Accident aérien du rallye Dakar 1986

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Accident aérien du Rallye Dakar 1986
Caractéristiques de l'accident
Date
Type Crash au sol (dune) dû aux conditions météo exécrables (nuit et vent de sable)
Site En plein désert du Sahel, à huit kilomètres au sud-est de Gourma-Rharous (Mali)
Coordonnées 16° 49′ 52″ nord, 1° 52′ 23″ ouest
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareil Eurocopter AS350 Écureuil
Phase En vol
Passagers 5
Morts 5
Blessés 0
Survivants 0

Géolocalisation sur la carte : Mali

(Voir situation sur carte : Mali)
Accident aérien du Rallye Dakar 1986

L’accident aérien du rallye Dakar est un crash d'hélicoptère qui a eu lieu au Mali, le soir du en marge de la huitième édition du Paris-Dakar, le 14e jour de compétition.

Cinq victimes sont à déplorer : le chanteur Daniel Balavoine (33 ans), le pilote François-Xavier Bagnoud (24 ans), l'organisateur du rallye Thierry Sabine (36 ans), la journaliste du Journal du dimanche Nathalie Odent (25 ans) et le technicien radio de RTL Jean-Paul Le Fur (36 ans) (qui avait déjà couvert La Chasse aux trésors).

Cet accident fut très médiatisé en raison de l'importante notoriété de Daniel Balavoine et de Thierry Sabine, et n'est toujours pas, clairement élucidé. Le chanteur ne participait pas à la course cette année-là (il avait concouru lors des éditions Rallye Dakar 1983 et 1985), mais s'occupait de l'action humanitaire « Paris du cœur » qui visait à installer des pompes à eau hydrauliques dans des villages africains en profitant de la logistique du rallye.

Déroulement[modifier | modifier le code]

Des contretemps et des changements[modifier | modifier le code]

Le 14 janvier 1986, la 14e étape Niamey-Gourma-Rharous (Mali), longue de 843 kilomètres, débute à 4 heures du matin après une journée de repos[1]. Directeur du rallye, Thierry Sabine en donne le départ. Le climat est capricieux, un vent de sable se lève.

La matinée bien entamée, Sabine et Balavoine se rejoignent à l'aéroport de Niamey afin de partir pour Gao. Arrivés à 10 h 30, ils s'entretiennent avec le gouverneur malien au sujet des pompes à eau. L'ambiance est animée car beaucoup de problèmes subsistent dans le bon déroulement de l'action humanitaire : les autorités bloquent les camions des Paris du cœur qui ne peuvent faire route vers le Mali. Les échanges se prolongent jusqu'à 16 heures.

Peu après, Sabine propose à Balavoine de le suivre afin de donner le coup d'envoi d'un match de football opposant l'équipe de Gao à celle de Mopti organisé dans le cadre du Paris-Dakar. L'hélicoptère blanc de Thierry Sabine (Eurocopter AS350 Écureuil), piloté par François-Xavier Bagnoud, est alors prêt à rejoindre la course mais la cérémonie s'éternise d'autant que, le gouverneur ayant fait le déplacement, le chanteur en profite pour poursuivre la discussion.

Il est alors 16 h 10 et l'hélicoptère surnommé Sierra doit initialement embarquer (outre Sabine et Bagnoud) une équipe de journalistes : Patrick Chêne, Jean-Luc Roy, Yann Arthus-Bertrand et Patrick Poivre d'Arvor.

Roy et Arthus-Bertrand s'apprêtent à filmer et photographier comme tous les jours le secteur Gao-Gourma pour la préparation de leurs livres à paraître. Patrick Poivre d'Arvor, en lien avec Balavoine, s'occupe de suivre son action humanitaire pour Le Journal du dimanche. Patrick Chêne lui, couvre le Dakar pour Antenne 2. Il n'est alors absolument pas prévu que Balavoine monte dans cet hélicoptère durant cette journée[2].

