Mouvement du 23-Mars

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir M23 (homonymie).
Mouvement du 23-Mars
Image illustrative de l'article Mouvement du 23-Mars

Idéologie
Fondation
Actions
Zone d'opération Nord-Kivu
Période d'activité 2012-2013
Organisation
Chefs principaux Colonel Sultani Makenga - Bishop Jean-Marie Runiga Lugerero
Membres 2 500 (décembre 2012)[1]
Guerre du Kivu

Le Mouvement du 23-mars, également appelé M23, est un groupe créé suite à la guerre du Kivu. Il est composé d'ex-rebelles du CNDP réintégrés dans l'armée congolaise suite à un accord de paix signé le 23 mars 2009 avec Kinshasa. Ils se sont ensuite mutinés en avril 2012. Leur nom provient des accords du 23 mars 2009, car les membres considèrent que le gouvernement congolais n'a pas respecté les modalités de celui-ci. Le M23 est accusé de nombreuses violences contre les populations civiles, par des ONG (Human Rights Watch), par le tribunal pénal international et par le gouvernement américain.

Création[modifier | modifier le code]

Région du pays dans lequel le mouvement est localisé.

Après l’arrestation du général Laurent Nkunda en janvier 2009, un traité de paix était conclu le 23 mars 2009 entre le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC). L’accord prévoyait la libération des prisonniers, la transformation du CNDP en parti politique, les retours des réfugiés se trouvant dans les pays limitrophes de la RDC et dont sont issus la grande majorité des rebelles, l’intégration des civils membres du CNDP au sein des institutions gouvernementales ainsi que l’intégration des forces du CNDP dans l'armée congolaise.

Les ex-membres militaires du CNDP ont été soupçonnés d'abuser de leur position dans l'armée pour contrôler le trafic de minerais[2], ce qui a conduit le Gouvernement de la RDC à muter les militaires issus du CNDP dans d'autres régions de la RDC. Estimant que ceux-ci violaient les accords du 23 mars 2009, ils se sont mutinés en avril 2012[3],[4],[5].

Le 6 mai 2012, les mutins dirigés par le colonel Sultani Makenga créaient le Mouvement du 23 mars ou M23, en référence à la date de l’accord[6].

Organisation et dirigeants[modifier | modifier le code]

Le 17 août 2012, le Congrès du M23 nommait président du mouvement Jean-Marie Runiga Lugerero, un ancien du CNDP et originaire du Sud-Kivu. Le colonel Sultani Makenga était nommé chef du haut commandement militaire[7],[8]. Devenu rapidement général de brigade, il est chef d’état major général de la branche armée du M23, baptisée Armée Révolutionnaire du Congo (ARC)[9] ; il a été placé le 13 novembre par les États-Unis sur leur « liste noire », car tenu pour responsable « d'horreurs à grande échelle » contre les civils[5]. Mais en mars 2013, des désaccords et des combats ont éclaté au sein du M23 entre les partisans de Sultani Makenga et ceux de Jean-Marie Runiga, après que celui-ci eut été remplacé à la tête du M23 politique par Bertrand Bisimwa, ancien porte parole du M23.

Pour les autorités de Kinshasa et certains observateurs, l'un des organisateurs, sinon le véritable chef du Mouvement serait en fait le général Bosco Ntaganda, surnommé « Terminator », un chef de guerre accusé par la Cour pénale internationale de recrutement d’enfants soldats, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Selon le rapport préliminaire fait par le Groupe d'Experts des Nations Unies pour le Congo et remis en juin 2012 au Conseil de sécurité des Nations unies[10], le M23 aurait été créé à partir de la fusion de deux groupes de mutins dirigés respectivement, par le général Ntaganda et le colonel Makenga. Mais le rôle exact du général Ntaganda dans la création et les activités du M23 restent obscures et contestées. Celui-ci dit ne pas être impliqué dans les défections de membres du CNDP[11].

