Travail forcé des Hongrois en Union soviétique

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Monument aux victimes du camp de regroupement soviétique de Svaliava (en hongrois Szolyva), près de la frontière hongroise.

Le thème du travail forcé des Hongrois en Union soviétique au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ne fut pas étudié jusqu'à la chute du communisme et la dissolution de l'Union soviétique. Bien que les chiffres exacts ne soient pas connus, on estime que jusqu'à 600 000 Hongrois furent capturés au total, dont environ 200 000 civils. On estime que 200 000 citoyens périrent[1]. Cela faisait partie d'un système plus vaste de l'utilisation du travail forcé étranger en Union soviétique.

En outre, un nombre incertain de Hongrois furent déportés de Transylvanie en Union soviétique dans le contexte du différend entre la Roumanie et la Transylvanie hongroise. En 1944, de nombreux Hongrois furent accusés par les Roumains d'être des « partisans » et transférés à l'administration soviétique. Au début de 1945, au cours de la campagne de « dé-germanisation »[2], tous les Hongrois portant des noms allemands furent transférés aux Soviétiques conformément à l'ordre soviétique 7161[3].

Prisonniers de guerre et civils[modifier | modifier le code]

En Hongrie[1] et parmi la minorité hongroise de Transcarpatie[4], le phénomène fut dénommé málenkij robot, une forme corrompue de l'expression russe malen'kaya rabota (маленькая работа), qui signifie « petit travail ». L'expression apparut lors de la première vague de déportations de civils hongrois : après l’occupation d'une ville hongroise, des civils étaient arrêtés pour un « petit travail » de déblaiement de ruines. La plus grande déportation en une seule fois au cours de la première vague se produisit à Budapest. Le maréchal Rodion Malinovski avait paraît-il surestimé dans ses rapports le nombre de prisonniers de guerre capturés après la bataille de Budapest, et pour faire le compte, 100 000 civils furent réunis à Budapest et dans ses environs[1]. La première vague eut lieu principalement dans le Nord-Ouest de la Hongrie, sur le chemin de l'armée de terre soviétique qui progressait[5].

La deuxième vague, plus organisée, se déroula un à deux mois plus tard, en janvier 1945, dans l'ensemble de la Hongrie. Selon l'ordre 7161 du Comité de défense de l'État (en) de l'URSS, les habitants d’origine allemande devaient être déportés pour le travail forcé depuis les territoires occupés, dont la Hongrie. Les autorités soviétiques avaient des quotas d'expulsion pour chaque région, et lorsque l’objectif n’était pas atteint, il était rempli avec des Hongrois d’origine[1],[5]. De plus, les prisonniers de guerre hongrois furent déportés pendant cette période.

Les prisonniers de guerre et les civils furent pris en main par la direction générale pour les Affaires des prisonniers de guerre et internés (en) du NKVD (abréviation russe: GUPVI), avec son propre système de camps de travail, semblables au Goulag.

Les personnes déportées furent transportés dans des wagons de fret vers des camps de transit en Roumanie et en Ukraine occidentale. Les témoignages des survivants suggèrent un taux de mortalité élevé dans les camps et en transit pour des causes diverses, dont les épidémies de dysenterie, le mauvais temps, et la malnutrition[1].

En Union soviétique, les Hongrois furent internés dans environ 2 000 camps. Un grand nombre d'entre eux furent par la suite identifiés: 44 camps en Azerbaïdjan, 158 dans les pays baltes, 131 en Biélorussie, 119 dans le Nord de la Russie, 53 dans les environs de Leningrad, 627 en Russie centrale, 276 dans l'Oural et 64 en Sibérie[1].

Prisonniers politiques[modifier | modifier le code]

Le troisième groupe de déportés, en plus des prisonniers de guerre et des civils, furent des Hongrois condamnés par des tribunaux soviétiques pour « activités anti-soviétiques ». Il s’agissait notamment des catégories suivantes[6] :

  • anciens soldats qui avaient servi dans les forces d'occupation sur le territoire soviétique,
  • membres de l'organisation paramilitaire de jeunesse Levente, des adolescents qui devait servir dans les forces auxiliaires à la fin de la guerre,
  • fonctionnaires de haut rang et politiciens non de gauche.

Ce groupe de prisonniers fut envoyé dans des camps du Goulag, plutôt que dans ceux du GUPVI.

