Bagne de Saint-Laurent-du-Maroni

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5° 30′ 15″ N 54° 01′ 57″ O / 5.50429, -54.032553 ()

Voir l’image vierge
Localisation de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane.

Le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni était un établissement pénitentiaire en Guyane française, qui n'existe plus aujourd'hui. Ce bagne était la centrale du bagne de la Guyane française. Une partie du site est aujourd'hui restaurée.

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Le bagne est créé par la loi du 26 août 1792 qui prévoit la déportation politique en Guyane des « ecclésiastiques non sermentés »[1] puis aux ecclésiastiques dénoncés pour cause d'incivisme (loi du 23 avril 1793) et en 1795 pour les ennemis de la révolution française, mais le blocus maritime imposé par l’Angleterre ainsi que les nombreuses épidémies qui s'y développent entraînent l'arrêt de l'application de ces mesures[2].
  • Le 22 novembre 1850, Louis Napoléon proclamait : « 6 000 condamnés dans nos bagnes grèvent les budgets d'une charge énorme, se dépravant de plus en plus, et menaçant incessamment la société. Il me semble possible de rendre la peine des travaux forcés plus efficace, plus moralisatrice, moins dispendieuse, et plus humaine en l'utilisant au progrès de la colonisation française ».
  • Le 31 mars 1852, le premier convoi de condamnés partait de Brest à destination des îles du Salut.
  • Le 21 février 1858, le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni était inauguré sur le fleuve Maroni. Il était constitué de plus de 12 bâtiments (rangées de « cases » contenant les cellules de part et d'autre de la cour intérieure, un hôpital, des cuisines, les bâtiments du personnel, lavoir et bibliothèque).
    Tous les condamnés venant de la France métropolitaine débarquaient d'abord à Saint-Laurent et étaient ensuite répartis entre les différents camps et pénitenciers de la Guyane.
  • Le 16 mars 1880, on créa également la ville de Saint-Laurent-du-Maroni, qui était une commune pénitentiaire, dont les habitants étaient presque tous des gardiens ou des bagnards libérés.
  • En 1912, l'hôpital de Saint-Laurent était construit.
  • Le bagne de Saint-Laurent-sur-Maroni ne ferma qu'en 1946, année où le bagne tout entier cessa définitivement d'exister. Sa fermeture avait été décidée par le décret-loi de Daladier, en 1938.

Vie au bagne[modifier | modifier le code]

Porte de fer du quartier disciplinaire dont seul le surveillant de ronde possédait la clé.
Rangée de cellules avec leur portes surmontées d'un soupirail.

Le bagne de Saint-Laurent-sur-Maroni n'était qu'un dépôt temporaire. Dans ce camp de la transportation, tous les condamnés débarquaient pour être ensuite envoyés dans les autres camps et pénitenciers.
Seulement un petit nombre de bagnards restait à Saint-Laurent. Ceux-là étaient presque tous employés dans l'administration (jardinier) et étaient des hommes considérés peu dangereux. On estimait qu'ils ne tenteraient pas de s'enfuir.

Quand un bateau (La Loire, Le Martinière) arrivait de métropole (Saint-Martin-de-Ré), on séparait d'abord les « chevaux de retour » (forçats échappés) et les récidivistes du reste, pour les envoyer aux îles du Salut, d'où toute fuite était considérée comme impossible (certains hommes réussirent tout de même à s'échapper des îles du Salut, par exemple le douteux Henri Charrière, dit Papillon).
Le reste des forçats restait quelque temps à Saint-Laurent, où on les divisait entre les camps.
Ceux que l'on pensait tentés par l'évasion étaient envoyés aux Îles.
Les hommes moins dangereux, qui n'étaient condamnés que pour de petits délits, pouvaient avoir la chance d'être employés dans l'administration.
On divisa aussi les nationalités. Il y avait des camps réservés pour les condamnés de l'Indochine (par exemple le Camp Saut du Tigre), les Arabes devenaient souvent des "porte-clefs"[3].

Comme il y avait un hôpital à Saint-Laurent, beaucoup de condamnés qui attendaient d'être transférés aux Îles feignaient une maladie pour y être envoyés. Comme beaucoup de bagnards travaillaient dans l'hôpital, ce n'était pas trop difficile. À l'hôpital, ceux-ci disposaient de plus de temps pour élaborer un plan d'évasion (tactique décrite aussi par Charrière).

Ceux qui avaient la chance de rester à Saint-Laurent étaient généralement traités beaucoup mieux que les condamnés des autres camps. Leur travail était simple, ils pouvaient aller et venir presque librement dans l'enceinte du bagne (leurs cellules de 2 m de longueur sur 1,80 m de largeur servaient uniquement pour dormir) et ils avaient droit à une meilleure nourriture, excepté les bagnards punis (par exemple ceux pris à cacher leur « planc »[4] dans leur anus pour y renfermer leur argent destiné pour leur évasion[2]) et mis au quartier disciplinaire consistant en quatre cases collectives dans lesquelles ils étaient allongés sur des bat-flancs en ciment munis de « barre de justice » enchaînant les chevilles avec une manille[5].

La Martinière transportait les forçats depuis Saint-Martin-de-Ré.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les bagnes coloniaux : de l’utopie au risque du non-lieu
  2. a et b Philippe Poisson, « Marcel Boucherie. Surveillant militaire dans les bagnes de Guyane », septembre 2005
  3. « René Belbenoît, bagnard et écrivain », exposition au Musée des Cultures Guyanaises, 2 mai au 31 août 2004
  4. Argot de planque désignant un petit cylindre sphérique en zinc « planqué ».
  5. Jean-Claude Michelot, La Guillotine Sèche, Histoire Du bagne de Cayenne, Fayard,‎ 1989, 370 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Maurice Alhoy, Les bagnes : histoires, types; mœurs, mystères, Paris, Gustave Havard, Dutertre et Michel Lévy Frères,‎ 1845 (lire en ligne)
  • Albert Londres, Au bagne, Éditions Le serpent à plumes.
  • Marion F. Godfroy, Bagnards, éditions du Chêne, Paris, septembre 2002, 216 pages.
  • Marion F. Godfroy, Vie de relations dans une commune pénitentiaire de la IIIe République, Actes du colloque de Saint-Laurent-du-Maroni, 1999.
  • Les Bannis de la Terre de Cayenne [1].
  • Papillon - Henri Charrière.
  • La guillotine sèche : Histoire du bagne de Cayenne / Jean-Claude Michelot. – Paris : Fayard, 1981 – 361 p. (ISBN 2-213-01105-2) (ISBN 978-2-213-01105-9).
  • Henry Marty - Philippe Martinez, Les derniers forçats, Éditions Albache, 2012. (ISBN 979-10-91013-00-0)
  • Christian Dedet, Le secret du Dr Bougrat, Phébus,‎ 1988, 467 p.