Grammaire du mandarin

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Zhongwen yufa : Grammaire du mandarin

La grammaire du mandarin est très proche de celle des autres langues chinoises. Sa phonologie est traitée séparément. La morphologie est relativement simple, étant donné l'absence de flexion dans cette langue isolante.

Caractéristiques générales[modifier | modifier le code]

  1. les langues chinoises et notamment le mandarin sont essentiellement des langues SVO ; elles ont cependant certains éléments SOV;
  2. le déterminant précède toujours le déterminé (comme notamment dans les langues germaniques, occasionnellement en français), que ce soit dans la construction d'une phase (adverbe devant le verbe), un groupe subordonné, ou la formation d'un nom composé de plusieurs sinogrammes (ex  : 中国人 / zhōngguórén, soit littéralement « milieu empire personne », soit « habitant du pays du milieu », soit « Chinois »);
  3. importance du contexte, de par le caractère non flexionnel de la langue (ex : le pluriel doit généralement être explicitement mentionné, ainsi que l'époque de l'action, si nécessaire) ; le contexte est d'autant plus important à l'oral que la langue comprend de très nombreux homophones.

Pronoms personnels[modifier | modifier le code]

Hanzi pinyin français
je
你 / 妳 tu
他 / 她 il / elle
我们 wǒmen nous
你们 / 妳们 nǐmen vous
他们 / 她们 tāmen ils / elles
  • Il suffit d'ajouter 们 -men (trad.:們) pour mettre au pluriel ;
  • les deuxième et troisième personnes peuvent s'écrire de deux manières différentes, avec néanmoins la même prononciation. La différence d'écriture indique le genre : 女 à gauche dans le caractère 妳 indique le féminin tandis que 人 à gauche dans le caractère 你 (où il est présent sous la forme modifiée du radical) indique le masculin. Consulter aussi Personne (grammaire) et Prononciation et sémantisme des sinogrammes pour plus de détails ;
  • nín correspond à la forme de politesse du 你 (comparable au vouvoiement du français) ;
  • il existe aussi une autre forme de la 1re personne du pluriel : 咱们 zánmen. Cette forme est un nous inclusif, c'est-à-dire qu'il est utilisée lorsque la personne qui parle veut indiquer qu'elle inclut son interlocuteur dans le nous, alors que 我们 wǒmen exclut généralement l'interlocuteur.

Phrase avec un objet (SVO)[modifier | modifier le code]

avec verbe[modifier | modifier le code]

Les phrases sujet + verbe + complément sont les plus communes.

雁艳住二号宿舍。 yànyàn zhù èr hào sùshè. Yanyan habite dans le dortoir numéro deux.

  • 是, shì, marque l'existence ou l'identité:
    • 她是我的朋友。tā shì wǒ de péngyou. Elle est mon amie.
    • 厨房对面是客厅。chúfáng duìmiàn shì kètīng. En face de la cuisine il y a la salle de séjour.
  • 有, yǒu, marque la possession ou l'existence:
    • 他有车. tā yǒu chē. Il a une voiture.
    • 房子后边有一个花园。fángzi hòubiān yǒu yī ge huā yuán. Derrière la maison il y a un jardin.

Négation[modifier | modifier le code]

La négation est exprimée par un élément grammatical placé devant le verbe. Le caractère 不 est utilisé au présent ou au futur devant tous les verbes, sauf « avoir »  (有 yǒu), devant lequel on place le caractère 没 méi. Ce dernier est par contre utilisé au passé pour tous les verbes.

Lorsqu'il s'agit d'une action déconseillée ou d'une interdiction, la négation est exprimée par le caractère 别 bié ou biè devant le verbe.

Ainsi  : 他不是中国人 tā bù shì zhōngguórén, littéralement « il / ne pas / être / milieu / pays / personne », « il n'est pas chinois », ou littéralement « il n'est pas citoyen de l'empire du milieu »,  .

Interrogation[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs façons en chinois de construire une phrase interrogative. Cependant il s'agit toujours de constructions qui ne perturbent pas l'ordre ni la forme des mots. Les sujets et verbes ne sont pas inversés comme dans les langues occidentales. Il suffit qu'un élément interrogatif soit placé dans la phrase pour qu'elle devienne interrogative. Il ne faut pas les cumuler.

