La Famille de Charles IV

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La Famille de Charles IV
Image illustrative de l'article La Famille de Charles IV
Artiste Francisco de Goya
Date 1800
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 280 × 336 cm
Localisation Musée du Prado, Madrid (Espagne)
Numéro d'inventaire P00726

La famille de Charles IV est un portrait collectif peint en 1800 par Francisco de Goya et conservé au Musée du Prado à Madrid. Il représente la famille royale de Charles IV d’Espagne.

Goya commença à travailler sur le croquis au printemps de 1800. La version finale fut peinte entre Juillet 1800 et Juin 1801, l'envoi de la facture date de Décembre 1801. Le tableau appartenait à la collection privée de Palais royal de Madrid, où il apparaît dans l'inventaire de 1814. Il fait partie des œuvres présentes dès la fondation du musée du Prado en 1824 par Ferdinand VII d'Espagne, qui est représenté sur la toile.

Il est exposé depuis 1942 dans la salle 32 du musée sous la référence P00726 au rez-de-chaussée du bâtiment[1] L’œuvre est l’une des plus complexes de Goya. Elle est principalement inspirée de deux œuvres La famille de Philippe V, de Louis-Michel van Loo (1743)[2] et Les Ménines, de Diego Velázquez (1656)[3].

Goya révèle sa maîtrise de chaque détail, de sa domination formelle de la lumière comme la définition subtile des personnalités de chacun des modèles, dans une toile aux références spatiales réduites[4]

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1789 Goya devint peintre de la cour du roi Charles IV d'Espagne. Avant cette nomination il avait eu l’occasion de peindre le roi, mais de façon individuelle (Charles III en habit de cour, Banque d'Espagne, 1787)[5]. Au printemps 1800, quelques mois après avoir été nommé premier peintre de la cour, il reçut la commande d’un grand portrait de la famille royale. Grâce aux lettres de la reine Marie-Louise de Parme à Manuel Godoy, nous connaissons les étapes de la création et la composition de l'image. Goya commença à y travailler en mai 1800, alors que la famille royale se trouvait au Palais d'Aranjuez. Il réalisa entre mai et Juillet des croquis de portraits de chacun des membres de la famille royale. Sur demande de la reine, ils furent peints séparément pour éviter de longues et fastidieuses séances de pose[6]

Tous les croquis sont faits sur une préparation rougeâtre caractéristique et les traits des visages sont peints dans une seule tonalité, comme la masse principale. A la fin, une fois définis la disposition et les proportions, les nuances de couleurs furent ajoutés. Le 23 Juillet Goya présenta les esquisses des dix portraits, dont cinq autographes seulement sont conservés, tous au Musée du Prado: L'infante Maria Josefa [7], L'Infant Carlos María Isidro [8], L'Infant Francisco Paula[9], L'Infante Antonio Pascual[10] et Louis, roi d'Etrurie [11] Une partie des croquis perdus sont connus par des copies d’Agustin Esteve ou de l’atelier et sont répartis dans différents musées et collections, notamment le portrait du futur Ferdinand VII exposé au Metropolitan Museum of Art à New York[12],[13]. Enfin, Goya travailla au tableau final entre Juin 1800 et Décembre 1801, date à laquelle il fut présenté au roi[14].

Il a été dit que la toile n'a pas suscité l'enthousiasme de la famille royale, qui s'attendait à une grande peinture grandiose, comme la famille de Philippe V de Van Loo[15]. Cependant, elle ne fut pas non plus mal accueillie. Charles IV s’y référait chastement comme le portrait de «tous ensemble». Il semble que ses protagonistes se considéraient comme fidèlement représentés et pouvaient être satisfaits, comme nombre des personnages représentés par Goya, avec la même sincérité et le même réalisme. Le peintre leur donna une expression vive et digne que peu de peintres de l'époque pouvaient atteindre[16]. En fait, par comparaison avec des portraits contemporains par d’autres peintre, il est clair que Goya les a grandement favorisé pour « servir ses maîtres la meilleure façon possible[17] ». Malgré tout, les critiques d’art des XIX et XXe siècles virent dans la toile une critique de Goya à la monarchie par la façon bourgeoise de représenter les protagonistes, démarche qui aurait été jugée inconvenante[18]. On rapport qu’Pierre-Auguste Renoir, de visite au musée du Prado s'écria devant la toile :

« le roi ressemble à un tavernier, et la reine ressemble à une ouvreuse... ou pire ! Mais quels diamants Goya a peint[19],[20]! »

Analyse[modifier | modifier le code]

Personnages[modifier | modifier le code]

