Au clair de la lune

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Au clair de la lune est une chanson populaire française dont la mélodie, très caractéristique, ainsi que les paroles — surtout celles du premier couplet — sont si familières qu'elles ont fait l'objet d'innombrables citations, adaptations, parodies, pastiches, etc.

Mélodie[modifier | modifier le code]

La mélodie peut être décrite, selon le code Parsons, RRUUDDUDRD.

illustration pour Au clair de la lune
Illustration de la chanson Au clair de la lune par Louis-Maurice Boutet de Monvel.
illustration pour Au clair de la lune avec la musique
La même illustration avec les paroles et la musique. Quelques différences toutefois : les branches de l'arbre. Play


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    Au clair de la lu -- ne,
    Mon a -- mi Pier -- rot,
    Prê -- te -- moi ta plu -- me
    Pour é -- crire un mot.
    Ma chan -- delle est mor -- te,
    Je n'ai plus de feu_;
    Ou -- vre -- moi ta por -- te,
    Pour l'a -- mour de Dieu.
} }

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Origines[modifier | modifier le code]

partition d'Au clair de la lune
Partition de Au clair de la lune.
illustration d'Au clair de la lune
Au clair de la lune.
Illustration parue en 1866 dans les Chansons nationales et populaires de France de Théophile Marion Dumersan.

L'air est très ancien du moins sa première partie[1]. Un recueil de chansons du XVIe siècle, Recueil des plus belles et excellentes chansons en forme de voix-de-ville de Chardavoine paru en 1576 « présente une succession de note » sur le vers suivant[2] :

« Gaudinette je vous aime tant. »

Mais même si les notes sont les mêmes, c'est trop peu pour y voir l'acte de naissance d’Au clair de Lune.

La mélodie de cette chanson enfantine est parfois attribuée à Jean-Baptiste Lully, compositeur du XVIIe siècle. La source donnée étant un air du ballet de l'opéra Cadmus et Hermione (1673). « Mais l'examen de la partition n'est guère concluant[3] » et « Rien n'autorise à lui attribuer l'air de la chanson[2] ». En l'absence de sources fiables étayant cette thèse, l'œuvre est actuellement considérée comme une chanson du XVIIIe siècle dont l'auteur et le compositeur sont inconnus[4].

La chanson est en effet à la mode vers 1780 « comme Cadet Rousselle, comme Malbrough[4] ». Il emprunte un texte (le timbre) dit de La Rémouleuse[5],[6] et sur une contredanse (danse anglaise, forme ancienne du quadrille) appréciée dans la haute société du XVIIIe siècle[7]. Le texte accolé à la musique plus tard, est En roulant ma brouette...

Paroles[modifier | modifier le code]

La première publication du texte est due à Théophile Marion Dumersan dans son Chansons nationales et populaires de France en 1846[4]. « Il n'en retient que les deux premières pour les Chansons et rondes enfantines[4] ».

Version la plus courante[modifier | modifier le code]

La version la plus courante évoque des personnages issus de la commedia dell'arte (Pierrot et Arlequin). Pierrot est un personnage à chapeau blanc et au visage poudré de farine. Ce rôle réapparaît à Paris en 1673 incarné par Giuseppe Giratone[4]. Mais c'est Gaspard Debureau et son fils Charles, qui le popularisent au Théâtre des Funambules dans les années 1820.

Le personnage de Lubin apparaît plusieurs fois : dans une ballade (1527) de Clément Marot[8] où Lubin est un moine débauché[4]. Dans le Georges Dandin (1668)[9] de Molière, il est un valet « galamment empressé auprès de Claudine, une forte luronne[4]. »

1.
Au clair de la lune,
Mon ami Pierrot,
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot.
Ma chandelle est morte,
Je n'ai plus de feu ;
Ouvre-moi ta porte,
Pour l'amour de Dieu.
2.
Au clair de la lune,
Pierrot répondit :
« Je n'ai pas de plume,
Je suis dans mon lit.
Va chez la voisine,
Je crois qu'elle y est,
Car dans sa cuisine
On bat le briquet. »
3.
Au clair de la lune,
L'aimable Lubin
Frappe chez la brune,
Ell' répond soudain :
— Qui frapp' de la sorte ?
Il dit à son tour :
— Ouvrez votre porte
Pour le dieu d'amour !
4.
Au clair de la lune,
On n'y voit qu'un peu.
On chercha la plume,
On chercha le feu.
En cherchant d'la sorte,
Je n'sais c'qu'on trouva ;
Mais je sais qu'la porte
Sur eux se ferma...

