Père Samuel

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Charles Clément Boniface Ozdemir (né en 1942 en Turquie), dit le Père Samuel, est un prêtre belge.

Il se réclame de l'Église catholique, bien qu'en décembre 2008, en réponse à la demande de curés de la région de Charleroi, l'évêque de Tournai a officiellement précisé que les sacrements célébrés depuis 1991 par le père Samuel ne sont pas à considérer comme des sacrements de l'Église catholique, et que l'on peut s'interroger sur leur validité - toutefois la situation canonique du père Samuel est considérée à ce jour comme ambiguë par le Vatican, celui-ci considérant que l’évêché de Tournai doit encore l’éclaircir[1].

En désaccord avec la hiérarchie catholique belge depuis 1990, le Père Samuel officie dans la région de Charleroi au sein du diocèse de Tournai indépendamment de l'évêque.

Il se caractérise entre autres par ses pratiques traditionalistes ainsi que ses positions très critiques envers l'islam.

Origines[modifier | modifier le code]

Originaire de Turquie orientale, Le Père Samuel est ordonné prêtre au Liban en 1967, selon le rite de l'église catholique syriaque[2], le jeune Samuel Ozdemir exerce ses fonctions pastorales dans différentes villes de Turquie, d'abord à Mardin et Diyarbakır (sud-est du pays) puis à Istanbul[réf. nécessaire]. À cette époque, il voyage en Europe, où il dénonce les conditions de vie difficiles et humiliantes des minorités chrétiennes de Turquie. Ses déclarations ayant suscité la réprobation des autorités turques, le Père Samuel doit s'établir au Liban, pays qu'il se voit bientôt contraint de quitter aussi en raison de la guerre civile qui vient alors d'éclater.[réf. nécessaire]

Arrivée en Belgique[modifier | modifier le code]

C'est à cette époque (1974/1975) que le père Samuel Ozdemir vient s'établir en Belgique, plus précisément dans le diocèse de Tournai où il exerce dès lors d'autres fonctions pastorales. Ayant obtenu la nationalité belge en 1970, il prend le nom de Charles-Clément Boniface mais il sera toujours appelé père Samuel. Ses origines orientales, sa forte personnalité et la manière plutôt traditionnelle de concevoir la prêtrise (il porte toujours la soutane, par exemple), tranchent avec les pratiques de l'Église catholique belge. Les désaccords avec les prêtres locaux apparaissent mais, dans un premier temps, le père Samuel et sa hiérarchie trouvent un terrain d'entente.

En 1988, le père Samuel reçoit même, des mains de l'archevêque par qui il avait été ordonné au Liban en 1967, le titre de chorévêque (« évêque des campagnes »), encore en usage dans les Églises orientales et qui permet notamment à celui qui le porte, d'être appelé Monseigneur et de porter la croix pectorale.[réf. nécessaire]

Désaccords avec la hiérarchie catholique belge[modifier | modifier le code]

Mais les désaccords avec l'évêque de Tournai, Mgr Jean Huard, persistent à tel point que celui-ci a mis fin à toute mission de celui-ci dans le diocèse de Tournai, à la fin de l’année 1990[2] S'estimant blessé dans son sacerdoce car n'ayant jamais démissionné, le père Samuel décide de porter plainte contre l'évêque de Tournai devant un tribunal civil. L'affaire, qui débute en 1991, connaît de multiples rebondissements et suscite l'intérêt des médias.[réf. nécessaire]

Parallèlement, le Père Samuel, qui se présente comme voyant, exorciste et pourfendeur de l'Église moderniste, commence à attirer les foules, célébrant la messe catholique en latin selon le rite d'avant le Concile Vatican II, dans un hangar désaffecté de Gosselies, puis dans une salle de danse transformée en lieu de culte et à présent en l'église Saint Antoine de Padoue toujours dans la région de Charleroi. Il tient des discours dans lesquels il prône une morale chrétienne traditionnelle et dénonce les travers de la société moderne (sexualité libre, dislocation de la famille, présence grandissante de l'islam).

Achat d'une église et d'un couvent[modifier | modifier le code]

En 2001, l'ecclésiastique refait parler de lui quand il annonce avoir racheté, avec ses fidèles, l'église et le couvent des franciscains récollets vendus par les quelques moines encore présents dans le bâtiment pour 16,5 millions de francs belges (410 000 euros). L'inauguration de l'église, qui a lieu en décembre 2001, se fait devant un parterre de journalistes et de personnalités politiques belges, dont le socialiste Jean-Claude Van Cauwenberghe, alors Ministre-président de la Région wallonne[3], [4].

Accusations et procès[modifier | modifier le code]

En 2002, le père Samuel ouvre les portes de sa nouvelle église, placée sous le patronage de saint Antoine de Padoue, à plusieurs journalistes. Parmi ceux-ci, une équipe de journalistes de la RTBF, la chaîne publique belge francophone, qui réalise sur le prêtre rebelle un portrait dans lequel celui-ci tient au sujet de l'islam des propos explosifs. Devant les journalistes, le prêtre déclare notamment que l'islam sera, dans un futur proche, « le problème majeur de l'Occident », et il ajoute notamment que construire une mosquée en Europe est « pire que le nucléaire ».

