Iitate

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Iitate
飯舘村
Mairie d'Iitate
Mairie d'Iitate
Administration
Pays Drapeau du Japon Japon
Région Tōhoku
Préfecture Fukushima
Code postal 〒960-1892
Démographie
Population 5 937 hab. (1er juin 2013)
Densité 26 hab./km2
Géographie
Coordonnées 37° 40′ 45″ N 140° 44′ 07″ E / 37.679167, 140.73527837° 40′ 45″ Nord 140° 44′ 07″ Est / 37.679167, 140.735278  
Superficie 23 013 ha = 230,13 km2
Localisation

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Liens
Site web http://www.vill.iitate.fukushima.jp/index.html
Situation d'Iitate par rapport à la centrale de Fukushima Daiichi et aux zones d'exclusion

Iitate (檜枝岐村, Iitate-mura?) (parfois orthographié Iidate) est un village japonais (?, mura ou son), initialement d'environ 6 200 habitants, inclus dans le district de Sōma (Préfecture de Fukushima). Établi dans une région boisée, ce bourg d'agriculteurs était très fier de son mode de vie paisible et de son cadre magnifique. Situés à 39 km au nord-ouest de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les sols du site ont été fortement contaminés par l'accident nucléaire de Fukushima ; de fait, l'évacuation des lieux a été décidée par les autorités japonaises le 11 avril 2011.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le 11 mars a lieu l'accident nucléaire de Fukushima: suite à un séisme d'une magnitude exceptionnelle survenu au large des côtes Nord-est de l'île de Honshū, qui sera suivi par un tsunami, le système de refroidissement primaire de la centrale tombe en panne, de même ensuite que les systèmes de refroidissement de secours[1].

Durant les premiers jours ont lieu des rejets radioactifs significatifs dans l'atmosphère : pour éviter une surpression des réacteurs, l'opérateur Tepco décide de relâcher de la vapeur hautement radioactive provenant de ces réacteurs. La vapeur générée, qui contient gaz et particules radioactives, s'échappe dans l'atmosphère après que des explosions d'hydrogène aient soufflé les bâtiments[2],[3],[4]. On estime par la suite que le plus gros des rejets atmosphériques a eu lieu les 15 et 16 mars[5].

Radioactivité ambiante dans différentes localités autour de Fukushima Daiichi, dont Iitate, du 15 au 25 mars[6]

Iitate est rapidement affectée : le 15 mars, la radioactivité ambiante, dont la valeur normale sur place est d'environ 0.125 μSv/h, s'élève d'abord très légèrement entre 13h et 14h, puis bondit pour atteindre un pic de 44,7 μSv/h à 18h20. En quelques heures, la radioactivité ambiante est donc passée a 360 la valeur normale[6].

À partir de cette date, la radioactivité ambiante à Iitate tend à diminuer irrégulièrement[6]. Un mois plus tard, au 17 avril, la radioactivité ambiante est encore de 4.93 μSv/h soit environ cinquante fois le niveau normal haut[7].

Le 21 mars, le Ministère japonais de la Santé, du Travail et des Affaires Sociales annonce que l'eau du robinet, qui est puisée dans la rivière voisine, est contaminée : on a mesuré un pic à 965 Bq/kg d'Iode-131, soit 3 fois la limite légale. Il est recommandé de ne plus la boire sauf en cas de nécessité absolue[8]. Pour pallier cette situation, de l'eau potable en grande quantité est ensuite être livrée à la commune[9].

Le 22 mars, l'IAEA constate dans du lait prélevé à Iitate une concentration en Iode-131 égale à 140 fois la norme admissible au Japon pour la consommation par un adulte (300 Bq/kg, la norme pour la consommation par un enfant en bas âge étant de seulement 100 Bq/kg). De tels niveaux sont toxiques, et la consommation de ce lait est interdite[10],[11].

