Imparfait de l'indicatif
L'imparfait de l'indicatif est un tiroir verbal de la conjugaison des verbes français. Son nom provient du latin imperfectus, signifiant inachevé, incomplet. L'imparfait est un temps simple du mode indicatif, c’est-à-dire qu'il présente une action réelle et la situe dans le temps. (Il existe également un imparfait du subjonctif).
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Utilisation [modifier]
On divise traditionnellement les usages de l'imparfait en deux catégories : temporel et modal. Dans la première, l'imparfait situe le procès exprimé par le verbe dans le passé, sauf dans le cas de la concordance des temps. Ses emplois modaux semblent plutôt exprimer un décalage avec la réalité (hypothèse, situation imaginaire) ou une attitude particulière vis-à-vis de l'interlocuteur (usage hypocoristique par ex.)
Emploi en tant que temps du passé [modifier]
L'imparfait présente l'action dans son déroulement, en cours d'accomplissement ou répétée durant un moment du passé connu de tous les participants à l'échange linguistique, même s'il s'agit d'une connaissance tacite. C'est une des différences avec le passé composé, qui lui peut exprimer qu'un événement a eu lieu à un moment inconnu du passé. Parlant d'un étranger qui parle français, on peut dire : Il a appris le français., même si on n'a pas la moindre idée de quand cet apprentissage a eu lieu. En effet, en l'absence de complément de temps explicite, le passé composé, à l'origine présent accompli, signifie naturellement : l'événement s'est accompli avant le moment d'énonciation, donc dans le passé. Par contre, Il apprenait le français n'a de sens que si l'on sait de quel moment on parle.
Dans la mesure où son temps de référence est en principe dans le passé, l'imparfait de l'indicatif indique souvent que l'événement n'appartient plus / pas à l'actualité de l'énonciateur, qu'il s'agit d'une période révolue. C'est pourquoi on l'utilise volontiers pour évoquer les états anciens, mettre le passé en contraste avec le présent.
- Avant, je faisais beaucoup de sport. Depuis que j'ai un ordinateur, je passe mes fin de semaines assis.
Emplois sans référence au passé [modifier]
Marc Wilmet[1] fournit divers exemples d'emploi de l'imparfait sans référence au passé :
- Je venais vous demander un petit service (= je viens ; atténuation)
- Sans la présence d'esprit du mécanicien, le train déraillait (= aurait déraillé ; imaginaire)
- Si j'étais riche, je m'achèterais une Rolls (condition ; irréel du présent)
- Galilée soutint que la Terre tournait autour du soleil (gnomique, discours rapporté)
- On m'a assuré que vous étiez bon médecin : guérissez-moi (= que vous êtes ; discours rapporté)
Contrairement aux exemples précédents, communément compris et utilisés, l’imparfait hypocoristique, bien qu'attesté par de nombreuses sources[2], est plus discuté, connu de certains locuteurs seulement, et plus difficile à interpréter. Il peut être employé notamment lorsqu'on s'adresse à un petit enfant ou à un animal domestique (qui ne sont donc pas en mesure de répondre) :
- Oh qu'il était mignon le bébé ! (= qu'il est mignon)
- Il avait plus de pupuces. Il a plus de pupuces, vous savez[3] (la première phrase, hypocoristique, s'adresse au toutou, la seconde, « objective », à un interlocuteur humain adulte).
Un emploi dit « ludique » ou « préludique » mettant en place une situation imaginaire de jeu est aussi attesté[4]. Le conditionnel peut aussi être utilisé de cette manière.
- J'étais le professeur et tu étais l'élève. Je te disais d'écrire des mots et tu les écrivais.
On peut mentionner aussi l'imparfait des commerçants ou « imparfait forain » [1], dont la valeur semble mi-temporelle, mi-modale :
- Qu'est-ce qu'il lui fallait à la petite dame ? (= Que désirez-vous, Madame ?).
Il est peut-être lié à l'imparfait d'atténuation — politesse parfois utilisé pour solliciter une réponse ou un service :
- Je voulais vous poser une question.
- Je venais chercher un livre commandé par téléphone mardi dernier.
Emploi narratif [modifier]
L'imparfait est parfois employé dans la littérature à la place des temps de narration habituels tels que le passé simple ou le présent[5] : c'est par exemple une des caractéristiques du style de Georges Simenon, [6], mais aussi de Marcel Proust[7].
- « Quelques instants plus tard, Maigret descendait l’escalier, traversait le salon aux meubles disparates, gagnait la terrasse. » (La nuit du carrefour)
Conjugaison [modifier]
Formation de l'imparfait [modifier]
Pour former l'imparfait on utilise le radical du verbe à la première personne du pluriel au présent de l'indicatif. On ajoute à ce radical les terminaisons de l'imparfait.
- p.ex. : nous aimons donne J' aim-ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient.
- exception : le verbe être
Verbes du premier groupe [modifier]
- Je mangeais
- Tu mangeais
- Il, elle, on mangeait
- Nous mangions
- Vous mangiez
- Ils, elles mangeaient
Verbes du deuxième groupe [modifier]
- Je finissais
- Tu finissais
- Il, elle, on finissait
- Nous finissions
- Vous finissiez
- Ils, elles finissaient
Verbes du troisième groupe [modifier]
Radical du verbe à la 1re personne du pluriel de l'indicatif présent + terminaison de l'imparfait:
- Sortir: nous sortons
- Je sortais
- Tu sortais
- Il, elle, on sortait
- Nous sortions
- Vous sortiez
- Ils, elles sortaient
Avoir [modifier]
- J'avais
- Tu avais
- Il, elle, on avait
- Nous avions
- Vous aviez
- Ils, elles avaient
Être [modifier]
- J'étais
- Tu étais
- Il, elle, on était
- Nous étions
- Vous étiez
- Ils, elles étaient
Formes en -o- [modifier]
Autrefois il était courant d'écrire les terminaisons de l'imparfait avec un « oi » au lieu de « ai » (et de les prononcer comme tels). Ces formes en « oi » ont disparu lors de la réforme de l'orthographe française de 1835.
- J'étois
- Tu étois
- Il, elle, on étoit
- Nous étoyons
- Vous étoyez
- Ils, elles ’étoyent'
Notes et références [modifier]
- Marc Wilmet, Grammaire critique du français, 3e éd., Bruxelles, Duculot, 2003, 23 cm, 758 p. (ISBN 2-8011-1337-9)
- Propos sur l'imparfait, de Jacques Drillon, Zulma, 1999. Rééd. Points Seuil, 2010.
- Langage pour chien, sketch de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault
- Banque d'aide linguistique - Gouvernement du Québec
- Imparfait narratif et imparfait de nouvel état en français J.P. Desclés
- Emmanuelle Labeau, « L'imparfait dans la narration chez Simenon : une dérive aspectuelle ? », in Le Langage et l'homme, 2005, vol. 40, no1, pp. 181-196 ISSN 0458-7251
- Jacques Drillon, op. cit.
Voir aussi [modifier]
Liens externes [modifier]
- Louis de Saussure et Bertrand Sthioul, Imparfait et enrichissement pragmatique[1]