Rouille grillagée du poirier

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La rouille grillagée du poirier, ou rouille du genévrier est une maladie cryptogamique causée par le champignon Gymnosporangium sabinae, affectant en alternance les poiriers et les genévriers (Juniperus spp). Cette maladie ne contamine pas les autres genres d'arbres fruitiers (pommiers, pruniers, cerisiers, etc.).

Trois proches variantes de la rouille grillagée sont présentes en Amérique du Nord et infectent, toujours le genévrier et respectivement les pommiers (rouille tumeur du genévrier (en)[1]), les cognassiers (rouille du cognassier (en)[2]) et les aubépines (rouille de l'aubépine (en)).

Cycle de vie[modifier | modifier le code]

Le champignon nécessite la présence des deux hôtes (hôtes alternants) pour réaliser son cycle biologique : le genévrier comme hôte principal (en hiver) et le poirier comme hôte secondaire (à partir du printemps), les spores infectés étant transportés entre les deux hôtes au gré du vent, de la pluie et des insectes butineurs, sur des distances allant généralement de 500 m. à 1000 m. et pouvant parfois atteindre de 6 à 10 km[1].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Genévrier[modifier | modifier le code]

Dès le printemps, par des températures supérieures à 15 °C et par temps humide[3], se développent de petits cônes brunâtres qui se transforment ensuite en des galles gélatineuses (télies) orangées-brunes sur les rameaux du genévrier atteint. Cette phase marque le début du cycle de vie du champignon et de l'infection des nouvelles pousses du poirier par libération aérienne des spores contaminés.

L'hiver, le champignon hiberne et se présente sous la forme de chancres protubérants, de galles ou d'excroissances noires sur les branches du genévrier.

Poirier[modifier | modifier le code]

Sur feuilles[modifier | modifier le code]

À partir de mai-juin, sur la face supérieure des feuilles apparaissent de minuscules cercles de couleur allant du jaune vif à l'orange foncé ou rouge. Ces tâches vont grandissant dans le temps, en nombre et en taille.

En cours d'été apparaissent ensuite sur la face inférieure des feuilles du poirier des tumeurs verruqueuses également grandissantes dans le temps, prenant finalement un aspect conique grillagé (filaments) et poudreux. Ces excroissances coniques contenant les spores du champignon pourront à leur tour infecter un genévrier environnant, mais pas un poirier. Les poiriers ne se transmettent donc pas la maladie entre eux[4], pas plus que les genévriers. Le poirier redevient sain dès la chute des feuilles, jusqu'à une nouvelle contamination par un genévrier.

La rouille du poirier ne doit pas être confondue avec la tavelure du poirier, qui présente des tâches beaucoup plus foncées (tâches noires), pas forcément concentriques, et qui ne forme pas de protubérance sur les feuilles.

Une autre maladie à ne pas confondre avec la rouille est la maladie de la tâche ocellée ou pourriture noire (black rot (en)). Outre l'absence de protubérances sous les feuilles, les tâches causées par cette maladie d'été se distinguent par la présence d'un centre brun foncé situé au milieu d'un cercle plus clair, lui-même entouré d'un anneau plus foncé de couleur brune ou pourpre[5], l'ensemble faisant penser à un « œil de grenouille »[6]. Cette maladie cause un pourrissement des fruits.

Sur fruits et rameaux[modifier | modifier le code]

On observe, dans le cas des fortes attaques, des fruits qui se couvrent de tâches orangées, et certains rameaux qui se couvrent de renflements entourés d'excroissances brunes ou violettes. Les prolongations des branches qui suivent ces renflements se dessèchent et meurent progressivement.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Les conséquences les plus graves de la maladie sont la défoliation (chute des feuilles) du poirier, et une perte significative de la récolte de poires.

Moyens de lutte[modifier | modifier le code]

La seule solution efficace reconnue et définitive est de procéder à l'arrachage et au broyage des genévriers environnants identifiés comme porteurs de la maladie. La seule suppression des rameaux atteints sur le genévrier ne saurait constituer une solution à long terme. Le champignon n'étant pas capable de survivre sur un arbre mort, les déchets peuvent en théorie être compostés, bien que ce fait soit fréquemment remis en cause.

Il est à noter que certains genévriers (e.a. le genévrier commun Juniperus communis) semblent résistants à la rouille[7]. Il convient donc de privilégier la plantation de ces espèces en lieu et place des genévriers ornementaux sensibles.

Certaines variétés de poiriers sont également plus résistantes à la rouille, mais jamais totalement.

Lutte préventive[modifier | modifier le code]

Au verger amateur, il convient de traiter préventivement les poiriers à l'aide d'une solution cuprique (bouillie bordelaise, oxychlorure de cuivre ou hydroxyde de cuivre) à partir de début mai, tous les 15 jours ou juste après une pluie contaminante. On pulvérise également un traitement cuprique une seule fois à la chute des feuilles (en automne).

Un traitement préventif chimique à base d'un fongicide de type dithiocarbamate (mancozèbe, manèbe, etc.) est également indiqué en début de saison et homologué en Belgique et en France pour l'usage professionnel[8].

