Richard Layard

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Richard Layard

Description de l'image  Richard Layard.jpg.
Naissance (80 ans)
Nationalité Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Champs Économie du travail, économie du bonheur
Institutions London School of Economics
Diplôme King's College (Cambridge), London School of Economics
Renommé pour Économie du bonheur, Analyse du chômage

Sir Peter Richard Grenville Layard (né le 15 mars 1934), est un économiste anglais, fondateur, en 1990, du Centre for Economic Performance à la London School of Economics.

Richard Layard a étudié au collège d'Eton, à King's College (Cambridge) et à la London School of Economics. Il a travaillé pour plusieurs organisations gouvernementales britanniques et russes. Il a été conseiller économique de Tony Blair. Il est marié à Molly Christine Meacher depuis 1990, père de deux filles et de deux garçons. Depuis 2000, sir Richard Layard siège à la chambre des lords.

Le prix du bonheur[modifier | modifier le code]

Richard Layard a publié un livre consacré au bonheur, intitulé Le prix du bonheur, dans lequel il reconnaît sa dette vis-à-vis du psychologue Daniel Kahneman.

Le point de départ de l'ouvrage est le suivant : comment se fait-il, alors que tous les indicateurs quantitatifs indiquent une élévation du niveau de vie dans les pays occidentaux (mesurée par le PIB ou PNB), que les Occidentaux ne soient pas plus heureux ? Différents sondages et enquêtes montrent que les citoyens, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, ne sont pas plus heureux malgré une augmentation objective de leur niveau de vie.

L'auteur estime que le but de toute action publique et politique devrait être la recherche du bonheur. Il plaide pour une augmentation globale du bonheur dans la société. Cet objectif passe par une meilleure répartition des richesses entre citoyens. Ainsi, une somme de 100 dollars a beaucoup plus de valeur, et se trouve donc susceptible de générer plus de bonheur, pour un citoyen pauvre que pour un citoyen riche. Le pauvre consacrera ces 100 dollars à améliorer son niveau de vie en faisant l'acquisition de biens fondamentaux, tandis que le riche les consacrera à des biens superflus qui ne le rendront pas plus heureux.

Richard Layard est en outre très critique vis-à-vis de la télévision. Selon lui, le caractère irréel des programmes, la surreprésentation de milliardaires, de top-models, mais aussi d'actes criminels et de sexe à la télévision est une cause de malheur collectif, via l'incivisme et la criminalité qu'elle génère. En outre, en se comparant sans cesse à des individus exceptionnels par leur beauté ou leur richesse, l'individu moyen crée son propre malheur. Une des clefs du bonheur réside selon Richard Layard dans la richesse des liens humains et sociaux (engagement associatif, politique), ainsi que dans le fait de ne pas se comparer aux autres, mais plutôt d'essayer de progresser à son propre niveau.

Layard constate que nous sommes plus riches que jamais, nos existences sont plus confortables. Mais nous ne sommes pas plus heureux.

On peut aujourd'hui, grâce aux découvertes de la psychologie moderne et aux instruments de l'imagerie médicale, mesurer précisément l'état de bonheur d'un individu. Le bonheur devient une notion objective. Layard, économiste, part de la réponse donnée à cette question simple : "Etes-vous très heureux, plutôt heureux, ou pas très heureux ?" Le bonheur varie dans la journée, au cours d'une vie, et ce qui intéresse Layard est le bonheur moyen au cours d'une existence (chapitre 2).

Il montre que l'indice de bonheur aux États-Unis stagne depuis 1945, alors que le revenu moyen a quadruplé. L'indice de bonheur varie d'un pays à l'autre, mais l'auteur montre des signes inquiétants : augmentation des dépressions, de l'alcoolisme et de la délinquance dans les pays riches, depuis 1945.

Layard montre ensuite que l'augmentation du niveau de vie conduit à une accoutumance à la richesse : l'état psychologique d'un individu nouvellement riche retombe après quelques mois au niveau de ce qu'il était auparavant. L'acquisition d'une maison neuve rend heureux deux ans en moyenne. Ensuite, l'individu s'y habitue : ce qui était désiré devient normal, la norme.

Sept facteurs sont déterminants : les relations avec la famille, la situation financière, le travail, le groupe et les amis, la santé, la liberté individuelle et les valeurs personnelles.

