Tours de Bologne

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Représentation fantastique de la Bologne médiévale, à l'architecture constellée de tours.

Les tours de Bologne sont un ensemble de tours, structures architecturales militaires ou nobiliaires d'origine médiévale, érigées sur le territoire de Bologne, en Italie. Elles sont l'un des traits les plus caractéristiques de la ville.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Un grand nombre de tours sont érigées à Bologne aux XIIe et XIIIe siècles. Les raisons de ces constructions ne sont pas très claires ; on suppose que les familles les plus riches de la ville, lors de la période de la querelle des Investitures, les utilisent comme instruments de défense autant que comme symboles de pouvoir. La ville comporte également des maisons-tours, à utilisation principalement d'habitation (quoique parfois également défensive) ; elles sont moins élevées, comportent plus d'ouvertures, un plan généralement rectangulaire et des murs moins épais. La seconde enceinte (it) de Bologne comporte aussi des torresotti, fortifications érigées en lieu des portes au XIIe siècle.

Un grand nombre de tours sont abattues au cours du XIIIe siècle ; d'auteurs finissent par s'effondrer. Elles connaissent différents usages au cours des siècles suivants : prisons, tours civiques, magasins, habitations. Les dernières démolitions ont lieu au XXe siècle, en même temps que la muraille du XIIIe siècle, lors d'un plan de restructuration urbain ambition : les tours Artenisi et Riccadonna, qui s'élève dans le marché central non loin des deux grandes tours Asinelli et Garisenda, sont démolies en 1926[1].

Les récentes tours construites dans le quartier San Donato (it), réalisations de l'architecte japonais Kenzō Tange, sont censées rappeler les traditions architecturales de la ville.

Construction[modifier | modifier le code]

Les tours Asinelli et Garisenda en 1767

La construction d'une tour est très onéreuse, malgré le recours au service de la glèbe (it) (servitù della gleba en italien), une forme de corvée, et prend un temps certain. Une tour haute de 60 m, par exemple, ne demande pas moins de trois à dix ans de travaux.

Les tours sont à plan carré, élevées sur des fondations tout au plus profondes de 5 à 10 m, consolidées par des pieux enfoncés dans le terrain couvert de cailloux et de chaux. La base de tour est construite à l'aide de gros blocs de sélénite, un gypse saccharoïde extrait du sous-sol de la ville et des collines environnantes, très induré, à grains jointifs plus gros que l'albâtre de Toscane qui en est proche (cette roche facilement taillée est très utilisée dans la région de Bologne jusqu'à une période proche ; elle n'est plus utilisée aujourd'hui qu'en ornementation ou en poudre colorée pour la marqueterie de pierre et la restauration de ce type de meuble). Le reste de la construction est élevé avec des murs plus minces, en procédant vers le haut, en maçonnerie de brique a sacco, c'est-à-dire avec un mur intérieur épais et un mur extérieur plus mince : la cavité, pour finir, est remplie de pierre et de malthe (un ciment de fortification fait de poix, cire, plâtre, graisse[2]).

On laisse en général dans les murs extérieurs des trous de boulins[3] pour soutenir d'éventuels échafaudages, ainsi que des trous de plus grandes dimensions destinés à recevoir les charpentes des parties élevées.

Nombre[modifier | modifier le code]

Escalier intérieur en bois de la tour Asinelli

Un très grand nombre de tours sont construites à Bologne. On a parfois parlé de 180 tours, mais cette estimation, qui repose sur une interprétation erronée d'actes notariés, est aujourd'hui considérée comme très excessive. Néanmoins, le nombre de tours qui constellait la ville avant les démolitions entreprises pour prévenir les effondrements fait débat.

Le premier à traiter des tours bolonaises est le comte Giovanni Gozzadini, sénateur du royaume d'Italie, qui écrit au XIXe siècle sur l'histoire de Bologne. Gozzadini fond principalement ses recherches sur les archives notariales : il en résulte le nombre extraordinaire de 180 tours, énorme si l'on considère la surface et les ressources de la ville médiévale. Des études plus récentes montrent que Gozzadini compte plusieurs fois les mêmes tours, qui changent souvent d'appellation avec leurs propriétaires successifs. L'estimation actuelle varie de 80 à 100 tours qui, du reste, ne sont pas toutes contemporaines.

De toutes ces tours, moins d'une vingtaine sont toujours debout au XXIe siècle, comme les deux tours jumelles Asinelli (97 m de hauteur) et Tour Garisenda (48 m), ou les tours Azzoguidi (54,80 m, la Prendiparte 60 m, Scappi (39 m, Uguzzoni (32 m, Guidozagni et Galluzzi.

Tours jumelles[modifier | modifier le code]

Les deux tours jumelles : Garisenda à gauche, Asinelli à droite

Généralités[modifier | modifier le code]

Les deux tours jumelles, symbole de la ville de Bologne, toutes deux penchées, sont situées au croisement des rues qui menaient aux cinq portes des anciennes murailles (« mur des Torresotti »).

