Mohamed Nasheed

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Mohamed Nasheed
މުހައްމަދު ނަޝީދު
Mohamed Nasheed, septembre 2009
Mohamed Nasheed, septembre 2009
Fonctions
4e président de la République des Maldives
11 novembre 20087 février 2012
(3 ans, 2 mois et 27 jours)
Élection 28 octobre 2008
Vice-président Mohammed Waheed Hassan
Prédécesseur Maumoon Abdul Gayoom
Successeur Mohammed Waheed Hassan
Biographie
Date de naissance 17 mai 1967 (47 ans)
Lieu de naissance Malé (Maldives)
Nationalité maldivienne
Parti politique Parti démocratique maldivien
Conjoint Laila Ali Abdulla
Diplômé de Université de Liverpool John Moores
Religion Islam

Mohamed Nasheed
Présidents de la République des Maldives

Mohamed Nasheed (Dhivehi: މުހައްމަދު ނަޝީދު), « Anni » pour ses partisans[1], né le 17 mai 1967 à Malé (Maldives)[2], est un homme politique maldivien, président de la République de novembre 2008 à février 2012. Il est l'une des principales figures de l'opposition au président Maumoon Abdul Gayoom avant d'être élu à sa succession. Il est le président du Parti démocratique maldivien (en))[3].

Études[modifier | modifier le code]

Il est titulaire d'une licence d'études maritimes, obtenue à l'Université de Liverpool John Moores au Royaume-Uni en 1989, et a également effectué des études à Sri Lanka[4],[1],[2].

Militant des droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Il est journaliste et militant des droits de l'homme avant d'entrer en politique[5],[6]. Il est arrêté une première fois en 1990 après avoir publié un article dénonçant des actes de corruption du gouvernement. En 1991, Amnesty International le décrit comme un prisonnier d'opinion. Il passe une partie des années qui suivent en prison, en résidence surveillée ou en exil interne sur un atoll loin de la capitale. Ses deux filles naissent pendant qu'il purge dix-huit mois d'isolement carcéral[4],[7]. Il est élu député en 1999, représentant la capitale (Malé) au Parlement, mais est bientôt destitué et emprisonné à nouveau[2]. En novembre 2001, il est « condamné à une peine de deux ans et demi d'interdiction de séjour » pour « vols de biens appartenant à l'État non spécifiés ». Amnesty International déclare alors : « Il est possible que les poursuites judiciaires engagées contre cet homme aient été motivées par des considérations politiques. Amnesty International craint par conséquent que Mohamed Nasheed ne soit un prisonnier d'opinion »[8].

En novembre 2003, il quitte le pays et obtient l'asile politique au Royaume-Uni[4].

En 2005, de retour au pays, Nasheed initie une « campagne de désobéissance civile non-violente », pour accélérer la transition vers la démocratie[2]. Il est arrêté lors d’une manifestation pacifique à Malé, inculpé pour sédition et de nouveau emprisonné. Amnesty International déclare que « son arrestation avait été motivée par des considérations politiques ». Il est libéré en septembre 2006[3]. En tout, entre 1990 et 2008, il aura été incarcéré seize fois[7].

Président de la République[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]

Nasheed est le candidat du Parti démocratique maldivien à l’élection présidentielle du 8 octobre 2008. Il s'agit des premières élections multipartites dans l'histoire du pays[9] ; avant cela, le Président Gayoom fut le seul candidat autorisé lors de six élections consécutives[10]. Nasheed obtient 25 % des suffrages au premier tour, terminant deuxième derrière le président sortant Maumoon Gayoom. Qualifié pour le second tour[11], il l'emporte le 28 octobre suivant avec 54,2 % des voix, contre 46,7 % à son adversaire. Il prend ses fonctions de président des Maldives le 11 novembre 2008.

