Registres de langue en français

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Un registre de langue (on dit aussi niveau de langue, ou encore, style) est un mode d’expression adapté à une situation d’énonciation particulière, qui détermine notamment, certains choix lexicaux et syntaxiques ainsi qu'un certain ton.

Il existe en français plusieurs registres de langue, dont le registre familier, le registre courant et le registre soutenu.

Registres populaire, argotique et vulgaire[modifier | modifier le code]

Le registre populaire emploie des formes et un vocabulaire connotant certains groupes sociaux (par exemple, les étudiants, les adolescents) ou les milieux socialement défavorisés :

  • - Wesh bien ou bien ? / - Chepa…
    • Pour : « - Ça va ? / - Je (ne) sais pas trop… »

Lorsque le registre populaire se charge d'expressions venues du milieu de la délinquance, on parle alors de registre argotique (dont le verlan est une variété) :

  • Les nougats / les biftons
  • la tune / le cash
    • Pour : « Les orteils / les billets de banque »
    • Pour : " L'argent"

Enfin, le registre populaire (ou argotique) peut devenir à son tour vulgaire ou trivial, par l’emploi de mots ou d’expressions condamnés par la bienséance :

  • Tu me casses les couilles ! ou ferme ta gueule ou encore tu me saoules / Merde ! ou fait chier ou putain / Il s’est encore fait baiser…
    • Pour : « Tu m’embêtes ! / Zut ! / Il s’est encore fait avoir…»

Registre familier[modifier | modifier le code]

Le registre familier n’est pas totalement correct, mais il demeure admis sous certaines conditions. Il correspond au langage courant mais avec un grand nombre de libertés. Comme son nom l’indique, ce registre est surtout employé entre proches, entre personnes appartenant à une même communauté sociale dans laquelle tout formalisme peut être atténué, et il se base, en principe, sur l’absence de tout lien hiérarchique rigide entre les interlocuteurs (membres de la famille, amis, camarades de classe, collègues de travail…).

Ce registre utilise :

    • (1)Au bureau, un de mes collègues, sa femme, elle a eu un bébé.
      • Pour : « La femme d’un collègue du bureau a eu un bébé. »
  • De nombreuses abréviations non encore lexicalisées :
    • (2)T’es là ? / phone / p’tit dej / une deuch’…
      • Pour : « Tu es là ? / téléphone / petit déjeuner / une deux chevaux… »
  • La forme interrogative directe (par changement intonatif, sans inversion ni mot interrogatif) :
    • (3)Tu m’appelles d’où ?
      • Pour : « D’où est-ce que tu m’appelles ? »
  • La forme interrogative avec est-ce que au lieu de l’inversion :
    • (4)Est-ce qu’il est là ?
      • Pour : « Est-il là ? »
  • Un vocabulaire familier, parfois chargé de nuances affectives ou sociales diverses:
    • (5)Les guibolles / la frimousse ou la gueule / les quenottes…
      • Pour : « Les jambes / le visage / les dents… »
  • La suppression de ne dans la négation :
    • (6)J’ai pas bien dormi cette nuit.
      • Pour : « Je n’ai pas bien dormi cette nuit. »
  • Le pronom sujet on à la place de nous :
    • (7)Nous, on viendra.
      • Pour : « Nous, nous viendrons. »
  • Une prononciation plus rapide et marquée par l’élision de nombreux e muets causant des rencontres de consonnes alors simplifiées et modifiées ou assimilées ─ simplification qui s’étend aussi à d’autres groupes de consonnes, surtout en fin de mots ─ par des métaplasmes comme la syncope, la métathèse, l’apocope, l’aphérèse :
    • (8) [/pːa | kɛzvu'fʁe sta'pʁɛm | silkat'kat idemaʁ'pa || ʃːɛ'pa | dmɑ̃da'mːɑ̃] (notation en API pour P'pa, vou frez koi ç’t aprèm si l’quat’-quat’, i’ démarre pas ? ─ Chepa, d’mande à M’man.)
      • Pour : [pa'pa | kɛs(kə)vufə'ʁe sɛta'pʁɛm(i'di) siləkatʁ'katʁ ildemaʁ'pa || ʒəsɛ'pa | də'mɑ̃d ama'mɑ̃] (« Papa, qu’est-ce (que) vous ferez cet après-m(idi) si le quatre-quatre, il démarre pas ? Je sais pas, demande à Maman »), énoncé syntaxiquement familier pour « Papa, que ferez-vous cet après-midi si le quatre-quatre ne démarre pas ? ─ Je ne sais pas, demande à Maman. »
  • Faible fréquence de liaisons facultatives: ce registre observe les liaisons obligatoires et interdites, mais pratique beaucoup plus rarement les liaisons facultatives:
    • (9) On_est..ensemble / i_(z)ont...attendu / J'les_ai vus arriver
      • Pour : On_est_ensemble / ils_ont_attendu / Je les_ai vus arriver

