Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

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La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne est un texte juridique français, exigeant la pleine assimilation légale, politique et sociale des femmes, rédigé en septembre 1791, par l’écrivaine Olympe de Gouges sur le modèle de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen proclamée le 27 août 1789, et publié dans la brochure Les Droits de la femme, adressée à la reine[1],[2]. Premier document à évoquer l’égalité juridique et légale des femmes par rapport aux hommes, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne a été rédigée afin d’être présentée à l’Assemblée nationale le 28 octobre 1791 pour y être adoptée.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne constitue un pastiche critique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui énumère des droits ne s’appliquant qu’aux hommes, alors que les femmes ne disposaient pas du droit de vote, de l’accès aux institutions publiques, aux libertés professionnelles, aux droits de propriété, etc. Olympe de Gouges y défend, non sans ironie à l’égard des préjugés masculins, la cause des femmes, écrivant ainsi que « la femme naît libre et demeure égale en droits à l’homme ». Ainsi se voyait dénoncé le fait que la Révolution oubliait les femmes dans son projet de liberté et d’égalité.

Ce projet fut refusé par la Convention.

Origines[modifier | modifier le code]

L’évolution du concept de droits humains s’est effectué conformément avec l’âge des Lumières et aux événements qu’il a connu.[Quoi ?] Bien que cette notion ait été lancée pour la première fois en 1689 par le Bill of Rights, en Grande Bretagne suivi en 1776 par la Déclaration des droits de l'État de Virginie puis à la Révolution par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), aucun de ces documents ne prend en considération les femmes.

Analyse[modifier | modifier le code]

Olympe de Gouges (1748-1793), rédactrice de la Déclaration

S’inspirant étroitement de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne se compose également d’un préambule (adressé à Marie-Antoinette) et de 17 articles, mais avec un prélude et un postambule. Il ne s’agit pas simplement d’un contre-projet pour les femmes. Il est clair que la nation est formée par les deux sexes en commun (art. III). Dans nombre d’endroits, Olympe de Gouges a remplacé « l’homme » par « la femme et l’homme », de façon à rendre claire la concordance entre les deux sexes. L’article VII énonce fermement qu’il n’y a pas de droits spéciaux pour les femmes : « Nulle femme n’est exceptée ; elle est accusée, arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. »

Alors que, dans les articles I et II, les revendications correspondent largement conformément à la liberté, l’égalité, la sécurité, le droit à la propriété et le droit de résister à l’oppression, la notion de liberté chez de Gouges se différencie de la définition antinomique de 1789 (« La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »). L’article IV stipule en effet que « La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à autrui ». Ainsi, la liberté est liée à la justice et les femmes veulent moins un accroissement de leurs libertés que les droits naturels qui leur échoient à la naissance.

La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne dévie également considérablement de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, comme dans l’article XI où la liberté de pensée et d’opinion doit spécifiquement permettre, selon de Gouges, aux mères de « dire librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un préjugé barbare la force à dissimuler la vérité »[3].

Un principe de base de Gouges est que l’identité des devoirs doit entraîner celle des droits (comme, par exemple, l’imposition) (art. XIII à XV). Olympe réclamait un traitement égalitaire envers les femmes dans tous les domaines de la vie, tant publics comme privés : droit au vote et à la propriété privée, pouvoir prendre part à l’éducation et à l’armée, et exercer des charges publiques, en arrivant même à demander l’égalité de pouvoir dans la famille et dans l’Église. La phrase la plus célèbre de sa Déclaration est : « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune » (art. X)

Il apparaît toutefois qu’Olympe de Gouges ne croyait pas en l’égalité des femmes et des hommes. À la différence de la majorité des théories sur l’égalité, elle pensait que la nature masculine et la nature féminine étaient différentes, et que celle des femmes était supérieure. Cette conviction de deux natures distinctes est évidente dans le texte qui précède la déclaration.

Les hommes qui dirigeaient la Révolution étaient, à de rares exceptions, même pour les plus radicaux d’entre eux, loin de partager cette approche féministe. Son opposition à la peine de mort, son soutien affiché aux Girondins après leur chute, entre autres, lui vaudront d’être arrêtée et guillotinée le 3 novembre 1793

Portée et postérité[modifier | modifier le code]

Cette Déclaration est sans valeur légale car ce projet fut refusé par la Convention à laquelle elle avait été proposée et resta à l’état de projet. D’une part, elle n’a paru qu’en cinq exemplaires et a été politiquement complètement ignorée tandis que, de l’autre, il a été dit que « la Déclaration a fait sensation dans toute la France, et même à l’étranger. » Il faut attendre 1840 pour que quelques extraits de cette Déclaration soient publiés, et l'intégralité du texte ne l'a été qu'en 1986, par Benoîte Groult[4].

