Hypercorrection

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L'hypercorrection consiste à s'exprimer de manière « trop correcte », c'est-à-dire le plus souvent d'une manière grammaticalement incorrecte du fait même de vouloir parler le plus correctement possible.

Linguistique[modifier | modifier le code]

L'hypercorrection est due à des phénomènes linguistiques (analogie, contamination, régularisation...) utilisés de manière fautive et dans les situations voulues formelles et normées : le locuteur essaie de pallier l'insécurité linguistique qu'il ressent.

Une manifestation courante de l'hypercorrection se trouve dans les liaisons erronées (non justifiées par l'orthographe). Par exemple, lorsque la phrase il va être midi est prononcée [ilvatɛtʁ(ə)midi] (« il va-t-être midi »), le locuteur révèle une volonté de faire les liaisons à chaque fois qu'il le faut, à tel point qu'il en fait même quand l'orthographe ne le justifie pas, comme le faisait assez régulièrement Jacques Chirac dans ses discours publics. [réf. nécessaire]


L’hypercorrection est souvent aussi due à l’orthographe. Par exemple, les locutions « crédit agricole », « gouvernement actuel » seront prononcées [kʁeditaɡʁikɔl] et [ɡuvɛʁnəmɑ̃taktɥɛl], alors qu’en français standard il n’y a pas de liaison au singulier pour ces mots[1].

En matière d'orthographe, on trouve en français les exemples d'hypercorrection suivants : ajout fautif d'accents circonflexes (« faîtes comme chez vous »), de h étymologiques (« enthropie »), de s après une consonne muette (« le camps »)[2], de « ç » devant un « i » ou un « e ».

Sociologie[modifier | modifier le code]

L'hypercorrection, « phénomène caractéristique du parler petit-bourgeois » (Pierre Bourdieu[3]), révèle, dans une société donnée, l'estime ou la valeur qu'attribuent ses locuteurs à certaines règles de langage. La règle de la liaison est, en cela, un enjeu plus important que la concordance des temps, par exemple. En effet, d'une part, les liaisons sont plus faciles à respecter que la concordance des temps et, d'autre part, les fautes de liaison sont parfois beaucoup plus marquantes que les fautes de temps. Leur étude concerne alors la sociolinguistique.

Ainsi, selon V. Francis, l'étude de l'hypercorrection permet de comprendre que, dans un groupe, un élément qui s'exprime à l'oral réalise forcément des choix linguistiques qui révèlent sa posture par rapport au groupe :

« Dans le domaine de la langue comme dans d'autres domaines, le rapport à la norme varie d'une situation à l'autre, d'un groupe social à l'autre à l'intérieur de la même société. Dans certaines situations les marges de liberté que les individus s'octroient par rapport à la norme témoignent d'une hypocorrection ou à l'inverse d'une hypercorrection qui sont, l'une comme l'autre, l'occasion de marquer leurs différences[4]. »

Mais l'hypercorrection d'un locuteur donné révèle aussi la valeur attribuée au respect des règles dans un contexte d'énonciation précis. Le même locuteur fera des fautes d'hypercorrection dans un contexte et pas dans un autre. L'intérêt de l'étude de l'hypercorrection est à ce moment psycholinguistique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Défense de la langue française, n° 181, juillet-août-septembre 1996
  2. Marie-Anne Paveau, « Les formes graphiques de l'insécurité : l'exemple de l'accent circonflexe », Le Français aujourd'hui, 3/2010 (n° 170), p. 71-82. [lire en ligne]
  3. Revue Le français aujourd'hui, 41, mars 1978, pp. 4-20 et Supplément au n° 41, pp. 51-57.
  4. La construction du langage : la dimension sociologique, l'exemple de la conversation. V. Francis, sociologue, maître de conférence à l'IUFM Orléans-Tours.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]