Évaluation du niveau des accidents nucléaires de Fukushima de mars 2011

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Article principal : Accident nucléaire de Fukushima.

Évaluation instantanée[modifier | modifier le code]

La gravité de cette série d'accident ne pourra être établie qu'à long terme mais elle a plusieurs fois été réévaluée, notamment par l'AIEA suite à la visite d'experts fin mai 2011[1].

En outre, le niveau de risque restera élevé tant que les chantiers de traitement de la crise, de démolition, inertage et décontamination ne seront pas achevés, en raison notamment du contexte de crise post-tsunami au Japon, et du risque sismique qui reste particulièrement élevé dans cette partie du monde[2],[3]. Du point de vue sismique, la tendance historique est à des tremblements de terre de plus en plus nombreux et puissants pour les plus importants[3].

Les experts de l'AIEA envoyés sur place ont estimé que si la réponse des autorités a été bonne, eu égard au contexte, elles avaient néanmoins sous-estimé, pour plusieurs centrales japonaises, le risque de tsunami[4].

Ils ont jugé « impressionnante et très bien organisée » la gestion de crise mais pointent des risques sismiques et de tsunami « sous-estimés ». Ils estiment aussi que les autorités ont sous-évalué la gravité de la situation initiale, et que l'indépendance des autorités de sûreté doit être améliorées et qu'« un programme, approprié et établi au moment opportun, de suivi de l'exposition du public et des travailleurs et de surveillance sanitaire serait bénéfique ».

Historique des évaluations[modifier | modifier le code]

Première évaluation au niveau 4[modifier | modifier le code]

Dans l’après-midi du samedi 12 mars, l’Agence japonaise de sûreté nucléaire classe l’accident au niveau 4[5] sur l’échelle INES de gravité, qui va de 0 à 7.

Hésitations entre niveaux 5 et 6[modifier | modifier le code]

Le 14 mars, l’autorité de sûreté nucléaire française le classe au niveau 5 ou 6, et le considère comme moins grave que celui de Tchernobyl en Ukraine en 1986 (niveau 7) mais plus grave que Three Mile Island aux États-Unis en 1979 (niveau 5)[6],[7],[8],[9],[10]. Cependant André-Claude Lacoste estime : « on ne peut pas exclure qu’on arrive au niveau de la catastrophe de Tchernobyl », soit le niveau 7, maximal, position rejointe par Agnès Buzyn, présidente de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN)[11].

Le 14 mars, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le risque causé par les fuites radioactives pour la santé publique est minime[12]. Le Secrétaire général du Cabinet annonce que « le niveau de radioactivité autour des réacteurs est dangereux pour la santé »[13], ce qui est rapporté dans les médias comme un risque pour la santé publique à l'extérieur de la centrale nucléaire, ajoutant à l'inquiétude générale.

Le 15 mars à midi, André-Claude Lacoste, président de l'ASN affirme qu'« il est tout à fait clair que nous sommes à un niveau 6 »[14]. Également le 15 mars, John Beddington, « conseiller scientifique en chef » du gouvernement du Royaume-Uni, souligne que, selon lui, un parallèle avec la catastrophe de Tchernobyl est inapproprié : lors de celle-ci, du matériel radioactif a été émis à haute altitude pendant une très longue durée, ce dont on est loin à Fukushima[15].

Ceci mène le ministre de l'Industrie français, qui avait refusé de parler de « catastrophe » dans les premiers jours suivant l'accident[16], à réévaluer son jugement en estimant possible une catastrophe nucléaire, mardi 15 mars sur RTL[17]. Éric Besson défend le niveau de sûreté nucléaire et l'industrie nucléaire en France, tout en réfutant l'existence d'un lobby. Il ajoute cependant : « il n'y a singulièrement pas de risque zéro en matière nucléaire ». Interrogé le 15 mars, Eric Besson juge que l'on se dirige vers le scénario du pire[18].

