La Maja nue

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La Maja nue
La Maja desnuda
Image illustrative de l'article La Maja nue
Artiste Francisco de Goya
Date 1795-1800[1]
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 97 × 190 cm
Localisation Musée du Prado, Madrid (Espagne)

La Maja nue (La Maja desnuda) est un tableau réalisé sur commande et peint avant 1800 par Goya, plus précisément entre 1790 et 1800, date de la première référence documentée pour ce travail[2]. L'une de ses œuvres les plus connues, elle a formé le pendant avec La Maja vêtue (La Maja vestida), datée entre 1802 et 1805[3], probablement réalisée à la demande de Manuel Godoy, puisqu'il est certain qu'elles faisaient partie d'un cabinet de peintures de sa demeure.

Dans les deux tableaux est représenté en entier le corps de la même belle femme, allongée paisiblement sur des coussins et regardant face au spectateur. Il ne s'agit pas d'un nu mythologique, mais d'une vraie femme, contemporaine de Goya, et, y compris à son époque, on l'appelait La Gitane[4]. L'antériorité de La Maja nue indique qu'au moment où il a été peint, le tableau n'était pas conçu pour avoir un pendant.

On a supposé que la personne représentée était la duchesse d'Albe, puisqu'à la mort de cette dernière, en 1802, tous ses tableaux passèrent en propriété à Godoy, dont on sait que les deux Majas lui ont appartenu, de la même façon que ce qui s'est passé pour la Vénus à son miroir de Velázquez. Malgré tout, il n'existe aucune preuve décisive que ce visage aurait appartenu à la duchesse, ni que La Maja nue n'aurait pu parvenir à Godoy d'une autre façon, par exemple par une commande directe qu'aurait faite Goya. Pour de nombreux historiens, d'ailleurs, il s'agirait plutôt de Pepita Tudó, maîtresse du premier ministre Manuel Godoy et peinte pour son cabinet secret[5].

Analyse[modifier | modifier le code]

La toile représente une maja, une belle femme. Dans la conception de ce tableau, c'est le dessin qui est décisif, pour la raison que prédomine une gamme chromatique froide qui montre l'influence du néo-classicisme, même si Goya va bien au-delà d'un « isme » ou d'un autre.

Bien qu'apparaisse partout l'esthétique du néo-classicisme, comme dans d'autres œuvres de Goya, celle-là est audacieuse et même risquée pour son époque, comme audacieuse est l'expression du visage et l'attitude du corps du modèle : elle semble sourire, satisfaite et heureuse de sa beauté. Plus encore, c'est la première œuvre d'art (connue) dans laquelle apparaît en peinture le duvet d'un pubis féminin, ce qui accentue l'érotisme de la composition.

On peut souligner la luminosité particulière que Goya donne au corps de cette femme dénudée, luminosité qui contraste avec le reste de l'atmosphère, et, jointe à cette luminosité l'expressivité typique que Goya sait donner aux yeux.

Si la culture occidentale, jusqu'à Goya et depuis des siècles, avait presque toujours eu recours à des subterfuges pour représenter la femme nue (par exemple, des thèmes mythologiques), dans La Maja nue, c'est à une vraie femme que nous avons affaire.

Il est remarquable que, malgré la force des coups de pinceaux qui caractérise Goya, l'artiste s'est appliqué à traiter les chairs et les ombres en les accompagnant d'une figuration subtile des tissus ; la coloration joue minutieusement avec les verts qui contrastent avec les blancs et les rosés, si bien que cette jeune beauté semble presque flotter grâce à son éclat et sa délicatesse, flotter dans un espace sombre qu'elle illumine.

Histoire de l'œuvre[modifier | modifier le code]

On sait qu'au début, les deux grands tableaux, La Maja vêtue et La Maja nue, étaient la propriété de Manuel Godoy ; le tableau avec la femme habillée était placé sur le tableau avec la femme nue, et c'était un mécanisme qui permettait de découvrir le second. Actuellement, ils se trouvent tous les deux au Musée du Prado depuis 1910. Auparavant, ils étaient conservés à l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando, mais dans une salle réservée, d'accès restreint, où l'on reléguait les nus quelque peu osés.

