An Antane Kapesh

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An Antane-Kapesh
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An Antane Kapesh (née le dans la forêt près de Kuujjuaq au Québec, et décédée le à Sept-Îles) est une écrivaine et militante innue. Elle est la première femme autochtone à avoir publié des livres en français. À travers ses écrits, elle traite de thèmes et de sujets cruciaux en évoquant de nombreux évènements historiques et socio-politiques liés à la question autochtone.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle a vécu la vie traditionnelle de chasse et pêche jusqu'à la création de la réserve de Maliotenam, près de Sept-Îles en 1953. Elle n'a jamais fréquenté l'école « des blancs » ; toute son éducation lui vient de sa famille. De 1965 à 1976, elle fut chef de la bande innue de Matimekosh, près de Schefferville. Quelques années plus tard, elle appris à écrire en innu.

Elle publie son premier essai autobiographique en 1976 intitulé: Eukuan nin matshi-manitu innushkueu / Je suis une maudite Sauvagesse. Il est publié à la fois en innu, avec une traduction française de José Mailhot. Cet essai-témoignage défend sa culture en l'opposant à celle des blancs. Elle y dénonce les injustices et les problèmes sociaux que subit son peuple. Elle y décrit l'histoire de son peuple, en se plaçant à la fois du côté des siens que de celui des exploiteurs, qui ont dépossédé sa nation. Toujours en préservant son identité propre, elle fait preuve d'innovation par ses descriptions des personnages de la réalité et par ses nombreuses interrogations. Son essai contient beaucoup d'éléments de la tradition orale.

En 1979, elle publie un deuxième livre: Qu'as-tu fait de mon pays? À travers l'histoire d'un enfant (le peuple autochtone) et les Polichinelles (les Blancs), elle brosse un portrait symbolique et saisissant de la dépossession. L'essai est découplé en cinq parties qui reproduisent chacune des étapes de la dépossession (description du territoire, pratique des activités traditionnelles, arrivée des Blancs et exploitation des terres, sédentarisation et tentatives d'assimilation et finalement révolte et énonciation des nouvelles conditions du dialogue culturel.) Dans chacune des séquences du livre, l'enfant (le peuple autochtone), lors de ses nombreuses aventures et à travers ses rencontres, se soumet poliment aux Blancs et tente, en vain, de lui faire comprendre ce qu'il lui arrive. Avec cet essai, An-Antane Kapesh a créé une histoire vraisemblable, celle d'un autochtone impuissant face aux exploiteurs des ressources de sa nation. Le récit a été adapté pour la scène par An Antane Kapesh et José Mailhot en 1981. La pièce a été jouée à Montréal. En 2019, Mémoire d'encrier a entrepris la réédition des œuvres de An Antane Kapesh pour un plus vaste public. Car, selon l'éditeur, "Les livres de Kapesh sont de véritables classiques malheureusement que seulement de rares personnes ont eu la chance de lire. L'objectif est de découvrir ces œuvres qui constituent des témoignages de toute urgence sur la décolonialité", Ce travail de réédition a été confié à la romancière innue Naomi Fontaine, qui dit dans sa préface:  " Elle était Innue. Elle était née dans la forêt, avait vécu jusqu’à l’âge adulte comme nomade. Et il y a eu la réserve, le pensionnat, la haine, le racisme comme un système, le vol de son territoire, le vol de son humanité. Lorsqu’elle écrit : Je suis une maudite Sauvagesse, ce n’est ni de la témérité ni de l’arrogance. Elle pèse le poids de ce regard porté sur elle, sans baisser les yeux. Car elle sait, ce que nous avons oublié, nous les héritiers du Nord, elle sait la valeur de sa culture. Elle n’est pas colonisée. Je n’avais jamais rien lu de tel avant."

Jusqu'à la fin de sa vie, elle s'est souciée de l'avenir des siens. Elle a milité pour que les gens de son peuple connaissent la vie d'avant les réserves, notamment en écrivant des livres pour enfants en innu.

Elle fut une source d'inspiration pour des écrivains innus des générations suivantes tels que Joséphine Bacon, Natasha Kanapé Fontaine et Naomi Fontaine. Elle se maria en 1943 et eut 9 enfants.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Eukuan nin matshi-manitu innushkueu / Je suis une maudite Sauvagesse, essai autobiographique, Montréal, Leméac, 1976. Traduction en français de José Mailhot en collaboration avec Anne-Marie André et André Mailhot, Paris, Éditions Des Femmes, 1982, Montréal, Mémoire d'encrier, 2019.
  • Tante nana etutamin nitassi / Qu’as-tu fait de mon pays?, récit-témoignage à épisodes, Montréal, Éditions Impossibles, 1979, 88 p. Traduction en français des Traductions montagnaises Sept-Îles inc., Kateri Lescop, Daniel Vachon, Georges-Henri Michel, Philomène Grégoire-Jourdain et José Mailhot. En innu : Tanite nene etutamin nitassi ?, Sept-Iles, Innu-aitunnu mak innu-katshishkutamatinanut (ICEM), 2004., Montréal, Mémoire d'encrier, 2020.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Florence Piron et al., (2015), « An-Antane Kapesh » dans Femmes savantes, femmes de science tome 2, Éditions science et bien commun. En ligne: Piron (page consultée le 08/03/2017)
  • Klaus, Peter. Diane Boudreau, Histoire de la littérature amérindienne au Québec : oralité et écriture, Études littéraires 282 (1995): 121–127.

Liens externes[modifier | modifier le code]