Guy Coquille

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Guy Coquille (11 novembre 1523, Decize en Nivernais - 11 mars 1603), en latin Conchylius, sieur de Romenay ; jurisconsulte et poète français. Avocat à Paris, puis à Nevers (1569), procureur général du duché de Nevers (1571), il s’opposa à la Ligue. Représentant du tiers aux états de Blois (1576 et 1588), il fut le principal rédacteur des Cahiers de cet ordre.

Ses ouvrages les plus importants sont le L’Institution au droit des Français, les Coutumes du pays et duché de Nivernais (v. 1590), dans lesquels il s’avère un véritable pédagogue du droit coutumier, et le Traité des libertés de l’Église de France (1594), dans lequel il établit la théorie juridique des libertés de l’Église gallicane.

Biographie[modifier | modifier le code]

Guy Coquille, par Louis Rochet. Tour de l'horloge à Decize

Né à Decize dans le Nivernais, le 11 novembre 1523, fils d’un grainetier de Decize ; on trouve dans cette ville "la maison de Guy Coquille" , rue du docteur Gros; il est « instruit en la grammaire », au Collège de Navarre, à Paris ; puis « s’en alla étudier le droit dans les écoles d’Italie, qu’on regardait encore alors comme les sources les plus pures de la jurisprudence. Coquille eut pour maître Marian Socin le jeune, professeur célèbre de l’université de Padoue ; mais quoiqu’il eût étudié sous des docteurs ultramontains, il en reconnaissait tous les défauts, comme on le voit par le jugement qu’il en porte dans la préface de son Commentaire sur la coutume de Nivernois.

« il ne conseille pas aux Francois de s’arrêter à ces docteurs, mais à d’autres qui ont la lumière d’entendement plus nette & meilleures âmes tant en fait de conscience que d’honneur ».

Coquille vint se perfectionner en France, et acquérir des instructions plus solides à Paris chez un Procureur, puis pendant trois ans comme secrétaire de son oncle Guillaume Bourgoing conseiller au parlement de Paris ; puis il se rendit pendant deux ans à l’université d’Orléans.

Il exerça ensuite comme avocat en participant aux Grands jours de Moulins, en 1550, puis à Paris durant 3 ans.

Il revient à Decize, peut-être dans la maison familiale, et il se marie; après l'incendie de Decize, il résidera au château de Romenay (Diennes-Aubigny), ce qui lui vaudra d'être appelé sieur de Romenay. En 1559 se fixe à Nevers où sa réputation s’étend rapidement. Il est député du tiers état, de Nevers, aux États généraux d'Orléans en 1560-1561, avec Charles de Grandrye, seigneur de la Montagne, ambassadeur chez les Grisons, élu de la noblesse[1]

En mai 1562, il fut envoyé à Clèves, en Allemagne, par François II de Clèves.

La mort prématurée de sa femme put seule lui faire renoncer à sa vie mondaine, et l’engager à venir à Nevers, où il fut élu comme premier Echevin en septembre 1568 ; il le sera pendant deux ans.

« … Et comme il marque que ce fut au cours des guerres civiles, il faut croire qu’on l’avoit choisi comme un homme, de la sagesse & conduite duquel on avoit besoin dans un temps si fâcheux. En effet, il y mis de si bons ordres que la ville de Nevers a été depuis ce temps-là des mieux reglées ».

Il y devint bientôt l’oracle de sa province ; sa réputation s’étendit même au-delà de cette étroite enceinte. On venait le consulter de partout. Il exerçait la profession d’avocat avec un si rare désintéressement, qu’il rendait souvent une partie des honoraires qu’on lui donnait volontairement, et qu’il distribuait aux indigents le dixième de ce qu’il gardait.

Il avait été député aux états d’Orléans en 1560, et il le sera à ceux de Blois en 1576 et en 1588 ; en ces circonstances, il fut le principal rédacteur des Cahiers de cet ordre, et ajouta à sa renommée de jurisconsulte celle d’un citoyen probe et courageux, en ne cessant de réclamer des assemblées représentatives les libertés publiques, la réforme du clergé, la liberté religieuse et l’extirpation de tous les abus.

Étant donné qu’il avait rempli cette mission honorable en bon citoyen, et qu’il venait se renfermer dans sa modeste retraite, Louis de Gonzague, duc de Nevers, qui avait pour lui de l’estime et de l’attachement, eut beaucoup de peine à lui faire accepter la place de son "Procureur Fiscal de Nivernois & de Donziois", qui était recherchée par tant d’autres, en 1571.

