Petite tortue

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Aglais urticae • Vanesse de l'ortie

La Petite tortue ou Vanesse de l'ortie, Aglais urticae, est une espèce de lépidoptères de la famille des Nymphalidae. Elle est largement répandue en Europe, et sa chenille se nourrit d'orties.

Description de l'imago[modifier | modifier le code]

L'imago de la Petite tortue est un papillon de taille moyenne, avec une envergure allant de 40 à 55 mm[1]. L'ornementation alaire est semblable chez le mâle et la femelle.

Le dessus des ailes a une couleur de fond rouge-orangé. Il est bordé d'une bande marginale noire encadrant une série de demi-cercles bleus. L'aire basale comporte une zone brun terne. La côte de l'aile antérieure est bordée de trois taches rectangulaires brun-noir qui alternent avec des taches plus claires, dont les deux du centre sont jaune-orangé tandis que la plus proche de l'apex est blanche. Trois autres taches brun-noir, dont la taille et la forme varient selon le spécimen, ornent le centre de l'aile antérieure.

Le corps est brun foncé et poilu. Les yeux sont également foncés. Les antennes sont finement striées de blanc et leur extrémité est ornée d'un point blanc. La marge des ailes comporte de petites excroissances pointues, les deux plus prononcées se trouvant près de l'apex de l'aile antérieure et au milieu du bord externe de l'aile postérieure.

Le dessous des ailes est brun terne, orné d'un motif discret qui évoque la texture d'une écorce ou de feuilles mortes, ce qui aide le papillon à rester camouflé lorsqu'il hiberne. S'il ouvre brutalement les ailes, les couleurs vives de la face supérieure semblent contribuer à pouvoir effrayer certains prédateurs (ceci a été expérimentalement confirmé, au moins pour les oiseaux jeunes et/ou inexpérimentés[2]).

Espèces ressemblantes[modifier | modifier le code]

D'autres espèces peuvent être confondues avec la petite tortue :

  • la Petite tortue de Corse (Aglais ichnusa), dépourvue de taches postdiscales noires sur l'aile antérieure ;
  • la Grande tortue (Nymphalis polychloros), plus grande que la Petite tortue, possédant quatre taches postdiscales noires au lieu de trois, et de couleur de fond plutôt fauve alors que la Petite tortue est rougeâtre ;
  • la Tortue à pattes jaunes (Nymphalis xanthomelas), très ressemblante à la Grande tortue.

Biologie[modifier | modifier le code]

Chenille[modifier | modifier le code]

La chenille de la première génération éclot au mois de mai, environ dix jours après la ponte déposée par la femelle au revers des feuilles d'orties en mars-avril[1]. Les chenilles de la seconde génération naîtront au mois de juillet ou en août (au sud de l'Europe).
Les jeunes chenilles sont alors presque noires. Leur corps est orné d'excroissances ramifiées (scoli) qui évoquent des épines. À ce stade, elles se rassemblent instinctivement en un groupe dense et elles tissent une toile lâche faite de fils de soie qui les protège[1]. Après environ un mois, les chenilles ont pris une couleur dominante plus claire (lignes noires sur fond constitué de 4 bandes jaune verdâtre longitudinales discontinues : deux sur le dos, et une sur chaque flanc). Elles entament un cycle de vie solitaire, dévorant des feuilles d'orties jusqu'à atteindre 22 millimètres de longueur.

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Chrysalide[modifier | modifier le code]

La chrysalide est verdâtre puis dorée[1] et enfin brune.

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Papillon[modifier | modifier le code]

L'adulte (imago) émerge de sa chrysalide de début juin à août[1] (plus tôt, dès février dans les régions très chaudes). Il y a une, deux ou trois générations annuelles. Au sud de l'Europe (sud de la Loire en France), le papillon produit deux, voire trois générations par an, la seconde ou troisième hivernant dans les anfractuosités d'arbres morts, dans les rochers voire dans les maisons, les greniers.

