Arlequin

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Arlequin vu par Maurice Sand, 1860.
Arlequin, personnage de la commedia dell'arte.

Arlequin, Arlecchino en italien, est un personnage type de la commedia dell'arte qui est apparu au XVIe siècle en Italie, dont le costume est fait de losanges multicolores. Ceux-ci représenteraient les multiples facettes d'Arlequin, ainsi que sa pauvreté (vêtements rapiécés).

Origine[modifier | modifier le code]

Si l'Arlequin s'est développé dans la Commedia dell'arte en Occident, Idries Shah a argumenté que ses origines seraient avant tout soufies[1],[2]. Les maîtres soufis classiques étaient en effet connus pour porter une robe rapiécée cousue à partir d'étoffes de différentes couleurs dès le XIe siècle. Shah écrit que le mot « arlequin » serait issu de l'arabe « aghlaq » — le nom alors donné à ces maîtres qui enseignaient par l'humour et la dérision — dont le pluriel est « aghlaquin' », prononcé gutturalement comme la jota espagnole soit « ajlaquin », qui aurait donné le nom « arlequin». Shah défend cependant que l'enseignement de la sagesse par l'humour, un des traits du personnage d'Arlequin, est une constante de la sagesse universelle.

Robe rapiécée de saint François d'Assise. Ayant argumenté que l'Arlequin soit dans sa forme un personnage d'influence soufie, spécialement d'après le port de la robe rapiécée des maîtres derviches du XIe siècle, Idries Shah a également consacré un chapitre de son ouvrage de référence à l'influence soufie sur Saint François d'Assise, dont la robe rapiécée est pour lui un des nombreux exemples. (Shah, I. The Sufis The Octagon Press:1999 p. 228 et suivantes).

Origines lointaines[modifier | modifier le code]

Elles relèveraient des « sannions » ou « bouffons » qui jouaient les fables atellanes, ainsi nommées de la ville d'Atella, d'où ils étaient venus, vers les premiers temps de la République romaine, pour ranimer les Romains découragés par une peste affreuse.

Cicéron, émerveillé de leur jeu, s'écrie : « Quid enim potest esse tam ridiculum quam sannio est ? Sed ore, vultu, [imitandis moribus,] voce, denique corpore ridetur ipso »[3] (de Oratore, lib. II, cap. 64). Le costume de ces mimes, tout à fait étranger aux habitudes grecques et romaines, se composait d'un pantalon (et non d'une toge) de diverses couleurs, avec une veste à manches, pareillement bigarrée, qu'Apulée, dans son Apologie, désigne par le nom de centunculus, habit de cent pièces cousues ensemble. Ils avaient la tête rasée, dit Vossius, et le visage barbouillé de noir de fumée : Rasis capitibus et fuligine faciem obducti. Tous ces traits caractéristiques se trouvent dans des portraits peints sur des vases antiques sortis des fouilles d'Herculanum et de Pompéi ; et l'on peut en conclure que jamais descendant de noble race n'a offert une ressemblance de famille aussi frappante que celle qui existe entre Arlequin et ses aïeux[4].

Quant à la personnalité d'Arlequin, elle fut sans doute empruntée aux personnages d'esclaves des comédies latines (celles de Plaute et Térence, eux-mêmes très inspirés par les spectacles comiques latins pré-classiques), au caractère souvent très proche (goinfres, poltrons, fanfarons, paresseux, lascifs…), aucune trace textuelle d'atellane n'ayant subsisté après l'Empire Romain.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Son nom viendrait de celui du roi de la mythologie germanique « Herla » (Herla King en anglais ou Erlkönig en allemand) à l'origine de la tradition française d'un diable nommé « Hellequin »[5], ce qui donna la variante Harlequin, passé en italien sous la forme Arlecchino à l'origine du français Arlequin. Arlequin serait donc un personnage issu des croyances populaires concernant l'enfer. De plus, c'est un personnage qui s'inspire du protagoniste italien Arlecchino, possédant des caractéristiques semblables mais qui ne portait pas à chaque représentation les mêmes habits.

