Belle-Dame (papillon)

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Vanessa cardui

La Belle-Dame ou Vanesse des chardons, Vanessa cardui, est une espèce de lépidoptères de la famille des Nymphalidae. C'est un papillon migrateur, à l'aire de répartition quasi-cosmopolite[1].

Description[modifier | modifier le code]

Imago[modifier | modifier le code]

La Belle-Dame est un papillon de taille moyenne à grande : la longueur de l'aile antérieure est en général comprise entre 27 et 31 mm.

Une grande partie du dessus des ailes consiste en un fond orange rosé orné de taches noires, à l'exception de la partie apicale des ailes antérieures qui est noire à taches blanches. Le dessus des ailes postérieures présente une série de 4 à 5 points postdiscaux noirs. Le revers des ailes postérieures est chamarré de beige et de blanc, avec des nervures blanches et cinq ocelles postdiscaux dont certains ont le centre gris-bleu.

Les deux sexes sont semblables.

Les individus en cours ou en fin de migration sont souvent reconnaissables à l'aspect délavé de leurs ailes, dû à l'altération des écailles qui les composent.

Chenille[modifier | modifier le code]

Les chenilles ont un aspect très variable : elles ont une couleur de fond noire ou grise avec une ligne latérale jaune, de fines marbrures jaunes et/ou rousses d’étendue variable, et des épines ramifiées de teinte jaunâtre à grise. Elles se rencontrent de mai à septembre en Europe et en Amérique du Nord, et d'octobre à mars en Afrique du Nord et au Mexique.

Distribution[modifier | modifier le code]

La Belle-Dame est le papillon à l'aire de distribution la plus large au monde : elle peut être observée sur tous les continents à l'exception de l'Antarctique[2],[3].

Elle est commune dans toute l'Afrique, l'Asie et l'Europe, mais son caractère migratoire fait qu’elle n'est résidente permanente que dans peu de lieux. Elle est presque entièrement absente d'Amérique du Sud et d'Océanie[3]. En Australie et dans les îles proches, elle est remplacée par l'espèce voisine Vanessa kershawi.

En France métropolitaine, l'espèce n’est pas résidente permanente, mais est présente une partie de l’année (d’avril à octobre environ) en tant que migratrice, et peut être observée dans tous les départements[4],[5], en abondance très variable selon les années. Aux Antilles, elle est rarement observée, et toujours comme migratrice[6].


Biologie et écologie[modifier | modifier le code]

Comportement migratoire[modifier | modifier le code]

La Belle-Dame est une espèce migratrice : elle est même considérée, parmi les papillons, comme le plus grand migrateur connu[1].

L’espèce hiverne en Afrique puis migre vers l'Europe centrale et du sud au printemps (d'avril à juin), atteignant des latitudes plus ou moins élevées selon les années. Elle se reproduit alors en Europe durant la saison chaude, accomplissant d’un à trois cycles reproductifs. À l’automne, les descendants des migrants de printemps meurent ou migrent à nouveau vers le sud. L’espèce reste donc absente d’Europe de novembre à février.

On retrouve une situation similaire en Amérique du Nord, où le papillon migre chaque printemps depuis le Mexique vers les États-Unis et jusqu'au nord du Canada[7],[8].

L’espèce est aussi reconnue comme étant migratrice en Asie (en Inde).[réf. souhaitée]

carte des migrations de la Belle-Dame en Europe

Les papillons en migration, se déplaçant par groupe de quatre ou cinq à une vitesse de 25 à 30 km/h, peuvent couvrir près de 500 km en un jour, ne faisant que de rares pauses pour se nourrir sur les fleurs de chardon[9].