L’importance historique de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne réside dans son statut de première déclaration universelle des droits humains qui élève une exigence universellement valable à la fois pour les hommes et les femmes. De cette façon, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui n’avait été arrêtée que pour une moitié de l’humanité, sans avoir été légitimée par l’autre moitié, se trouvait, en réalité, dépassée alors qu’elle continue à être transmise, dans la conscience historique moderne, comme la base des droits de l’homme. La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne constitue, de ce fait, un brillant plaidoyer radical en faveur des revendications féminines et une proclamation authentique de l’universalisation des droits humains.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les Droits de la femme, 1791, 24 pages. Voir le texte disponible sur Gallica
  2. Maxime Foerster, La différence des sexes à l’épreuve de la République, Paris, L’Harmattan, 2003, 126 pages, p. 23 (ISBN 2747554112).
  3. Cette considération était, sur le plan personnel, extrêmement importante pour Olympe de Gouges qui était probablement la fille naturelle de l’homme de lettres Lefranc de Pompignan.
  4. Nicole Pellegrin, Les disparues de l’histoire, Le Monde diplomatique, novembre 2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Édition moderne[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • Uwe Dethloff, « Le Féminisme dans la Révolution française : Condorcet et Olympe de Gouges », Éd. Gérard Beauprêtre, Révolution et littérature : La Révolution française dans les littératures allemande, française et polonaise, Varsovie, Univ. de Varsovie, 1992, p. 63-72
  • (en) Marie Maclean, « Revolution and Opposition: Olympe de Gouges and the Déclaration des droits de la femme », Éd. David Bevan, Literature and Revolution, Amsterdam, Rodopi, 1989, p. 171-182
  • (en) Madelyn Gutwirth, « The Rights and Wrongs of Woman: The Defeat of Feminist Rhetoric by Revolutionary Allegory », Sylvain Auroux, Dominique Bourel, Charles Porset, L’Encyclopédie, Diderot, l’esthétique : Mélanges en hommage à Jacques Chouillet (1915-1990), Paris, PUF, 1991, p. 50-68
  • Léopold Lacour, « Les Origines du féminisme contemporain : trois femmes de la Révolution, Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt, Rose Lacombe », Éd. Lawrence Klejman, Marie-France Brive, Les Femmes et la Révolution française : L’Effet 89, Toulouse, PU du Mirail , 1991, p. 215-20
  • Irène Pagès, « Flouée par la Révolution », Simone de Beauvoir Studies, 1992; 9: 5-9
  • Paule Penigault-Duhet, « Droits de l’homme et féminisme à la fin du XVIIIe siècle », Bulletin de la Société d’études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles, 1980, no 11, p. 95-103
  • (en) Joan Wallach Scott, « Rewriting the History of Feminism », Western Humanities Review, automne 1994, no 48 (3), p. 238-51
  • (en) Samia Spencer, « Two French Feminists of the Eighteenth Century: Olympe de Gouges and Madame Roland », USF Language Quarterly, 1979, no 17 (3-4), p. 7-11, 18, 20
  • Samia Spencer, « Une remarquable visionnaire : Olympe de Gouges », Enlightenment Essays, 1978, no 9, p. 77-91
  • (en) Marie-Claire Vallois, « Gendering the Revolution: Language, Politics, and the Birth of a Nation (1789-1795) », South Atlantic Quarterly, Spring 2001, no 100 (2), p. 423-45
  • (en) Janie Vanpée, « La Déclaration des Droits de la Femme: Olympe de Gouge’s Re-Writing of La Déclaration des Droits de l’Homme », Éd. & intro. Catherine R. Montfort, Jenene Allison, Literate Women and the French Revolution of 1789, Birmingham, Summa, 1994, p. 55-79
  • (en) Barbara Woshinsky, « Olympe de Gouges’ Declaration of the Rights of Woman (1791) », Mary Wollstonecraft Journal, 1973, no 2 (1), p. 3-6

Liens externes[modifier | modifier le code]

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