Ces fongicides de contact semblent minimiser quelque peu les dégâts et retarder l'apparition de la maladie mais ne suffisent pas à l'endiguer totalement.

Lutte curative[modifier | modifier le code]

L'application d'un fongicide systémique (pénétrant) de synthèse, à raison d'une seule application par an, à l'apparition des premières tâches sur les feuilles du poirier permet de stopper l'avancée de la maladie sur le poirier pour la saison.

Les fongicides efficaces contre la rouille, quoique non homologués en France pour cet usage, font partie de la famille des triazoles et nitriles. Les matières actives sont entre autres le fenbuconazole et le myclobutanyl (systhane), ainsi que le tebuconazole et le triadimenole. Plusieurs pays européens autorisent également, uniquement à usage professionnel, la trifloxystrobine(Suisse et Belgique) et le difénoconazole[9] (uniquement en Suisse).

Usage controversé des fongicides de synthèse triazoles[modifier | modifier le code]

Les traitements fongicides de la famille des triazoles affichent une toxicité aiguë et une persistance dans les sols élevée[10]. Leur usage contre la rouille grillagée du poirier n'est dès lors pas recommandé au verger familial ou amateur, d'autant que la maladie réinfectera annuellement les poiriers jusqu'à disparition totale des genévriers environnants infectés. L'usage trop fréquent ou inapproprié de fongicides induit en outre un problème important de plus grande résistance des maladies (en) à leurs égards[11],[12].

Liste des espèces de genévriers sensibles à la rouille[modifier | modifier le code]

Espèces fortement sensibles[13][modifier | modifier le code]

  • J. chinensis 'Keteleeri'
  • J. media (x) 'Pfitzeriana Compacta'
  • J. chinensis 'Robusta Green'
  • J. media (x) 'Swissgold'
  • J. media (x) 'Gold Sovereign'
  • J. sabina 'Blue Danube'
  • J. media (x) 'Pfitzeriana'
  • J. sabina 'Tamariscifolia'
  • J. media (x) 'Pfitzeriana Aurea'
  • J. scopulorum 'Blue Haven'
  • J. virginiana (importé d'Amérique du Nord)

Espèces moyennement sensibles[modifier | modifier le code]

  • J. media (x) 'Mathot' J. sabina 'Arcadia'
  • J. media (x) 'Old Gold'

Espèce insensible (résistante)[modifier | modifier le code]

Liste des variétés de poiriers peu ou moyennement sensibles à la rouille[7][modifier | modifier le code]

Règlementation[modifier | modifier le code]

Plusieurs régions ou communes d'Europe (toute la province de Liège en Belgique) et d'Amérique du Nord (Canada) ont officialisé l'arrachage et l'interdiction de planter les espèces de genévriers sensibles à la rouille[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Rouille tumeur du genévrier http://arbres.ccdmd.qc.ca/maladie_fiche_frame.php?IDMal=48&tri=1 Maladies des arbres du Québec
  2. Rouille du cognassier http://www.omafra.gov.on.ca/french/crops/facts/cedarap.htm Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation de l'Ontario
  3. http://www.profruit.be/usr/pdf/maladies/rouille_grillag%C3%A9e_du_poirier.pdf
  4. Rouille grillagée du poirier, rouille grillagée http://www.wsl.ch/forest/wus/diag/show_singlerecord.php?TEXTID=114&MOD=1&LANGID=2, Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage WSL
  5. Black rot du pommier http://www.cebio.be/documents_telechargeables/fiche_black_rot.pdf
  6. Différence entre la rouille et la tâche ocelée (black rot) http://cropipm.creativedonkeys.com/images/apples/often-confused-with/apples_rusts+frogs-eye_fr.jpg
  7. a et b La rouille grillagée du poirier http://www.amisdelaterre.be/IMG/pdf/2013_document_craw_rouille_grillagee_poirier.pdf, Centre régional de ressources Génétiques du Nord et Centre Wallon de Recherches Agronomiques de Gembloux
  8. Catalogue des produits phytopharmaceutiques homologués en France http://e-phy.agriculture.gouv.fr/usa/12613207.htm
  9. Index des produits sanitaires de la Confédération suisse http://www.blw.admin.ch/psm/schaderreger/index.html?lang=fr&item=10982
  10. Toxicité des triazoles http://www.sagepesticides.qc.ca/Recherche/resultats.aspx?Search=matiere&ID=171
  11. Résistance avérée aux fongicides de la famille des strobilurines http://beaufort.ces.ncsu.edu/2013/10/frogeye-leaf-spot-resistance-to-strobilurin-fungicides-confirmed-in-beaufort-county/
  12. Tavelure du pommier : résistance inquiétante aux fongicides http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/biologie-tavelure-pommier-resistance-inquietante-fongicides-31431/
  13. Sensibilité des espèces de genévriers http://rouillegrillage.blog4ever.com/les-genevriers-sensibles
  14. Règlement communal de Soumage (Belgique) sur l'arrachage des genévrier http://www.amisdelaterre.be/IMG/pdf/rouille_grillagee_-_modele_reglement_communal_-_interdire_genevriers.pdf