Commentaires sur le texte de cette version[modifier | modifier le code]

D'après certaines sources la version originale disait Prête-moi ta lume plutôt que Prête-moi ta plume [10]. Lume vient du mot lumière et c'est ce dont on a besoin pour écrire lorsque la chandelle est morte. On a donc la demande, « la lumière (lume) pour écrire un mot » et la justification de cette demande, « ma chandelle est morte, je n'ai plus de feu ». Il faut donc du feu pour rallumer la chandelle et avoir ainsi de la lumière (lume). Cette version est plus cohérente avec la voisine qui bat le briquet, c'est-à-dire qui allume son feu, et pourra rallumer la chandelle. Ce sens est perdu avec « Prête-moi ta plume ».

Cependant la version officielle serait cohérente si le protagoniste cherchait deux choses : une plume pour écrire et du feu pour sa chandelle. Ainsi dans le premier couplet la demande de feu serait alors sous-entendue dans « ma chandelle est morte je n'ai plus de feu ». Dans le second couplet la version modifiée donnerait « je n'ai pas de lume, je suis dans mon lit » ce qui signifierait que puisque Pierrot est dans son lit, alors il a déjà éteint ses lumières. Mais la version originale « je n'ai pas de plume, je suis dans mon lit » peut être tout aussi logique si Pierrot explique qu'il n'a pas de plume pour son ami et qu'il est dans son lit (sous entendu qu'il a déjà éteint ses chandelles). De même, pour le quatrième couplet, la version modifiée « on chercha la lume, on chercha du feu » produirait une phrase redondante, alors que la version officielle « on chercha la plume, on chercha du feu » contient deux informations.

À travers des termes comme Lubin (moine dépravé), chandelle, battre le briquet (désigne l'acte sexuel) et le dieu d'amour, les paroles ont des sous-entendus sexuels. Ainsi, rallumer le feu (l'ardeur) lorsque la chandelle est morte (le pénis au repos) en allant voir la voisine qui « bat le briquet » peut être interprété de façon lubrique [11] .

Couplets alternatifs[modifier | modifier le code]

3.
Au clair de la lune,
S'en fut Arlequin
Tenter la fortune
Au logis voisin :
« Qui frappe à la porte ?
Dit-elle à son tour,
— Ouvrez votre porte
Pour le dieu d'amour ! »

On trouve les quatre premiers vers (donnés par Jean-Baptiste Weckerlin[12]).

J’nouvre pas ma porte
A un p’tit sorcier,
Qui porte la lune
Dans son tablier.

Version enfantine[modifier | modifier le code]

Ce couplet, en comptine sur l'air d’Au clair de la lune, est apparu vers 1870[4]. Il commence ainsi avec ses variantes (à droite) :

« J'ai vu dans la lune
Trois petits lapins
Qui mangeaient des prunes
Au fond du jardin,
La pipe à la bouche,
Le verre à la main,
En disant : « Mesdames !
Servez-nous du vin ! »

« Au clair de la Lune
Trois petits lapins
Qui mangeaient des prunes
Comme trois petits coquins,
La pipe à la bouche,
Le verre à la main,
En disant : « Mesdames
Servez-moi du vin
Tout plein ! »

Autres versions[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses autres interprétations ou adaptations. Certaines ne conservent que des fragments de la mélodie originale. D'autres changent tout ou partie des paroles, telles que les versions de Charles Trenet ou Colette Renard — Cette dernière n'étant pas destinée aux enfants car il s'agit d'une chanson paillarde — . En 1964, France Gall l'enregistre sur son 5e 45 tours (comprenant Sacré Charlemagne). Grâce au texte écrit par son père Robert Gall, la chanson devient alors une chanson d'amour.

Critique d'un tableau de Pierre-Auguste Vafflard[modifier | modifier le code]

peinture
Tableau de Pierre-Auguste Vafflard.

