Henri de Suse

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Henri de Suse, dit « Hostiensis » (en latin Henricus de Segusio ; né vers 1200 à Suse en Piémont, † le 25 octobre ou le 6 novembre 1271 à Lyon) est un cardinal, évêque d'Ostie. Grand spécialiste du droit canon, il exerça une influence décisive sur l'évolution de la jurisprudence ecclésiastique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et carrière avant son premier siège épiscopal[modifier | modifier le code]

Henri de Suse étudia le droit civil et le droit ecclésiastique à Bologne et reçut l’ordination avant 1233. Des citations de Virgile, Horace, Ovide, Sénèque et Cicéron qui parsèment ses écrits, on devine qu'il possédait une solide formation classique. Son contemporain Salimbene de Adam († après 1287) vante son érudition et ses qualités de musicien (chant, pratique de la viole). En 1235, Henri de Suse est prieur du chapitre cathédral d’Antibes, et dès l'année suivante commence une activité diplomatique au service d’Innocent IV et du roi Henri III d'Angleterre.

Son passage à la chaire de Sisteron-Forcalquier[modifier | modifier le code]

En 1244, il est nommé évêque de Sisteron, dont le diocèse est paralysé depuis deux siècles par une situation ubuesque. Il compte en effet deux chapitres investis du pouvoir d'élire l'évêque au lieu d'un, et les chapitres entrent en conflit à chaque nouvelle élection. Ainsi, quand il est nommé en 1244, le siège est vacant depuis trois ans, et c'est Zoen Tencarari, évêque d'Avignon, qui est choisi par les deux chapitres pour trouver un nouvel évêque. Le choix de l'évêque d'Avignon se porte sur Henri de Suse, qui est déjà renommé et apprécié pour ses connaissances juridiques[1]. Les deux chapitres concurrents réussissent à s'entendre pour lui confier la rédaction de nouvelles règles d'élection, après plusieurs tentatives et arbitrages passés depuis deux siècles, tous repoussés par l'un ou l'autre des deux chapitres. Vraisemblablement favorable à l'admission du chapitre de Forcalquier, nouveau venu par rapport au chapitre de Sisteron, il ne divulgue sa proposition qu'au bout de cinq ans, et il le fait de Lyon, quand il sait qu'il quitte le siège de Sisteron[2].

Fin de carrière[modifier | modifier le code]

Il est appelé au siège d'd'Embrun en 1250. Matthieu Paris rapporte qu'Henri de Suse aurait détourné l'argent que lui avait remis Henri III pour acheter les voix de membres de la Curie à Rome, et qu'il l'aurait utilisé pour obtenir un évêché en Provence[3], à savoir Sisteron. Si l'on n'est pas obligé de croire sur parole Matthieu Paris, il semble qu'Henri de Suse n'ait pas été vraiment désintéressé. Le pape Innocent IV accorda au roi Henri III, à la reine et à Richard de Cornouailles que leur protégé Henri de Suse conserve le bénéfice de son évéché avec charge d'âmes avec une seconde prébende à Sisteron qui aurait représenté une rente annuelle considérable. À la mort de l'évêque de Sisteron en 1241, il y eut un long procès sur les modalités de l'élection. Finalement, en 1243, l'évêque d’Avignon Zoën Tencararius, trancha en faveur d'Henri, qui à la même époque devint chapelain papal. La prébende de Sisteron ne lui aurait été confiée que moyennant la nomination par ses soins de vicaires agréés par l'évêque local (30 mai 1244). Le pape Urbain IV l’élève le 22 mai 1262 cardinal-évêque d’Ostie, titre qui lui vaudra désormais son épithète d’« Hostiensis ».

On ignore si Hostiensis assista au premier concile de Lyon car bien que la chose soit probable, son nom n'apparaît dans aucun des rôles de présence et n'est cité dans aucun des récits qui nous sont parvenus de cet événement. Watt estime qu'un pamphlet demandant la déposition de l'empereur Frédéric II ayant circulé au cours du concile pourrait bien être de sa main.

Écrits[modifier | modifier le code]

Il composa de nombreux ouvrages sur les décrétales historiques des papes, dont les plus importants sont : Lectura in Decretales Gregorii IX, Summa super titulis Decretalium (référencée le plus souvent comme la Summa aurea), et Lectura in Decretales Innocentii IV. Il mit particulièrement l'accent sur la notion d'équité dans l'application du droit ecclésiastique[4].

Postérité[modifier | modifier le code]

Pour Dante, Henri de Suse représente la tradition des Décrétales (Paradis 12.82-85).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mariacristina Varano, Espace religieux et espace politique en pays provençal au Moyen Âge (IXe-XIIIe siècles). L'exemple de Forcalquier et de sa région, thèse soutenue à l'université d'Aix-Marseille I, 2011, p. 501.
  2. Varano, op. cit., p. 500.
  3. D'après Matthieu Paris, Chronica majora, Londres, Rolls Series, chap. 57, p. 353
  4. Cf. Giuliano Brugnotto, L’« Aequitas canonica » : studio e analisi del concetto negli scritti di Enrico da Susa (Cardinal Ostiense), Rome, Ed. Pontif. Univ. Gregoriana,‎ 1999 (ISBN N 88-7652-844-X[à vérifier : ISBN invalide])

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • C. Lefebvre, Dictionnaire de droit canonique V (1953), « Hostiensis », col. 1211-1227
  • N. Didier, Studi in onore di Vincenzo Arangio-Ruiz nel XLV anno del suo insegnamento, II, Naples,‎ 1953, « Henri de Suse en Angleterre (1236?-1244) », p. 333-351;
  • N. Didier, « Henri de Suse, prieur d'Antibes, prévôt de Grasse (1235?-1245) », Studia Gratiana, Bologne, vol. II,‎ 1954, p. 595-617;
  • G. Le Bras, Etudes historiques à la mémoire de Noël Didier, Grenoble,‎ 1960, « Théologie et droit romain dans l'œuvre d'Henri de Suse », p. 195-204
  • Ken Pennington, Dizionario biografico degli Italiani, vol. 42, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana,‎ 1993, « Enrico da Susa, detto l'Ostiense (Hostiensis, Henricus de Segusio o Segusia) », p. 758-763
  • Ken Pennington, Popes, Canonists, and Texts 1150-1550, Aldershot, Variorum, coll. « Collected Studies Series »,‎ 1993, chap. 412 (« XVI »)