Sur scène[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce que l'on a pu dire, le personnage d'Arlequin n'a pas été créé par l'acteur italien Domenico Biancolelli. On en trouve la trace en Italie dès le XVIe siècle. En France, les comédiens du duc de Mantoue, parmi lesquels un acteur se fait appeler Arlequin, sont invités par la reine Marie de Médicis en 1606[6], mais ils se font prier et ne se rendent en France qu'en 1608. Arlequin n'est pas au rendez-vous, immobilisé dit-on, par une maladie[7].

Employé dans beaucoup de pièces de commedia dell'arte, il est un personnage indispensable à celle-ci. Sa fonction est celle d'un valet comique. Il est connu pour sa bouffonnerie. Contrairement à Brighella, il fait preuve de peu d'intelligence, il est bête, famélique, crédule et paresseux. Il est toujours en quête de nourriture et pour en trouver, il est capable d'inventer toutes sortes de stratagèmes, pirouettes ou acrobaties, mais le reste du temps, il cherche avant tout à dormir et éviter le moindre effort. Il était souvent représenté une bouteille à la main, ce qui signifiait que le spectateur ne devait pas tenir compte de ses paroles.

Arlequin joue le rôle de l'humble serviteur, comme dans Arlequin, serviteur de deux maîtres, de Carlo Goldoni. Il peut aussi être l'amoureux de Colombine et par conséquent un rival de Pierrot. Il apparaît en France à l'époque de Molière, où ses caractéristiques évoluent. Il devient ainsi dans les pièces de Marivaux, comme par exemple dans l'Île des esclaves, un valet en apparence naïf et sensible, mais qui laisse entendre l'intelligence et la ruse d'une soumission feinte. La dramaturgie de Marivaux développe, par l'intérêt porté au langage (et à ce qui lui est corollaire), le caractère du personnage Arlequin.[pas clair]

Dans la rue[modifier | modifier le code]

De tous temps, aux carnavals et aux charivaris, sera associée la diabolique figure de « Hellequin », allitération de « Helleking » (roi de l'Enfer).

L'Arlequin est encore un personnage du Carnaval de Binche.

Œuvres où figure Arlequin[modifier | modifier le code]

Chez Marivaux :

Arlequin Mercure galant de Fatouville

Ballets :

Dans la commedia dell'arte (ou auteur inconnu) :

  • Arlequin chevalier du soleil, de Fatouville
  • Arlequin empereur dans la lune, de Fatouville
  • Arlequin Jason ou la toison d'or comique, de Fatouville
  • Arlequin lingère du palais, de Fatouville
  • Arlequin Mercure galant, de Fatouville
  • Arlequin Protée, de Fatouville
  • Les Deux Arlequins
  • Arlequin Phaéton
  • Arlequin défenseur du beau sexe
  • Arlequin misanthrope
  • L'Arlequinade
  • Les Aventures d'Arlequin
  • Le Désespoir d'Arlequin

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Sand, Masques et bouffons (comédie italienne), Paris, Michel Lévy frères, 1860
  • François Moureau, De Gherardi à Watteau : présence d'Arlequin sous Louis XIV , Paris, Klincksieck, 1992
  • Karin Ueltschi,La Mesnie Hellequin en conte et en rime. Mémoire mythique et poétique de la recomposition,

Paris, Champion, « Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge », 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Idries Shah, Los Sufis, Editorial Kairós, 2007, p. 433
  2. Andrew Gerstle, Recovering the Orient: Artists, Scholars, Appropriations, Routeledge, 1995, p. 80 [1]
  3. Texte latin pris sur le site de l'Académie de Nice. On peut traduire par : « En effet, qu'est-ce qui peut être aussi comique que l'est un bouffon ? C'est qu'il nous fait rire par sa bouche, par sa figure, par ses parodies, par sa voix, par tout son corps enfin. »
  4. P.M. Quitard, Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française. p. 77. Paris, 1842. P. Bertrand, éd.
  5. La Mesnie Hellequin : horde composée de monstres et de revenants, de créatures infernales et de femmes nues, venant harceler les vivants. Elle donne, curieusement, dans la commedia dell'arte, naissance à une personne totalement différente : Arlequin dont les habits et la fantaisie semblent tourner en dérision le monde des cauchemars dont il est issu.
  6. BnF, Manuscrit 500 Colbert 87, fol. 80 v°
  7. A. Baschet, Les Comédiens italiens …, p. 152.