Exemples d’observations de migrations
  • En juin 1949 est passé en Suisse un vol continu entre Berne, Berthoud, Langenthal, Zofingue, Aarau, Lenzbourg, Zurich, Gossau, Frauenfeld et le lac de Constance sur un front d’une largeur de 50 km[10].
  • En juin 1996, selon une dépêche de l'AFP[réf. souhaitée], un million de Belles-Dames traversent la France, venues des bords de la Méditerranée, en direction de la Belgique, du Danemark et de la Norvège.
  • La migration de 2009 en Europe, exceptionnelle par son ampleur, a été particulièrement documentée.
    • Le 12 mai 2009, une invasion migratoire de Belles-Dames, de l'ouest vers l'est, est observée sur la côte du bassin lémanique en Suisse romande pendant 3-4 heures, entre 15 h et 19 h. Cette migration est observée le lendemain dans la région de Romont (Canton de Fribourg), toujours en direction de l'est. Autres migrations massives : le 23 mai 2009, entre 9 et 11 heures sur le Joligletscher, au Nord du Jolital (Canton du Valais), en direction du Nord ; les premier et deux juin 2009 sur les côtes des Pyrénées orientales, où passèrent des milliers de papillons dont beaucoup malheureusement finirent sur les pare-chocs ou pare-brises.[réf. souhaitée]
    • Un comptage a été réalisé sur 3 jours du 30 mai au 1er juin 2009 sur la commune de Voulon dans le département de la Vienne dans l'ouest de la France. Les papillons migrent du sud vers le nord ; ils ont été inventoriés sur un intervalle de 25 m de large, orienté est-ouest. Les Belles-Dames volent surtout lorsque le soleil est suffisamment haut, environ 3 heures après son lever et 3 heures avant son coucher. Durant cet intervalle de temps, on a pu observer une moyenne de 8 Belles-Dames passant chaque minute entre les deux repères délimitant cet intervalle. En 3 jours, sur cet étroit passage, il est donc passé environ 12 000 Belles-Dames[11].
    • Une étude plus globale, réalisée à partir du radar de la station du Centre de recherches agricoles de Rothamsted au nord de Londres et appuyée par les observations d’environ 10 000 amateurs britanniques, a permis de d’évaluer l'ampleur de cette migration[12]. Ces travaux ont conclu qu’environ 11 millions de Belles-Dames avaient atteint la Grande-Bretagne cette année-là, et qu’environ 29 millions de leurs descendants avaient quitté les îles Britanniques à la fin de l’été en direction du continent européen[13].

Voltinisme[modifier | modifier le code]

La Belle-Dame est polyvoltine: elle vole toute l'année sans diapause, puisqu’elle change de domaine de résidence[14]. En Europe[15] et en Amérique du Nord, suivant le lieu où elle réside, elle produit d'une à trois générations annuelles, dont la dernière migre vers le sud. Dans ses quartiers d’hivers au Mexique ou Afrique du Nord, l'espèce peut produire jusqu'à quatre[réf. souhaitée] générations avant de repartir vers le nord. Le trajet peut parfois se faire sur deux générations.

Biotopes[modifier | modifier le code]

La Belle-Dame affectionne les lieux découverts et tous les lieux comportant des chardons ou autres plantes-hôtes[14].

Plantes-hôtes[modifier | modifier le code]

Belle-Dame butinant une échinacée pourpre

Les plantes-hôtes sont variées : grande ortie, chardon, mauve sauvage, tussilage, bardane, artichaut, lavande, cirse.

Systématique[modifier | modifier le code]

  • L'espèce Vanessa cardui a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné, en 1758 sous le nom initial de Papilio cardui[16].
  • La localité-type est la Suède.

Synonymie[modifier | modifier le code]

  • Papilio cardui Linné, 1758 – protonyme
  • Cynthia cardui (Linné, 1758)
  • Papilio belladonna Linné, 1758
  • Papilio carduelis Cramer, 1775 [17]
  • Vanessa elymi Rambur, 1829 [17]

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

  • En français : la Belle-Dame, Vanesse des chardons, Vanesse du chardon, ou (au Canada) Vanesse de l'artichaut [18].
  • Painted Lady en anglais, Distelfalter en allemand, Distelvlinder en néerlandais, Tistelfjäril en suédois, Vanesa de los cardos ou Bella Dama en espagnol, Vanessa del Cardo en italien et Rusałka osetnik en polonais.