Le taux de divorce, le taux de chômage sont des éléments qui influent fortement sur le bonheur d'une société. La télévision et la publicité, qui manipulent les foules en présentant comme la norme des éléments extraordinaires (top-models, milliardaires...), contribuent à la délinquance et au malheur des gens. L'augmentation de l'individualisme consécutif au déclin des valeurs morales laïques (civiques) ou religieuses participe de ce mouvement.

Selon l'auteur, il est nécessaire de construire un concept de bien commun que les individus pourraient poursuivre pour être heureux. L'altruisme devient la vertu la plus à même de réaliser cet objectif.

L'économie a-t-elle la solution ? Non, selon l'auteur, tant qu'elle ne se souciera que de l'augmentation en valeur absolue du PIB. Oui dès lors qu'elle se souciera de la répartition des richesses et de lois psychologiques fondamentales comme l'aversion à la perte : 100 euros perdus sont en moyenne deux fois plus douloureusement ressentis que 100 euros gagnés. Il faut donc essayer de minimiser les pertes, et réduire les inégalités, le chômage, la souffrance.

Il constate encore que les individus dépensent énormément d'énergie pour atteindre des objectifs impossibles ou très irréalistes. Le nombre de places "au sommet" est très limité. Plutôt que de poursuivre une lutte pour la première place (jeu à somme nulle, car tout gagnant génère un perdant), l'individu en quête de bonheur cherchera à coopérer, contribuant ainsi à augmenter l'efficacité du groupe, son niveau d'harmonie.

Au regard des questions de bien-être social, de protection sociale, l'auteur réfute l'idée selon laquelle la mondialisation devrait automatiquement tirer vers le bas nos normes sociales (travailler plus, plus longtemps, gagner moins, etc.). Simplement, affirme Layard, il faudra accepter de consacrer une part plus importante de notre richesse à notre bien-être social.

D'un point de vue psychologique, l'auteur explique que l'esprit peut contrôler l'humeur, et par conséquent que la dépression n'est pas une fatalité. Au besoin, il faudra recourir à certaines drogues ou à certains médicaments pour soulager la souffrance psychique. Il faudrait également que nos sociétés accordent plus d'importance à la médecine psychiatrique, qui ne jouit pas d'une bonne réputation.

L'auteur invite à considérer sérieusement la question du bonheur : nous pouvons être plus heureux que nous ne le sommes actuellement, et nous devrions chercher à atteindre cet objectif. Plusieurs pistes sont suggérées. L'augmentation des liens sociaux et de la qualité de ceux-ci devrait être un objectif prioritaire. L'auteur réfute par exemple l'idée selon laquelle une plus grande mobilité géographique des salariés serait automatiquement bonne pour la société : ce que le salarié gagne en salaire, il le perd en lien familial, social et en bonheur. Au total, la société est perdante.

La fiscalité a un rôle à jouer dans la quête du bonheur collectif : une fiscalité redistributrice permet aux plus malheureux d'obtenir un surcroît de confort et de bonheur. En contrepartie les chômeurs doivent accepter un travail proposé sous peine de perdre leurs allocations. Cette redistribution prive certes les plus riches d'un peu de revenu, mais il s'agit là d'un moindre mal, car ce revenu n'est cause d'aucun bonheur pour eux. Cette privation, en incitant ceux qui ont un travail et des revenus à ne pas travailler plus que nécessaire, contribue également au bonheur national brut. Lorsque l'individu travaille trop, cela se fait au détriment des relations sociales, familiales, et cela génère inévitablement de la souffrance, de la violence, de la délinquance.

Au niveau international, les pays riches devraient s'efforcer d'accroître leur aide aux pays les plus pauvres. Elle est à l'heure actuelle très souvent inférieure à 0,5 % du PIB.

Citations[modifier | modifier le code]

"On ne devrait pas compter comme progrès ce qui rend heureux aujourd'hui aux dépens de l'avenir"

Projet IAPT[modifier | modifier le code]

Le projet Improving Access to Psychological Therapies a été validé et budgété pour 2008 à £30 millions de livres sterling. Layard préconise la thérapie cognitivo-comportementale qui promeut la pensée positive. Dans les années à venir, son plan propose de former 10 000 thérapeutes pour fournir 10 séances par patient ; l'objectif étant de réaliser 900 000 traitements par an[1].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sir Richard Layard, Le prix du bonheur. Leçons d'une science nouvelle, trad. Christophe Jaquet. Paris : Armand Colin, 2007. (ISBN 978-2-200-35034-5)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvie Riou-Milliot et Elena Sender, Comprendre et vaincre la dépression, Sciences et Avenir, Février 2008, page 63.