Élection présidentielle sénégalaise de 2012

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Élection présidentielle sénégalaise de 2012
Macky Sall .jpg
Macky SallAlliance pour la République
Voix 1 909 244
  
65,80 %
Abdoulaye Wade (1).jpg
Abdoulaye WadeParti démocratique sénégalais
Voix 992 556
  
34,20 %
Président
Sortant
Élu

L'élection présidentielle sénégalaise de 2012, la dixième depuis l'indépendance du pays, doit permettre d'élire le président de la République du Sénégal pour un mandat de sept ans[1]. Le 26 février 2012, les 5,3 millions de citoyens inscrits sur les listes électorales sont appelés aux urnes. Le président sortant, Abdoulaye Wade, âgé de 85 ans, est candidat pour un troisième mandat[2].

Modalités[modifier | modifier le code]

Politique au Sénégal
Image illustrative de l'article Élection présidentielle sénégalaise de 2012

Le président de la République du Sénégal est élu pour un mandat de sept ans au scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Chaque candidat doit être investi par un « parti politique légalement constitué » ou par une liste d’électeurs d'au moins 10 000 inscrits domiciliés dans six régions à raison de 500 au moins par région ». La Commission électorale nationale autonome (CENA) est chargée d'organiser et de superviser les élections[3].

Contexte[modifier | modifier le code]

Les dernières élections municipales et régionales ont été favorables à l'opposition. La réforme constitutionnelle portée par le Parti démocratique sénégalais (PDS) visant à réformer le processus électoral a échoué et de violentes manifestations ont eu lieu en juin 2011[2],[4].

Candidats[modifier | modifier le code]

Annonces des candidatures et début de la campagne[modifier | modifier le code]

Le , Abdoulaye Wade est investi par le PDS[5]. Le , Youssou N'Dour annonce sa candidature[6]. Le , Moustapha Niasse est investi par la coalition de partis de l'opposition Benno Siggil Sénégal[7]. Le , Ousmane Tanor Dieng est officiellement investi par le Parti socialiste et la coalition Benno ak Tanor durant son congrès d'investiture[8].

Validations des candidatures[modifier | modifier le code]

Le vendredi , malgré l'opposition populaire, le Conseil constitutionnel, considérant que Abdoulaye Wade n'a pas effectué deux mandats car la limite n'existait pas au moment de sa première élection en 2000, valide sa candidature, tandis que celles de Youssou N'Dour, Kéba Keinde et Abdourahmane Sarr sont refusées[9]. Plusieurs manifestations éclatent immédiatement après cette annonce, en particulier place de l'Obélisque à Dakar, à Thiès, Kaolack, Matam et Ourossogui[10],[11].

Photo Candidats[12] Partis politiques Présidentielle de 2007
(rappel des résultats du 1er tour)
Ousmane tanor dieng.jpg Ousmane Tanor Dieng Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng (PS)
13,56 %
Moustapha niasse.jpg Moustapha Niasse Bennoo Siggil Senegaal
Alliance des forces de progrès
Moustapha Niasse (AFP)
5,93 %
Macky Sall .jpg Macky Sall APR-Yakaar a soutenu Abdoulaye Wade
Idrissa seck 33.JPG Idrissa Seck Rewmi Idrissa Seck (Rewmi)
14,92 %
Abdoulaye Wade (1).jpg Abdoulaye Wade Parti démocratique sénégalais Abdoulaye Wade (PDS)
55,90 %
Importez le logo individu-fr.svg Mor Dieng YAAKAAR, le Parti de l’Espoir
GadioAmorim.jpg Cheikh Tidiane Gadio Louy Jot Jotna a soutenu Abdoulaye Wade
Importez le logo individu-fr.svg Cheikh Bamba Dièye Front pour le socialisme et la démocratie/Benno Jubël Cheikh Bamba Dièye (FSD/BJ)
0,50 %
Importez le logo individu-fr.svg Doudou Ndoye Union pour la République Doudou Ndoye (UPR)
0,29 %
Djibril Ngom en 2011.JPG Djibril Ngom Sans étiquette
Importez le logo individu-fr.svg Ibrahima Fall Sans étiquette
Importez le logo individu-fr.svg Diouma Dieng Diakhaté Parti Initiative démocratique jogal
Importez le logo individu-fr.svg Oumar Khassimou Dia Parti humaniste Naxx Jarinu
Importez le logo individu-fr.svg Amsatou Sow Sidibé CAR Lennen

Premier tour[modifier | modifier le code]

Le week-end qui suit la validation de la candidature du président sortant, est émaillé par des manifestations mortelles. L'opposition politique et civile choisissent de maintenir leur pression par la rue pour le retrait d'Abdoulaye Wade, qui interdit les manifestations et oppose les forces de l'ordre aux protestataires. Les affrontements font entre 6 et 15 morts dans le pays, la Croix-Rouge sénégalaise prenant en charge 153 blessés en 24 jours[13].