Taxonomie[modifier | modifier le code]

En tant que membre du genre Vanessa, la Belle-Dame fait partie de la famille des Nymphalidae, de la sous-famille des Nymphalinae et de la tribu des Nymphalini. Elle est donc assez étroitement apparentée à d'autres vanesses bien connues du grand public européen, telles que le Vulcain, le Paon du jour et la Petite tortue.

Sa plus proche parente, Vanessa kershawi, est principalement présente en Australie, d'où Vanessa cardui est presque absente[3]. V. kershawi a parfois été traitée comme une sous-espèce de V. cardui, mais est aujourd'hui le plus souvent considérée comme une espèce distincte. Vanessa cardui au sens strict n'a pas de sous-espèce particulière, ce qui peut s'expliquer par son fort comportement migratoire[3].

La Belle-Dame et l'Homme[modifier | modifier le code]

Protection[modifier | modifier le code]

La Belle-Dame n'a pas de statut de protection spécifique[19].

Philatélie[modifier | modifier le code]

Un timbre a été édité par la Hongrie, un par les îles Féroé en 2010, et un autre par l'Arabie saoudite le 20 août 2007[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michael Chinery, Les insectes d'Europe en couleurs, Bordas, 1981, p. 189, (ISBN 2-04-012575-2)
  2. funet
  3. a, b, c et d (en) Shields O., « World distribution of the Vanessa cardui group (Nymphalidae) », Journal of the Lepidopterists' Society, vol. 46, no 3,‎ , p. 235-238 (lire en ligne)
  4. INPN
  5. lépi-net
  6. vanessa cardui sur le site de l'inra
  7. Butterflies and Moths of North America
  8. papillons du Canada
  9. Harlan Abbott Charles, A Quantitative Study of the Migration of the Painted Lady Butterfly, Vanessa Cardui L. Ecology, Vol. 32, No. 2 (avril 1951), p. 155-171.
  10. musée cantonal de zoologie
  11. Pierre Rossignol, Bernard Balusseau, Louis Vibrac, Le Horst, une histoire naturelle et humaine. Geste éditions, La Crèche, 2014, 165 p., (ISBN 978-2-36746-262-2)
  12. http://www.theguardian.com/environment/2012/oct/19/painted-lady-butterflies
  13. Constantí Stefanescu & alii (2012) - Multi-generational long-distance migration of insects: studying the painted lady butterfly in the Western Palaearctic. Ecography, Volume 36, Issue 4, p. 474–486, April 2013. Article first published online: 16 Oct. 2012. DOI: 10.1111/j.1600-0587.2012.07738.x
  14. a et b Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, Tom Tolman, Richard Lewington, (ISBN 978-2-603-01649-7)
  15. Lionel Higgins, Brian Hargeaves, Jacques Lhonoré. Guide complet des Papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, 1991, (ISBN 2-603-00754-8)
  16. Linnaeus, C. (1758). Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio Decima, Reformata. Tomus I. Laurentii Salvii, Stockholm. 824 pp. page 475
  17. a et b Gerardo Lamas, 2004 Atlas of Neotropical Lepidoptera; Checklist: Part 4A; Hesperioidea - Papilionoidea
  18. Thesaurus of Agricultural Organisms ; Derwent Publications - 1990 P.1259
  19. INPN - Statuts
  20. AMDP

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tristan Lafranchis, Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles, Biotope, coll. « Parthénope », (ISBN 9782951037922)
  • Tom Tolman et Richard Lewington, Papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, (ISBN 9782603020456)
  • Torben Larsen, West African Butterflies, 791 Vanessa cardui.