Divers événements vont modifier l'équipage initial. Plusieurs avions arrivant de façon inattendue dont l'un en provenance de Bamako se posent entre-temps. Les journalistes vont alors s'y disperser. Patrick Poivre d'Arvor choisit ce moyen de locomotion et laisse sa consœur du JDD, Nathalie Odent, prendre l'hélicoptère à sa place, impatiente à cette idée (et ainsi en même temps interviewer Sabine[3]). Jean-Paul Le Fur, technicien radio à RTL, embarque lui finalement à la place de Patrick Chêne qui comme ses confrères, partira en avion. Roy et Arthus-Bertrand eux, se désistent en derniers, préférant prendre l'avion venu de Bamako pour rentrer à Tombouctou[4]. Il est 17 heures, le jour décline et la météo se dégrade progressivement, le vent se lève à nouveau (après s'être calmé durant l'après-midi). Sabine, se souvenant que le chanteur lui réclamait un baptême de l'air en hélicoptère, profite de l'occasion et lui propose au dernier moment un siège. Devant l'offre, Balavoine, anxieux, hésite, puis finit par monter à bord, pressé par le temps.

À 17 h 15, avec à son bord Sabine, Balavoine, Bagnoud, Odent et Le Fur, l'appareil décolle pour rejoindre le bivouac de Gourma-Rharous, arrivée de l'étape. Il leur faut parcourir environ 250 kilomètres depuis Gao dans des conditions délicates. Le pilote commence par suivre le fleuve Niger (un repère plat et simple) afin de limiter tout risque.

Les deux arrêts[modifier | modifier le code]

Vers 18 h 10, ils se posent une première fois à Gossi au départ de la deuxième épreuve chronométrée. Sabine en profite pour discuter avec des concurrents. Mais il leur reste tout de même une centaine de kilomètres à parcourir. Le vent de sable et l'obscurité se faisant de plus en plus forts, la montre joue aussi contre eux. Il leur faut repartir sachant que leur hélicoptère n'est pas équipé pour voler de nuit.

La nuit est tombée. Vingt-deux kilomètres avant la destination de Gourma-Rharous, le pilote décide d'atterrir, toute progression étant désormais impossible, les conditions sont exécrables : Sabine appelle par radio le bivouac[5] et demande qu'on lui envoie un véhicule pour terminer le parcours. Il est 19 heures, il sort de l'hélicoptère et croise une voiture immatriculée 198. D'un ton calme et rassurant, il avertit (donc reconfirme) au pilote (Pierre Lartigue) et au copilote (Bernard Giroux)[6] de signaler leur position au campement et de réquisitionner une voiture afin de les ramener (la Lada Niva Poch 'Vaz Compétition', ne pouvant avoir plus de deux personnes à l'avant). Claude Brasseur, témoin de leur ultime arrêt, décrira pourtant Sabine très énervé à l'idée de rester immobile sous l'autorité de son pilote[7].

Un crash sur un coup de tête ?[modifier | modifier le code]

Inexplicablement, alors que tout danger était finalement écarté, l'appareil décolle à nouveau et progresse avec comme seul repère au sol les feux arrière d'un 4×4 pendant environ quatorze kilomètres. Le pilote (Charles Belvèze) et son coéquipier (Jacquie Giraud)[2],[8], à l'intérieur de leur véhicule seront témoins de la filature. Volant en rase-mottes (probablement à une dizaine de mètres de haut) et balayé par les bourrasques, l'engin désorienté passe sur l'avant-droit du véhicule, porté, diront-ils, par une vitesse horizontale très élevée. En réalité le véhicule contourne une dune d'une hauteur modeste mais très étirée, à l'image d'une vague, que l'hélicoptère dans sa surprise ne voit pas, conservant ainsi sa trajectoire.

Le terrain réputé vicieux, ce dernier racle par trois fois, avec l'avant de ses patins, le sommet de cette dune peu haute (ou plutôt une légère déclivité[9]) du fait de l'élévation soudaine qu'elle engendre. Rapidement déstabilisé, l'hélicoptère bascule vers l'avant et se désintègre sur près de 150 mètres (plusieurs loopings), s'éclatant entre temps contre un ou plusieurs acacias. Il est alors 19 h 20 ; l'accident se produit à seulement huit kilomètres et cinq minutes de vol du bivouac de Gourma-Rharous (approximativement 16° 49′ 52″ N, 1° 52′ 23″ O), en plein désert malien. Les passagers de l'appareil meurent sur le coup[10],[11],[12],[13],[14],[15].

Les occupants de la voiture qu'ils avaient suivie comprennent bien vite ce qui vient de se produire et Belvèze et son coéquipier Giraud (Mitsubishi Pajero numéro 347) arrivent sur les lieux (kilomètre 11) et s'approchent des débris. Seuls, n'ayant rien pour venir en aide à d'éventuels blessés et par peur d'une explosion (il subsiste une très forte odeur de kérosène), après avoir noté l'endroit où il a eu lieu[15], les concurrents préfèrent parcourir les derniers kilomètres le plus rapidement possible pour demander du secours. Sur la route, ironie du sort, ils croisent le pick-up sorti par Bernard Didelot et destiné à prendre en charge les passagers de l'hélicoptère.

