Asphodèle

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Asphodelus

Les asphodèles Écouter sont des plantes vivaces monocotylédones qui appartiennent à la famille des Liliacées selon la classification classique de Cronquist (1981) et forment le genre Asphodelus. La plupart des espèces poussent autour du bassin méditerranéen et ont une prédilection pour les sols calcaires. À noter cependant une espèce alpine, A. albus, et sa sous-espèce A. delphinensis que l'on trouve aussi dans les Cévennes et les Pyrénées[1], ainsi qu'une espèce poussant à la fois en Bretagne et en Galice, A. arrondeaui ou asphodèle d'Arrondeau.

Dans l'Antiquité, l'asphodèle, appelé encore aujourd'hui poireau du diable, était souvent utilisé pour fleurir la tombe des morts, d'où la légende du Pré de l'Asphodèle, lieu des Enfers dans la mythologie grecque.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Plante dont les tiges, assemblées en gerbes, et les racines, comparées à des testicules[2], étaient consommées avec ses graines grillées[3] en un plat raffiné qu'accommodent les figues[4], l'asphodèle a joué depuis l'Antiquité, peut-être parce que le bétail pâturant la néglige et qu'elle ne dégage pas de parfum, un rôle notoire dans la cuisine, la médecine[4], la magie[2], la mythologie, la poésie, mais son étymologie[4], inexplicable en grec, laisse supposer que son nom, άσφοδελός, qui est un adjectif oxyton substantivé en paroxyton[5] selon une règle grammaticale d'alternance des accents typiques des langues indo-européennes[6], a une origine égéenne[7], c'est-à-dire dans une langue non indo-européenne dont le mystérieux linéaire A serait l'écriture.

Asphodèle est un doublet savant de l'ancien français affodil, lui-même issu du bas latin affodilus et passé par l'anglo-normand dans l'anglais moderne sous la forme daffodil[8], c'est-à-dire fleur d'affodil. Fleurs d'asphodèle, ou Pauvres filles de Sainte Claire, ne désigne cependant pas l'asphodèle mais le narcisse[9].

Description[modifier | modifier le code]

La fleur de l'asphodèle avec ses six tépales blancs rayés et six longues étamines.

Le feuillage des asphodèles se présente sous la forme d'une rosette de feuilles étroites et linéaires, à extrémité pointue. De cette rosette émerge une tige nue portant une hampe florale plus ou moins ramifiée selon les espèces.

Les fleurs sont groupées en grappes fleurissant du bas vers le haut. On trouve sur la même grappe les fruits en bas, les fleurs épanouies au centre et les « boutons » en haut. Les fleurs sont formées de six tépales, soit trois sépales et trois pétales ayant la même forme et la même couleur. Elles sont en général blanches, chaque tépale portant une strie centrale rose ou brune. Les six longues étamines, à filet blanc, portent des anthères orange ou brunes. Contrairement à ce que laisse entendre l'alexandrin de Booz endormi (la légende des siècles Victor Hugo), la fleur d'asphodèle ne dégage aucune odeur...Des frais parfums sortaient des touffes d'asphodèle...

Les fruits sont des capsules rondes, vertes ou brun-orange, qui ressemblent à des petites cerises.

La racine, tubéreuse, est comestible.

Classification[modifier | modifier le code]

La classification phylogénétique place ce genre dans la famille des Asphodelaceae, classification qui était déjà celle de Jussieu, et dans l'ordre des Asparagales. La classification phylogénétique APG II (2003) propose, de façon optionnelle, de l'inclure dans la famille des Xanthorrhoeaceae, la classification phylogénétique APG III (2009) confirme ce choix.

Certaines variétés régionales sont parfois considérées comme des espèces mais la classification n'est pas fixée.

