Hans Philipp Ehrenberg

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Hans Philipp Ehrenberg (Hambourg-Altona, 1883 ― Heidelberg, 1958[1]) était un théologien protestant allemand. Cofondateur de l’Église confessante (allem. Bekennende Kirche), poursuivi en raison de son origine juive et de son opposition résolue aux nationaux-socialistes, il saisit l’occasion d’émigrer vers l’Angleterre en 1939.

Biographie[modifier | modifier le code]

De 1883 à 1914[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de Juifs émancipés, Hans Ehrenberg fréquenta de 1898 à 1900 le Christianeum (lycée d’humanités classiques) à Altona[2], puis passa son abitur au Lycée Guillaume (Wilhelm-Gymnasium) de Hambourg en 1902. Il entreprit ensuite des études de droit et de sciences politiques à Göttingen, Berlin, Heidelberg et Munich. Par son mémoire de fin d’études, rédigé en 1906, qui traitait de la situation des ouvriers sidérurgistes dans la Ruhr, son intérêt pour le sort des ouvriers se révélait déjà clairement. Après son service militaire en 1907-1908, il poursuivit ses études à Heidelberg, vouées cette fois à la philosophie, qu’il clôtura en 1909 par l’obtention d’un deuxième diplôme, puis par l’agrégation en 1910. Cette même année, il se fit privat-docent (professeur non titularisé) de philosophie à Heidelberg. L’année précédente, à Berlin, Ehrenberg s’était fait baptiser protestant évangélique, encouragé en cela par son cousin Franz Rosenzweig, auquel le liait alors une étroite amitié. En 1913, il épousa le professeur de lycée Else Anna Zimmermann (1890–1970).

De 1914 à 1933[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, Ehrenberg était d’abord sous-officier, puis obtint, à la fin 1914, le grade de lieutenant. Il fut décoré de la Croix de fer de deuxième classe, ainsi que de l’Ordre badois (Ordre du Lion de Zähringen) de deuxième classe. Pendant les combats, il considérait la guerre comme une légitime guerre de défense ; l’armistice signée, il changea radicalement sa vision des choses, dénonçant désormais les crimes de la guerre et la culpabilité allemande. En 1918, il adhéra au parti social-démocrate allemand SPD, sous l’étiquette duquel il fut à partir de 1919, pour un an et demi, conseiller municipal à Heidelberg, et fit partie d’un conseil d’ouvriers et de soldats. La même année 1919, il obtint un poste de professeur extraordinaire à Heidelberg. C’est aussi à cette époque que se manifesta son souhait de devenir pasteur. Il était en outre actif chez les Socialistes religieux.

En 1922, Ehrenberg entama des études de théologie à Münster, qu’il clôtura en 1924 par son deuxième examen théologique. Renonçant à une prometteuse carrière universitaire, il devint en 1925 pasteur de la Christuskirche à Bochum, dans une commune protestante à dominante ouvrière. Il s’engagea dans le Kampfbund christlicher Arbeiter (Association de lutte des ouvriers chrétiens), mais quitta le SPD, tenant les activités au sein d’un parti politique pour incompatibles avec sa mission pastorale. Dès 1927, les conférences qu’il prononçait sur le thème de l’Église et l’antisémitisme s’accompagnaient régulièrement de tumultes organisés par les SA. Suite à une de ses conférences, tenue à Hattingen, et intitulée Église et Antisémitisme, une lettre de réclamation dirigée contre lui, renfermant la phrase suivante, fut adressée au consistoire de Münster : Nous avons peine à croire que le consistoire suprême de notre Église puisse tolérer qu’un Juif revendiquant sa race se permette, en qualité de prêtre évangélique, de faire la leçon, sous un angle racial, aux Chrétiens évangéliques allemands sur le point de l’antisémitisme politique.

De 1933 à 1945[modifier | modifier le code]

Après la prise de pouvoir par les nationaux-socialistes, Ehrenberg fut un des cofondateurs de l’Église confessante. Dès mai 1933, conjointement avec quatre autres pasteurs westphaliens, il avait participé à la rédaction de la Profession de foi de Bochum, la première en son genre, qui contenait un rejet de l’idéologie nationale-socialiste et revendiquait les racines judaïques du christianisme. En juillet 1933, il publia, à compte d’auteur, ses 72 Leitsätze zur judenchristlichen Frage (litt. 72 Principes directeurs sur la question judéo-chrétienne), ouvrage par lequel il prit très nettement position contre l’antisémitisme, tout en exigeant la même attitude de la part de l’Église évangélique. Cédant à la pression du NSDAP autant qu’à celle des autorités ecclésiastiques protestantes sous l'influence des Chrétiens allemands, et après que même le Conseil confrérial westphalien de l’Église confessante lui eut conseillé de le faire, il prit lui-même l’initiative en 1937 de demander sa mise à la retraite. Ehrenberg poursuivit cependant ses activités pour l’Église confessante ; les pasteurs de Bochum qui se réclamaient de celle-ci se déclarèrent publiquement solidaires avec lui.

