Affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon

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Affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon
Titre Affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon
Fait reproché Tentative de meurtre
Pays Drapeau de la France France
Ville Viry-Châtillon (Essonne)
Type d'arme Cocktails Molotov
Date
Nombre de victimes 4 policiers blessés dont 2 blessés graves
Jugement
Statut Affaire jugée en 1re instance
Affaire en appel
Tribunal Cour d'assises de l'Essonne
Date du jugement

L'affaire dite des « policiers brûlés à Viry-Châtillon » débute le vers 15 h par l'attaque de deux voitures de police postées en observation au carrefour menant à La Grande Borne, un quartier de Viry-Châtillon (Essonne) connu pour ses nombreuses agressions. Une dizaine de personnes s'en prennent au véhicules à coup de barres de fer et de pierres, puis jettent des cocktails Molotov en direction des agents à l'intérieur des voitures. Une policière est grièvement brûlée aux mains et aux jambes tandis que le diagnostic vital d'un adjoint de sécurité de 28 ans très grièvement brûlé est engagé[1],[2].

L'attaque provoque un fort émoi parmi les policiers, émoi qui va jusqu'à l'organisation de manifestations de protestation et la constitution d'une association : Mobilisation des policiers en colère. Le gouvernement réagit également à cette attaque.

Treize accusés sont jugés par la cour d'assises de l'Essonne à l'automne 2019. À l'issue du verdict prononcé le , huit d'entre eux sont condamnés à des peines allant de dix à vingt années de prison, tandis que les cinq autres sont acquittés. Le Parquet fait appel de cette décision quelques jours plus tard.

Le contexte[modifier | modifier le code]

Contexte propre au quartier[modifier | modifier le code]

Une rue du quartier de la Grande Borne.

Le quartier de La Grande Borne a été créé à la fin des années soixante pour « reloger les populations précisées de la région parisienne »[pas clair]. Le quartier connaît une insécurité récurrente depuis quelques années. Selon Philippe Rio, maire communiste de Grigny : « force est de constater que l'insécurité s'est enkystée dans le quartier, ...; il est clair que nous sommes dans une zone de sous-droit : entre février 2014 et décembre 2015, j'ai déposé sept plaintes pour des incendies sur des bâtiments municipaux. elles ont toutes été classées sans suite »[3]. La situation géographique du quartier le long de l'autoroute A6 en fait un lieu propice au trafic de drogue qui s'y est développé[3].

La caméra installée au carrefour de la départementale 445 et de la rue allant à La Grande Borne a déjà fait l'objet en septembre d'une attaque à la voiture-bélier. Depuis, elle est « encerclée de trois bornes en fonte, renforcées par trois lourds blocs de béton »[3].

Contexte général[modifier | modifier le code]

L'usage du cocktail Molotov contre les forces de l'ordre se multiplie ces derniers mois. Le 19 septembre lors d'un manifestation contre la loi El Khomri, un policier a été blessé par un de ces engins[4]. Le 18 mai, en marge d'un manifestation contre la loi El Khomri, une voiture de police est incendiée par des manifestants ; dans ce cas les policiers (ou les adjoints de sécurité) ont le temps de sortir de la voiture[5].

Le 19 octobre des policiers sont pris à partie par des jeunes qui lancent des cocktails Molotov sans faire de blessés. Le 5 novembre 2016, à Dijon, des pompiers et des policiers qui interviennent pour éteindre un feu de voiture sont pris à partie par des individus qui leur lancent des cailloux et un cocktail Molotov[6].

Réactions du gouvernement[modifier | modifier le code]

Le président de la République, François Hollande, s'engage à tout faire « pour retrouver les auteurs et les traduire devant la justice pour qu'ils soient condamnés à une peine à la mesure de la gravité de leur acte. »[1].

Le Premier ministre, Manuel Valls, en visite dans des commissariats de l'Essonne, déclare le 10 octobre « qu'il n'y avait pas de zone de non-droit. ». Par ailleurs, il a insisté sur l'importance de la vidéosurveillance « Ici, vous êtes à quelques mètres de La Grande Borne, il y avait des policiers placés pour surveiller ce carrefour où il y avait déjà eu plusieurs agressions et où il y a une caméra de surveillance particulièrement importante, c'est pour ça que, moi, je crois en la vidéosurveillance »[1].

Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, estime sur RTL, le 10 octobre 2016, que les policiers ont été « confrontés à une bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté »[1]. Le terme « sauvageons » provoque chez les policiers un vif ressentiment. En effet pour eux les personnes qui ont agressé leurs collègues ne sont pas des « sauvageons » mais des criminels[7].

Problèmes soulevés par les policier suite à l'attaque[modifier | modifier le code]

Au niveau technique[modifier | modifier le code]

Les policiers mettent l'accent sur plusieurs points :

  • La composition du groupe de policier envoyés au carrefour. Des policiers estiment qu'il n'est « pas normal que ces auxiliaires de police (cas de la personne la plus gavement blessé) se retrouvent en première ligne »[2]
  • Le manque de moyens face notamment à l'ultraviolence. Le Syndicat Alliance réclame, par exemple, 300 personnes de plus dans l'Essonne . Ici le problème semble être double. En effet si au niveau national les effectifs ont augmenté, la répartition des policiers semble poser problème, tout comme le fait que les forces de maintien de l'ordre sont de plus en plus sollicitées. Par exemple, les CRS et les Gendarmes mobiles sont très mobilisés par la crise migratoire à Calais et par la lutte contre le terrorisme et ont moins de temps pour les missions plus traditionnelles. Un policier du commissariat d'Athis-Mons déclare au l'AFP : « avant (l'attentat contre) Charlie Hebdo, on avait toujours une demi-compagnie de CRS sur l'Essonne. »[2]
  • Problème de qualité du matériel « valable pour le gilet tactique, le porte-menottes, les gants »[8].

