René Worms

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René Worms (1869-1926) était un sociologue français, fondateur de la Société de Sociologie de Paris, de la Société Internationale de Sociologie et de la Revue Internationale de Sociologie. Il exerça également les fonctions de Conseiller d'État[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

René Worms, fils du professeur d'économie politique Émile Worms, fit de brillantes et précoces études au lycée Charlemagne puis à l'École normale supérieure, qui le conduisirent à être admis à l'agrégation de philosophie à l'âge de vingt ans, puis à devenir docteur ès lettres et docteur ès sciences. Il passa également avec succès l'agrégation de sciences économiques[2].

Mais la principale tâche qui occupa son existence fut la promotion de la sociologie, dont il fut un de ceux qui entreprirent de la structurer et de la constituer en tant que science autonome et non plus simplement comme une partie de la philosophie positive[3].

C'est dans ce but qu'il fonda en janvier 1893 la Revue Internationale de Sociologie, dont le programme précisait que son objectif était de contribuer à la connaissance la plus scientifique possible des faits sociaux, science sur laquelle il serait ensuite possible de s'appuyer pour réformer la société, de la même façon que c'est sur la connaissance de l'anatomie que la médecine a pu se fonder[4]. La métaphore médicale n'était pas arbitraire sous la plume de Worms, qui, à la suite d'un Alfred Espinas ou d'un Gustave Le Bon, avait une conception organiciste de la société[5], conception qu'il développa dans son ouvrage Organisme et société paru en 1896.

Le succès rencontré par la Revue Internationale de Sociologie poussa René Worms à fonder l'année suivante un Institut International de sociologie et une collection d'ouvrages de sociologie (la Bibliothèque internationale de sociologie[6].) Enfin, en 1895, Worms fonda la Société de sociologie de Paris.

Le groupe éclectique de chercheurs réunis autour de Worms devint toutefois de plus en plus excentré dans le champ de la sociologie scientifique qui se constitua en deux grandes écoles au début du XXe siècle : celle des héritiers de Frédéric Le Play et surtout celle d'Émile Durkheim dont le rejet implicite des entreprises de Worms contribua encore davantage à marginaliser ce dernier[7]. Qui plus est, l'organicisme défendu par le directeur de la revue avait été abandonné, dès 1897, par la communauté scientifique qui en avait perçu les insuffisances théoriques[8], insuffisances qui furent détaillées par François Simiand lors de la parution d'Organisme et société[9]. On estime aujourd'hui que, si ses activités organisationnelles ont vraisemblablement contribué à la constitution de la sociologie en tant que discipline autonome, l'apport théorique de René Worms à la constitution de la sociologie moderne peut être considéré comme négligeable[10].

À la mort de Worms, en 1926, l'ancien durkheimien Gustave Richard reprit la direction de la Revue internationale de sociologie, qui cessa de paraître à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (7e division)[11].

Œuvres de René Worms[modifier | modifier le code]

  • De la volonté unilatérale considérée comme source de l'obligation (1891) [lire en ligne]
  • La Morale de Spinoza (1892) [lire en ligne]
  • De natura et methodo sociologiae (1896) [lire en ligne]
  • La Science et l'art en économie politique (1896)
  • Organisme et société (1896)
  • Philosophie des sciences sociales (3 vol., 1903-1907)
  • Études d'économie et de législation rurales (1906) [lire en ligne]
  • Les Principes biologiques de l'évolution sociale (1910)
  • Précis de philosophie (4e édition, 1911) [lire en ligne]

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Terry Clark, Prophets and Patrons. The French University and the Emergence of the Social Sciences, Cambridge, Harvard University Press, 1973.
  • Victor Karady, Stratification intellectuelle, rapports sociaux et institutionnalisation : enquête socio-historique sur la naissance de la discipline sociologique en France, A.T.P. du CNRS n°6348, Rapport scientifique, Centre de sociologie européenne, novembre 1974.
  • Laurent Muchielli, La découverte du social. Naissance de la sociologie en France (1870-1914), Paris, La Découverte, 1998.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Terry Nichols Clark, « Marginality, Ecclecticism and Innovation : René Worms and the Revue internationale de sociologie from 1893 to 1914 », Revue internationale de sociologie, III, 1967, pp. 12–27.
  • Terry Nichols Clark, « René Worms », pp. 755–756, in BORLANDI Massimo et alii (dir.), Dictionnaire de la pensée sociologique, PUF, 2005.
  • Sébastien Mosbah-Natanson, « Internationalisme et tradition nationale : le cas de la constitution de la sociologie française autour de 1900 », Revue d'Histoire des Sciences Humaines n°18, 2008
  • Sébastien Mosbah-Natanson, « Histoire de la sociologie et tradition nationale : le cas français entre 1880 et 1930 », communication au colloque « Traditions nationales en sciences sociales », Amsterdam, 2005, publié sur le site du projet ESSE.
  • Roger L. Geiger, « René Worms, l'organicisme et l'organisation de la sociologie », Revue française de sociologie, volume 22, n°3, 1981 [lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Adolphe Bloch, « Note sur M. René Worms », Bulletins et Mémoires de la Société d'Anthropologie de Paris, volume 7-1-3, 1926.[lire en ligne]
  2. Roger L. Geiger, « René Worms, l'organicisme et l'organisation de la sociologie », Revue française de sociologie, volume 22, n°3, 1981, p.347.
  3. Roger L. Geiger, art. cit., p.345-347.
  4. Pierre Favre, « La constitution d'une science du politique, le déplacement de ses objets, et « l'irruption de l'histoire réelle » (deuxième partie) », Revue française de science politique, volume 33, n°3, 1983, p.366.[lire en ligne]
  5. Roger L. Geiger, p.345 et 352. Geiger précise que l'organicisme était à cette époque probablement « la plus sociologique » des conceptions existantes en la matière (ibid., p.345.)
  6. Geiger, art. cit., p.348-349.
  7. Geiger, art. cit., p.356.
  8. Geiger, art. cit., p.358-359.
  9. Cf. son compte-rendu de Organisme et société dans la Revue de métaphysique et de morale, 1897, pp. 491-499. (texte téléchargeable depuis le site Les classiques des sciences sociales.)
  10. Geiger, art. cit., p.359-360.
  11. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ 2006 (ISBN 978-2914611480), p. 787