La Veuve de Saint-Pierre

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La Veuve de Saint-Pierre est un film français réalisé par Patrice Leconte, sorti en 2000.

Le film est fondé sur une histoire vraie de meurtre qui s'est déroulée à Saint-Pierre-et-Miquelon au XIXe siècle. Un des thèmes principaux est la peine de mort et la réhabilitation. Le décor épuré, les paysages enneigés, les silences renforcent l'effet dramatique. Un décalage chronologique avec la véritable histoire, situe les scènes du film 40 ans avant, alors que Napoléon III arrive au pouvoir.

Le titre joue sur un jeu de mots sur la veuve - on voit au début du film Juliette Binoche, Pauline, en noir et une voix off raconte l'histoire - et le terme argotique qui désigne la guillotine.

Le roman[modifier | modifier le code]

Une rixe entre marins s'achève par un meurtre à Saint-Pierre et Miquelon en 1888. Au "bout du monde", il y a bien un tribunal mais ni guillotine, ni bourreau pour exécuter la sentence.

C'est le long hiver, neige et glaces scellent le paysage. Il faut des mois pour que la veuve arrive de France. Entre temps, le condamné s'amende, sauve une vie, tombe amoureux et devient même une sorte de héros populaire. Peut-on, doit-on encore lui trancher la tête ?

Placé sous la surveillance du capitaine de l'île, pris en amitié par son épouse, le couple devient des alliés mais les notables de l'île n'acceptent pas cette rédemption.

Le roman de Marine Saglio-Bramly (1999) s'inspire de l'histoire vraie de Joseph Néel.

L'affaire Joseph Néel & Louis Ollivier : un meurtre à l’île-aux-Chiens[modifier | modifier le code]

Emile Sasco (du service des archives et auteur d'articles sur l'histoire locale) en 1938 en fait le récit suivant[1]. L’instruction de l’affaire est menée rapidement, le Tribunal criminel se réunit en session le mardi 6 février 1889. Les débats durèrent deux jours et la salle d’audience était comble. Joseph Auguste Néel, né à Saint-Pierre, le 29 mai 1860 et Louis Ollivier, né à Coatréven (Côtes-du-Nord) le 31 octobre 1863 sont tous deux marins-pêcheurs.

Néel et Ollivier confirment leurs aveux faits lors de l’instruction. Le dimanche 30 décembre, vers 10 heures, ils projettent de souper chez Coupard, furieux de trouver la porte du tambour barrée, ils démolissent l’enceint, brisent la croisée de la cabane et, le patron d’Ollivier qui défend son domicile, couteau à la main. La lutte s’engage entre Coupard et son avant. Néel s’écrie “mieux vaut tuer le diable que le diable vous tue”, puis à son camarade “tiens v’là le couteau, tape à ton tour”, ce dernier l’enfonce dans le ventre de Coupard. Puis ils s’acharnent sur le cadavre, le mutilent pour voir si Coupard était gras. Après avoir dissimulé le cadavre, ils espèrent gagner la côte anglaise mais les vents d’est et la grosse mer les en empêchent. Ils sont arrêtés dans la matinée du 1er janvier.

Les deux meurtriers plaident l’ivresse sinon pour excuser, du moins pour atténuer l’atrocité de leur crime. Ollivier qui a joué un rôle plutôt passif, déclare que Coupard avait toujours été bon pour lui. Les témoins de moralité, presque tous les habitants de l’île-aux-Chiens, s’accordent pour dire que Néel était entre deux vins comme à l’accoutumée et qu’Ollivier paraissait être dans son état normal. Le Procureur de la République requiert la peine capitale contre Néel et ne s’oppose pas aux circonstances atténuantes en faveur d’Ollivier atteint de fascination incompréhensible. L’avocat tente de sauver son client de la peine capitale, arguant l’état d’abjection morale dans lequel il était tombé par suite des pratiques invétérées d’alcoolisme, privé de libre arbitre. Le Tribunal criminel considère que Néel a agi avec une responsabilité précise et entière. La culpabilité d’Ollivier est présentée comme douteuse pour le meurtre, Coupard ayant cessé de vivre lorsqu’il avait frappé. Néel est condamné à la peine de mort et Ollivier à dix ans de travaux forcés.