Controverse des soutiens extérieurs[modifier | modifier le code]

Le rapport au Conseil de sécurité des Nations unies montrait en détail que le M23 bénéficiait d'un soutien important militaire, financier et politique de la part de membres haut placés du gouvernement rwandais, y compris du ministre de la Défense et du chef d’état-major de la Défense du Rwanda[10],[2] :

  • Assistance directe à la création du M23 à partir du territoire rwandais
  • Recrutement effectué par les Forces rwandaises de défense pour le compte du M23
  • Appui logistique des Forces rwandaises de défense au M23
  • Implication directe de responsables rwandais de haut rang dans la mobilisation de l’appui au M23
  • Appui direct fourni au M23 par des unités des Forces rwandaises de défense lors d’opérations en RDC
  • Soutien au M23 par des officiels rwandais
  • Soutien du Rwanda à des groupes armés et à des mutineries liées au M23
  • Soutien du Rwanda à des personnes visées par les sanctions, notamment le général Bosco Ntaganda.

Le Gouvernement rwandais a catégoriquement nié les allégations selon lesquelles le Rwanda soutiendrait le M23[10].

Crimes de guerre[modifier | modifier le code]

D’après Human Rights Watch, les membres du M23 « sont responsables de crimes de guerre commis à grande échelle, y compris des exécutions sommaires, des viols et des recrutements de force ». « Certaines autorités rwandaises pourraient être considérées comme complices de crimes de guerre en raison de l’appui militaire continu qu’elles apportent aux forces du M23 »[12]. Le journal Libération rapporte que certains témoignages apportées par les chercheurs de HRW étaient obtenues sur base des "compensation financière" versées aux habitants de la ville de Goma[13].Des graves exactions des droits de l'homme ont été commises aussi par les forces gouvernementales à Goma et à Minova. Une enquête de la Monusco (mission de l'ONU en RDC) a permis de recenser au moins 126 femmes violées par les forces armées de la RDC (FARDC) fin novembre 2012[14] ' [15] .

Chronologie[modifier | modifier le code]

En juillet 2012, le M23 contrôlait deux villes, Bunagana et Rutshuru[16]. Suite à une médiation entamée en août par la Conférence internationale de la région des Grands lacs à Kampala (Ouganda), les deux camps restent plus ou moins sur leurs positions d'août à la mi-octobre, respectant une trève précaire émaillée d’accrochages entre le M23 d’une part et les FARDC[17] ou la MONUSCO d’autre part[18]. Le 9 novembre, la RDC lance un ultimatum de 14 jours au M23 pour désarmer. Les combats reprennent dans le territoire de Rutshuru, au nord de Goma, tenu par le M23.

Le 17 novembre, le M23 attaque les FARDC dans les environs de Kibumba, à une trentaine de kilomètres au nord de Goma, Mboga et Ruhondo[19]. Il s’empare de Kibumba dont les FARDC se retirent malgré l’intervention des hélicoptères d’attaque de la MONUSCO[20],[21], [22],[23], et se positionnait autour de Goma[24]. La position du gouvernement congolais est alors claire : "Il n'y a pas de M23, c'est le Rwanda qui agresse la RDC" déclare son porte parole Lambert Mende[25]. Le 18 novembre, le M23 affirme qu’il s’agit d’une offensive des FARDC qu’il n’a fait que contenir[26] et exige du gouvernement l’ouverture de négociations. Le même jour, le Secrétaire-général de l’ONU condamne fermement « la reprise des hostilités par le M23 », son avancée vers Goma et « les violations graves des lois internationales humanitaires et des droits de l’homme commis par le M23. Il déplore les conséquences humanitaires dévastatrices des combats[27],[28]. Le Conseil de Sécurité de l’ONU condamne lui aussi les « attaques du groupe rebelle M23 » et exige leur arrêt[29],[30].

Le 20 novembre, le Conseil de sécurité adopte à l’unanimité, la résolution 2076 (2012)* dans laquelle il demande « le retrait immédiat du M-23 de la ville de Goma, de stopper ses avancées et de déposer les armes de manière permanente ». Il exprimait son intention d’envisager d’autres sanctions ciblées contre le leadership du M23 et de ses soutiens extérieurs[31]. Le même jour, le M23 prend le contrôle de Goma[32]. Il demandait des sanctions contre deux chefs du groupe M23[33]. L’Union européenne demandait au M23 « d’arrêter immédiatement l’offensive militaire contre Goma »[34]. Le 21 novembre, la Cour Pénale internationale CPI relance le dossier de l’arrestation de Bosco Ntanganda et Sylvestre Mudacumura[35]. Le même jour, pour ramener la paix dans cette région de l'Est de la RDC, le président de la RDC Joseph Kabila rencontre à Kampala ses homologues rwandais, le président Paul Kagame et ougandais, le président Yoweri Museveni. Les trois présidents font une déclaration commune appelant les combattants du M23 à se retirer de la ville de Goma conquise la veille[36], ce que ces derniers refusent car ils exigent avant tout retrait que le président de la RDC Joseph Kabila accepte de les rencontrer et de dialoguer afin de trouver une issue à cette guerre.