  1. Le caractère 吗 ma, simplement placé en fin de phrase permet de transformer une phrase affirmative en une interrogative, avec le même sens que la construction "est-ce que..." en français.
    • Exemple  : la phrase interrogative « 你是中国人吗? nǐ shi zhōngguórén ma ? », littéralement « tu / être / chinois / [question] », soit « es-tu chinois? », est construite par ajout de 吗 à la phrase affirmative que l'on souhaite être confirmée ou infirmée.
  2. pour ces mêmes phrases du type « est-ce que... », il est également courant d'utiliser des oppositions pour créer une forme interrogative. Cela se fait en faisant suivre un verbe de sa négation  : à la place du verbe « V » dans la phrase affirmative, on met la structure « V + négation + V ».
    • exemple : 他是不是中国人? tā shi bú shi zhōngguórén ?, littéralement « il / être / pas / être / chinois », « est-il chinois ? ».
  3. Pour les interrogations portant sur un élément ou une information inconnue (où, quand, qui, combien, comment, etc.), la phrase interrogative est formée par un mot interrogatif placé dans une phrase à la place où le mot sur lequel porte l'interrogation devrait se trouver (ainsi qu'en certains cas en français, tel en l'exemple ci-dessous). Pour mieux comprendre ce mécanisme, on peut penser à ces exercices scolaires où il faut remplir un blanc dans une phrase ; rien ne bouge ni ne se transforme dans la phrase, seule la partie inconnue est remplacée par un mot d'interrogation adéquat, à la place du blanc.
    • Exemple 1 : Pour demander « Qui va à Shanghai ? », « 谁去上海? Shéi qù Shànghǎi ? », soit littéralement « qui / aller à / Shanghai » ; l'élément interrogatif 谁 shéi prend simplement la place du sujet comme en français : 他去上海. tā qù Shànghǎi. Il / aller à / Shanghai.
    • Exemple 2 : 他有多少书? tā yǒu duōshǎo shū ?, « il / avoir / combien ? / livres », c'est-à-dire « combien a-t-il de livres ? » ; on peut remarquer ici que 多少 duōshǎo, « combien ? » est littéralement constitué des mots « beaucoup / peu », ce qui rappelle le principe d'opposition de la forme « V + négation + V ».

Spécificatifs[modifier | modifier le code]

En mandarin, il existe un élément grammatical appelé spécificatif (ou classificateur). Il est utilisé entre le déterminant (pronom démonstratif, adjectif numéral, etc.) et le substantif lui-même. Le spécificatif contient souvent une indication de la catégorie d'objet à laquelle appartient l'objet (par exemple 本 běn est utilisé pour tout ce qui est livre ou ouvrage), ou il sert à préciser une partie ou l'unité d'une portion de l'objet (par exemple 片 piàn pour tranche de). De ce fait, il n'est pas possible d'utiliser n'importe quel spécificatif avec n'importe quel substantif.

Le spécificatif le plus courant est 个 ge. Il est utilisé devant les personnes et sert de spécificatif universel, en ce sens qu'il est moins faux, grammaticalement, de l'utiliser au lieu du spécificatif normalement adéquat que de ne pas employer du tout de spécificatif.

Par exemple : 一个人 yí ge rén, « un / [spécificatif] / homme », « une personne ».

Le principe de spécificatif peut se retrouver aussi en français, par exemple avec « deux brins d'herbe » : brin est le spécificatif du substantif herbe ; il est nécessaire car pour avoir le sens voulu, on ne peut pas dire deux d'herbe (syntaxiquement incorrect) ou deux herbes (sens différent). Néanmoins, contrairement en français, en mandarin le classificateur est obligatoire entre tous les couples déterminant et substantif.

Le spécificatif sert aussi lors de la construction de pronom de rappel, avec le déterminant mais sans le substantif :

  • 我买一个 wǒ mǎi yí ge : « j'en achète un » (sous-entendu, un élément de la classe sémantique dont j'ai parlé juste avant) ;
  • 这个 / 那个 zhè​ge / nà​ge : « celui-ci / celui-là ».
  • 我看一本书, 他呢看四本 wǒ kàn yì běn shū, tā ne kàn sì běn : « je lis un livre, quant à lui, il en lit quatre » (« je / regarder (lire) / un / [本=spécificatif des livres] / livre / , / lui / à propos / regarder (lire) / quatre / [本=spécificatif des livres]»).

Pour une liste plus exhaustive des classificateurs et de leurs usages appropriés, voir l'article Classificateurs en chinois.

Attribut[modifier | modifier le code]

的(de) est souvent utilisé entre l'attribut et le nom qu'il modifie

  • avec les noms
    • 爸爸的车 bàba de chē, «la voiture de Papa»
    • mais pas quand ils indiquent une caractéristique ou qualité
      • 中国人 Zhōngguó rén, «les Chinois»
      • 汉语书 hànyǔ shū, «le livre de mandarin»
  • avec les pronoms personnels
    • 我的老师 wǒ de lǎoshī, «mon professeur»
    • mais ni pour les relations familiales 你哥哥 nǐ gěge, «ton frère», ni avec les autres spécificatifs 她本 tā běn, «son livre»
  • avec les verbes:
    • 参观的人 cānguān de rén, «les visiteurs», littéralement «visiter» 的 «personne»
    • 上课的时候 shàngkè de shíhou, «le temps scolaire», littéralement «avoir cours» 的 «temps»
  • avec les adjectifs
    • 认真的学生 rènzhēn de xuésheng, «étudiant sérieux»
    • sauf les monosyllabiques, 男孩子 nán háizi, «le garçon», littéralement «masculin» «enfant»
  • avec les propositions
    • 送她的花儿 sòng tā de huār «les fleurs qu'on lui a envoyées»
    • 你打篮球的时候 nǐ dǎ lánqiú de shíhou «lorsque tu joues au basket…», littéralement «tu joues au basket» 的 «temps»