On peut remarquer qu’en 1572, l’année de la Saint-Barthélemy, Nevers ne connut pas de violences et beaucoup ont pensé que c’est à Guy Coquille que l’on dut ce calme.

C’est probablement par reconnaissance pour ce bienfaiteur, qu’il se mit à écrire son Histoire du Nivernois, ainsi que son Commentaire sur les coutumes ; c’est aussi pour maintenir le rang de Monsieur le Duc de Nevers qu’il écrivit le Mémoire des pairs de France.

A la sollicitation de ce même Prince, Henri IV, qui aimait d’ailleurs à attirer à sa cour les hommes recommandables par leurs talents et par leur probité, lui offrit inutilement de le faire conseiller d’État.

En novembre 1576, il fut envoyé aux premiers États de Blois, où il séjournera jusqu’en mars 1577. On a conservé ses cahiers, ainsi que des témoignages de sa lutte pour l’abolition des Bourdelages dans le Nivernois.

Enfin, en septembre 1588, il sera envoyé une troisième fois aux seconds Etats de Blois et y écrira de nouveaux cahiers.

Quoique tout son temps fût presque absorbé par l’exercice de sa profession et ses différentes missions, il ne laissait pas que d’y dérober quelques instants pour cultiver les muses grecques, latines et françaises : La reine Marguerite, première femme de Henri IV, avec laquelle il était en relation, lui dut des renseignements précieux, dont elle fit usage dans ses Mémoires. Il fournit à Brantôme, son ami intime, les principaux matériaux de son ouvrage des Dames illustres de son temps. Il était ami de Jean Bodin, du chancelier Michel de L'Hospital et de l’illustre Francis Bacon.

Coquille mourut octogénaire, le 11 mars 1603.

Son œuvre[modifier | modifier le code]

Le poète[modifier | modifier le code]

Il avait composé, dans sa jeunesse, des poésies latines qui ne sont pas dans l’édition de ses œuvres ; ce fut le seul de ses ouvrages qu’il publia lui-même : Guidonis Conchylii Romenoei Nivernensis Poemata, Nevers, 1599, in-8e. On dit aussi qu'il s'y entendait bien en grec et qu'il avait traduit l'Odyssée d'Homère.

Dans ses vers, il flétrit la corruption de son temps, la vénalité des hommes publics, l’avidité des courtisans, le fanatisme religieux, et il y exhale des plaintes douloureuses sur les misères de sa patrie.

Les écrits politiques[modifier | modifier le code]

Dans sa fonction de procureur fiscal, il se fit remarquer comme l’un des grands théoriciens et de la Monarchie absolue et de l’Église gallicane comme le prouve, en 1594, la publication de son Traité des libertés gallicanes. Pour lui, « le roy est le chef et les trois ordres sont les membres ; et tous ensemble font le corps politique et mystique, dont la liaison et union est individue et inséparable, et ne peut partie souffrir mal que le reste ne s’en sente et souffre douleur ». Il ecrit aussi "le roy est monarque et n'a point de compagnon en sa majesté royale", doctrine reprise pour justifier l'absolutisme royal en France.

Le commentateur du droit coutumier[modifier | modifier le code]

Coquille est, en outre, l’un des grands responsables de la mise à jour des coutumes. Il fait paraître, en 1590, un Commentaire sur la coutume du pays et duché de Nivernais, puis, en 1595, l’Institution au droit des Français qui fait de lui le meilleur commentateur du droit coutumier du nord de la France. Très attaché à sa province, il en devient l’historien attitré par son Histoire du Nivernais (1595).