L'histoire de l'œuvre est en elle-même intéressante par ses péripéties : en 1807, Ferdinand VII la confisqua à Godoy, et, en 1814, l'Inquisition décida de la cacher au public pour « obscénité » et engagea un procès contre Goya, mais le peintre fut acquitté grâce à l'influence du cardinal Don Luis María de Borbón y Vallabriga ; cependant la peinture resta cachée hors de la vue du public presque jusqu'au début du XXe siècle.

Que de telles peintures aient été à l'origine propriétés de Godoy semble lever le voile sur la question de savoir qui est la femme représentée. Une amitié, sans doute intime, liait Goya à la treizième duchesse d'Albe María del Pilar Teresa Cayetana de Silva y Alvarez de Toledo, dont il fit plusieurs portraits ; leur traitement pictural laisse voir une profonde tendresse, et en raison de nombreuses similitudes entre la belle duchesse et la femme représentée dans Les Majas (La Maja vêtue et, surtout, La Maja nue), on considère que c'est elle qui était représentée.

La Maja nue sur un timbre-poste espagnol de 1930.

En 1845 Louis Viardot publia dans Les Musées d'Espagne l'opinion que la femme représentée était la duchesse et, à partir de là, la discussion critique n'a jamais cessé d'évoquer cette possibilité. Joaquín Ezquerra del Bayo, dans son livre La Duquesa de Alba y Goya[6] affirme, en se fondant sur la similitude de la posture et les dimensions des deux Majas, qu'elles étaient disposées de façon que, par un ingénieux mécanisme, la Maja vêtue couvrît la Maja nue ; c'était une sorte de jouet érotique du cabinet le plus secret de Godoy. On sait qu'au XIXe siècle le duc d'Osuna a utilisé cette procédé avec un tableau qui, grâce à un mécanisme, en laissait voir un autre montrant un nu.

Toutefois les dates, et le fait que les œuvres en question ont fait partie à l'origine d'une collection pratiquement secrète de Godoy, ont amené à considérer comme plus probable que le modèle directement représenté était celle qui à l'époque était la maîtresse de Godoy et qui fut ensuite son épouse, Pepita Tudó.

Quoi qu'il en soit, étant donné certaines ressemblances physiques entre les deux femmes, il est probable que Goya en peignant Pepita Tudó ait aussi évoqué la Cayetana, comme on appelait familièrement la duchesse d'Albe, et l'ait ainsi immortalisée.

La Maja nue a été une source d'inspiration pour la pose de l'Olympia de Manet.

Le 15 juin 1930, les postes espagnoles émirent une série de timbres, valant respectivement 1, 4 et 10 pesetas, au motif de la Maja nue ; c'était la première fois qu'une femme nue apparaissait en philatélie, ce qui provoqua un scandale[7]. La même année, le gouvernement des États-Unis interdit et fit retourner à leurs expéditeurs toutes les lettres d'Espagne portant ces timbres[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) « Fiche de La Maja nue », sur museodelprado.es (consulté le 31 mars 2014)
  2. La première mention de La Maja nue apparaît dans le journal de Pedro González de Sepúlveda, graveur et érudit, qui rapporte qu'elle faisait partie de la collection de peintures de Manuel Godoy en 1800. Cité par Juan J. Luna, La maja desnuda, 1996.
  3. Juan J. Luna, art. cit., 1996.
  4. Maja est un colloquialisme espagnol désignant une femme des classes populaires madrilènes
  5. Tzvetan Todorov, Goya à l'ombre des lumières, éd. Flammarion, 2011.
  6. Joaquín Ezquerra del Bayo, La Duquesa de Alba y Goya, Madrid, Aguilar, 1959.
  7. (es) « La Leyenda de los sellos de la maja desnuda de Goya (1930) », Sociedad Filatélica de Madrid.
  8. (en) « The Clothed and the Naked Maja by Goya » sur Art on Stamps.org.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Carlos D'Ors Führer, « Estudio de la obra seleccionada », dans José Luis Morales Marín, Carlos D'Ors Führer, Goya, Madrid, Sarpe, coll. « Genios de la pintura española »,‎ 1983, 93 p. (ISBN 84-7291-543-3 et 978-84-7291-543-5, lien OCLC?), p. 89-90
  • (es) Nigel Glendinning, Goya, Madrid, Historia 16, coll. « Arte y sus creadores » (no 30),‎ 1993, 145 p. (lien OCLC?), p. 65-68

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]