Le 22 novembre, la ville de Sake, à l'ouest de Goma, tombe sous le contrôle du M23[37],[38].

Dissolution du mouvement armé[modifier | modifier le code]

Le 7 mars 2013, lors d’un congrès de la rébellion, l'ancien porte-parole Bertrand Bisimwa est nommé président du M23 à la place de Jean-Marie Runiga. Le clan de Runiga contestant cette décision, des combats ont ensuite éclaté entre les deux factions, dans la région de Rugari. Selon Radio Okapi[39], la radio de la Monusco, il y aurait eu 5 morts et des blessés civils.

À partir de fin octobre 2013, les forces congolaises appuyées par une brigade d'intervention de l'ONU lancent une offensive avec des moyens lourds.

Dans la nuit du 4 au 5 novembre 2013, l'armée congolaise chasse les combattants du M23 des dernières positions qu'ils occupaient dans les montagnes du Nord-Kivu, à la frontière du Rwanda et de l'Ouganda. Les pertes sont selon l'armée congolaise de 292 morts dans les rangs du M23.

Le 5 novembre, le M23 déclare qu'elle dépose les armes[40] et deux jours plus tard, environ 1 500 membres du M23 se rendent aux autorités de l'Ouganda. Après l'échec de l'élaboration d'un premier document commun sur un accord début novembre, la RDC et le M23 signent le 12 décembre à Nairobi un accord de paix qui confirme la dissolution du M23, définit les modalités de la démobilisation et conditionne à l'abandon de la violence la reconnaissance des droits de ses membres[41].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tristan Coloma, « Vestiges de guerre », Le Monde,‎ 2 décembre 2012 (lire en ligne)
  2. a et b Global Witness « FAQ : situation actuelle dans l’est de la République démocratique du Congo », août 2012, 3 pp.
  3. Mélanie Gouby, « La guerre de retour dans la région des Grands Lacs », Le Figaro, 14 juin 2012.
  4. « RDC : poste-frontière pris par des mutins », Le Figaro, 6 juillet 2012.
  5. a et b Hugeux, Vincent « RD Congo: qui sont les rebelles du M23 qui menacent Goma? », L’Express, 19 novembre 2012.
  6. « Les troubles liés à la rébellion dans l'est du Congo: chronologie ». Rtbf info, 19 novembre 2012.
  7. Mouvement du 23 mars « Communiqué Officiel N°0026/M23/2012 », 17 août 2012, 3 pp.
  8. Nyssen, Aurélie et N'Senga, Jean-Mobert « Le M23 nomme son gouvernement, début de la balkanisation? », Congo365, 20 août 2012.
  9. Mouvement du 23 mars « Bishop Jean Marie RUNIGA LUGERERO à Rutshuru » 23 octobre 2012.
  10. a, b et c « Lettre datée du 26 juin 2012, adressée au Président du Conseil de sécurité par le Président du Comité du Conseil de sécurité créé par la résolution 1533 (2004) concernant la République démocratique du Congo ». S/2012/348/Add.1, Conseil de sécurité, Nations Unies, 27 juin 2012, 52 pp.
  11. AFP « RDC: l'armée prend la localité de Mushaki, le général Ntaganda en fuite », Le Point, 5 mai 2012.
  12. Human Rights Watch « RD Congo : Les rebelles du M23 commettent des crimes de guerre », 11 septembre 2012.
  13. Goma survit à portée des tirs rebelleshttp://www.liberation.fr/monde/2012/12/10/goma-survit-a-portee-des-tirs-rebelles_866576
  14. http://www.jeuneafrique.com/actu/20130308T183013Z20130308T183009Z/
  15. http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/12/18/neufs-soldats-arretes-en-rdc-pour-au-moins-126-viols-pres-de-goma_1808091_3212.html
  16. « La rébellion progresse au Congo », Le Figaro, 10 juillet 2012.