Au cours de la déstalinisation, les peines des survivants furent annulées et 3 500 anciens détenus retournèrent chez eux. Le nombre total de condamnés fut estimé par l'organisation de survivants hongrois du goulag Szorakész à environ 10 000 personnes[6].

Retour[modifier | modifier le code]

Le gouvernement de Ferenc Nagy entama des négociations sur le retour au pays des Hongrois au début de 1946. La première vague des retours systématiques eut lieu de juin à novembre 1946, puis fut interrompue jusqu'en mai 1947. Les derniers à revenir, environ 3 000 personnes, retournèrent au pays seulement après la mort de Joseph Staline, de 1953 à 1955. Des sources hongroises estiment que 330 000 à 380 000 travailleurs furent de retour au total, ce qui donne une estimation d'environ 200 000 morts en transit et en captivité[1].

Survivants notables[modifier | modifier le code]

György Faludy[modifier | modifier le code]

En 1949, l'écrivain et poète hongrois György Faludy fut arrêté sur de fausses accusations et emprisonné trois ans au camp de travail forcé de Recsk, en Hongrie. Après la révolution de 1956, il émigra et vécut à Londres, à Florence et à Malte. Il déménagea à Toronto en 1967. Faludy se rendit à nouveau en Hongrie près de 20 ans plus tard en 1988, et un an plus tard, il revint à Budapest et s’y installa[7].

Dans le roman autobiographique de Faludy Les Beaux Jours de l'enfer, ce que lui dit à sa libération du camp un commandant de l'ÁVO est caractéristique de l'attitude des autorités hongroises concernant le travail forcé :

« Au nom de la République populaire hongroise, je vous demande pardon de ce que vous avez subi d'injuste, d'illégal et d'indigne, et je vous préviens que la loi prévoit six années d'emprisonnement en cas de divulgation de quoi que ce soit sur les circonstances, le lieu ou les raisons de votre captivité. Le conseil que je peux vous donner est de dénoncer ceux qui poseraient des questions, et de dire à vos proches que vous étiez en voyage d'études en Union Soviétique[8]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Forced labor of Hungarians in the Soviet Union » (voir la liste des auteurs).

