Jean-Baptiste Cousin de Grainville

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Édition princeps du Dernier Homme chez Déterville à Paris, An XIV.

Jean-Baptiste-François-Xavier Cousin de Grainville, né au Havre le 3 avril 1746 et mort à Amiens le 1er février 1805 est un philosophe, poète, curé et écrivain français, surtout retenu pour son importante œuvre pionnière de la littérature fantastique le Dernier Homme.

Biographie[modifier | modifier le code]

D’un père officier dans l'état-major, Grainville fut destiné, comme son frère aîné qui devint évêque de Cahors, à l’état ecclésiastique. Il fit des études distinguées, d’abord au collège de Caen et ensuite à Paris, au collège de Louis-le-Grand, où il fut, avec l’abbé Siéyès, un des élèves les plus marquants du séminaire de Saint-Sulpice. Le talent du jeune Grainville pour l’éloquence et les lettres apparut, en 1772, lors d’un discours où il remporta le prix d'éloquence à l’Académie de Besançon, qui avait mis cette question au concours : Quelle a été l’influence de la philosophie sur le xviiie siècle, le fit connaître avantageusement. Grainville montra, à cette occasion, qu’il ne résiliait de la philosophie raisonneuse qui suppose un ordre moral sans principes religieux, que les erreurs nuisibles et les systèmes dangereux et absurdes. Du haut de la chaire, dans des sermons restés manuscrits, il continua de s’élever contre les mœurs et la philosophie de son siècle.

À un extérieur noble, à un organe touchant et expressif, il joignait un grand fonds de pensées, une manière neuves de les développer, un style lumineux et plein de chaleur, toutes qualités, qui lui attirèrent de vives contradictions, aux approches de la Révolution. Il quitta alors la carrière ecclésiastique et, pour donner le change à ses persécuteurs, il s’essaya dans un genre littéraire bien différent, la carrière dramatique. Sa pièce le Jugement de Pâris, entre autres, avait été reçue au Théâtre-Français, et allait être représentée à l’époque de la Révolution. Malgré l’attrait de la scène pour son imagination ardente, l’auteur fut ramené par son caractère à un genre plus grave. Il composa le Carnaval de Paphos, un roman poétique intitulé Ismène et Tarsis, ou la Colère de Vénus et un autre roman, la Fatalité.

Après la constitution civile du clergé, une organisation nouvelle parut offrir à Grainville les moyens de reprendre utilement son ministère : il vint, à la sollicitation de l’évêque d’Amiens, dans cette ville, où ses talents oratoires lui procurèrent de nouveaux succès, et semblaient promettre quelques fruits heureux, lorsque la déchristianisation prit son essor commencèrent à éclater. Ses opinions religieuses, quoique également éloignées du fanatisme et de la superstition, devinrent, pour des esprits prévenus, un prétexte et un titre contre lui. Poursuivi, maltraité, privé de sa liberté, de sa pension, il fut arraché à son état, plutôt qu’il ne le quitta lui-même. Rendu enfin à la société, mais non à des fonctions dont sa position l’écartait, il se vit réduit à s’occuper de l’éducation des enfants : mais les règlements tyranniques qui entravaient l’instruction privée, paralysèrent les soins du maître et lui laissèrent trop peu d’élèves.

C’est durant les courts intervalles et au milieu même de ces traverses, qu’il composa son Dernier Homme, ouvrage dont le sujet peut sembler sombre et triste ou analogue à la position de l’auteur, mais dont l’invention atteste un génie original, quoique singulier, et l’exécution un talent supérieur, quoique inégal. Ceux qui ont voulu voir des défauts dans cette œuvre les ont attribués aux circonstances où se trouvait l’écrivain, mais ceux qui ont défendu les beautés qu’il renferme diront qu’elles sont de tous les temps. Si Grainville conçut réellement, comme l’avance son éditeur, à l’âge de seize ans, il n’en eut probablement alors que l’aperçu car le lecteur voit, par ce que Grainville rapporte, non sans exagération, des grands progrès des sciences et des arts avant la fin des temps, qu’il a produit son ouvrage après l’invention des aérostats, dont il suppose la direction opérée. On voit même, par plusieurs passages, entre autres celui où le dernier homme reconnaît, au milieu des ruines du monde, les débris d’une statue d’un chef trop fameux, que l’auteur composait sa fiction lors de la création du Premier Empire.

Trop fier pour s’abaisser à réclamer l’appui de ce nouveau gouvernement, Grainville n’avait pas d’emploi à en attendre. Ayant passé par tous les degrés de l’adversité, lorsque l’activité de son esprit ne fut plus soutenue par la composition de son livre, Grainville tomba alors dans une mélancolie suivie d’une fièvre avec délire. Mais comme il s’était bien promis dans l’exécution de son travail, ainsi qu’il le dit expressément, de ne jamais désespérer de lui-même, et que d’ailleurs les consolations religieuses et domestiques ne lui manquaient pas, il est très vraisemblable que ce ne fut pas volontairement, mais dans un de ses accès, que par le vent le plus impétueux et le froid le plus vif, qu’il alla se précipiter, à deux heures du matin, dans le canal de la Somme, qui baignait sa maison.

Des hommes de lettres s’empressèrent de recommander sa mémoire en contribuant à faire connaître son ouvrage. Ce fut son compatriote Bernardin de Saint-Pierre, dont le frère était marié à une sœur de Grainville, qui, frappé des situations qu’offre son roman posthume, le Dernier Homme, imprimé à Paris, en 1805, 2 vol. in-12, dont l’intérêt pour les imaginations sensibles égale celui du roman le plus attachant, engagea le libraire Déterville à le mettre au jour.

Il a également traduit de l'espagnol l’Araucanat par Alonso de Ercilla ; la Musique, poème de Tomás de Iriarte, de l’italien, quelques poésies de Métastase, les Monumenti inediti de Winckelmann et Il vendemmiatore de Tansillo : du latin, le Remède d'Amour d'Ovide ; les Argonautes de Valerius Flaccus : du grec, les Hymnes de Sapho.

Édition moderne[modifier | modifier le code]

  • Le Dernier Homme, Paris, Éditions Payot & Rivages, coll. « Critique de la politique »,‎ 2010, 304 p. (ISBN 9782228905503)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Gillet, « Du dernier au premier homme : Le brouillage des signes dans l’épopée de Grainville », Formes modernes de la poésie épique : nouvelles approches, éd. et intro. par Judith Labarthe, Bruxelles, Peter Lang, 2004, p. 113-27.
  • (en) Morton D. Paley, « Le Dernier Homme : the French Revolution as the failure of typology », Mosaic, hiver 1991, no 24 (1), p. 67-76.

Source[modifier | modifier le code]