Alerté par les journalistes de la chaîne publique, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme porte plainte devant les tribunaux belges. En mars 2006, cette plainte débouche sur un renvoi du père Samuel devant le tribunal correctionnel qui, en septembre 2008, prononcera l'acquittement du religieux[5]. D'anciens fidèles, profitant de la plainte déposée par le Centre, dénoncent notamment, avec le soutien des mêmes journalistes, les « manipulations mentales » et l'« emprise psychologique » dont ils auraient été victimes, autant d'accusations qui ont suscité, de la part du père Samuel, le dépôt de plaintes pour calomnie et dénonciation calomnieuse[6]. C'est dans ce contexte qu'en mars 2010 le tribunal de police de Cambrai a débouté le Père Samuel d'une de ses plaintes[7].

Liens avec la politique[modifier | modifier le code]

Samuel Özdemir / Charles Boniface a été candidat à deux reprises en Belgique sur des listes S.A.M.U.E.L. qu'il avait suscitées et qu'il menait[8], aux communales à Charleroi le 9 octobre 1994 (1 788 voix, 1,64 %, aucun élu[9]) et aux législatives (circonscription francophone du Sénat) le 21 mai 1995 (31 392 voix, 0,52 %, aucun élu[10]).

Certains membres du Parti socialiste ont été mis en cause pour leurs liens et leur complaisance envers le père Samuel, parmi lesquels Jean-Claude Van Cauwenberghe, à l'époque ministre-président de la Région wallonne et ancien bourgmestre de Charleroi, qui avait pris la parole en décembre 2001 à l'invitation du prêtre pour l'ouverture au public des portes l'église Saint-Antoine-de-Padoue (qui appartenait précédemment aux franciscains) à Montignies-sur-Sambre en déclarant notamment « Je tiens ici à saluer l'extraordinaire disponibilité du père Samuel pour écouter les détresses de chacun et tenter de les soulager à sa façon ». Le quotidien Le Soir commentait ainsi l'attitude de « Van Cau » : « À défaut de montrer que le guérisseur de Gosselies est un pourvoyeur de fonds du PS local, on sait qu'il en est un des… fidèles serveurs de voix, lui qui, depuis 1994, appelle ses ouailles à voter socialiste. »[11],[12]. La Libre Belgique était quant à elle plus précise : « les deux hommes entretiennent des relations plus ou moins amicales depuis les élections communales de 1994. Le Père Samuel avait alors créé l'événement en annonçant son retrait de la course et en demandant à ses admirateurs de voter pour Van Cau. Même si cela ne représentait finalement que peu de voix (entre 1 000 et 1 500), c'est le genre de geste qu'un politicien peut difficilement oublier. »[13].

Bien que le père Samuel se défende de soutenir le Front national[réf. nécessaire], ce parti en a fait la publicité en citant son nom dans son magazine.[réf. nécessaire]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L’Evêque de Tournai menace d’excommunication le Père Samuel, La Capitale, 24 novembre 2010
  2. a et b À propos du Père Samuel, Communiqué de presse de l'Évêché de Tournai à propos du Père Samuel, 24 novembre 2010
  3. Le grand retour du Père Samuel, La Libre Belgique, 7 décembre 2001.
  4. Du hangar de Gosselies à l'église Saint-Antoine de Montignies, La Libre Belgique, 24 mars 2006.
  5. "Le père Samuel acquitté", La Libre Belgique, 26 septembre 2008
  6. "Le Père Samuel dans le collimateur", La Dernière Heure/Les Sports, 20/04/2006
  7. Le père Samuel débouté à Cambrai", article de La Nouvelle Gazette, 18 mars 2010
  8. Extraits de presse sur la liste SAMUEL aux élections communales à Charleroi en 1994 et aux élections sénatoriales dans la circonscription francophone en 1995
  9. résultats officiels des communales de 1994 à Charleroi, site de la Direction générale institutions et population du Ministère belge de l'Intérieur
  10. résultats officiels des sénatoriales de 1995, site de la Direction générale institutions et population du Ministère belge de l'Intérieur
  11. Stéphanie Hotton, Christian Laporte, Luc Delfosse, "Le prêtre controversé a inauguré « sa » propre église à Montignies-sur-Sambre - Van Cau chez le père Samuel", Le Soir 10 décembre 2001
  12. Au conseil communal de Charleroi, "Le bourgmestre n'a pas voulu se justifier sur sa participation à l'inauguration du couvent des Récollets de Montignies-sur-Sambre.", in: D.A, "Le père Samuel au conseil - Les Verts dénoncent le financement des œuvres du père par l'extrême droite", La Dernière Heure (éd. Charleroi) 22 décembre 2001
  13. Pascal André, "Le grand retour du Père Samuel", La Libre Belgique 7 décembre 2001