Au Salon de peinture et de sculpture de 1804, Pierre-Auguste Vafflard exposait un tableau représentant le poète anglais Edward Young enterrant sa belle-fille de nuit (car de religion protestante). Un critique anonyme composa ces paroles sur l'air d'Au clair de la lune, à propos de la monochromie du tableau :

« Au clair de la lune
Les objets sont bleus
Plaignons l'infortune
De ce malheureux
Las ! sa fille est morte
Ce n'est pas un jeu
Ouvrez-lui la porte
Pour l'amour de Dieu. »

Prosodie[modifier | modifier le code]

En prosodie classique, le texte de Au clair de la lune compte cinq syllabes par vers, rimes croisées féminines et masculines. Mais, sans y rien toucher, la chanson alterne vers de cinq et six syllabes puisque, surnuméraire, le « e » des rimes féminines est prononcé :

Au-clair-de-la-lu-NE (6)
Mon-a-mi-Pier-rot (5)
Prê-te-moi-ta-plu-ME (6)
Pour-é-crire-un-mot (5)

[réf. souhaitée]

Le gabarit de Au clair de la lune sera repris successivement par Marceline Desbordes-Valmore, Arthur Rimbaud et Paul Valéry :

Marceline Desbordes-Valmore, pionnière du vers impair au XIXe siècle, décalque le format de Au clair de la lune et l'applique à Ma chambre, poème lunaire de 1843 :

« Ma demeure est haute,
Donnant sur les cieux ;
La lune en est l’hôte
Pâle et sérieux. »

(…)

Arthur Rimbaud en fait autant pour L'Éternité en 1872, invoquant non plus la lune mais le soleil ; nouveauté rimbaldienne, la rime facultative :

« Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil. »

(…)

Un symboliste souscrira à son tour à la forme sélénet (couplet de deux quatrains), dans des vers de circonstance : Paul Valéry s’adressant au Dr Edmond Bonniot, gendre de Mallarmé[13].

« Au clair de la lune
Mon cher Bonniot
J'ai perdu mon rhume
Qui t'a pris au mot

Ma bronchite est morte
Je n'ai plus de toux
Ouvre-moi ta porte
Pour courir chez vous »

(…)

Œuvres utilisant le thème[modifier | modifier le code]

Fichier audio
Au Clair de la Lune (info)
Édouard-Léon Scott de Martinville a enregistré la séquence « Au clair de lune » en 1860, dans ce qui semble être le plus ancien enregistrement d'une voix actuellement connu[14],[15].

Des difficultés  pour  écouter le fichier ? Des problèmes pour écouter le fichier ?

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dumersan et Ségur 1866, p. 266
  2. a et b David et Delrieu 1988, p. 18
  3. David et Delrieu 1988, p. 17
  4. a, b, c, d, e, f, g et h David et Delrieu 1988, p. 16
  5. « Sylvie Douche, La figure de Pierrot (Revue Musicale de Suisse Romande, No. 67/1, mars 2014) », sur www.rmsr.ch,‎ (consulté le 28 janvier 2015)
  6. Présent dans : Recueil de pot-pourry françois les plus à la mode, chez Boivin, s.d., 2e recueil, 7e pot-pourry...
  7. David et Delrieu 1988, p. 190
  8. Clément Marot, Ballades,‎ (lire sur Wikisource)
  9. Molière, George Dandin ou Le Mari confondu,‎ (lire sur Wikisource)
  10. Sur le changement de lume en plume cf. Victor Proetz : The astonishment of words. An experiment in the comparison of languages. Austin : University Texas Press, 1971, p. 4 ; William Rose Benét : The Reader's Encyclopedia. New York : Crowell, 1955, p. 58.
  11. http://www.expressio.fr/expressions/battre-le-briquet.php
  12. Jean-Baptiste Weckerlin, Chansons et rondes enfantines, Paris, Garnier,‎ (lire sur Wikisource)
  13. JP Goujon, Chronique des ventes et catalogues, dans Histoires littéraires n°29, janv. fev. mars 2007, p. 217
  14. « Libération, « Au clair de la lune », le plus vieil enregistrement du monde », sur www.Libération.fr,‎ (consulté le 21 janvier 2015)
  15. (en) « Édouard-Léon Scott de Martinville's Phonautograms », sur www.firstsounds.org (consulté le 27 janvier 2015)
  16. Les paroles de l'italien Balochi, étant les suivantes :

    Ô moment de bonheur
    Réconpense d'amour !
    De doux contentement
    Palpite mon cœur.
    Voici briller, sereines
    Les étoiles au ciel
    Console, ô mon amour
    Mon âme fidèle.

    « O lieto momento
    Bel premio d'amor !
    Di dolce contento
    Mi palpita il cor
    Già splendor serene
    La stelle nel ciel
    Consola, o io bene
    Quest' alma fedel.
     »

  17. http://operadata.stanford.edu/catalog/10111103

Lien externe[modifier | modifier le code]

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