Taille-douce

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La taille-douce désigne l'ensemble des procédés de gravure en creux sur une plaque de métal.

Définitions[modifier | modifier le code]

Au sens premier, la taille-douce fait référence à la gravure au burin, premier procédé de gravure, hérité des orfèvres[1]. L'impression se faisait sur une presse à taille-douce.

Par extension, la taille-douce s'est ensuite vu désigner tous les procédés de gravure en creux sur métal, qu'il s'agisse de gravure directe, à l'aide d'un outil (burin, pointe sèche, manière noire) ou indirecte, par morsure d'un acide (eau-forte, aquatinte, manière de crayon).

La taille-douce s'oppose à la taille d'épargne (xylographie, linographie). Dans le premier, l'encre se dépose dans les creux, tandis que dans le second, l'encre est appliquée en surface.

De par l'importance de l'usage des supports de cuivre dans la taille douce, celle-ci se confond avec la chalcographie (gravure sur cuivre), bien que cette dernière technique puisse se pratiquer, par extension, sur d'autres plaques métalliques (zinc, laiton).

La grande précision de dessin permise par cette technique l'a particulièrement destinée à la fabrication des billets de banque et des timbres-poste.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gravure.

Maso Finiguerra (1426-1464), orfèvre et graveur florentin qui s'est distingué par son usage du niellage, serait l'inventeur du principe de la taille-douce par le contrôle de son travail de gravure par le transfert de noir de fumée sur un tissu.

La taille-douce voit son essor lié à l'imprimerie et à l'utilisation du papier. Dès 1488, Michelet Topie de Pymont, actif à Lyon, imprime un Voyage de Breydenbach qui pour la première fois en France est illustré de gravures en taille-douce[2].

En philatélie, la plus célèbre utilisation de la taille-douce est le Penny Black, premier timbre-poste émis en Grande-Bretagne. Elle fut choisie en dépit de son coût car la précision des tailles rend les timbres et les billets en taille-douce impossibles à reproduire exactement.

En France, la taille-douce a commencé à être utilisée à partir de 1928 pour les timbres grand-format de la Caisse d'amortissement puis pour ceux de la série touristique de 1930-31.

Procédés[modifier | modifier le code]

Gravure[modifier | modifier le code]

En gravure, les procédés en taille-douce varient suivant l'outil ou ingrédient employé :

Articles détaillés : burin, pointe sèche, eau-forte, aquatinte et manière noire.

Numismatique (billets de banque)[modifier | modifier le code]

Étapes de l'impression
Des creux sont créés sur la plaque (l'échelle des creux, souvent microscopiques, n'est pas représentative sur ce dessin schématique).
La plaque est recouverte d'encre.
L'encre en excès est essuyée de la plaque, mais les rainures restent remplies.
Le papier est posé et pressé contre la plaque, par une presse ou un rouleau.
Le papier est retiré, l'encre présente dans les creux a été transférée sur le papier.

Pour l'élaboration du billet : sur un poinçon de métal doux (cuivre, zinc, acier pour les timbres), un graveur trace à l'aide d'un burin ou d'une pointe-sèche le dessin à reproduire à l'envers. Après avoir imprimé plusieurs épreuves, le graveur corrige le poinçon si nécessaire d'après l'aspect obtenu sur le papier. Lorsque le dessin sur le poinçon est considéré comme définitif, il est durci. Pour l'acier, le poinçon est placé dans un four à 850 °C avec du cyanure de sodium, puis il est refroidi dans de l'eau (technique de l'acier trempé).

Pour imprimer le dessin, le poinçon est enduit d'encre, le surplus est essuyé à la tarlatane puis au papier de soie et enfin avec la paume de la main préalablement enduite d'un peu de blanc d'Espagne. Il ne reste de l'encre que dans les tailles (les creux). Une feuille humidifiée est appliquée sur le poinçon puis pressée avec une presse à taille-douce.

Philatélie[modifier | modifier le code]

Dans le cas des timbres-poste, il faut reproduire le poinçon originel pour composer une feuille complète de timbres. Il faut fabriquer cette feuille de matrices sur une plaque ou un cylindre (impression rotative). Le poinçon original durci va servir de matrice et sera appliqué sur un cylindre de métal mou (molette) pendant une heure en exerçant une forte pression. On crée quelques exemplaires sur molette en vérifiant qu'ils sont identiques.

Après avoir durci les poinçons obtenus par la molette, ils permettent de reproduire selon les mêmes opérations des dizaines de poinçons qui seront organisés en planches ou en cylindres. Une fois ces derniers confectionnés, l'impression commence.

On remarque que par la reproduction par deux fois du poinçon original pour obtenir les poinçons de planches, l'image gravée initialement à l'envers est imprimée à l'endroit sur le timbre.

Les poinçons en métal s'usent progressivement et doivent être régulièrement remplacés, surtout dans l'impression des timbres en grand nombre. Il arrive que l'usure d'une planche de poinçons ne soit pas remarquée à temps et que des défauts s'impriment sur un ou plusieurs timbres de la planche finale.

Micro-topographie d'un timbre-poste français d'usage courant (détail) montrant l'épaisseur d'encre obtenue par le procédé de taille-douce. Les caractères « POSTE » apparaissent sur le timbre en blanc sur fond rouge, et correspondent donc à une absence d'encre. La mesure a été réalisée à l'aide d'un profilomètre, et la fausse couleur représente l'altitude microscopique selon la légende figurant à droite.

Les philatélistes parlent de variétés pour ces timbres légèrement différents des autres. Ils peuvent être très recherchés selon le côté spectaculaire du défaut et leur rareté.

Par contre, si la différence n'est pas accidentelle, mais est due à une différence systématique entre deux jeux de poinçons secondaires (ceux issus du poinçon original), les collectionneurs parlent de types puisqu'il y a deux dessins différents existants pour un timbre. Leur valeur philatélique, cette fois-ci, va dépendre du souci du collectionneur de distinguer tous les aléas du processus d'impression et du nombre de timbres tirés des différents types.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Béguin, Dictionnaire technique de l'estampe, Bruxelles, 1977
  • A.M. Villon, Nouveau Manuel complet du graveur, Paris, 1884
  • Berthiau et Boitard, Nouveau Manuel complet de l'imprimerie en taille-douce, Paris, s.d.
  • C.G. Kerouan, Les Procédés de gravure, Paris, s.d.
  • A. Bosse, Traité des manières de gravure en taille-douce, Paris, 1645
  • G. Profit, Procédés élémentaires de gravure sur cuivre, Paris, s.d.
  • Timbres magazine, no 48, juillet-août 2004

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « le nom se rattache à l'ancienne signification du procédé d'orfèvrerie : travaillé au burin » André Béguin
  2. La diffusion de l'imprimerie

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]