Au niveau du « ressenti » des policiers[modifier | modifier le code]

Cette agression d'une certaine façon cristallise et avive un certain « ressenti policier » antérieur constitué notamment par un sentiment d'abandon. Un policier déclare : « on a vraiment le sentiment d'être abandonnés, alors que l'Essonne est le département le plus difficile d’Île-de-France après la Seine-Saint Denis »[2].

Au niveau de relations Police-Justice[modifier | modifier le code]

Trois points sont à relever :

  • Les policiers se plaignent d'un certain laxisme de la justice. Pour le ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas, « incompréhension par rapport aux décisions judiciaires (…) relève en réalité d’un manque d’information : les policiers n’ont aucun moyen de savoir ce que deviennent les personnes qu’ils interpellent. ». Aussi, il propose d'instaurer un système d'information qui permette aux policiers de connaître les suites judiciaires des affaires qu'ils traitent[9].
  • Les policiers demandent aussi le rétablissement des peines planchers pour les agressions commises à leur égard[9].
  • Le syndicat Alliance, demande quant à lui une nouvelle définition du concept de légitime défense en ce qui concerne les policiers dans l'exercice de leur métier[9].

Le ministre de la justice s'oppose aux deux derniers points[9]. Le syndicat de la magistrature s'oppose à ce que les statistiques pénales soient transmises aux policiers et reproche à leur ministre de reprendre le « discours simpliste sur le laxisme de la justice »[10]

Le mouvement dit des « policiers en colère »[modifier | modifier le code]

Après l'attaque, le syndicat Alliance a demandé aux policiers de participer à partir du 11 octobre 2016 a un grève du zèle. Dans la nuit de lundi 17 au mardi 18 octobre, manifestation de policiers à Paris prés de l'hôpital Saint-Louis où est toujours hospitalisé l'adjoint de sécurité gravement brûlé et sur les Champs-Élysées[7]. Puis le mardi 18 octobre au soir, manifestation devant la Direction départementale de la Sécurité publique de l'Essonne à l'occasion de la venue du directeur général de la police nationale[8].

Suite à ces mouvements les syndicats (Unsa-Police, Alliance et Synergie) rencontrent les ministres de l'intérieur et de la justice le mercredi 19 octobre[11].

Suite judiciaire de l'affaire[modifier | modifier le code]

Enquête[modifier | modifier le code]

Le 21 octobre le procureur Eric Lallement annonce l'ouverture d'une information judiciaire pour « tentatives de meurtres sur personnes dépositaires de l’autorité publique commises en bande organisée » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime »[12].

Début décembre deux adolescents (un de quinze ans et un de dix-sept ans) sont arrêtés pour avoir participé à la confection des cocktails molotov. Le plus âgé est mis en examen « pour complicité de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique en bande organisée »[13]

Les mardi dix-sept et mercredi dix-huit janvier, la police procède à onze arrestations de jeunes de 16 à 20 ans. Le vendredi 20 janvier sept d'entre eux sont mis en examen pour « tentatives de meurtres sur personnes dépositaires de l’autorité publique commises en bande organisée ». L'enquête a été difficile. Pour progresser, la police a du avoir recours à des écoutes téléphoniques [14]

Procès[modifier | modifier le code]

Le 15 octobre 2019, le procès de 13 accusés dont certains étaient mineurs durant l'attaque débute à huis-clos devant la cour d'assises des mineurs de l'Essonne[15]. Huit des treize accusés sont condamnés à des peines allant de 10 à 20 ans de prison. Les autres sont acquittés. Le , le Parquet fait appel[16].

Analyse de la situation par des experts du secteur (maintien de l'ordre, sociologue)[modifier | modifier le code]

Pour le directeur du centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), Christion Mouhanna, « Dans les années 1990, il y avait des îlotiers à la Grande-Borne, à pied. On les connaissait et ils réglaient des problèmes. Depuis dix ans, les policiers ont l'impression de s'être fait avoir, d'être utilisés comme des pions, avec un manque de respect et de clarté, d'être seuls avec les problèmes du terrain. Les effectifs se renforcent pour les procédures, dans les états-majors, mais pas sur la voie publique. Or, pour qui travaillent les policiers ? »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d « Attaque de Viry-Châtillon contre des policiers », Le Monde du 10 octobre 2016.
  2. a b c et d Le point du 10/10
  3. a b et c Le Figaro du 12/10/2016
  4. Guillaumme Jeanson, « Cocktail Molotov contre CRS : le spectacle d'une fin de règne », Le Figaro du 19/09/2016
  5. Vingt minutes du 20/05/2016
  6. [1]
  7. a et b Jean-Marc Leclerc, "Vent de colère dans la police", Le Figaro du 18/10/2016.
  8. a b et c Nicolas Gonard, Paroles de flics exaspérés, Le Parisien du 20/10/2016
  9. a b c et d Le Monde/AFP du 21/10/2016
  10. BFMTV du21/10/2016
  11. Jérôme Sage, Ministres et syndicats tentent de désamorcer, Le Parisien du 20/10/2016
  12. fr.news.yahoo.com
  13. www.lefigaro.fr
  14. Ouest France du 20/01/2017, [2]
  15. [3]
  16. « Policiers brûlés à Viry-Châtillon: le parquet fait appel après les 8 condamnations et 5 acquittements », sur lefigaro.fr, .