Politiques[modifier | modifier le code]

Nouvellement élu, Nasheed annonce pour objectif que le pays atteigne la neutralité carbone en dix ans[9]. Le 17 octobre 2009, il organise un conseil des ministres à trois mètres sous le niveau de la mer, afin d'alerter l'opinion publique mondiale sur le risque de disparition à terme de son pays et des autres membres de l'AOSIS (Alliance des petits États insulaires) en raison de l'élévation du niveau des eaux suscitée par le réchauffement climatique[5]. Lors de la conférence de Copenhague de 2009 sur le climat, Nasheed confère à des journalistes le statut de membres de la délégation officielle maldivienne, afin qu'ils puissent pénétrer avec leurs caméras derrière les portes fermées et révéler au monde ce qui s'y dit et s'y produit. Il fait de la sensibilisation du monde aux conséquences du changement climatique l'une des priorités de sa présidence, affirmant que sa lutte contre le changement climatique est tout aussi importante que la lutte qu'il a menée pour la démocratie dans son pays. Il suggère également que, la montée des eaux étant sans doute inéluctable, il chercherait à acheter, quelque part, une large parcelle de terre pouvant accueillir la totalité de la population maldivienne, le temps venu. En 2011, le film documentaire américain The Island President est consacré à ses efforts concernant le changement climatique[5],[12].

Time magazine le décrit en 2009 comme l'un des « héros de l’environnement » et un « visionnaire »[12]. Foreign Policy le classe 37e sur sa liste des cent grands penseurs de l'année 2010[6]. La même année, Newsweek le décrit comme l'un des dix dirigeants nationaux les plus respectés au monde[13].

Démission[modifier | modifier le code]

Début 2012, il doit faire face à des manifestations de conservateurs musulmans qui l'accusent d'être trop libéral, et même « anti-islamique ». (Ils s'opposent également au fait que des touristes israëliens aient le droit de visiter le pays[14].) Dans le même temps, la hausse des prix fragilise la popularité du président ; il est accusé de l'avoir provoquée par ses politiques de lutte contre le déficit budgétaire. Enfin, et surtout, en janvier il ordonne à l'armée de procéder à l'arrestation d'Abdulla Mohamed, président de la Cour pénale, l'accusant de protéger des membres de l'ancien régime. Les partis d'opposition ainsi que la Cour suprême dénoncent une arrestation « anticonstitutionnelle » ; des manifestants qualifient Nasheed de « dictateur ». Le 6 février, des policiers attaquent un siège du Parti démocrate (le parti du président). Le 7, l'armée disperse une manifestation de policiers et d'autres manifestants au moyen de gaz lacrymogène ; l'armée conseille ensuite à Nasheed de démissionner. Celui-ci démissionne le jour même, expliquant qu'il souhaite éviter des débordements violents. Le vice-président Mohammed Waheed Hassan le remplace, et ordonne la libération d'Abdulla Mohamed[15]. Peu après, Nasheed déclare qu'il a démissionné sous la contrainte des armes : des soldats en armes l'auraient entouré « et m'ont dit qu'ils n'hésiteraient pas à s'en servir si je ne démissionnais pas ». Waheed dément cette version des faits[9]. Nasheed dénonce un « coup d'État islamiste »[14].

Au lendemain de sa démission, Nasheed publie un article dans le New York Times, accusant les juges choisis par Gayoom d'avoir « protégé l'ancien président, les membres de sa famille et ses alliés politiques, dont beaucoup sont accusés de corruption, de détournement de fonds et de violations des droits de l'homme ». Il ajoute que la liberté d'expression qu'il (Nasheed) a instaurée a été détournée par des « islamistes extrémistes. Des ministres de l'ancien président ont lancé des injures antisémites et anti-chrétiennes contre mon gouvernement, accusant d'apostasie tous ceux qui cherchaient à défendre les traditions islamiques libérales de notre pays, et affirmant que la démocratie leur donne, ainsi qu'à leurs alliés, le droit d'appeler à un jihad violent et de proférer des paroles de haine ». Concernant l'arrestation d'Abdulla Mohamed, il écrit : « Il me semble que je n'avais pas d'autre choix que de faire ce que j'ai fait »[16].

Le 8 février, un porte-parole de la police indique que la police a trouvé de nombreuses bouteilles d'alcool dans les ordures de la résidence présidentielle. La consommation d'alcool étant illégale en dehors des stations touristiques, des poursuites sont envisagée contre Nasheed, qui risquerait jusqu'à trois ans de prison, ou l'exil interne sur une île loin de la capitale[17].

Le 7 octobre, l'ancien président est arrêté par la police pour avoir refusé de comparaitre en justice. Il est accusé d'abus de pouvoir et l'audience se tiendra finalement le 4 novembre.