Les noms d'Asinelli, pour la plus grande, et de Garisenda, pour la plus petite, dérivent de ceux des familles auxquelles on a traditionnellement attribué la construction des tours, entre 1109 et 1119. En réalité, le premier document citant les Asinelli, par exemple, ne remonte qu'à 1185, presque soixante-dix ans après la date présumée de la construction.

Tour Asinelli[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tour Asinelli.

La tour Asinelli est la plus haute tour de Bologne, culminant à 97,2 m. On peut toutefois supposer, au simple examen de la maçonnerie, qu'elle s'élève à l'origine à une soixantaine de mètres, puis que sa hauteur est graduellement portée à sa valeur actuelle. Elle possède un déport de 2,2 m, soit une inclinaison de 1,3°. Elle comporte un escalier interne en bois composé de 498 gradins, achevé en 1684.

La tour est érigée entre 1109 et 1119. Elle survit à un incendie grave en 1185. La commune en devient propriétaire au XIVe siècle et l'utilise comme fortin et comme prison. À cette époque est ajoutée une passerelle de bois juchée à une trentaine de mètres, l'unissant à la tour Garisenda ; cette passerelle est détruite par un incendie en 1398. On prétend que cette construction est voulue par Jean Visconti, duc de Milan, qui a alors pris le pouvoirà Bologne et désire tenir à l'œil le turbulent marché central — aujourd'hui rue Rizzoli — et prévenir d'éventuelles révoltes.

Les savants Giovanni Battista Riccioli (en 1640) et Giovanni Battista Guglielmini (en) (au XVIIIe siècle), utilisent la tour pour effectuer des expériences sur la chute des corps et la rotation de la Terre. Un paratonnerre est installé en 1824. Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 1943 et 1945, la tour est utilisée pour des fonctions de repérage : quatre volontaires se postent au sommet de la tour pendant les bombardements alliés, afin de diriger les secours vers les endroits frappés par les bombes. Plus récemment, la tour Asinelli supporte un émetteur de télévision de la RAI.

Tour Garisenda[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tour Garisenda.

La tour Garisenda est haute de 48 m. Elle est fortement penchée et présente un déport de 3,2 m, soit une inclinaison de 3,8° (à titre de comparisaon, l'inclinaison de la tour de Pise atteint 5,6° en 1993). À l'origine, elle mesure environ 60 m : elle est tronquée au XIVe siècle suite à un affaissement du terrain qui menace de la faire s'écrouler.

Elle est acquise au XVe siècle par la confrérie des drapiers, qui la conserve jusqu'à ce qu'elle devienne propriété communale, à la fin du XIXe siècle.

Dante Alighieri cite la tour Garisenda dans les vers 136-140 du chant XXXI de l'Enfer de la Divine Comédie. Une plaque en marbre sur laquelle ont été gravés les vers du poète se trouve sur le mur oriental de la tour.

Restauration[modifier | modifier le code]

La maçonnerie externe de la tour Garisenda est restaurée entre 1998 et 2000, en même temps que des travaux de consolidation.

La Rocchetta, fortin formant la base de la tour Asinelli, est restaurée en 1998[4].

Liste[modifier | modifier le code]

Tours[modifier | modifier le code]

Les tours encore debout sont les suivantes :

Torresotti[modifier | modifier le code]

En plus des tours subsistent quelques torresotti, passages ménagés sous les portes de la seconde muraille de la ville (le mur des Torresotti ou des Mille), élevée au XIIe siècle et actuellement presque entièrement abattue :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (it) Giancarlo Roversi, F. Bergonzoni, C. De Angelis, P. Nannelli, M. Fanti, G. Fasoli, P. Foschi, Le torri di Bologna. Quando e perché sorsero, come vennero costruite, chi le innalzò, come scomparvero, quali esistono ancora, Bologne, Grafis,‎ 1989
  • (it) Francisco Giordano, R. Scannavini, F. Bergonzoni, S. Martinuzzi, Rocchetta della Torre degli Asinelli, Bologne, Costa,‎ 1998
  • (it) Francisco Giordano, F. Bergonzoni, A. Antonelli, R. Pedrini, M. Veglia, M. Tolomelli, G. Bitelli, G. Lombardini, M. Unguendoli, L. Vittuari, A. Zanutta, C. Ceccoli, P. Diotallevi, P. Pozzati, L. Sanpaolesi, G. Dallavalle, La Torre Garisenda, Bologne, Costa,‎ 2000

Références[modifier | modifier le code]

  1. (it) « Photo des deux tours Artenisi et Riccadonna, démolies en 1917 », Wikipedia Italia
  2. Définitions lexicographiques et étymologiques de « malthe » du TLFi, sur le site du CNRTL.
  3. Définitions lexicographiques et étymologiques de « boulin » du TLFi, sur le site du CNRTL.
  4. (it) « Le Due Torri: Garisenda e degli Asinelli », Commune de Bologne