Marques temporelles[modifier | modifier le code]

Il n'existe pas d'accord de verbes en mandarin. En revanche, on y utilise des particules temporelles qui donnent des indications de temps :

Passé[modifier | modifier le code]

过 (guò)[modifier | modifier le code]

Guo indique un aspect passé et révolu ; on l'utilise par exemple pour indiquer un pays qu'on a déjà visité, ou un plat que l'on a déjà mangé. 我*去*过*法国 (je-aller-part.passé-France) : Je suis allé en France. 我*吃*过*鹅肝 (je-manger-part.passé-foie gras) : J'ai (déjà) mangé du foie gras.

了 (le)[modifier | modifier le code]

Cette particule, d'un usage un peu délicat, indique un changement d'état. 我*知道*了 (je-savoir-part.passé) : je sais (maintenant), j'ai compris 我不要了 (je-négation-vouloir-part.passé) : Je n'en veux plus / je ne veux plus (alors qu'auparavant j'en voulais).

Elle indique aussi une action passée, et se place alors immédiatement après le verbe. 我买了一本书。(je-acheter-action accomplie-un-classificateur-livre) : j'ai acheté un livre.

Cependant, il existe des cas ambigus où seul le contexte permet de distinguer le 了 du changement d'état de celui d'une action accomplie.

是... 的 (shì... de)[modifier | modifier le code]

Cette structure est utilisée pour accentuer un aspect particulier d'une action passée tel que le temps, le lieu, la manière, le but...

  • 他是昨天去上海的。tā shì zuó tiān qù shànghǎi de. Hier, il est allé à Shanghai.
  • 她是在大学见到的他。Tā shì zài dàxué jiàn dào de tā. Elle l'a rencontré à l'université.
  • 李来这儿是学习法语的。Li lái zhèer shì xuéxí fǎyǔ de. Li est venu ici pour apprendre le français.

Présent[modifier | modifier le code]

着 (zhe)[modifier | modifier le code]

Cette particule est un suffixe verbal indiquant qu'une action est en cours ou en cours simultanément à une autre action.

  • 我吃着笑 (je-manger-part.présent-rire) : Je ris en mangeant.

On dit plutôt 我笑着吃 que de 我吃着笑

正在 (zhèngzài)[modifier | modifier le code]

L'adverbe 正在 (être en train de) placé devant le verbe indique le déroulement présent de l'action.

  • 我正在做吃的 (je-suis.en.train-faire-manger-de) : Je suis en train de préparer à manger.

Futur[modifier | modifier le code]

要 (yào)[modifier | modifier le code]

Cette particule, de loin la plus utilisée pour l'indication du futur, signifie également "vouloir". Elle indique généralement un futur proche, équivalent du français "je vais..."

  • 我*要*去法国 (je-part.futur-aller-France) : Je vais aller en France

将 (jiāng)[modifier | modifier le code]

Cette particule indique un futur plus éloigné, lié à un événement ou une volonté de nature plus complexe.

Passif[modifier | modifier le code]

被 (bèi)

Phrase active: acteur de l'action + prédicat + bénéficiaire de l'action + compléments

Phrase passive: bénéficiaire de l'action + 被 + acteur de l'action + prédicat + compléments

exemple: 房子被风倒了。 fáng zǐ bèi fēng dǎo le. la maison a été détruite par le vent.

Redoublement[modifier | modifier le code]

Le mandarin fait aussi grand usage du redoublement. Il peut avoir plusieurs sens, par exemple :

Redoublement d'apaisement[modifier | modifier le code]

  • 看一看 kànyīkàn (a pour équivalent 看一下 kānyīxià) : Regardez un petit peu. Les vendeurs proposent de regarder leurs marchandises pour attirer le client.
  • 慢慢 mànmàn (lentement-lentement), p.e. 慢慢吃 mànmànchī : Mangez lentement. Expression de politesse usuelle envers l'invité.

Redoublement dans les expressions[modifier | modifier le code]

Redoublement dans les chengyu (成语 expressions à quatre caractères).

  • 马马虎虎 māmāhūhū (cheval-cheval-tigre-tigre) : comme-ci, comme-ça.
  • 花花绿绿 huāhuālǜlǜ (fleur-fleur-vert-vert) : Multicolore.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Manuel pratique de chinois, tomes 1,2, 3, 4, éditions de La presse commerciale (Pékin). Technique d'impression un peu vieillotte, mais une bonne référence ;
  • Initiation à la syntaxe chinoise, Xu Dan, Langues Inalco, Langues et Mondes de l'Asiathèque. Cet ouvrage permet de suivre l'évolution historique de certains points de la syntaxe chinoise en les comparant dans différents dialectes.
  • Chinois mode d'emploi, grammaire pratique et exercices, Joël Bellassen, Tching Kanehisa et Zhang Zujian, You Feng 1996