Les témoins, enfin arrivés à destination, racontent l'accident, mais les autorités de la course demeurent durant quelques instants incrédules vis-à-vis de l'événement, d'autant que Sabine leur a demandé assistance quelques minutes auparavant ayant été prévenus par Pierre Lartigue. Pour eux, l'hélicoptère est toujours posé, en attente. Mais Bernard Giroux, lui, les croit. Puis on prend progressivement conscience de l'accident, de nombreux véhicules rebroussent chemin, arrivent sur les lieux et doivent se résigner à constater les morts. En France, la catastrophe n'est connue que le lendemain dans la matinée.

Polémiques[modifier | modifier le code]

Quelques jours seulement après le drame, Bruno Bagnoud, père du pilote, s'appuyant sur le carnet de bord retrouvé de son fils, prétend que Thierry Sabine était aux commandes de l'appareil ce soir-là. Idée rapidement démentie par de nombreux témoignages affirmant que Sabine était incapable de voler de nuit. Bruno Bagnoud s'est aussi interrogé sur une possible bavure militaire, car l'appareil survolait alors une zone de conflits, des véhicules auraient même essuyé des tirs[16]. Malgré tout, ces hypothèses ne semblent pas suffire à confondre la version officielle et la plus largement admise, à savoir celle du simple accident lié aux conditions météorologiques[17].

Bien plus mystérieux, la raison de leur dernier décollage. Pourquoi prendre le risque, même pour vingt kilomètres, de reprendre le vol alors qu'un véhicule de secours est en route pour venir les chercher ? Il était de notoriété publique que le pilote était fatigué du rythme qu'impliquait le Dakar, Daniel Balavoine mal à l'aise en avion (et a fortiori dans ces conditions) aurait sans doute imposé avec vigueur son veto, s'il s'agissait d'une décision unilatérale de Thierry Sabine. La seule et unique réponse qui ait été avancée est la thèse d'une blessure se fondant sur la découverte de gazes à l'endroit de leur arrêt. Morsure de serpent, piqûre de scorpion ou tout autre traumatisme suffisamment grave pour s'envoler en urgence et ainsi arriver le plus vite possible à destination, et ce malgré le danger[18].

Une plaque a été érigée sur le lieu de l'accident.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Carte du lieu du crash[modifier | modifier le code]

Document audio de l'événement[modifier | modifier le code]

Documentaires télévisuelles[modifier | modifier le code]

Flash spécial sur la mort de Daniel Balavoine[modifier | modifier le code]

Journaux télévisés sur le 14 janvier 1986[modifier | modifier le code]

Livre posthume en hommage à Thierry Sabine et à ses quatre compagnons de voyage[modifier | modifier le code]

Reportages sur l'organisation du Rallye dakar 1986[modifier | modifier le code]

Témoignage sur l'accident[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. épreuve
  2. a et b [PDF]Récit de l'accident
  3. www.kazeko.com/actualites-economiques/14-janvier-1986-disparitions-de-daniel-balavoine-et-thierry-sabine-1421243343.html
  4. Le Point - Le jour où Balavoine meurt à la place de Yann Arthus-Bertrand
  5. http://balavoine.tripod.com/articles/fureur/fureur.html
  6. http://www.dailymotion.com/video/x46a5r_les-derniers-jours-d-une-icone-dani_music
  7. Claude Brasseur, Merci, Flammarion, Paris, 2014, p.123
  8. « Daniel Balavoine intime », sur gala.fr,
  9. http://www.ina.fr/video/CAB02048064 www.ina.fr/video/CAB02048064
  10. VSD hors série janvier 1986
  11. Balavoine par Gilles Verlant
  12. Paris Match hors série no 1913
  13. Paris Match 31 janvier 1986
  14. Les derniers jours d'une icône France 5 2008 (8) sur Dailymotion
  15. a et b Les derniers jours d'une icône France 5 2008 (9) sur Dailymotion
  16. http://www.ina.fr/video/CAB02048260 www.ina.fr/video/CAB02048260 / Journal Antenne 2 midi du 20 janvier 1986 ; consulté le 3 janvier 2016.
  17. Journal télévisé d'Antenne 2 du 20/01/86 sur le site de l'INA
  18. Balavoine de Gilles Verlant, page 198