Le 16 mars peu après midi, le porte-parole du gouvernement français, François Baroin, avance que l'impact de la situation au Japon pourrait être pire que celui de Tchernobyl[19]. Le 16 mars, le commissaire européen à l'énergie, Günther Oettinger, déclare que la situation n'est plus sous contrôle dans la centrale nucléaire de Fukushima. « On peut dire que cette installation n'est plus maîtrisée, on ne la contrôle plus » a-t-il estimé[20]. « C'est une véritable catastrophe et on réagit par à-coups » a-t-il ajouté, après avoir parlé la veille d'« apocalypse »[21].

Selon Sergueï Kirienko, président de Rosatom, pour qui la situation se détériore, les opérations menées, si elles ralentissent l'aggravation, ne suffisent pas à l'enrayer ni à renverser le tendance[22]. Pourtant, il estime par ailleurs qu'il n'existe aucune menace véritable pour l'Extrême-Orient russe, même en cas de fusion des six réacteurs, ce qui ne correspond pas à d'autres points de vue[23]. En effet, alors que les Russes se ruaient sur les médicaments iodés et sur les dosimètres, le directeur des services de la météo russe Roman Vilfand avait affirmé le 15 mars au quotidien Izvestia que la région de Vladivostok serait touchée en cas de changement de direction des vents, avec situation de danger en cas d'apparition de cyclones de Sud.

L'Agence de sûreté nucléaire du Japon, contrairement à celle de la France, refuse de relever son classement de 4 (depuis le samedi) à 6[24].

Le 17 mars, l'AIEA affirme en revanche, au vu des informations qui lui ont été transmises, que « la situation est grave, mais stable »[25].

Réévaluation au niveau 7 par le Japon[modifier | modifier le code]

Le 18 mars, l'Agence de sûreté nucléaire du Japon transmet à l'AIEA une réévaluation du classement. L'accident survenu au réacteur 1 est classé au niveau 5[26]. Les accidents des réacteurs 2 et 3 sont également classés de niveau 5[27]. En revanche, l'explosion du bâtiment abritant la piscine de combustible usé du réacteur 4 est considérée comme un incident de niveau 3 par l'agence[28].

Le 22 mars 2011, les rejets d'iode 131 et de césium 137 sont estimés par l'IRSN à environ 10 % des rejets de la catastrophe de Tchernobyl[29], ce qui sera confirmé le 12 avril par les autorités japonaises[30].

Le 24 mars, le président de l'ASN réaffirme que l'accident est de niveau 6 compte tenu des retombées importantes aux alentours de la centrale et des mesures de protection impliquant l'évacuation de la population[31].

Le 28 mars, le ministre de l'Industrie français Éric Besson qualifie la situation d'« extrêmement critique, extrêmement sérieuse », tout en se réjouissant de la demande d'aide adressée par Tepco aux groupes industriels français[32].

Selon une dépêche diffusée le 11 avril au soir par l’agence de presse japonaise Kyodo[33], l’autorité de sûreté nucléaire japonaise (NISA) a calculé que les rejets de radioactivité ont été en certains endroits de l’ordre de 10 000 térabecquerels par heure dans les jours qui ont suivi le début de l’accident nucléaire.

Mardi 12 avril, les accidents des réacteurs 1, 2 et 3 sont globalisés et considérés comme un seul événement, finalement reclassé au niveau 7, le niveau le plus élevé de l’échelle INES[34],[35],[36]. Cette réévaluation tient compte d'une estimation de l’activité totale rejetée dans l'atmosphère qui serait d'environ une centaine de milliers de térabecquerels[37].

Le 7 juin, le Japon réévalue les émissions à 770 000 terabecquerels[38].