En revanche, malgré les craintes exprimés par les observateurs, le scrutin du premier tour, le , se passe sans heurts ni irrégularités. Abdoulaye Wade est hué à sa sortie du bureau de vote par une centaine d'opposants, qui scandent en wolof « Wade, dégage »[14].

Contrairement à ce qu'il a affirmé au long de sa campagne, Abdoulaye Wade rate son pari d'être réélu dès le premier tour. Avec 942 546 voix, il devance son ancien premier ministre Macky Sall (719 369 voix) et Moustapha Niasse (357 347 voix). Le Parti socialiste, au pouvoir durant les quarante premières années d'indépendance ne retrouve pas ses forces. Avec un taux de 51,58 %, la participation est en baisse de près de 20 points par rapport à l'élection présidentielle de 2007[13].

Pour la deuxième fois dans l'histoire politique sénégalaise, un deuxième tour est organisé, le 25 mars.

Résultats[modifier | modifier le code]

Premier tour[15]
le
Nombre % des
inscrits
% des
votants
Inscrits 5 302 349
Votants 2 735 136 51,58 %
   suffrages exprimés 2 706 789 98,96 %
   bulletins blancs ou nuls 28 346 1,04 %
Abstentions 2 568 149 48,42 %
Candidat
Parti politique
Voix % des
exprimés
Abdoulaye Wade
Parti démocratique sénégalais
942 327 34,81 %
Macky Sall
Alliance pour la République
719 367 26,58 %
Moustapha Niasse
Alliance des forces de progrès
357 330 13,20 %
Ousmane Tanor Dieng
Parti socialiste
305 924 11,30 %
Idrissa Seck
Rewmi
212 853 7,86 %
Cheikh Bamba Dièye
Front pour le socialisme et la démocratie/Benno Jubël
52 196 1,93 %
Ibrahima Fall
Mouvement Taxaw Temm
48 972 1,81 %
Cheikh Tidiane Gadio
Louy Jot Jotna
26 655 0,98 %
Mor Dieng
YAAKAAR, le Parti de l’Espoir
11 402 0,42 %
Djibril Ngom
Le Grand Mouvement
10 207 0,38 %
Oumar Khassimou Dia
Parti humaniste Naxx Jarinu
6 469 0,24 %
Amsatou Sow Sidibé
CAR Lennen
5 167 0,19 %
Doudou Ndoye
Union pour la République
4 566 0,17 %
Diouma Dieng Diakhaté
Parti Initiative démocratique jogal
3 354 0,12 %

Entre-deux tours[modifier | modifier le code]

Tout en ayant choisi de faire campagne en dehors du mouvement du 23-Juin et du mouvement Y'en a marre !, Macky Sall est resté solidaire durant la campagne du premier tour du front anti-Wade. Il obtient ainsi le soutien des douze candidats malheureux du premier tour[16], ainsi que celui du chanteur Youssou N'Dour[17].

Pour Adboulaye Wade, les réserves de voix apparaissent plus faibles, si ce n'est parmi les nombreux abstentionnistes[13]. Il courtise alors les confréries religieuses en espérant influencer leurs adeptes, et tente de rallier Idrissa Seck pour effriter le front de l'opposition unie autour de Sall dans un « tout sauf Wade »[18],[19].

De nombreux appels au calme pour le scrutin sont lancés par des organisations sénégalaises et internationales[18].

Second tour[modifier | modifier le code]

Le second tour se tient le . Malgré les craintes de tension, le scrutin se passe dans le calme et est remporté par Macky Sall[20]. Près de deux tiers des suffrages exprimés vont à Macky Sall, qui bénéficie d'un bon report des voix des douze candidats éliminés au premier tour, alors que Wade, avec une participation supérieure de 3,42 point (55 %), fait un score légèrement inférieur (34,2 %) et n'est majoritaire que dans les régions de Kédougou et Sédhiou[21]

Abdoulaye Wade reconnait sa défaite rapidement, en téléphonant à son adversaire dès 21h30 pour le féliciter. Il invite ensuite ses militants à se mobiliser pour les élections législatives de juin 2012, tandis que la coalition « Benno Bokk Yakkar », ayant réuni l'opposition autour de Sall au second tour de la présidentielle, décide d'y présenter une liste commune.