Principales espèces[modifier | modifier le code]

  • Asphodelus albus : asphodèle blanc. Synonymes, sous-espèces ou espèces voisines : A. delphinensis, A. macrocarpus, A. sphaerocarpus. Hampe florale non ramifiée, fleurs en grappe très serrée.
  • Asphodelus arrondeaui : asphodèle d'Arrondeau. Considéré généralement comme une sous-espèce de A. albus ou de A. macrocarpus, s'en distingue surtout par sa répartition géographique (Bretagne, nord-ouest de l'Espagne).
  • Asphodelus cerasiferus : asphodèle-cerise. Espèce méditerranéenne. Hampe florale faiblement ramifiée. Caractéristique par ses fruits globuleux, plus gros que dans les autres espèces. Fleurs nombreuses mais moins serrées que celles de l'asphodèle blanc.
  • Asphodelus fistulosus : asphodèle fistuleux. Espèce méditerranéenne. Tige étroite et creuse (les autres espèces ont une tige pleine). Les fleurs sont très espacées, formant une grappe lâche. Fruits brun-rouge très gros par rapport à la tige.
  • Asphodelus ramosus : asphodèle ramifié. Espèce méditerranéenne. Souvent considéré comme synonyme de A. cerasiferus, il s'en distingue par une hampe florale plus ramifiée à la base et par des fruits plus petits.
  • Asphodelus macrocarpus

Protection[modifier | modifier le code]

Asphodèle d'Arrondeau, dit bâton blanc.

En France, seul le bâton blanc, Asphodelus arrondeaui, est une espèce protégée[11]. Elle a été découverte en 1862 par un botaniste Vannetais.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Tubercules : Selon l'ethnobotaniste François Couplan[12], bruns, ils sont cassant, jaune et juteux à l'intérieur.
Ceux de l' Asphodelus albus et de l' Asphodelus ramosus étaient consommés, au moins depuis l'antiquité gréco-romaine, cuits sous la cendre[12]. Ceci se faisait encore dans le Dauphiné en France au XVIIIe siècle. On les préfère jeunes, ils cuisent alors plus vite et ils n'ont pas la texture collante et le goût désagréable des parties plus âgées, qui persistent même après une cuissons successives dans plusieurs eaux[12].
Ces tubercules ont autrefois servi à produire de la fécule, et aussi de la colle pour la cordonnerie et la reliure. Durant les disettes qui ont accompagné la Première Guerre mondiale (en Grèce par exemple) des rhizomes d'Asphodèles était consommés, de même plus récemment qu'en Bosnie (en bouillies et galettes). Les tubercules d' Asphodelus fistulosus étaient consommés dans certains pays asiatiques[12].

Feuilles : En Calabre les grandes feuilles sont utilisées pour emballer les fromages[13],[14].
Les pousses (jeunes) de l'Asphodèle blanc étaient consommés, une fois cuites à l'eau pour atténuer leur amertume[12]. Elles sont alors tendres et sucrées ; en Italie du Sud on les prépare comme des asperges. Elle pourraient être légèrement toxique et donc à consommer avec modération[12].

Fruits : crus ou cuits, ils sont également comestibles ; leur goût est proche de celui du petit pois, en plus sucré[12].

Graines : elles ont eu un usage condimentaire, à la manière des graines de pavots ou de coquelicot qui ont un goût proche[12].

Langage des fleurs[modifier | modifier le code]

Dans le langage des fleurs, l'asphodèle symbolise un amour perdu[15].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Le Champ de l'Asphodèle désigne une région des Enfers grecs.
  • L'asphodèle apparaît sous la plume de François Rabelais dans Gargantua : « Ne croyez pas que la béatitude des héros et des demi-dieux qui sont aux Champs Elysées tienne à leur asphodèle, à leur ambroisie ou à leur nectar comme disent les vieilles de par ici. Elle tient, selon mon opinion, à ce qu'ils se torchent le cul avec un oison ; c'est aussi l'opinion de Maître Jean d'Ecosse[16]. »
  • Victor Hugo fait également référence à l'asphodèle, dans Booz endormi :
    Booz ne savait point qu'une femme était là,
    Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
    Un frais parfum sortait des touffes d'asphodèle,
    Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.
  • Verlaine, dans Les Amies (Parallèlement) :
    Et toutes deux, avec des langueurs d'asphodèles,
    Tandis qu'au ciel montait la lune molle et ronde,
    Savouraient à longs traits l'émotion profonde
    Du soir et le bonheur triste des cœurs fidèles.
  • Dans L'hétaïre de Giovanni Pascoli (Poèmes conviviaux), la courtisane aux Enfers croit voir ses avortons morts parmi des étendues "d'asphodèles et de narcisses" (1904).
  • Jean-Guy Soumy écrit dans son livre Un feu brûlait en elles que durant la grande famine de 1709 en France, « une recette venue de Bordeaux et approuvée par les jurats, parvint en Marche, décrivant les moyens de faire du pain à l'aide de racines d'asphodèles. On vit partout hommes et femmes courir la campagne à la recherche de la verge de jacob ».
  • L'asphodèle donne son nom à un personnage secondaire du feuilleton radiophonique Bons baisers de partout, Moïse Asphodèle, alias Sphodella, le photographe-philosophe.
  • Asphodèle est un poème écrit en 1954 par William Carlos Williams.
  • Mes bouquets d'asphodèles (1969) est le titre d'une chanson de Marie Laforêt.
  • "Un Asphodèle" est un poème d'Allen Ginsberg, vraisemblablement inspiré de l'œuvre homonyme de William Carlos Williams (1954).
  • Asphodèle est une série de bande dessinée.
  • Dans Harry Potter à l'Ecole des Sorciers de J.K. Rowling, le professeur Severus Rogue demande à Harry Potter, lors de leur première rencontre, ce que l'on obtient "lorsque l'on ajoute de la racine d'asphodèle en poudre à une infusion d'armoise"[17].
  • Ali Boumahdi, Le Village des asphodèles (1970 Robert Laffont ) ( ISNI 0000 0000 4739 3922 ) est récit autobiographique .