L’opinion publique, respectant l’arrêt de justice, pense néanmoins qu’il y avait disproportion entre les deux peines. Ramené à la prison, Néel retrouve sa gaîté cynique habituelle : “j’ai bien fait de manger mes 2500 francs qui venaient de mon père”.

Le synopsis[modifier | modifier le code]

Le scénario[modifier | modifier le code]

En 1849, deux marins abandonnés en mer par le patron de leur bateau sont sauvés par hasard par une autre embarcation et ramenés dans l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, au large de Terre-Neuve. Lors d'une beuverie, ils poignardent le Vieux Coupard, celui qui les avait abandonnés, pour savoir "s'il est gros ou gras". Ils sont condamnés mais les lois de la République sont difficiles à mettre en œuvre loin de la métropole. L'absence de guillotine, de veuve, à Saint-Pierre : il faut en faire venir de France, de la Martinique ? Cela mettra du temps si seulement même la mère-patrie daigne répondre. Le gouverneur propose d'adoucir la sentence pour éviter les soucis d'exécution. Les autres notables sont contre. L'un des condamnés meurt dans un accident de charrette avant d'être emmené au bagne, l'autre, condamné à mort, reste sous la garde du capitaine responsable des forces militaires de l'île de Saint-Pierre et attend son exécution avec humilité et résignation. L'épouse du capitaine, Madame « La » (pour Madame La Capitaine), s'intéresse à lui.

Madame « La » voit en Joseph Néel bonté et simplicité et ne peut se résoudre à accepter qu'un homme soit définitivement méchant. Avec l'aide de sa bienfaitrice, contre l'avis des notables, le condamné se rend indispensable et populaire. Mais la Marie-Galante est en vue, la guillotine, au terme de bien des incertitudes est amenée à terre. Un bourreau finalement trouvé, justice doit être faite. Madame « La » fera l'impossible pour empêcher Néel d'être exécuté. Et c'est par amour pour sa femme que le Capitaine, à la réputation de marginal, s'oppose à l'ordre établi, c'est pour cet amour qui le conduit au bout de son destin.

Les personnages[modifier | modifier le code]

  • Le Capitaine est un officier, marginal : il ose manifester son désaccord. Il ne porte jamais de képi, ne se rase que rarement, ne porte pas de vêtements chauds malgré les températures très négatives. Quelques allusions disent que sa mutation est sans doute due à quelques écarts. Cette île au bout du monde n’est certainement pas une promotion. Très amoureux de sa femme, malgré son rang et les conventions de l’époque, il ne cache absolument pas sa passion. Le couple est très uni, complice, contre tout et contre tous. Le capitaine peut affronter le Gouverneur et ses hommes pour défendre les opinions de Pauline.

Amoureux de la nature, épris de liberté, il galope avec son cheval, baptisé de façon peu conventionnelle, Morue salée. Malgré sa marginalité, il semble être conscient dès le début d'une probable issue fatale à cette histoire. Ses regards disent sa lucidité mais il n’intervient pas, respectant les choix de sa femme. Le personnage est fataliste, romantique et digne, il ne recule jamais même si cela doit lui coûter sa carrière ou la vie[2].

  • Madame La Capitaine
  • Néel, le condamné
  • Le cheval : Morue salée

Les thèmes[modifier | modifier le code]

  • La peine de mort
  • La réhabilitation
  • Le libre arbitre
  • L'amour, la passion

La fiche technique[modifier | modifier le code]

La distribution[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Récit de l'affaire Joseph Néel et Louis Ollivier par E. Sasco (1938)] : http://www.grandcolombier.com/histoire/1816-1914-lage-de-la-grande-peche/1888-1889-affaire-neel/1938-un-meurtre-a-l’ile-aux-chiens-3/
  2. Lacoste H. (Institut français de Brême) - La Veuve de Saint-Pierre de Patrice Leconte. Dossier pédagogique, Cinéfête 7, 17 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marine Saglio-Bramly, 1999 - La veuve de Saint-Pierre. Fleuve Noir, Imprimerie Bussière, Saint-Amand, 250 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]