Ciompi

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Statue de Michele di Lando, chef de la révolte de 1378, Loggia del Mercato Nuovo à Florence

Les Ciompi composaient la classe sociale la plus pauvre des travailleurs de l'industrie textile dans la Florence de la Renaissance.

Ces miséreux, qui n’avaient pas de guilde pour les représenter, nourrirent du ressentiment à l’égard du pouvoir en place dont la puissance reposait sur leur travail, l’Art de la laine (l’établissement de la manufacture textile étant le secteur économique de la prospérité de Florence).

Historique[modifier | modifier le code]

En 1378, ils lancèrent la « révolte des Ciompi », une brève insurrection de la classe populaire laissée pour compte, le popolo minuto, ce qui resta un souvenir traumatisant pour les membres des arts [Arti, terme qui désigne les corporations de métier à Florence– les plus puissants (et grâce auquel on peut expliquer le soutien apporté aux Médicis longtemps plus tard, représentants la stabilisation de l’ordre florentin).

La révolte porta brièvement au pouvoir un niveau de démocratie sans précédent européen dans la Florence du XIVe siècle.

Ce sont des tensions entre grassi qui déclenchèrent le soulèvement. Des membres des classes populaires, appelées à prendre part au mouvement de la fin du mois de juin de 1378, prirent plus d’importance à partir de juillet.

Ils présentèrent une série de pétitions au corps gouvernant, la Signoria, réclamant une politique fiscale plus équitable et le précieux droit de constitution des arts pour ces groupes qui n’en avaient pas encore. C’est ainsi que le 22 juillet, la couche la plus défavorisée s’imposa au gouvernement, en plaçant le cardeur de laine Michele di Lando, en tant que Gonfalonier de Justice, et exhibant leur bannière (symbole d’existence politique) au Palazzo della Signoria.

Les révolutionnaires de la République florentine furent soutenus par les membres radicaux des arti minori, les arts traditionnellement sans pouvoir.

Ils étendirent les privilèges des arts aux Ciompi, et pour la première fois, un gouvernement européen représenta toutes les classes de la société, bien que brièvement.

Mais en quelques semaines, les Ciompi furent désillusionnés, lorsque le nouveau gouvernement échoua dans l’exécution de toutes leurs demandes utopiques.

Les conflits d’intérêts entre les arts mineurs et les Ciompi devinrent évidents.

Ils furent renversés par les plus conservateurs de la société florentine, quand les arts majeurs et mineurs s’unirent pour rétablir l’ordre antérieur, dans une contre-révolution au sein de laquelle le chevalier Salvestro de Medici joua un rôle essentiel de répression.

Le 31 août, un grand groupe de Ciompi s’étant réuni sur la Piazza della Signoria fut facilement dispersé par les arts majeurs et mineurs unis pour l’occasion.

En réaction à cet épisode révolutionnaire, le tout nouvel art des Ciompi fut aboli et pendant 4 ans, la domination des arts les plus puissants fut rétablie.

L’Histoire de Florence de Machiavel représente la révolte avec une série de débats imaginés et des discours rapportant les positions des protagonistes, selon le point de vue de ce champion de la stabilité de l’État. Ces événements furent vus par l’Église et les classes dominantes comme un phénomène de retour à l’ordre naturel de Dieu.

Après l'annulation de leur participation en 1382, l'art des Ciompi s'allie alors aux Albizzi qui dominèrent la vie politique florentine jusque 1434, date du retour de Cosme l'ancien et des Médicis, qui entraîne le départ des Albizzi et de leurs alliés, la famille Peruzzi, les Barbadori et les Strozzi.

Après la Grande Peste, au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, des événements similaires chamboulèrent grandement l’Europe politique : les classes les plus opprimées luttèrent pour des conditions plus justes.

En milieu rural, les vallées françaises du Haut-Dauphiné et du Piémont italien obtiennent la signature de la charte du Grand Escarton, qui leur donnent des droits et réduit le poids des prélèvements fiscaux pour les paysans.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nicolas Machiavel et Simone Weil, La Révolte des Ciompi - Un soulèvement prolétarien à Florence au XIVe siècle, Livre III des Histoires florentines de Machiavel, traduction de Guiraudet, revue par Laura Brignon, précédé d'une introduction de Simone Weil (La Critique Sociale, n° 11, mars 1934), postface d'Emmanuel Barot : «1378 ou l'émergence de la question moderne du sujet révolutionnaire», Toulouse, CMDE - Smolny, 2013.
  • Nicolas Machiavel, Florence insurgée - La révolte des Ciompi, Éditions L'Esprit frappeur, 1998, (ISBN 2-84405-057-3).
  • (en) Samuel Kline Cohn, Lust for liberty: the politics of social revolt in medieval Europe, 1200 – 1425 ; Italy, France, and Flanders, Harvard University Press, Cambridge, 2006.
  • Michel Mollat et Philippe Wolff, Ongles bleus, jacques et ciompi - les révolutions populaires en Europe aux XIVe et XVe siècles, Calmann-Lévy, 1970, in 8°, 223 pages.
  • Alessandro Stella, La révolte des Ciompi. Les hommes, les lieux, le travail, Paris, EHESS, 1993.
  • Un soulèvement prolétarien à Florence au XIVe siècle, introduction de Simone Weil à un texte de Machiavel, in Écrits historiques et politiques, Gallimard, Paris, 1960.

Lien externe[modifier | modifier le code]