En septembre 1938, il se vit frappé d’une interdiction totale de prédication et de parole. Son domicile fut saccagé lors de la nuit de Cristal en 1938, et lui-même fut conduit peu de jours après au camp de concentration de Sachsenhausen. En 1939, il put, grâce à l’intervention et la caution de l’évêque de Chichester, George Bell, émigrer en Angleterre, où sa famille le rejoignit peu de temps après. Le mouvement œcuménique, la future unification des Églises, devint alors pour lui une préoccupation de plus en plus importante.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Après la Deuxième Guerre mondiale, en 1947, Ehrenberg retourna en Allemagne, où il travailla comme pasteur dans l’enseignement pour adultes à Bielefeld-Gadderbaum. En 1953, il revint à Heidelberg, où il mourut en 1958.

Importance[modifier | modifier le code]

Hans Ehrenberg était un des rares théologiens évangéliques allemands, y compris au sein même de l’Église confessante, à s’opposer clairement et publiquement à l’antisémitisme des nationaux-socialistes et à prendre la défense des Juifs, tout en enjoignant vigoureusement à son Église de faire de même. Il critiqua également l’antijudaïsme chrétien et s'appliqua à mettre en relief les éléments communs au judaïsme et au christianisme. En outre, ce qui le démarquait de l’Église de son époque, était l’intérêt particulier qu’il portait aux problèmes des ouvriers.

Parallèlement à son activité pratique de théologien, Ehrenberg publia de son vivant nombre d’articles et d’essais de philosophie et de théologie.

En son honneur et en son souvenir, le lycée de Bielefeld-Sennestadt, qui se situe dans la circonscription de l’Église évangélique westphalienne, porte son nom depuis 1963.

Les papiers et documents laissés par Hans Ehrenberg après sa mort reposent dans les archives de l’Église protestante régionale à Bielefeld.

Prix Hans-Ehrenberg[modifier | modifier le code]

Depuis l’année 2000, la circonscription évangélique de Bochum décerne tous les deux ans, en concertation avec la Société Hans-Ehrenberg, dans la Christuskirche à Bochum, le prix Hans-Ehrenberg, doté de 5 000 euros, à des personnes qui, dans les débats publics, s’attachent à défendre des points de vue authentiquement protestants et à les incarner tant dans les discussions sociétales actuelles et dans la science interdisciplinaire, que dans le domaine de l’action religieuse.

Ont été jusqu’ici distingués par ce prix :

  • 2000: le professeur Günter Brakelmann
  • 2002: le Präses Manfred Kock et le cardinal Karl Lehmann
  • 2004: le journaliste Robert Leicht
  • 2006: Aktion Sühnezeichen Friedensdienste
  • 2009: Edna Brocke

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Werner Licharz: Franz Rosenzweig et Hans Ehrenberg ― Aspekte einer fast vergessenen Freundschaft. In: Wolfdietrich Schmied-Kowarzik (éd.): Der Philosoph Franz Rosenzweig 1886–1929. Freiburg 1988
  • Günter Brakelmann: Hans Ehrenberg. Ein judenchristliches Schicksal in Deutschland. Tome 1: Leben, Denken und Wirken 1883–1932. Tome 2: Widerstand, Verfolgung und Emigration 1933–1939. Série éditée sous l’égide de la Société Hans–Ehrenberg, volumes 3 et 4, Waltrop 1997/1999 ISBN 3-927718-86-6 (Tome 1) et ISBN 3-927718-87-4 (tome 2)
  • Günter Brakelmann (Hg.): Hans Ehrenberg. Autobiographie eines deutschen Pfarrers und weitere Zeugnisse aus der NS-Zeit. Série éditée sous l’égide de la Société Hans–Ehrenberg, tome 5, Waltrop 1999 ISBN 3-933688-28-0
  • Wolfdietrich Schmied-Kowarzik: Rosenzweig im Gespräch mit Ehrenberg, Cohen und Buber. Freiburg 2006 ISBN 3-495-48244-X
  • Manfred Keller, Jens Murken (éd.): Das Erbe des Theologen Hans Ehrenberg. Eine Zwischenbilanz. Zeitansage. Série éditée sous l’égide de l’Evangelisches Forum Westfalen et de l’Evangelische Stadtakademie Bochum, tome 4, Münster 2009 ISBN 978-3-643-10427-4

Liens externes[modifier | modifier le code]

Lycée Hans Ehrenberg à Bielefeld.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Juliane H. John, E. C. John: To Tell of the Struggle is a Struggle. Resistance, Protest and Witness during the Third Reich, éd. à compte d’auteur, Bangalore 1996
  2. Archives du Christianeum.