Le 24 mars paraissent les résultats des prélèvements sur les produits agricoles: pour les légumes à larges feuilles, on a trouvé à Iitate jusqu'à 2 540 000 Bq/kg d'Iode-131 et jusqu'à 2 650 000 Bq/kg de Césium-137[12]. Ces chiffres sont colossaux comparés aux limites pour la consommation de produits alimentaires rappelées peu avant par les autorités japonaises, soit (pour les légumes): 2000 Bq/kg d'Iode-131 et 500 Bq/kg de Césium-137[13].

Le 27 mars, Greenpeace, s'étant rendu sur les lieux, demande l'évacuation du village[14]. Le 30 mars, c'est le tour de l'AIEA, qui déclare qu'elle a mesuré un niveau de radiations deux fois supérieur au seuil justifiant une évacuation[15],[16]. L'Agence Japonaise de Sûreté Nucléaire refuse, arguant que la radioactivité constatée ne met pas en danger les habitants[17].

Le 4 avril, un groupe d'experts japonais remet les résultats d'une campagne de mesure de la contamination et de la radioactivité ambiante[18] : l'évacuation des femmes et enfants, ainsi que de tous les habitants des zones les plus contaminées du bourg est demandée[19].

Les habitants sont désormais privés de ressources par l'interdiction à la vente de leurs produits agricoles, et attendent que l'on statue sur leur sort. Le 8 avril, la municipalité décide d'évacuer les femmes enceintes et les enfants en bas age[20].

Au lendemain des élections locales du 10 avril, le gouvernement annonce l'évacuation sous un mois de plusieurs emplacements particulièrement contaminés, parmi lesquels Iitate[21],[22].

Si Greenpeace salue cette décision[23], elle ne fait pas l'unanimité parmi les habitants du village, dont beaucoup se demandent s'ils pourront jamais revenir[22],[24],[25]. Le lendemain de l'annonce de l'évacuation par le gouvernement, le doyen d'Iitate, âgé de 102 ans, préfère se suicider plutôt que de quitter le village[26],[27].

Contamination des sols[modifier | modifier le code]

Les 22 et 23 mars paraissent les chiffres concernant la contamination des sols : on a trouvé jusqu'à 1170 kBq/kg d'Iode-131 et jusqu'à 163 kBq/kg de Césium-137, des chiffres extrêmement élevés[28],[29].

Durant sa conférence de presse du 31 mars, l'IAEA indique avoir mesuré les concentrations d'iode-131 et de césium-137 dans les sols dans plusieurs municipalités situées entre 25 et 58 km de la centrale de Fukushima. Ils ont obtenu des chiffres allant de 200 à 25000 kBq/m2 pour l'iode-131 et de 20 à 3700 kBq/m2 pour le césium-137. "Les valeurs les plus élevées ont été obtenues pour une zone relativement petite au nord-ouest de la centrale. L'un des seuils opérationnels d'évacuation de l'IAEA est dépassé à Iitate."[30]. L'IAEA a donc donné une fourchettes de valeurs sans indiquer la mesure précise trouvée à Iitate. C'est en effet une mesure importante pour différentes raisons, et notamment parce qu'elle permet de se comparer à la catastrophe de Tchernobyl.

Le 11 avril, l'Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l'Ouest (ACRO) publie l'analyse d'échantillons prélevés dans différentes localités, dont 3 échantillons de sols prélevés à Iitate: elle trouve notamment des concentrations allant de 1100 à 1900 kBq/m2 pour l'iode-131 et de 300 à 900 kBq/m2 pour le césium-137[31],[32]. Les ordres de grandeur sont effectivement comparables à ceux de certains territoires contaminés suite à la catastrophe de Tchernobyl[33].

Pourquoi Iitate ?[modifier | modifier le code]

Résultats de mesures aérienne de radioactivité par le DoE[34]

Même si la situation d'Iitate a été très médiatisée, ce n'est pas un cas isolé. C'est en fait tout un couloir d'orientation nord-ouest, s'étendant sur environ 45 km à partir de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi avec un maximum à environ 30 km, qui a été affecté[35],[36]. Cette zone est visible en jaune, orange et rouge sur la figure reproduite ici. Ainsi, parmi les communes dont l'évacuation a été décidée le 11 avril, on trouve notamment trois autres localités situés dans ce couloir nord-ouest, soit Katsurao, Kawamata et Namie.