Registre courant[modifier | modifier le code]

Le registre courant correspond à un langage correct, tant du point de vue lexical que syntaxique : les phrases sont quelquefois complexes, les principales règles de syntaxe sont respectées, avec quelques tolérances (quelques ellipses et quelques abréviations lexicalisées). C’est le style attendu dans les échanges de type professionnel ou officiel, lorsque la communication est impersonnelle et implique une distance entre les interlocuteurs: c'est le langage du professeur à ses élèves, de l’homme politique en train de faire un discours, du présentateur de télévision, du journaliste faisant un reportage. Le registre courant est celui qu'on emploie aussi dans des situations d'interviews ou dans la communication orale avec des services commerciaux ou administratifs. Les formes et le vocabulaire du registre courant oral sont généralement admises à l'écrit.

  • Le registre courant nous servira de repère afin d’évaluer le niveau soutenu et le niveau familier, lequel est parfois désigné par le terme de colloquialisme, calqué de l'anglais.
    • Remarquons que le terme jargon ne désigne pas un registre particulier, mais plutôt le vocabulaire particulier attaché à une communauté particulière, un milieu professionnel, politique, sportif, etc. (jargon juridique, jargon informatique…).

Registre soutenu[modifier | modifier le code]

Le registre soutenu (ou soigné) est non seulement correct, mais il bénéficie d’une surveillance extrême.

Employé surtout dans la littérature et la rhétorique, ce registre utilise principalement :

  • Des phrases pouvant être longues (alors appelées périodes), avec une syntaxe souvent complexe :
    • Je me suis tellement accoutumé ces jours passés à détacher mon esprit des sens, et j’ai si exactement remarqué qu’il y a fort peu de choses que l’on connaisse avec certitude touchant les choses corporelles, qu’il y en a beaucoup plus qui nous sont connues touchant l’esprit humain, et beaucoup plus encore de Dieu même, qu’il me sera maintenant aisé de détourner ma pensée de la considération des choses sensibles ou imaginables, pour la porter à celles qui, étant dégagées de toute matière, sont purement intelligibles. (Descartes - Méditation quatrième)
  • Un vocabulaire rare :
    • Le firmament / les cieux / l’azur…
      • Pour : « Le ciel… »
    • La pasigraphie du scribomane malévole formait une étrange octoade.
  • Des figures de style recherchées :
    • Déjà la nuit en son parc amassait/Un grand troupeau d’étoiles vagabondes. (du Bellay)
      • Pour : « Déjà la nuit tombait et on apercevait les premières étoiles. » (métaphore filée)
  • L’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif (à l’oral comme à l’écrit) :
    • Il fallait qu’il vînt.
      • Pour : « Il fallait qu’il vienne. »
  • Le passé simple et le passé antérieur de l’indicatif (à l’oral) :
    • Je le vis quand je revins.
      • Pour : « Je l’ai vu quand je suis revenu. »
  • La forme interrogative directe inversée :
    • D’où m’appelles-tu ?
      • Pour : « D’où est-ce que tu m’appelles ? »
  • L’inversion du sujet après certains adverbes de liaison (tels que : aussi, ainsi, peut-être, etc.) :
    • Ainsi, ai-je dû écourter mes vacances.
      • Pour : « Ainsi, j’ai dû écourter mes vacances. »

Il existe un degré supérieur au niveau soutenu, principalement utilisé dans la poésie et la tragédie, et qui use d’un vocabulaire spécifique, de constructions archaïques ou sophistiquées, etc. C’est le registre sublime (ou encore, littéraire, noble ou relevé).

Dans certaines situations d’énonciation, le choix du registre soutenu peut apparaître comme déplacé. Dans ce cas, il sera ressenti comme incongru, abusif, précieux, maniéré ou comique.