Hivernation[modifier | modifier le code]

La Petite tortue hiverne dans les granges et dans les habitations, une partie des hivernants sont mangés par les araignées[1]. Les survivants se réveillent vers mars-avril[1].

Période de vol[modifier | modifier le code]

Après avoir hiverné, le papillon vole dès février et on en rencontre jusqu'en octobre.

Dans le Poitou et dans les Charentes, l’imago est visible pour la première génération de juin à juillet puis pour la seconde d'août à octobre[3].

Plantes-hôtes[modifier | modifier le code]

La chenille se nourrit d'orties, principalement de la grande ortie (Urtica dioica)[4].

Parasitisme[modifier | modifier le code]

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Certaines parasitoses pourraient être une cause de sa régression.

Écologie et distribution[modifier | modifier le code]

Répartition[modifier | modifier le code]

L'aire de répartition de la Petite tortue couvre toute l'Europe et l'Asie tempérées[5]. Elle est notamment présente dans tous les départements de France métropolitaine continentale (en Corse, elle est remplacée par l'endémique cyrno-sarde Aglais ichnusa)[6].

Quelques spécimens ont été observés à New York, où ils ont probablement été introduits par l'homme (volontairement ou non)[7].

Biotopes[modifier | modifier le code]

La Petite tortue se rencontre dans toutes sortes de milieux ouverts naturels et semi-naturels : prairies, friches, jardin et parcs urbains, etc. En zone rurale, elle peut être particulièrement commune près des habitations et des pâtures où le sol azoté favorise la croissance des orties[8]. Elle est présente du niveau de la mer jusqu'à plus de 3 000 m d'altitude[8].

Régression en Europe de l'Ouest[modifier | modifier le code]

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Autrefois parmi les papillons les plus communs dans toute l'Europe, la Petite tortue a connu un fort et rapide déclin dans les années 2000, au moins en Europe de l'Ouest. Les raisons de cette régression sont mal comprises. Elle ne peut pas être expliquée par un recul de sa plante-hôte, car l'ortie est au contraire très présente et profite même de l'eutrophisation générale de l'environnement. La chrysalide est parfois mangée par des guêpes, mais ces dernières sont aussi en forte régression. D'autres phénomènes encore mal compris (dégradation de l'environnement, pollution de l'air, pluies contaminées par les pesticides) auraient pu entraîner une forte déplétion immunitaire chez les individus de cette espèce. Des preuves scientifiques montrent que la sécheresse estivale est une cause de régression des populations, car les larves se développent normalement sur les feuilles gorgées d'une sève riche en nitrate, mais les Petites tortues ont été encore plus rares les étés humides de 2007 et 2008. Avant l'an 2000, selon les données issues d'un programme anglais de surveillance des papillons, il y a une bonne corrélation entre le succès reproductif, l'abondance des populations de cette espèce et le stress hydrique de la plante hôte ; de 1976 à 1995, la reproduction a eu plus de succès les étés qui ont été frais et humides en début d'été que quand il a fait chaud et sec[9]. Ce papillon pourrait donc aussi être sensible au réchauffement climatique.

Systématique[modifier | modifier le code]

L'espèce Aglais urticae a été décrite par le naturaliste suédois Carl von Linné en 1758, sous le nom initial de Papilio urticae[10]. L'épithète spécifique urticae fait référence à la principale plante-hôte larvaire de cette espèce : Urtica dioica, la grande ortie[1].

Classification[modifier | modifier le code]

Comme tous les rhopalocères, l'espèce Aglais urticae appartient au sous-ordre des Ditrysia, qui regroupe des papillons dont les femelles possèdent un organe sexuel d'accouplement différent de celui qui est utilisé pour la ponte.

Au sein de la famille des Nymphalidae, elle est placée dans la sous-famille des Nymphalinae et la tribu des Nymphalini. Elle est donc étroitement apparentée à la Grande tortue, mais aussi à des espèces d'apparences assez différentes comme le Robert-le-Diable, le Paon du jour et le Morio.