Une étude demandée par la municipalité d'Iitate a par ailleurs conclu que cette trainée de contamination orientée nord-ouest était due à à l'accident survenu sur le réacteur n°2 le 15 mars à 6h10 (heure du Japon) [18]. Par ailleurs, la possibilité d'axes de contamination orientés sud-ouest et nord-ouest avait apparemment été prévue par les autorités japonaises dès le 16 mars mais ces résultats n'ont été révélés au public que bien plus tard[37].

Levée des mesures d'évacuation[modifier | modifier le code]

Les mesures d'évacuation sont assouplies à partir du 17 juillet 2012. Les restrictions dépendent des zones, signalées en s'inspirant du code des feux de circulation routière[38] :

  • Dans les zones "vertes", le débit de dose est inférieur à 20mSv/an, seuil fixé par le gouvernement pour autoriser un retour permanent. Dans cette zone, il est possible de circuler sans restrictions et travailler sans équipement de protection. La seule restriction est qu'il reste interdit d'y passer la nuit[38].
  • Dans les zones "orange", d'accès restreint, le débit de dose est compris entre 20 et 50 mSv/an. Le public peut y accéder pour y accomplir des tâches spécifiques, sans avoir besoin de porter des équipements protecteurs ou des dosimètres. Les personnes qui entrent dans ces zones sont priées de ne pas le faire sans nécessité, d'éviter de travailler à l'extérieur, de se déplacer en véhicule plutôt qu'à pied dès que le trajet extérieur n'est pas court, et de se laver en regagnant un bâtiment. Les résidents ont été informés de ne pas boire l'eau des rivières, mais l'eau courante ne pose pas de problème[38].
  • Les zones "rouges" sont considérées comme d'accès difficile, parce que le débit de dose y est supérieur à 50 mSv/an, et ne devrait pas retomber en dessous de 20 mSv/an avant mars 2016, soit cinq ans après l'accident. L'accès y est possible pour des raisons d'intérêt public, mais les personnes qui s'y rendent doivent utiliser des équipements protecteurs et des dosimètres[38].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chronologie de l'accident nucléaire en cours au Japon, Reuters France, 22 mars 2011
  2. Japon : rejets radioactifs "importants", Le Figaro reprenant une dépêche de l'AFP, 13 mars 2011
  3. Modélisation de la dispersion des rejets radioactifs dans l’atmosphère à l'échelle régionale, IRSN, 22 mars 2011
  4. Tepco a-t-il bien réagi à l'accident nucléaire à Fukushima ?, Le Monde, 15 avril 2011
  5. (en) JAIF Earthquake Report n°50, Japan Atomic Industrial Forum, 12 avril 2011
  6. a, b et c (ja) Environmental radioactivity measurement result near 20~30km sphere (provisional value), Préfecture de Fukushima , 25 Mars 2011
  7. (en)[PDF]Prefectural districts : Measurement value of the environmental radioactivity (provisional value), Report n°789, Préfecture de Fukushima, 17 avril 2011, 14h
  8. (en)[PDF]Information on radioactive materials detected in tap water in Fukushima prefecture (including Iitate-mura (village))(2nd announcement), Water Supply Division, Health Service Bureau, Ministry of Health, Labour and Welfare, 21 mars 2001
  9. (en) Current Situation of Food and Drink Assistance, Ministry of Agriculture, Forestry and Fisheries, 23 mars 2001
  10. (en)[PDF]Status of the Fukushima Daiichi nuclear power plant, IAEA Incident and Emergency Center, 22 mars
  11. (en)[PDF]Japan issues first food ban in nuke crisis, Harakah Daily reprenant un article du Japan Times, 22 mars 2011
