Innu-aimun

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la langue innu. Pour le peuple innu, voir Innus.
Innu-aimun
Pays Canada
Région Québec, Labrador
Nombre de locuteurs 11 080[1]
Classification par famille
Codes de langue
ISO 639-2 alg[2]
ISO 639-3 moe
Étendue langue individuelle
Type langue vivante
IETF moe

L’innu-aimun, également appelé montagnais ou simplement innu, est une langue parlée par les Innus, un peuple amérindien de l'Est du Canada. Il s'agit d'une langue polysynthétique[3].

Les Innus habitent principalement dans la région de la Côte-Nord au Québec et au Labrador. L'innu-aimun, le cri, l'atikamekw et le naskapi forment un continuum linguistique qui s'étend du golfe du Saint-Laurent jusqu'aux montagnes Rocheuses. Bien qu'elle soit parlée par environ 11 000 personnes, la langue est menacée d'extinction[4].

Uniformisation[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, une processus d'uniformisation de la langue innue a été entrepris par différentes organisations. Cette uniformisation concerne seulement l'écriture et l'orthographe. Elle ne dicte par la façon dont les mots doivent être prononcés selon les différents dialectes et ne privilégie pas un mot provenant d'un dialecte ou d'un autre. C'est ainsi qu'un dictionnaire innu-français a été publié en 1991 par Lynn Drapeau[3].

Grammaire[modifier | modifier le code]

La linguiste Danielle Cyr[5] définit l'innu comme une langue polysynthétique : « On signifie par là que cette langue offre la possibilité de construire des mots si complexes qu'ils incorporent une quantité de sens souvent équivalente à celle qui est contenue dans toute une phrase d'une autre langue, le français par exemple. Ainsi, le mot auass (prononcer « wass »), qui veut dire enfant, prendra différentes significations si on y ajoute des affixes (préfixes, médianes et/ou suffixes)

  • auass : enfant
  • auassat : (les ou des) enfants
  • nitauassim : mon enfant
  • nitauassimat : mes enfants
  • nitauassimissat : mes jeunes (petits) enfants »

L'ordre des mots est relativement libre en innu. Les trois classes de base des mots sont les noms, les verbes et les particules. Les noms présentent deux genres, animé et inanimé, et peuvent porter des affixes indiquant le pluriel, la possession, l'obviation et la localisation. Les verbes sont divisés en quatre classes basées sur leur transitivité : intransitif animé, intransitif inanimé, transitif inanimé et transitif animé. Les verbes peuvent porter des affixes indiquant l'accord (aussi bien avec le sujet ou avec le complément d'objet), le temps, le mode et l'inversion. Deux ensembles différents d'affixes verbaux peuvent être utilisés selon le contexte syntaxique du verbe.

Alphabet[modifier | modifier le code]

L'alphabet innu comprend 11 consonnes : h, k, ku, m, mu, n, p, sh, ss, t et tsh. Il comprend sept voyelles : a, â, e, i, î, u et û[6].

Lettre Consonnes h k ku m mu n p sh ss t tsh Voyelles longues â e î û Voyelles courtes a i u
Prononciation /h/ /k/ /kʷ/ /m/ /m/ /n/ /p/ /ʃ/ /s/ /t/ /tʃ/ /a/ /e~ɛ/ /i/ /o/ /ʌ~ə/ /ɪ~ə/ /o~ʊ~u/

Dialectes[modifier | modifier le code]

L'innu est une langue parlée dans neuf communautés, dans différents dialectes. Mashteuiatsh et Pessamit sont deux communautés prononçant le « n » en « l » ; Uin (lui) se dit « uil » dans ces deux réserves innues. Ensuite, il y a Essipit, communauté presque totalement française. Et il y a Uashat mak et Mani-utenam toutes deux situées à Sept-Îles. Dans ces deux villages séparés par 16 km, on peut déjà trouver quelques différences orales. Ensuite il y a Ekuanitshit (Mingan), Nutashkuan (Natashquan), Unaman-shipu (La Romaine) et Pakuashipu (Saint-Augustin), tous parlant avec une forte intonation. Enfin il y a Matimekush (Schefferville) qui se rapproche du dialecte de Uashat mak Mani-utenam. Il y a en tout 16 412 Innus, en incluant les deux communautés du Labrador Tshishe-shatshit et Natuashish.

Compte tenu des différences linguistiques entre les Innus de la Côte-Nord et les Pekuakamilnuatsh (Ilnus du Lac-Saint-Jean) la communauté de Mashteuiatsh a adopté en 2004 une langue officielle du nom de « nehlueun ».

