis guéris des asiles de la Salpêtrière … et de Bicêtre ».

Le 16 mars 1849, par arrêté n° 15 831, publié au Bulletin des lois partie supplémentaire n° 1 007 et signé Louis Napoléon Bonaparte, la société de patronage obtient sa reconnaissance d'utilité publique et définit son objet :

« L’œuvre a pour but de prévenir le retour ou le développement héréditaire de l’aliénation mentale en assurant le bienfait d’une assistance matérielle, morale et religieuse aux indigents et aux enfants des indigents des deux sexes qui sortent des deux hôpitaux consacrés dans le département de la Seine au traitement des affections cérébrales ».

En 1855 est créé un asile ouvroir installé à Vaugirard, rue des Vignes, sous le nom d’ « asile ouvroir Sainte Marie » et confié aux Sœurs Notre-Dame du Calvaire, congrégation fondée par le père Bonhomme[14]. Il est transféré avec elles en 1864 à Grenelle au n°95 de la rue du Théâtre. Il n’accueille que des femmes. Par la suite, la société fait l’acquisition aux enchères d’une maison de campagne dotée d’un parc, au n° 50-52 rue du Théâtre à Paris, qui existe encore aujourd’hui.

Par décret impérial n° 17 955 signé Napoléon, Bulletin des lois n°1107 partie supplémentaire, le nom de la société de patronage est modifié. Elle s’intitule désormais : « Œuvre de patronage pour les aliénés indigents des hôpitaux de la Seine ». Les nouveaux statuts de l’œuvre sont approuvés. La création de l’asile ouvroir est entérinée et son fonctionnement arrêté.

Près de deux siècles après la création de cette première structure d'accueil, l'Œuvre Falret et la Fondation Falret poursuivent le combat initié par le Dr Jean-Pierre Falret.

Œuvres et publications[modifier | modifier le code]

  • Observations et propositions médico-chirurgicales, Thèse de médecine de Paris n° 296, 1819, Texte intégral.
  • De l'hypochondrie et du suicide , considérations sur les causes, sur le siège et le traitement de ces maladies, sur les moyens d'en arrêter les progrès, Croullebois (Paris), 1822, disponible sur Gallica.
  • Observations sur le projet de loi relatif aux aliénés, Paris, impr. Adolphe Everat, 1837. (Texte intégral.)
  • Des maladies mentales et des asiles d'aliénés : leçons cliniques et considérations générales, J. B. Baillière et fils (Paris), 1864, disponible sur Gallica.
  • Leçons cliniques de médecine mentale faites à l'hospice de la Salpêtrière [Première partie. Symptomatologie générale des maladies mentales], Paris, J.-B. Baillière, 1870, disponible sur Gallica
En collaboration
  • avec Félix Voisin, Établissement pour le traitement des aliénés des deux sexes, fondé en juillet 1822, à Vanves, près Paris, impr. de A. Belin (Paris), 1828,

disponible sur Gallica

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Loiseau, Éloge de Jean-Pierre Falret, [lu dans la séance publique annuelle de la Société médico-psychologique du 18 décembre 1871], Paris, Impr. E. Donnaud, 1872, Texte intégral.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e « Eloge de Jean-Pierre Falret par Charles Loiseau »
  2. a et b Commission municipale d'histoire locale de Vanves, Vanves, du Moyen Âge à nos Jours, Maury Imprimeur, , p. 132-139.
  3. « Jean-Pierre Falret »
  4. [1].
  5. Encyclopædia Universalis, « JEAN-PIERRE FALRET », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 26 novembre 2016)
  6. Jean Pierre Falret, Des maladies mentales et des asiles d'aliénés: leçons cliniques & considérations générales, Baillière, (lire en ligne)
  7. [2].
  8. bpMagazine, Through the ages, it’s been there, Stephanie Stephens
  9. Les Sortilèges du cerveau. L'histoire inédite de ce qui se passe dans nos têtes, Flammarion, 2015, 448 p.
  10. [3], Les pionniers de la psychiatrie française avant et après Pinel, vol.1 R. Semelaigne Paris : J.-B. Baillières et fils, 1930 - p. 172 - 179.
  11. a et b René Sedes, Ces vanvéens hors du commun : 50 portraits, de la Renaissance à nos jours, TSPublications/presse du 2 mai, , 124 p. (ISBN 2-912615-02-X), p. 38-41.
  12. « Le Pavillon de la Tourelle » (consulté le 21 janvier 2016).
  13. Extrait du rapport du comité administratif au conseil général de l’œuvre, séance du 25 mars 1845.
  14. B. Mongrelet Vie de l’abbé Bonhomme Paris 1892 J Mersch.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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