  12. (en)[PDF]Readings of Dust Sampling, 24 mars, 10h, Ministère des Sciences, 24 mars
  13. (en)[PDF]Notice No. 0317, Article 3 of the Department of Food Safety: Handling of food contaminated by radioactivity, Department of Food Safety, Pharmaceutical and Food Safety Bureau, Ministry of Health, Labour and Welfare, 17 mars 2001
  14. (en) Greenpeace radiation team pinpoints need to extend Fukushima evacuation zone - Need to protect pregnant women and children, communiqué de presse de Greenpeace, 27 mars 2011
  15. L'AIEA inquiète des radiations dans un village à 40 km de Fukushima, Romandie News, reprenant une dépêche de l'AFP, 30 mars 2011
  16. (en)[PDF]JAIF Earhtquake Report 38, Japan Atomic Industrial Forum, reprenant des nouvelles diffusées sur NHK, 31 mars 2011
  17. Tokyo exclut d'élargir la zone d'évacuation autour de Fukushima, La Dépêche, 31 mars 2011
  18. a et b (en)[PDF]Interim Report on Radiation Survey in Iitate Village area conducted on March 28th and 29th, Iitate Village Area Radioactive Contamination Investigation Team, 4 avril 2011
  19. (en)[PDF]Provisional Report regarding Radioactive Contamination in Iitate Village and Recommended Countermeasures, Koji Itonaga, Iitate Village Support Team, 4 avril 2011
  20. (en) Babies and pregnant women to leave Iitate, The Japan Times Online, 8 avril 2011
  21. Fukushima : évacuation des localités situées au-delà de 20 km de la centrale, Midi Libre, 11 avril 2011
  22. a et b (en) Japan's nuclear refugees confused by policy shifts, CBS News reproduisant une dépêche de l'AP, 11 avril 2011
  23. (en) Fukushima evacuation zone expanded, Greenpeace, 11 avril
  24. (en) Japan widens evacuation zone, raises disaster rating to top level, toledoBlade.com, reproduisant un article du New York Times, 12 avril 2011
  25. (en) Fukuyama apologizes to Iitate villagers for anxieties, The Mainichi Daily News, 17 avril 2011
  26. Suicide d'un centenaire près de Fukushima, L'Express reprenant une dépêche de Reuters, 14 avril 2011
  27. Fukushima: un centenaire se suicide plutôt que de devoir quitter sa maison, MSN reprenant une dépêche de l'AFP, 14 avril 2011
  28. (en)[PDF]Readings of Dust Sampling, 22 mars, Ministère des Sciences, 22 mars
  29. >(en)[PDF]Readings of Dust Sampling, 23 mars, 10h, Ministère des Sciences, 23 mars
  30. (en) Fukushima Nuclear Accident Update Log, IAEA, 30 mars 2011
  31. Iitate-mura : un village fortement contaminé à 40 km de la centrale de Fukushima, ACRO, 11 avril 2011
  32. [PDF]Rapport d'analyse: Evaluation des conséquences environnementales au Japon de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, ACRO, 11 avril 2011
  33. (en)[PDF]Sources and Effects of ionizing radiation, UNSCEAR 2008, Report to the General Assembly with Scientific Annexes, VOLUME II, Annex D: Health effects due to radiation from the Chernobyl accident, United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation, 2011, Fig. II
  34. (en) National Nuclear Security Administration, US Department of Energy, 22 mars 2011
  35. (en) Fukushima Nuclear Accident, Monitoring and Radiological Consequences, IAEA, 30 mars 2011
  36. (en) Fukushima Nuclear Accident Update Log, March 17, IAEA, 17 mars 2011
  37. (en)[PDF]Earthquake Report n°42, Japan Atomic Industrial Forum, reprenant une nouvelle diffusée par la chaîne de télévision NHK, 4 avril 2011
  38. a, b, c et d Iitate evacuation relaxed, World Nuclear News, juillet 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]