Violoneux

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Le violoneux de Louis-Joseph Watteau (1785)

Violoneux est le terme que l'on emploie, en français, pour désigner un violoniste qui exécute de la musique populaire, de la musique traditionnelle ou folklorique.

Souvent, un violoneux ne possède pas de formation classique en musique, mais a appris d'autres violoneux. On peut souvent le distinguer du violoniste classique par la manière dont il tient son violon, appuyé sur le bras, un peu sous l'épaule, contrairement à la position classique, sous le menton.

Différences entre violoneux et violoniste[modifier | modifier le code]

La principale différence entre violoneux et violoniste réside dans l'apprentissage et la manière d'aborder l'interprétation de la musique. Un violoneux est traditionnellement plus ou moins autodidacte, il collectionne les astuces et les airs de musique qu'il reproduit à l'oreille ou qu'il apprend d'autres violoneux. Le violoniste à l'inverse, apprend la musique dans le cadre d'un conservatoire et met son talent au service de l'interprétation d'une ou plusieurs œuvres.

L'exercice de son art par un violoniste suppose d'abord que le musicien adopte une position correcte pour tenir l'instrument. Les violoneux utilisent souvent des positions personnelles qui dépendent de l'instrument qu'ils utilisent et parfois de la tradition musicale dans laquelle ils s'inscrivent.

Dans la langue[modifier | modifier le code]

En français[modifier | modifier le code]

L'une des utilisations les plus anciennes[réf. nécessaire] du terme « violoneux » figure dans « L'Héritier de village » de Marivaux qui fut représentée pour la première fois en 1725.

« Faites itou avartir les violoneux, car je veux de la joie. »

— Marivaux, L’Héritier de village, Scène V.

Il a coexisté depuis avec plusieurs synonymes :

  • violonaire

« Le violonaire qui menait tout ce monde, affolé par le vent, jouait à la diable ; ses airs arrivaient aux oreilles par bouffées, et, dans le bruit des bourrasques, semblaient une petite musique drôle plus grêle que les cris d’une mouette. »

— Pierre Loti, Pêcheurs d'Islande, Calmann-Lévy, s.d. ca. 1886, page 271.

  • violoneur

« Quand tu auras envie d'en connaître plus long, tu iras dans les grandes villes, où les violoneurs t'apprendront le menuet et la contredanse »

— George Sand, Les Maitres Sonneurs[n. 1],[1].

  • violonier qui finit par désigner surtout, à partir du début du XXe siècle, les facteurs de violons.

« Il doit en être de même des mots pianier, violonier, flûtier, etc., qui ne sont pas moins utiles. N'est-il pas ridicule, par exemple, d'appeler luthier celui qui de sa vie n'a fabriqué et ne fabriquera un seul luth ? »

— Juste-Adrien-Lenoir de La Fage[2]

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« Les mots pianiste, violoniste, flûtiste, etc., introduits pour la première fois dans le Dictionnaire des musiciens de Fayolle (1809) étaient à peine connus il y a vingt ans; ils sont aujourd'hui d'un usage général et l'Académie a été obligée de les admettre. »

— Juste-Adrien-Lenoir de La Fage[2]

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  • Et le plus ancien, ménestrier :

« Violoneur ou Violoneux. n. m. Mauvais joueur de violon : ménétrier de campagne. »

— Dictionnaire Larouss 1922 , [3]

En anglais[modifier | modifier le code]

L'anglais possède de la même manière deux mots « violonist » (violoniste) et « fiddler » (violoneux) pour désigner les deux catégories de musiciens. Mais violoneux et violonistes utilisent eux-mêmes les mots « violin » (violon) et « fiddle » (crincrin) de manière interchangeable.

« I had a good violin somebody gave me quite a while ago, and somebody took it from me. It was in my pickup truck, and somebody took it. I not see it, but my fiddle went somewhere, anyway
J'avais un bon violon que quelqu'un m'avait donné il y avait déjà longtemps, et quelqu'un me l'a pris. Il était dans ma camionnette, et quelqu'un l'a pris. Je n'ai pas vu quand ça s'est passé, mais mon crin-crin est parti quelque part, de toute manière. »

— Simon St. Pierre[4]

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Le mot « fiddle » et le mot "violon" ont la même origine. « fiddle » est attesté sous la forme « fidula », en Vieux haut-allemand, « fiðele » en Vieil anglais[5], « fiðla » en Islandais, et « vidula », « fides » ou « fidicula » en Latin médiéval[6].

Au Canada[modifier | modifier le code]

Québec[modifier | modifier le code]

Au Québec, les violoneux ont longtemps occupé une grande place dans les célébrations du temps des fêtes, jouant des reels, des rigodons et des gigues. Depuis les années 1980, leur importance s'est effritée au profit des albums de musique traditionnelle.

Certains fabriquent eux-mêmes leur violon. L'instrument est souvent moins esthétique, mais donne à son créateur un sentiment d'être un objet plus personnel, plus intime.