Proportion de locuteurs[modifier | modifier le code]

Les recensements effectués par le gouvernement canadien permettent de se faire une idée sur l'évolution du pourcentage d'innus continuant à pratiquer la langue. Les chiffres montrent une bonne transmission de la langue à l'exception de la communauté d'Essipit, faible en nombre et francisée depuis longtemps et de Mashteuiatsh où la langue est en voie de disparition au profit du français.

Province canadienne Région administrative Réserve indienne correspondante % population autochtone de langue maternelle autochtone % population autochtone qui utilise le plus souvent la langue autochtone à la maison
en 2006[7] en 2011[8] en 2016 en 2006 en 2011 en 2016
Québec Saguenay-Lac Saint Jean Mashteuiatsh (Pointe-Bleue) 19 15.9 - 7.7 5.4 -
Côte-Nord Essipit (Les Escoumins) - - - - - -
Pessamit (Betsiamites) 97.2 96.2 - 94.9 94.4 -
Uashat et Maliotenam 88.7

88.6

85.3

90

- 77.2

76.7

67.3

75.8

-
Ekuantshit (Mingan) 98.8 97.8 - 93.9 98.9 -
Nutukuan (Natashquan) 98.8 99.4 - 94.4 98.3 -
Unamen Shipi (La Romaine) 99.5 100 - 98.9 99 -
Pakuashipi (St-Augustin) 96.5 - - 96.5 - -
Matimekosh et Lac-John 97 98.1 - 93.9 97.1 -
Terre-Neuve-et-Labrador Labrador Sheshatshiu - 89.5 - - 83.2 -
Natuashish 91.7 97.2 - 91.7 90.4 -

L’absence de données pour les réserves d’Essipit et de Pakuashipi s’explique par le fait qu’elles comptaient moins de 250 habitants au moment du recensement. 

Exemples[modifier | modifier le code]

Extrait d'un texte montagnais[modifier | modifier le code]

  • Texte
    • Mashten-atushkan nene, katshi unian ekue mitshishuian. Atauitshuapit ekue ituteian. Mina nitaiati tshetshi minaputsheian. Nimishta-aiati.
    • Katshi takushinian nitshinat, ekue minaputsheian. Nimishta-minaputsheti. Katshi tshishi-minaputsheian ekue tshishtapunitishuian. Nuitsheuakan peiku nitaimikuti tshetshi natshi-kutueiat.
  • Traduction française
    • Dimanche dernier, après m'être levé, j'ai mangé. Puis, je suis allé au dépanneur. J'ai acheté des baies pour faire de la confiture. J'en ai acheté beaucoup.
    • Rendu chez moi, j'ai fait la confiture. J'en ai fait beaucoup. Après en avoir fait, je me suis lavé. Une de mes amis m'a appelé pour aller pique-niquer.

Expressions courantes[modifier | modifier le code]

  • Innu-aimi ma! - Parle donc Innu !
  • Kuei! - Bonjour !
  • Tan eshpanin? - Comment ça va ?
  • Niminupanin - Je vais bien
  • Miam a = Ça va bien
  • Tan eshinikashuin? ou Tan eshinikatikauin? - Comment t'appelles-tu ?
  • Auen tshin? = Qui es-tu?
  • Tanite uetshipanin? - D'où viens-tu ?
  • Tan etatupipuneshin? - Quel âge as-tu?
  • Tshekuan etutamin? - Que fais-tu ?
  • Apu tshekuan tutaman - Je ne fais rien
  • Eshe - Oui
  • Mauat - Non
  • Tshinashkumitin - Merci (Je te remercie)
  • Iame ou Niaut - Au revoir
  • Tanite etat? - Où est-il ? (objet animé)
  • Tanite tekuak? - Où est-il ? (objet inanimé)
  • Tshekuan ma ? - Pourquoi?
  • Tanite nana etutamin nitassi? - Qu'as-tu fait de mon pays?

Conjugaison[modifier | modifier le code]

Voir

Animé Inanimé Traduction
Nuapamau Nuapaten Je le vois
Tshuapamau Tshuapaten Tu le vois
Uapameu Uapatamu Il le voit
Nuapamanan Nuapatenan Nous le voyons (Exclusif)
Tshuapamanan Tshuapatenan Nous le voyons (Inclusif)
Tshuapamanau Tshuapetenau Vous le voyez
Uapameuat Uapatamuat Ils le voient