Cinq mois après l'accident nucléaire, TEPCO mesure la radioactivité de la centrale avec une seule balise qui fonctionne une fois par jour pendant vingt minutes[39].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Report of Japanese Government to the IAEA Ministerial Conference on Nuclear Safety - The Accident at TEPCO's Fukushima Nuclear Power Stations - version anglaise. (version japonaise)
  2. Ishibashi, K. (2004); "Status of historical seismology in Japan" (30 pages) ; Earthquake catalogue 47 (2-3); Collections: 04.06.05. Historical seismology ; Annals of Geophysics, consulté le 19 mars 2011 [PDF] (résumé en anglais)
  3. a et b Ishibashi, K. (1994): An Era of Underground Convulsions (Iwanami Shoten, Tokyo), pp. 234 (en japonais)
  4. Rapport de mission, pré-rapport de l’AIEA / International Fact-Finding Mission Updates
  5. Le Figaro.fr
  6. France24.com
  7. Ouest-france.fr
  8. Nouvelobs.com
  9. TF1.fr
  10. (fr) Article du Journal 20 minutes.
  11. France-info, réévaluation de la gravité de l’accident.
  12. Japon: le risque pour la santé publique est minime selon l'OMS, AFP sur Google News, le 14 mars 2011
  13. Radio Canada
  14. L'Express - On s'achemine vers une catastrophe
  15. (en) « Nuclear situation at Fukushima nuclear plant » (consulté le 15 mars 2011), sur le site de l'ambassade du Royaume-Uni au Japon
  16. France 2 - Eric Besson : pas une catastrophe nucléaire
  17. RTL - Eric Besson : une catastrophe nucléaire est possible
  18. LCI : réunion de crise sur le nucléaire
  19. Porte-parole du gouvernement : interview Europe 1
  20. Japon: message historique de l'Empereur, situation critique à Fukushima, in L'Express, 16/03/2011, mue-de-l-empereur-situation-critique-a-fukushima_972667.html?actu=1 article en ligne(consulté le 19/03/2011)
  21. Japon/Fukushima: situation hors contrôle, une « véritable catastrophe » - AFP/Romandie, 16 mars 2011)
  22. Romandie, 18 mars : la situation continue d'empirer
  23. La Dépêche : l'Extrême-Orient russe frénétique
  24. Romandie.com - NISA japonaise
  25. Information du Nouvel Obs au 17 mars
  26. (en) Abnormal rise of radioactive dosage value at site boundary (INES Level 4), 12/03/2011 puis 18/03/2011, Events du site NEWS de l'AIEA
  27. (en) The core damage by loss of all cooling function due to the big tsunami, 2011-03-18 09:51:00 UTC et 2011-03-18 09:56:00 UTC, Events du site NEWS de l'AIEA
  28. (en) Loss of cooling function and water supplying function on the spent fuel pool due to the big tsunami, 2011-03-12 15:05:00 UTC (v1), 2011-03-18 09:48:00 UTC (v2), Events du site NEWS de l'AIEA
  29. IRSN.fr
  30. (en) communiqué détaillé [PDF]
  31. Vidéo du point d'information de l'ASN 24.03.2011 10h30 (à 28:28) [vidéo]
  32. RTL info, écoute de l'interview d'E. Besson mise en ligne le 28 mars 2011 à 8h
  33. (en) « Japan may raise nuke accident severity level to highest 7 from 5 », sur http://english.kyodonews.jp/,‎ 12 avril 2011 (consulté le 12 avril 2011)
  34. « IAEA Briefing on Fukushima Nuclear Accident (12 April 2011, 14:30 UTC) », sur http://www.iaea.org,‎ 12 avril 2011 (consulté le 19 octobre 2011)
  35. Denis Delbecq, « Fukushima, classé au niveau 7 comme Tchernobyl », sur http://effetsdeterre.fr/,‎ 12 avril 2011 (consulté le 12 avril 2011)
  36. « Tokyo élève au niveau 7 l'accident nucléaire dans la centrale de Fukushima », sur www.lemonde.fr,‎ 12 avril 2011 (consulté le 12 avril 2011)
  37. « Communiqué de presse n°26 du 12 avril 2011 à 18h00 », sur http://japon.asn.fr (consulté le 15 avril 2011)
  38. « Le Japon revoit à la hausse l'estimation des rejets radioactifs de Fukushima », sur http://www.lemonde.fr (consulté le 7 juin 2011)
  39. Contre Expertise, Pendant ce temps à Fukushima, France Culture, le 16 aout 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]