L'homme dans l'ombre à gauche est Francisco de Goya (2).
(1) Charles Marie Isidore (1788–1855); (3) Futur Ferdinand VII d'Espagne (1784–1833); (4) Maria Josefa (1744–1801), sœur de Charles IV; (5) Future femme de Ferdinand, alors inconnue à l'époque ; (6) Marie-Isabelle d'Espagne (1789–1848); (7) Marie Louise de Parme (1751–1819); (8) François de Paule (1794–1848); (9) Charles IV (1748–1819); (10) Don Antonio Pascual, frère du roi (1755–1817); (11) Charlotte-Joachime d'Espagne (1775–1830, dont seule une partie de la tête est visible); (12) Don Luis de Parme (1773–1803) et (14) sa femme Marie Louise (1782–1824), tenant par la main (13) un bébé Charles Louis (1799–1883), le futur duc de Parme[21],[22]

Sur la toile sont représentés tous les membres de la famille royale avec la volonté claire de rehausser le personnage de la reine Maria Louise, qui occupe le devant de la scène, passant maternellement un bras sur les épaules de l'infante Maria Isabel et tenant de l’autre main son fils Don Francisco de Paula, qui à son tour, donne la main au roi. A gauche, se trouve le futur Ferdinand VII et dans son dos l'infant Carlos María Isidro et une jeune femme bien habillée mais sans visage, méthode utilisée par Goya pour représenter la future épouse du Prince des Asturies avant qu’elle n’eut été choisie. Sur la droite, l'infante Maria Luisa, avec son mari le duc de Parme, elle porte un petit enfant : Carlos Luis. En fond se trouvent les frères du roi, à gauche Maria Josefa de Borbon et à droite Antonio Pascual, ce dernier est représenté avec un autre personnage féminin dont le spectateur ne voit que la tête de profil. Il a été diversement identifié, soit comme son épouse, l'infante Maria Amalia décédée deux ans auparavant, soit comme la fille aînée du roi, l'infante Carlota Joaquina, reine de Portugal, que Goya n'avait pas la possibilité de peindre puisqu'elle était hors d'Espagne depuis quelques années[23],[24],[25]. Les protagonistes sont disposés avec une intention dynastique claire. Le message se veut rassurant, la reine est peinte comme une mère prolifique, la future princesse des Asturies est déjà présente, la succession est garantie par la présence d’enfants dans les bras de l’infante Maria Luisa[26].

Influences[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Musée du Prado. «La Famille de Charles IV". [Consulté le 21.10.2010].
  2. Musée du Prado. "de la famille de Philippe V". [Consulté le 21.10.2010].
  3. Musée du Prado. "de la famille de Philippe IV, ou Les Ménines". [Consulté le 21.10.2010].
  4. Portús, catalogue de l'exposition Le portrait espagnol du Greco à Picasso, p. 27.
  5. Stoichita, p. 266.
  6. Morales y Marin, p. 270-271.
  7. Musée du Prado. "Maria Josefa de Saxe et de Bourbon, infante d'Espagne" [Consulté le 21.10.2010].
  8. * Museo del Prado. "Carlos María Isidro de Borbón y Borbón-Parma, infant d'Espagne" [Consulté: 21.10.2010]
  9. Musée du Prado. "Francisco de Paula Antonio de Borbón y Borbón-Parma, infant d'Espagne" [21.10.2010 Consulté].
  10. Musée du Prado. "Pascual Antonio de Borbón et la Saxe, infant d'Espagne" [Consulté: 21.10.2010]
  11. Musée du Prado. "Luis de Borbón, Prince de Parme et roi d'Étrurie". [Consulté le 21.10.2010]
  12. Morales y Marin, pp 270-271.
  13. Metropolitan Museum of Art. "Ferdinand VII (1784-1833), Lorsque le prince des Asturies", catalogué comme une œuvre de Goya et atelier. [Consulté le 21.12.2010].
  14. Stoichita, p. 267.
  15. Stoichita, p. 268.
  16. Museau, p. 148.
  17. Manuela Mena, catalogue de l'exposition Le portrait espagnol du Greco à Picasso, p. 352.
  18. Gudiol, p. 19.
  19. Cirlot, p. 72.
  20. Stoichita, p. 277.
  21. Carlos IV de España con su familia at arteHistoria.com
  22. Edward J. Olszewski – Exorcising Goya's "The Family of Charles IV"
  23. Manuela Mena, catalogue de l'exposition Le portrait espagnol du Greco à Picasso, p. 352.
  24. Rapelli, p. 58.
  25. Licht, profil Museo del Prado.
  26. Manuela Mena, catalogue de l'exposition Le portrait espagnol du Greco à Picasso, p. 352.

Sources[modifier | modifier le code]