Toponymie[modifier | modifier le code]

La commune de Berrouaghia en Algérie, alias "le Village des Asphodeles", tient son nom du mot arabe « Al Berrouagh » désignant l'Asphodèle, qui est lui-même une arabisation du mot amazigh «Avarwaq». Il y aurait eu, en effet, au fond de la vallée de Berrouaghia, une fontaine entourée de champs d'asphodèles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. G. Senn, ill. C. Kaftner, Alpen-Flora : Westalpen., p. 132, C. Winter, Heidelberg, 1906.
  2. a et b J. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, no 1, p. 121, Bruxelles, 1962 (ISSN 0770-2817).
  3. J. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, no 1, p. 111, Bruxelles, 1962 (ISSN 0770-2817).
  4. a b et c J. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, no 1, p. 112, Bruxelles, 1962 (ISSN 0770-2817).
  5. J. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, no 1, p. 115, Bruxelles, 1962 (ISSN 0770-2817).
  6. K. Brugmann & A. Thumb, Griechische Grammatik, ^p. 179, Munich.
  7. J. M. Verpoorten, « Les noms grecs et latins de l'asphodèle », in L'antiquité classique, vol. XXXI, no 1, p. 118, Bruxelles, 1962 (ISSN 0770-2817).
  8. A. C. Dweck, « The folklore of "Narcissus" », in Gordon R. Hanks, Narcissus and Daffodil: The Genus Narcissus, p. 20, Taylor & Francis, Londres, 2002 (ISBN 0415273447).
  9. A. C. Dweck, « The folklore of "Narcissus" », in Gordon R. Hanks, Narcissus and Daffodil: The Genus Narcissus, p. 22, Taylor & Francis, Londres, 2002 (ISBN 0415273447).
  10. WCSP. World Checklist of Selected Plant Families. Facilitated by the Royal Botanic Gardens, Kew. Published on the Internet ; http://wcsp.science.kew.org/, consulté le 10 juil. 2010
  11. « Arrêté du 20 janvier 1982 fixant la liste des espèces végétales protégées sur l'ensemble du territoire - Version consolidée au 23 juin 2016 » (consulté le 23 juin 2016)
  12. a b c d e f g et h Couplan, François (2009) Le régal végétal : plantes sauvages comestibles ; Editions Ellebore, voir p88-89/527p
  13. François Couplan, Le régal végétal. Plantes sauvages comestibles, Editions Ellebore, , p. 88-89.
  14. Steffen Guido Fleischhauer, Jürgen Guthmann, Roland Spiegelberger, Plantes sauvages comestibles. Les 200 espèces courantes les plus importantes, Ulmer, , p. 49.
  15. Anne Dumas, Les plantes et leurs symboles, Éditions du Chêne, coll. « Les carnets du jardin », , 128 p. (ISBN 2-84277-174-5, notice BnF no FRBNF37189295).
  16. François Rabelais (trad. Guy Demerson), Gargantua, Édition du Seuil, coll. « Points », , p. 141
  17. J.K. Rowling, Harry Potter à l'Ecole des Sorcier, Folio Junior, , 311 p., chap. 8 (« Le Maître des Potions »), p. 145

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]