A l’exception de ces traités et des poèmes précédemment cités, les autres écrits de Conchylius, sieur de Romenay ne furent publiés qu’après sa mort, par les soins de Guillaume Joly, qui y ajouta une vie de l’auteur. Toutes ses œuvres furent recueillies, Paris, 1666, 3 vol. in-fol. On y trouve une Histoire du Nivernois, achevée en 1595, qui passe pour exacte et fidèle, et que Loisel avait publiée à Paris, 1612, in-4° ; on y voit aussi le Traité des libertés de Église gallicane, qui lui avait été dérobé de son vivant, et qu’on ne retrouva que vers le milieu du XVIIe siècle. Il y a une autre édition des œuvres de Coquille, Bordeaux, 1705, 2 vol. in-fol., plus ample que la première. Tous ses ouvrages, ses opuscules politiques, ses pamphlets contre les ligueurs, ses ouvrages de droit, ses poésies latines, sont empreints des plus nobles sentiments et du patriotisme le plus pur.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Comme les grands juristes Charles Dumoulin et Jean Bodin, il distingue la monarchie seigneuriale à la monarchie royale. Pour lui "le roi est monarque et n'a point de compagnon en sa Majesté royale"[2]

La ville de Decize lui a élevé une statue en 1849.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Œuvres de Guy Coquille, Publié par lui-même, réunies après sa mort,

(Guidonis Conchylii Romenoei Nivernensis Poemata), Nevers, 1599, in-8°.

  • Mémoire pour la réformation de l'Estat Ecclesiastique.
  • Traite des libertez de l’Eglise de France et des droits et autorite que la couronne de France a ès affaires de l’Eglise dudit Royaume, par bonne et sainte union avec icelle Eglise. (1594)
  • Autre traite des libertez de l’Eglise de France et des droits et autorite que la couronne de France a ès affaires concernans la Police de l’Eglise dudit Royaume, par bonne et sainte union avec icelle Eglise.
  • Discours de Mr Guy Coquille des droicts ecclesiastiques, et libertez de l’Église Gallicane, & les raisons moyens d’abus, contre les Bulles décernées par le Pape Gregoire XIV, contre la France 1591. Autre discours sur le mesme sujet présenté a Madame Henriette de Cleves Duchesse de Nivernois, & c. le 21 septembre 1591.
  • Protestatio cardinalis placentini…
  • Devis entre un citoyen de Nevers y demeurant, & un Citoyen de Paris retiré à Nevers, sur le sujet des Etats de Paris de 1593.
  • Memoire Pour proposer a sa saintete les inconveniens qui peuvent arriver, si Elle se rend trop rigoureuse à la reconciliation du Roy, & a composer les affaires de France.
  • Dialogue sur les causes des miseres de la France, entre un Catholique Ancien, un Catholique Zelé, & un Palatin, fais en 1590.
  • Discours sur les maux presens du Royaume (non achevée).
  • Des benefices de l’Eglise.
  • Du concile de Trente, et de la réception & publication d’iceluy.
  • Des entreprises des papes et du légat qui estoit en France pour la Ligue.
  • Que les maux de la France pendant la Ligue venoient faute de reformation, principalement de l’État Ecclesiastique.
  • Memoire de ce qui est à faire pour le bien du païs (de ce qui est à faire pour le bien du Nivernois, du 18 Août 1573).
  • Plaidoyé fait au Conflit Privé du Roy pour la ville de Nevers, & c. pour l'abolition des Bourdelages par Maître Guillaume Rapine Lieutenant general de Nivernois le 9 août 1554.
  • Discours des Etats de France et du droit que le Duché du Nivernois a en iceux.
  • Histoire de Nivernois dressee et escrite par Maistre Guy Coquille, sieur de Romenay.
  • Des Comtes et Ducs de Nevers et Nivernois, et de leurs alliances.
  • Traité Des pairs de France. Leur origine, fonction, rang et dignite.
  • Ordonnances du Roy Henry troisième de ce nom ; Roy de France et de Pologne sur les plainctes et doleances faictes par les Députés des États de son Royaume, convoquez et assemblez en la ville de Blois. Avec les Annotations sur icelles, de MAISTRE GUI COQUILLE, Sieur de Romenay.
  • Les Coûtumes du Païs & Comté de Nivernois, enclaves & exemptions d'iceluy, avec les Annotations de Maître Guy Coquille, sieur de Romenay.
  • Institution au Droit des Francois.
  • Questions, Réponses & Méditations sur les articles des Coutumes.
  • Guy Coquille et les auteurs nivernais du XVIe siècle; Guy Thuillier .- Nevers : Bibliothèque Municipale de Nevers : Société Académique du Nivernais, 2003

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Abbé Jacques-François Baudiau, Le Morvand, Nevers, 1865, éd. Guénégaud, Paris, 1965, 3 vol., t. 1, pp. 595.
  2. Institution au droit des Français

Source[modifier | modifier le code]

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  • « Guy Coquille », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]

Liens internes[modifier | modifier le code]