Les réactions internationales à ce scrutin évoquent un renforcement de la démocratie sénégalaise, en comparaison à l'épisode ivoirien ou au coup d’État au Mali. En effet, la mobilisation des Sénégalais, l'absence de violences lors du second tour, et l'acceptation rapide par Wade de sa défaite, comme l'avait fait Abdou Diouf en 2000, prouvent la stabilité politique du pays[22]. L'ampleur de la tâche de Macky Sall est également souligné, du fait de l'énorme espoir qui a été investi en lui, de la situation économique et sociale difficile et de son alliance politique hétérogène[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Loi constitutionnelle n° 2008-66 du 21 octobre 2008 modifiant la première phrase de l’alinéa premier de l’article 27 de la Constitution. », sur Gouvernement du Sénégal,‎ 21 octobre 2008
  2. a et b Rémi Carayol, « Wade peut-il encore gagner ? », Jeune Afrique, no 2646,‎ 25 septembre 2011, p. 34
  3. [PDF] « Code électoral », www.elections.sn,‎ édition 2009 (consulté le 27 septembre 2011)
  4. Mireille Duteil, « Le dernier coup d'Abdoulaye Wade », Le Point, 30 juin 2011, no 2024, p. 65.
  5. « Sénégal : Wade investi par son parti candidat à la présidentielle 2012 », sur Le Monde,‎ 23 décembre 2011.
  6. « Sénégal: le chanteur Youssou Ndour se déclare candidat à la présidentielle », sur L'Express,‎ 2 janvier 2012.
  7. « Benno investit Moustapha Niasse »
  8. http://www.seneweb.com/news/Politique/ousmane-tanor-dieng-investi-candidat-a-la-presidentielle-2012_n_56986.html
  9. Georges Nesta Diop, « Verdict du conseil constitutionnel : Wade passe, Youssou Ndour recalé », Wal Fadjri,‎ 28 janvier 2012 (lire en ligne)
  10. « Le président Wade sera candidat, pas Youssou Ndour, violences à Dakar », politicosn.com
  11. Rémi Carayol, « Sénégal : la candidature de Wade validée, pas celle de Youssou Ndour », Jeune Afrique,‎ 27 janvier 2012 (lire en ligne)
  12. « L’intégralité de l’arrêt du Conseil constitutionnel du 27 janvier 2012 » : Publication de la liste des candidats à l’élection du président de la République du 26 février 2012, Rewmi [1]
  13. a, b et c « Sénégal : Duel entre Wade et Sall », Le Matin, 1er mars 2012.
  14. http://www.20minutes.fr/monde/887099-senegal-wade-sall-coude-a-coude-premier-tour-presidentielle
  15. « Voici l’intégralité de la décision du Conseil constitutionnel », Agence de presse sénégalaise, 6 mars 2012
  16. « Sénégal : la coalition de Macky Sall se renforce, Abdoulaye Wade cherche l'appui des religieux », JeuneAfrique.com, 12 mars 2012.
  17. Youssou Ndour soutient Macky Sall, 20 minutes Online, 1er mars 2012.
  18. a et b « Sénégal : Wade et Sall ont achevé un dernier tour pour convaincre les électeurs », Jeuneafrique.com, 24 mars 2012.
  19. « Sénégal : la coalition de Macky Sall se renforce, Abdoulaye Wade cherche l'appui des religieux », Jeuneafrique.com, 12 mars 2012.
  20. « Sénégal: Macky Sall, l'«apprenti» qui a dépassé le maître Wade », Le Parisien,‎ 26 mars 2012
  21. « Présidentielle au Sénégal : les résultats du second tour, région par région, département par département », Jeuneafrique.com, 27 mars 2012.
  22. a et b « Le scrutin de dimanche a renforcé la démocratie sénégalaise, selon la presse internationale », Agence de presse sénégalaise, 26 mars 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alpha Amadou Sy, Les élections présidentielles au Sénégal de mars 2012. Le triomphe de la volonté populaire, L'Harmattan, Paris, 2013, 126 p. (ISBN 9782296995703)