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tableau 24, Indicateurs des langues autochtones des membres des Premières nations, Canada, 2001 à 2006, Statistiques Canada, 2008-01-15, consulté le
  2. code générique, correspondant aux langues algonquiennes
  3. a et b Yvette Mollen, « Transmettre un héritage : la langue innue », Cap-aux-Diaments, no 85,‎ (ISSN 1923-0923).
  4. (en) « Montagnais », sur Ethnologue (consulté le 17 juillet 2017).
  5. Yvette Mollen, « Transmettre un héritage : la langue innue », Cap-aux-Diamants : la revue d'histoire du Québec, n° 85,‎ , p. 21-25 (lire en ligne)
  6. « Montagnais (Innu-Aimun) », sur Omniglot (consulté le 18 juillet 2017).
  7. « Profil de la population autochtone de 2006 » (consulté le 1er mai 2017)
  8. « Profil de la population autochtone de l'ENM, 2011 » (consulté le 1er mai 2017)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) Anne-Marie Baraby, The Process of Spelling Standardization of Innu-Aimun (Montagnais), , 17 p. (lire en ligne [PDF]).
  • Antoine Silvy, Dictionnaire montagnais-français, Montréal, Les Presses de l'Université du Québec, .
  • Genevière Maneau et coll., Énoncé de politique sur la langue innue, Secteur du développement de la langue innue, Sept-Îles, ICEM, .
  • José Mailhot, Pour une orthographe unique de la langue innue, Sept-Îles, Institut culturel et éducatif montagnais (ICEM), .
  • Kevin Brousseau, Les Médianes en Nehiramewin, dialecte historique du cri-montagnais-naskapi, Université du Québec à Montréal, 82 p. (lire en ligne [PDF]).
  • Lynn Drapeau, Dictionnaire montagnais-français, Québec, Presses de l'Université du Québec, , 940 p..
  • (en) Sandra Clarke et Marguerite MacKenzie, Labrador Innu-aimun: An introduction to the Sheshatshiu dialect, Terre-Neuve, Department of Linguistics, Memorial University of Newfoundland, .
  • (en) Sandra Clarke, North-West River (Sheshatshit) Montagnais: A grammatical sketch, Ottawa, National Museums of Canada, .

Articles[modifier | modifier le code]

  • Alan Ford, Lynn Drapeau et M. Noreau-Hébert, « Phonologie et morphologie des flexions (Rapport préliminaire sur la dialectologie des parlers cri-montagnais du Québec : première partie) », Revue québécoise de linguistique, vol. 10,‎ .
  • (en) Anne-Marie Baraby, Anne Bellefleur-Tetaut, Louise Canapé et Marie-Paul Mark, « Incorporation of Body-Part Medials in the Contemporary Innu (Montagnais) Language », Papers of the 33rd Algonquian Conference, Winnipeg (Manitoba), H.C. Wolfart,‎ .
  • Danielle Cyr, « La langue montagnaise : grammaire et ethnographie », Les langues autochtones du Québec, Les publications du Québec,‎ .
  • (en) David Pentland, « Proto-Algonquian Stop Clusters in Cree-Montagnais », International Journal of American Linguistics, vol. 43,‎ .
  • (en) David Pentland, « A Historical Overview of Cree Dialects », Papers of the Ninth Algonquian Conference, Ottawa, William Cowan,‎ .
  • (en) Lynn Drapeau, « Medials in Innu », Papers presented at the 40th Algonquian Conference, Minneapolis (Minnesota),‎ .
  • (en) Lynn Drapeau, « Passives in Innu », International Journal of American Linguistics, University of Chicago Press, vol. 78, no 2,‎ (ISSN 1545-7001)
  • (en) Marguerite Ellen Mackenzie et Sandra Clarke, « Dialect Relations in Cree/Montagnais/Naskapi », Montréal Working Papers in Linguistics, Montréal, Lynn Drapeau,‎ .
  • (en) Sandra Clarke et Marguerite MacKenzie, « Montagnais/Innu-aimun (Algonquian) », Morphology: An international handbook on inflection and word formation, Berlin, New York, Walter de Gruyter, vol. 2,‎ .
  • (en) Stéphane Goyette, « A Grammatical Study of Innu-Aimun Particles », The Canadian Journal of Native Studies, vol. 30, no 1,‎ (lire en ligne [PDF]).
  • (en) Truman Michelson, « Linguistic Classification of Cree and Montagnais-Naskapi Dialects », Smithsonian Institution: Bureau of American Ethnology, Anthropological Papers, vol. 123, no 8,‎ .
  • Yvette Mollen, « Transmettre un héritage : la langue innue », Cap-aux-Diamants, Les Éditions Cap-aux-Dimants inc., no 85,‎ (ISSN 1923-0923, lire en ligne [PDF]).
  • William Cowan, « *xk/ek proto-algonquian dans le montangnais du 17e siècle », Actes du huitième congrès des algonquinistes, Ottawa, William Cowan,‎ .
  • (en) William Cowan, « Montagnais in the 17th century », Anthropological Linguistics, vol. 25,‎ .
  • (en) William Cowan, « Two Prayers in 17th century Montagnais », Journal of the Atlantic Provinces Linguistic Association, vol. 10,‎ .

Liens externes[modifier | modifier le code]