Sous-espèces[modifier | modifier le code]

Plusieurs sous-espèces ont été décrites[5] :

  • Aglais urticae urticae (Linnaeus, 1758)
  • Aglais urticae polaris (Staudinger, 1871)
  • Aglais urticae turcica (Staudinger, 1871)
  • Aglais urticae baicalensis (Kleinschmidt, 1929)
  • Aglais urticae eximia (Sheljuzhko, 1919)
  • Aglais urticae stoetzneri (Kleinschmidt, 1929)
  • Aglais urticae kansuensis (Kleinschmidt, 1940)
  • Aglais urticae chinensis Leech, 1893
  • Aglais urticae connexa (Butler, [1882])

La Petite tortue de Corse, Aglais ichnusa, est parfois aussi traitée comme une sous-espèce d’A. urticae. Elle remplace cette dernière en Corse et en Sardaigne.

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

  • En français : la Petite tortue, la Vanesse de l'ortie[11].
  • En anglais : Small Tortoiseshell.
  • En allemand : Kleiner Fuchs.
  • En italien : vanessa dell'ortica.
  • En russe : Крапивница.
  • En polonais : Rusałka pokrzywnik.

La Petite tortue et l'Homme[modifier | modifier le code]

La Petite tortue fréquente souvent des milieux proches des activités humaines : elle a tendance à butiner dans les jardins et à hiverner dans les bâtiments. Ajouté à son aspect coloré et bien reconnaissable, cela fait d'elle un des rhopalocères les plus connus du grand public.

Statut et protection[modifier | modifier le code]

La Petite tortue ne possède pas de statut de protection particulier en France[12]. En Belgique, malgré une forte régression, elle n'est pas considérée comme menacée[13].

Philatélie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g et h Dourlot S. Petite collection d'insectes de nos régions, Ed Larousse 2008, Paris (ISBN 978-2-03-583816-2)
  2. Martin Stevens ; The role of eyespots as anti-predator mechanisms, principally demonstrated in the Lepidoptera. Biol. Rev. 80(4) : 573–588. DOI:10.1017/S1464793105006810(résumé HTML)
  3. Papillons de Poitou-Charentes
  4. Tristan Lafranchis, Papillons d'Europe, Diatheo, (ISBN 9782952162012)
  5. a et b FUNET Tree of Life, consulté le 26 août 2018
  6. Lépi'Net.
  7. (en) Jim P. Brock et Kenn Kaufman, Kaufman Field Guide to Butterflies of North America, Houghton Mifflin Harcourt, (ISBN 978-0-618-76826-4).
  8. a et b Tom Tolman et Richard Lewington, Papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-02045-6).
  9. E. Pollard, J.N. Greatorex-Davies & J.A. Thomas, « Drought reduces breeding success of the butterfly Aglais urticae »
  10. Linnaeus, C. (1758). Systema naturae per regna tria naturae, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio Decima, Reformata. Tomus I. Laurentii Salvii, Stockholm. 824 pp. page 477
  11. INPN, consulté le 26 août 2018
  12. INPN — Statuts.
  13. Stéphane Claerebout, Clé de détermination photographique des papillons de jour de Belgique, 2008, Cercles des Naturalistes de Belgique ASBL, éditeur responsable: Léon Woué D/2008/3152/224 ISSN 0773-9419

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Liens taxonomiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tristan Lafranchis, Les papillons de jour de France, Belgique et Luxembourg et leurs chenilles, Biotope, coll. « Parthénope », , 450 p. (ISBN 978-2951037922).
  • Tristan Lafranchis, Papillons d'Europe, Diatheo, (ISBN 9782952162012)
  • Patrice Leraut, Liste systématique et synonymique des lépidoptères de France, Belgique et Corse, Paris, Alexanor, (1re éd. 1980), 526 p. (ISBN 2-903273-06-5)
  • Tom Tolman et Richard Lewington, Guide des papillons d'Europe et d'Afrique du Nord, Paris, Delachaux et Niestlé, (ISBN 978-2-603-01649-7) p. 172-174