  1. a, b, c, d, e, f et g (hu) Tamás Stark, « „Malenki Robot” : Magyar kényszermunkások a Szovjetunióban (1944–1955) » [« Les travailleurs forcés hongrois en Union soviétique »], Kisebbségkutatás, Budapest, Lucidus Kiadó, no 1,‎ (ISSN 1215-2684, lire en ligne) = En anglais : (en) Tamás Stark, « “Malenki Robot” – Hungarian Forced Labourers in the Soviet Union (1944–1955) », Minorities Research, Budapest, Lucidus Kiadó, vol. 7,‎ , p. 155-167 (ISSN 1585-860X, lire en ligne)
  2. Le 26 septembre 1944, le Conseil des ministres roumain adopta un décret sur la dissolution de la nationalité allemande
  3. (hu) Mária Gál, Balogh Attila Gajdos et Ferenc Imreh, Fehér könyv az 1944. őszi magyarellenes atrocitásokról [« Livre blanc des exactions anti-hongroises de l'automne 1944 »], Kolozsvár/Cluj-Napoca, UDMR, , 157 p. — Traduction anglaise : (en) « The White Book of Atrocities Against Hungarians in the Autumn of 1944 » (version du 4 février 2011 sur l'Internet Archive), sur Corvinus Library - Hungarian History
  4. (hu) György Dupka et Alekszej Korszun, A malenykij robot dokumentumokban [« Le malenykij robot dans les documents »], Ungvár/Oujhorod, Budapest, Intermix, , 161 p. (ISBN 963-8352-33-7) : documents à propos de la déportation de Hongrois depuis la Ruthénie subcarpathique.
  5. a et b (en) Ágnes Huszár Várdy, « Forgotten Victims of World War II: Hungarian Women in Soviet Forced Labor Camps », Hungarian Studies Review, Hungarian Studies Association of Canada, vol. 29, no 1-2,‎ , p. 77-91 (ISSN 0713-8083, lire en ligne)
  6. a et b (en) Tamás Stark, « Ethnic cleansing and collective punishment : Soviet policy towards prisoners of war and civilian internees in the Carpathian basin », dans Steven Béla Várdy (dir.), T. Hunt Tooley (dir.), Ethnic cleansing in twentieth-century Europe, Boulder, Columbia University Press, , 860 p. (ISBN 0-88033-995-0), p. 489-502
  7. (en) Faludy György (1910-2006), sur Budapest Jewish Heritage Tours
  8. (hu) György Faludy, Pokolbéli víg napjaim [« Les Beaux Jours de l'enfer »], Budapest, Magyar Világ Kiadó, (ISBN 963 7815 00 7) (traduction approximative)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (hu) Imre Tatár, « Bánhidától Kijevig : Egy volt munkaszolgálatos emlékezése a hazai táborra és a szovjet hadifogságra » [« De Bánhida à Kiev : souvenirs d'un ancien détenu de camp de travail sur le camp hongrois et la captivité soviétique »], Hadtörténelmi Közlemények, Budapest, Hadtörténeti Intézet és Múzeum (Musée et Institut d'histoire militaire), vol. 115, no 4,‎ , p. 1156-1187 (ISSN 0017-6540, lire en ligne)
  • (en) Tamás Stark, « Genocide or genocidal massacre?: The case of Hungarian prisoners in Soviet custody », Human Rights Review, Springer, vol. 1, no 3,‎ , p. 109-118 (ISSN 1524-8879, DOI 10.1007/s12142-000-1025-8, lire en ligne)
  • (ru) V.L. Vorontsov (dir.), Венгерские военнопленные в СССР: Документы 1941-1953 годов [« Prisonniers de guerre hongrois en URSS : documents de 1941 à 1953 »], Moscou, Rosspen,‎ , 543 p. (ISBN 978-5-8243-0659-0)
  • (hu) « Malenkij robot, avagy a polgári lakosság tömeges elhurcolása Magyarországról szovjetunióbeli kényszermunkára 1944/45-ben, különös tekintettel a németként deportáltakra [La déportation de masse de la population civile de Hongrie vers les camps de travail soviétiques en 1944 et 1945, en particulier ceux déportés en tant qu'Allemands] », dans Zalán Bognár, Malenkij robot, Pécs, Magyarországi Németek Pécs-Baranyai Nemzetiségi Köre, , 526 p. (ISBN 978-963-06-8073-8, lire en ligne)
  • (hu) Zalán Bognár, « Budapest és környéke lakosságának tömeges elhurcolása szovjet hadifogságba (1944 december – 1945 április) » [« La déportation de masse de la population de Budapest et de ses environs comme prisonniers de guerre soviétiques (décembre 1944 – avril 1945) »], Kút, vol. 3, no 3-4,‎ , p. 99-112 (ISSN 1589-1445, lire en ligne) [publication trimestrielle de l'École doctorale en sciences historiques de la Faculté des lettres et sciences humaines (BTK) de l'ELTE]
  • (hu) Collectif, Aztat tollal nem írhatom..., Pécs, Janus Pannonius Múzeum Pécs, , 97 p. (ISBN 978-963-9873-48-3). Quelques souvenirs des survivants de ces travaux forcés : Irén Frank (épouse du Dr. János Mesterházy), Katalin Diszlberger (épouse de Ede Kretz), Borbála Pálfi (épouse de István Elblinger), Rozália Lauer (épouse de Mihály Hauck), Teréz Löffler (épouse de Mátyás Lauer), Veronika Relics (épouse de Márton Grubics), Anna Trickl (épouse de Károly Guhr), Erzsébet Schäffer (épouse de Menyhért Schauermann), Teréz Arnold (épouse de János Schramm), Mária Arnold (épouse de György Schraub), János Árvai (Albrecht), Imre Tillinger, Rózsa Wilhelm (épouse de Imre Tillinger), József Kampfl, Marika Szenácz, György Arnold, József Lábadi, János Guth, Mihály Neumann, József Pári, Terézia Koszter (épouse de József Pári), János Müller, Mária Schultz (épouse de János Müller), Viktor Geiger.
  • Viktor Geiger (trad. Antonia Jullien), Viktor et Klára, Paris, L'Harmattan, , 205 p. (ISBN 978-2-343-06863-3, présentation en ligne) : Témoignage de Viktor Geiger, déporté dans le Donbass de janvier 1945 à janvier 1947.

Articles connexes[modifier | modifier le code]