  17. Le 17 septembre 2012 les FARDC bombardent les positions du M23 à Bugari. Mouvement du 23 mars « Communiqué officiel N°0028/M23/2012 », 18 novembre 2012, 4 pp.
  18. Embuscade contre la MONUSCO près de Buganza dans la nuit du 16 au 17 octobre. Voir Nations Unies « RDC : l'ONU condamne une embuscade qui a fait six blessés parmi des Casques bleus », Centre d’actualités de l’ONU, 17 octobre 2012.
  19. Nations Unies « RDC : le Conseil de sécurité condamne les attaques du M23 et annonce de futures sanctions contre son leadership », Centre d’actualités de l’ONU, 17 November2012.
  20. Challenges http://www.challenges.fr/monde/20121117.FAP5385/reunion-d-urgence-du-conseil-de-securite-sur-la-rdc-ou-l-onu-s-attaque-au-m23.html « Réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur la RDC où l'ONU s'attaque au M23 »], 17 novembre 2012.
  21. Hogg, Jonny « Des hélicoptères de l'Onu tirent sur le M23 en RDC », Challenges, 17 novembre 2012.
  22. Le Monde.fr « Escalade des combats à Goma, au Congo », 17 novembre 2012.
  23. Romandie « Les rebelles en RDC se sont emparés de Kibumba », 17 novembre 2012.
  24. Rémy, Jean-Philippe « Les troupes de Kinshasa en déroute, les rebelles du M23 sont aux portes de Goma », Le Monde, 19 novembre 2012.
  25. « RDC : la bataille de Goma aura-t-elle lieu ? », Jeuen Afrique, 19 novembre 2012.
  26. Mouvement du 23 mars « Communiqué officiel N°0028/M23/2012 », 18 novembre 2012, 4 pp.
  27. http://www.un.org/sg/statements/index.asp?nid=6437 "Statement attributable to the Spokesperson for the Secretary-General on the Democratic Republic of the Congo”], New York, 18 novembre 2012.
  28. « Le secrétaire général condamne fermement la reprise des hostilités par le M23 en République Démocratique du Congo. », Secrétaire général, SG/SM/14651, AFR/2477, 19 novembre 2012.
  29. « Security Council condemns fresh attacks by M23 rebels in eastern DR Congo », 18 November 2012, 2 pp.
  30. L'ONU s'alarme de l'impact des combats sur les civils dans l'est de la RDC. ». Bulletin quotidien de l’ONU, 19 novembre 2012, pp. 1-2.
  31. Conseil de sécurité « Le Conseil demande au M23 de se retirer immédiatement de Goma et dit son intention d’envisager d’autres sanctions contre ce mouvement et ses appuis extérieurs » , 20 novembre -2012/
  32. « Les rebelles du M23 prennent Goma en RDC, médiation ougandaise. ». Nouvel Observateur, 20 novembre 2012.
  33. « L'ONU demande des sanctions contre deux chefs des rebelles en RD Congo ». La Croix, 21 novembre 2012.
  34. « Appel de l’Union Européenne au M23 « d’arrêter immédiatement l’offensive militaire contre Goma ». 20 novembre 2012.
  35. « La Cour Pénale internationale CPI relance le dossier de l’arrestation de Bosco Ntanganda et Mudacumura ». Digitalcongo.net, Kinshasa, 22 novembre 2012.
  36. « RDC: réunis à Kampala, Kabila, Kagame et Museveni appellent le M23 à quitter Goma », Jeune Afrique, 22 novembre 2012.
  37. « Après Goma, les rebelles congolais contrôlent la ville de Sake ». RTS-Info, 23 novembre 2012.
  38. « Goma et Sake entre les mains du M23 Kampala : nouvelle pièce de théâtre », 22 novembre 2012.
  39. Reprise des hostilités entre 2 clans du M23, Radio Okapi, 9 mars 2013
  40. Christophe Rigaud, « RDC : Un nouveau scénario s'écrit au Kivu », sur Afrikabia,‎ 6 novembre 2013 (consulté le 8 novembre 2013)
  41. « La RDC et le M23 signent un accord de paix »,Le Monde avec agence Reuters, 12 décembre 2013, [article en ligne]