Parmi les plus connus, on retrouve Ti-Jean Carignan, Ti-Blanc Richard,Monsieur Pointu et André Proulx qui ont enregistré leur savoir-faire sur différents albums.

Aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Californie[modifier | modifier le code]

  • Fiddletown (en) est un village de Californie qui fut fondé en 1849 par des immigrants du Missouri à l'époque de la Ruée vers l'or, et qui est inscrit au Registre national des sites historiques. Plusieurs explications plus ou moins légendaires prétendent expliquer son nom qui proviendrait selon certains d'un groupe de violoneux qui s'y étaient installés, selon d'autres d'un violoneux qui y jouait tout le temps, et selon d'autres du tarissement saisonnier de la rivière « Dry Creek » qui contraignait les habitants de la ville, dont la rue principale, à l'époque de son apogée compta 26 saloons et qui hébergeait alors la plus grande communauté chinoise après celle de San Francisco, à « bricoler » (en anglais « fiddle around »). Fiddletown accueille chaque année l'un des rassemblements de violoneux les plus importants de Californie qui a fêté en 2011, sa 60e édition[7],[8].

Texas[modifier | modifier le code]

  • L'art des violoneux du Texas est une tradition respectée au-delà des frontières de cet État car elle domine aujourd'hui les concours de violon, dans les festivals de musique traditionnelle, partout aux États-Unis. L'existence d'une tradition spécifique au violon et au Texas s'explique par l'histoire du peuplement de celui-ci. Le violon y fut importé par les immigrants qui provenaient des iles Britanniques, et le répertoire de la musique traditionnelle contemporaine, composé en grande partie de reels, de gigues et de hornpipes, en porte toujours la marque. Mais le violon y fut aussi adopté par les immigrants francophones (créoles ou européens), les Mexicains (créoles ou Amérindiens), les Afro-américains, et les immigrants d'origine allemande ou tchèque. Les musiciens de chacun de ces groupes jouaient fréquemment les uns avec les autres, de la musique à danser, à l'occasion des fêtes nationales et religieuses, et finirent par échanger ainsi des pans de leur héritage musical[9].
  • La formation musicale typique du Texas, et d'ailleurs du Sud des États-Unis, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, était un orchestre à cordes dans lequel un ou deux violoneux fournissaient la ligne mélodique, tandis qu'un guitariste et un banjoïste se consacraient à l'accompagnement. Les fermes constituaient le principal théâtre de la musique populaire, à cette époque, sous la forme de bals domestiques que les propriétaires tenaient dans deux pièces de leur maison (l'orchestre s'installait dans l'embrasure de la porte de communication entre celles-ci) et auxquels ils invitaient le voisinage[9].

En France[modifier | modifier le code]

Haute Bretagne[modifier | modifier le code]

L'âge d'or du violon en Haute-Bretagne dura de 1880 à 1914. Les spécialistes[Qui ?] ont recensé 443 joueurs de violons sur la période comprise entre 1880 et 1930, et pensent qu'il faut à peu près doubler ce nombre pour estimer le nombre de musiciens en activité vers 1900. Les violoneux bretons étaient surtout des artisans dont le métier était en rapport avec le bois, et certains d'entre eux pratiquaient l'animation des noces, des veillées et des autres festivités comme une activité semi-professionnelle, complémentaire à leur état principal.[réf. nécessaire]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans ce passage, George Sand employait « violoneur » au sens de « violoniste »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • (en) Frank Anthony (auteur), Carl Mantello (éditeur scientifique) et A. G. Rigg (éditeur scientifique), Medieval Latin: An Introduction and Bibliographical Guide, Washington D.C., The Catholic University of America Press, (ISBN 0-8132-0841-6 et 0-8132-0842-4, lire en ligne).
  • Claude Augé (directeur de la publication), Larousse universel en 2 volumes : nouveau dictionnaire encyclopédique., t. 2, Paris, Larousse, (lire en ligne).
  • (en) Joseph Bosworth, A Dictionary of Anglo-Saxon Language, Londres, Longman, Rees, Orme, Brown, Green, and Longman, , 721 p. (lire en ligne).
  • Juste-Adrien-Lenoir de La Fage, « Rapport sur le grand orgue de l'église royale de Saint Denis construit par M Aristide Cavaillé : Séances des 19 novembre 1844 et 1er avril 1845 », Annales de la Société libre des beaux-arts, Paris, Imprimerie de Ducessois, t. XIX,‎ 1844-1845 (lire en ligne).
  • Marijke Roux-Westers, Villes fantômes de l'Ouest américain: leur vie, leur mort, leur survie., Saint-Etienne, Publications de l'Université de Saint-Etienne, , 332 p. (ISBN 2-86272-395-9).
  • George Sand, Les Maîtres sonneurs, Clichy, impr. de M. Loignon, P. Dupont et Cie, (lire en ligne).

Publications en ligne[modifier | modifier le code]

Liens annexes[modifier | modifier le code]

  • Violoneux.fr, site d'information sur les violoneux de France métropolitaine aux XIXe et XXe siècles.

Références[modifier | modifier le code]