ARPANET

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Sites des États-Unis reliés à ARPANET en 1974.
Carte logique du réseau ARPANET en mars 1977

ARPANET ou Arpanet (acronyme anglais de « Advanced Research Projects Agency Network », souvent typographié « ARPAnet »[1]) est le premier réseau à transfert de paquets développé aux États-Unis par la DARPA. Le projet fut lancé en 1969 et la première démonstration officielle date d'octobre 1972.

Le concept de transfert de paquets (packet switching), qui deviendra la base du transfert de données sur Internet, était alors balbutiant dans la communication des réseaux informatiques. Les communications étaient jusqu'alors basées sur la communication par circuits électroniques, telle que celle utilisée par le réseau de téléphone, où un circuit dédié est activé lors de la communication avec un poste du réseau.

Les ordinateurs utilisés comprenaient des Univac fonctionnant avec des tubes électroniques, technologie certes désuète en 1969 (où on abandonnait déjà les ordinateurs de deuxième génération transistorisés pour d'autres à circuits intégrés comme l'IBM 1130), mais c'est précisément pour cela que ces ordinateurs étaient libres pour un usage expérimental, les autres étant saturés de travaux[2].

Création d'Arpanet[modifier | modifier le code]

En 1961, l'US Air Force confie à la DARPA, agence de recherche technologique de défense américaine créée 3 ans plus tôt, un puissant ordinateur, le seul de sa série construit par IBM, le Q-32, pour concevoir un programme destiné au commandement des bombardements stratégiques[3]. Joseph Licklider, docteur en psychoacoustique mais surtout spécialiste des technologies de l'information est engagé[3]. Il a auparavant travaillé sur un programme d'ordinateurs envoyant des données par lignes téléphoniques pour un système de défense antiaérien, le projet SAGE[3]. En 1962 il rejoint l'Arpa et prend la direction du « bureau Contrôle-Commande » nouvellement créé. Il fait venir Fred Frick qui a travaillé avec lui au Lincoln Laboratory sur le projet Semi-Automatic Ground Environment (SAGE). Ils sont tous les deux partisans du temps partagé sur les ordinateurs, des machines alors très couteuses pour permettre à différents centres de recherche, universités ou entreprises de travailler sur une même machine[3]. Ils vont donc dès 1962 commencer à réfléchir à interconnecter informatiquement tous les centres de recherches américains avec lesquels l'Arpa travaille[3]. Le but est alors de partager plus facilement ressources et données et surtout de faire baisser les coûts et limiter les doublons en recherche[3]. En 1964, le « bureau Contrôle et commande » devient « Bureau des techniques de traitement de l'information » ou IPTO (Information Processing Techniques Office)[3].

Ils recrutent alors Robert Taylor, 32 ans, psychologue et mathématicien de formation qui a travaillé pour la Nasa et Ivan Sutherland, 27 ans, qui étudie les interactions entre ordinateurs[3]. Il succède en 1964 à Licklider parti au MIT et en 1966, et est lui-même, après son départ à Harvard, remplacé par Robert Taylor[3] à la tête de l'IPTO.

En 1966, Charles Herzfeld, le directeur de l'Arpa, accorde un budget d'un million de dollars pour que l'IPTO développe le projet de création d'un réseau informatique délocalisé[3], reliant les universités en contrat avec la DARPA. Il recrute Larry Roberts qui travaille au Lincoln Lab sur le transfert de données entre ordinateur[3]. En 1968, il aura couché sur papier les plans du réseau informatique[3].

En juillet 1968, l'Arpa-ipto lance une consultation pour la conception d'un réseau à petite échelle pour relier l'institut de recherche de Stanford, l'université de Los Angeles (UCLA) et l'université de l'Utah. Plus d'une centaine d'entreprises et de centres d'études sont approchés mais déclinent l'appel d'offre, dont IBM[3]. C'est finalement un petit cabinet de consultants informatique du Massachusetts, Bolt Beranek et Newman qui remporte le marché[3]. Une équipe de sept personnes se met en place avec Frank Heart à sa tête et vont concevoir le réseau avec de petits ordinateurs les Interfaces Messages Processors ou IMP[3] (ancêtres des actuels routeurs) qui assurent la connexion des ordinateurs hotes au réseau et permettre le transfert de données par la commutation de paquets à la vitesse alors de 50kbits par seconde[3].

Opérationnel le 20 septembre 1969, Arpanet sert de banc d'essai à de nouvelles technologies de gestion de réseau, liant plusieurs universités et centres de recherches. Les deux premiers nœuds qui forment l'Arpanet sont l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et l'Institut de recherche de Stanford (le premier message, le simple mot login sera envoyé sur le réseau le 29 octobre 1969 entre ces deux institutions[3], suite à un bug, les 3 dernières lettres mettront une heure pour arriver[3]), suivis de peu par les universités de Californie à Santa Barbara et de l'Utah.

Le mythe veut que l'objectif fixé à Arpanet soit de permettre aux réseaux de communication militaires (Arpanet voit le jour en pleine guerre froide) de continuer à fonctionner malgré une attaque nucléaire massive de la part de l'Union soviétique, c’est-à-dire : « garder ouvertes des voies de communication quel que soit l'état de destruction du pays » (les États-Unis). Les chercheurs, majoritairement financés par la même DARPA, peuvent utiliser les unités centrales de n'importe quel des établissements gérés en réseau, qu'il soit universitaire ou militaire.

La véritable raison est qu'Arpanet est créé afin d'unifier les techniques de connexion pour qu'un terminal informatique se raccorde à distance à des ordinateurs de constructeurs différents.

Les premiers essais sont concluants, et le projet - considéré comme ancêtre de l'Internet, compte tenu de son mode de fonctionnement - est mené à son terme: Lorsqu'un des centres (nœuds) est virtuellement détruit, les données empruntent d'autres chemins et d'autre nœuds pour atteindre les destinataires désignés.

Très rapidement, la CIA conclut à l'invulnérabilité d'Arpanet, alors que dans les faits cette « invulnérabilité » est sujette à caution.

Développement[modifier | modifier le code]

Rapidement, de nouveaux raccordements furent bientôt ajoutés au réseau, portant le nombre de « nœuds » à 23 en 1971, qui se monteront à 111 en 1977.

En 1974, le TCP/IP (Transmission Control Protocol et Internet Protocol) est créé pour uniformiser le réseau ; le système est toujours utilisé de nos jours.

En 1980, Arpanet se divise en deux réseaux distincts, l'un militaire (MILNET, de « Military Network », qui deviendra le DDN — Defense Data Network) et l'autre, universitaire (NSFnet)[3], que les militaires abandonnèrent au monde civil. La réflexion des constructeurs s'oriente vers un informatique décentralisée.

Le 1er janvier 1983, ARPANET adopte le TCP/IP qui sera la base d'Internet[4].


En 1984, DDN et NSFnet comptent déjà près de 4 millions de nœuds interconnectés et plus de 1 000 ordinateurs à travers le monde y sont reliés[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Opening Pandora's In-Box - LA Times, 11 mai 2003
  2. Robert Mahl, Réseaux d'ordinateurs, présentation à l'école d'été de l'AFCET, Neûchatel, 1972.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t "Arpanet, le monde en réseau" de Tristan Gaston-Breton, article pour la série Saga, ces grands projets qui ont changé nos vies, Les Échos, vendredi 3 et samedi 4 aout 2012.
  4. (en)TCP/IP Internet Protocol

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]