Retour en politique[modifier | modifier le code]

Nasheed effectue son retour en politique lors de l'élection présidentielle de 2013. Le 7 septembre, il arrive largement en tête du premier tour avec 45,45 % des voix devant Abdulla Yameen (25,35%), demi-frère de Maumoon Abdul Gayoom, Gasim Ibrahim (24,07%), homme d'affaires du secteur du tourisme et Mohamed Waheed (5,13%), président sortant[18]. Le second tour, prévu le 28 septembre, est reporté par la Cour suprême[19], décision qui suscite de nombreuses réactions internationales dont celle du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon[20]. Le 7 octobre, la Cour suprême décide d'annuler les résultats du premier tour et ordonne qu'il soit de nouveau organisé le 19 octobre[21]. Cependant, la police intervient le jour du scrutin pour empêcher les électeurs de voter[22]. Enfin, le 9 novembre, le premier tour est de nouveau organisé et marqué une fois de plus par l'arrivée en tête de Nasheed avec 46,93 % des voix[23]. Malgré cet écart, il enregistre une défaite face à Abdulla Yameen, qui remporte l'élection le 16 novembre avec 51,3 % des voix[24].

Lien externe[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

  • Anote Tong, président des Kiribati depuis 2003, également connu pour ses efforts en vue de sensibiliser le monde aux problèmes du changement climatique

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) "Profile: Mohamed Nasheed", The Telegraph, 29 octobre 2008
  2. a, b, c et d (en) Biographie officielle sur le site de la présidence de la République (en cache suite à sa démission)
  3. a et b (fr) « Maldives : libération d’un chef de l’opposition et adhésion au Pacte international relatif aux droits civils et politiques », Amnesty International, 22 septembre 2006
  4. a, b et c (en) "Mohamed Nasheed: Maldives leader who has been in tighter spots", The Guardian, 9 février 2012
  5. a, b et c (en) "The Maldives man with a plan to save the world", The Independent, 10 septembre 2011
  6. a et b (en) "The FP Top 100 Global Thinkers", Foreign Policy, décembre 2010
  7. a et b (en) "Meet David Cameron's new best friend", The Guardian, 28 novembre 2011
  8. (fr) « MALDIVES : CRAINTES DE TORTURE / CRAINTES POUR LA SÉCURITÉ, Mohamed Nasheed, député de Malé », Amnesty International, 12 novembre 2001
  9. a, b et c (en) "Maldives president says he was forced to resign at gunpoint", The Guardian, 8 février 2012
  10. (en) "Profile: Mohamed Nasheed", Al-Jazeera, 7 février 2012
  11. (en) "Gayoom faces run-off in Maldives", BBC, 9 octobre 2008
  12. a et b (en) "Mohamed Nasheed", Time
  13. (en) "Manmohan Singh, the leader other leaders love: Newsweek", India Tribune
  14. a et b "Maldives: le président veut "l'unité", son prédécesseur évoque un complot", Agence France-Presse, 8 février 2012
  15. (en) "Fall from grace for Maldives' democratic crusader", BBC, 7 février 2012
  16. (en) Mohamed Nasheed, "The Dregs of Dictatorship", New York Times, 8 février 2012
  17. (en) "New Maldives president denies plot to oust Mohamed Nasheed", The Guardian, 8 février 2012
  18. « Maldives: l’ancien président en tête, second tour nécessaire » Libération 7 septembre 2013
  19. « Maldives : la Cour suprême reporte le second tour de l'élection présidentielle », RFI, 24 septembre 2013
  20. Ban préoccupé par le report du second tour de l'élection présidentielle aux Maldives, Centre d'actualité de l'ONU, 24 septembre 2013
  21. « Aux Maldives, la Cour suprême annule le premier tour de l'élection présidentielle », Libération, 7 octobre 2013
  22. « Présidentielle aux Maldives: la police empêche la tenue du premier tour », RFI, 19 octobre 2013
  23. « Présidentielle aux Maldives : l'ex-président Nasheed en tête avant un 2e tour », Le Parisien, 9 novembre 2013
  24. « Maldives : Abdulla Yameen remporte l'élection présidentielle », RFI, 17 novembre 2013