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Tariqa Qadiriya Boutchichiya

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Tariqa Qadiriya Boutchichiya
Emblème de la Tariqa Boutchichiya
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Maître spirituel
Organisation mère

La Tariqa Qadiriya Boutchichiya, est une confrérie soufie marocaine , basée à Madagh[1]. Son guide spirituel actuel est Jamal al Qadiri al Boutchichi[2]. Elle est la plus grande, influente, et établie confrérie soufie du royaume[3].

Soufisme au Maroc[modifier | modifier le code]

Tradition ésotérique de l'islam, souvent méconnu du grand public, le soufisme est en opposition avec le formalisme des salafis, qui est un mouvement sectaire réformateur se prétendant authentique. Il se veut le "cœur" de l'islam, sa voie spirituelle, un chemin initiatique de transformation intérieure où la connaissance de soi conduit à celle de l'autre et à celle de Dieu. Avec des centaines de millions d'adeptes dans le monde, il imprègne la culture populaire dans de nombreux pays, en particulier au Maroc[4].

Pour les soufis, Dieu est à la fois proche et inaccessible. Il est un trésor caché dont on trouve le signe au cœur de tous les êtres. Guidé par un maître, l'élève soufi veut retrouver cette réalité divine, oublier son ego pour se perdre dans l'amour de Dieu. Il pourra y parvenir par des exercices spécifiques, comme l'étude du Coran, mais aussi les chants (samaa), les danses et le dhikr (invocations divines).

Histoire de la Tariqa[modifier | modifier le code]

La Tariqa ou la « Zaouia » Qadiriya Boutchichiya est une confrérie soufie , située dans le village de Madagh, dans la province de Berkane à l'est du Maroc, dans la région historique des tribus Béni-Snassen. Elle remonte par ses origines au cheikh Abd al Qadir al-Jilani, l'un des saints soufis les plus populaires dans le monde musulman, apparu au Ve siècle de l'hégire. Ce qui fait d'elle une branche de la Tariqa Qadiriyya.

Quant au surnom al-Boutchichiya , il a été acquis par Cheikh Ali bin Muhammad, qui portait le surnom de « Sidi Ali Boutchich » car il avait l'habitude de nourrir les gens pendant les jours de famine - le plat du Dshisha - soupe de blé concassé,agneau aux pruneaux et autres plats traditionnels marocains[5].

Guide spirituel[modifier | modifier le code]

Voie intérieure et spirituelle de l’islam sunnite, le soufisme est basé sur le principe de l’initiation, ce qui implique de se choisir un maître et de suivre son enseignement.

Le Cheikh est considéré comme l’éclaireur de la voie de son disciple qui est doté de la Baraka (Sirr). Selon la littérature de la confrérie, la relation entre le maitre et le disciple est une relation de respect et d’amour en Dieu. Reste à savoir que le disciple qui compte renforcer son appartenance avec la confrérie et aussi se ressourcer, doit rendre visite au Cheikh au moins une fois par mois, outre la fête de la commémoration de la naissance du prophète et le jour de la nuit sacrée. Cette visite rituelle, appelée «Ziara», a un sens hautement symbolique et justifie l’engagement des individus  à l’égard de l’institution de la zaouïa et son maître[6].

Hamza Al-Qadiri Al-Boutchichi[modifier | modifier le code]

Né en 1922 à Madagh, Sidi Hamza reçoit une éducation religieuse traditionnelle tournée vers le soufisme, dont sa famille est déjà l’un des piliers dans cette région de l’est du Maroc. Il complète son apprentissage du Coran avant l’âge de 14 ans. Il poursuit ses études théologiques à Oujda dans une antenne de la prestigieuse Université Al Quaraouiyine de Fès.

C’est à l’âge de 50 ans qu’il prend la tête de la Tariqa après le décès de son père en 1972, qui deviendra en quelques années l’une des confréries les plus puissantes du Maroc, et la plus influente. Son aura s’étend jusqu’en Europe, en Afrique et en Amérique du Nord.

Il est décédé le mercredi 18 janvier 2017, à l’âge de 95 ans, des suites d’une longue maladie. Il désignera son fils Jamal al Qadiri al Boutchichi comme successeur[7],[8].

Jamal Al-Qadiri Al-Boutchichi[modifier | modifier le code]

Fils aîné de feu cheikh Hamza. Il est né à Madagh en 1942. En parallèle de ce compagnonnage, il a appris à Madagh le Coran et les sciences islamiques, avant de poursuivre son cursus scolaire (bilingue, en français et en arabe) au lycée Moulay-Idriss de Fès. Après l’obtention de son baccalauréat lettres, il poursuit sa formation en passant une licence en sciences de la loi islamique à la Faculté de la charia de Fès. Plus tard, il rejoindra la célèbre école des sciences religieuses islamiques Dar al-Hadith al-Hassaniya pour un 3e cycle d’études supérieures,

En 2017, à la mort de son père Hamza, Jamal al Qadiri al Boutchichi devient le guide spirituel de la confrérie. Cette succession s’est effectuée de façon fluide. La constitution non écrite de la zaouïa dispose que le cheikh nomme son héritier de son vivant pour éviter toute lutte pour le pouvoir et assurer une transition en douceur, un peu sur le modèle de la monarchie alaouite, dont les Boutchichi sont de grands soutiens[9].

Rencontre mondiale du soufisme[modifier | modifier le code]

Évènement placé sous le Haut patronage du roi Mohammed VI et organisé par la Tariqa Qadiriyya Boudchichiyya et Machyakha « Présidence » et la fondation Al Moultaqa, en partenariat avec le Centre euro-méditerranéen pour l’étude de l’islam actuel (CEMEIA), elle rassemble chaque année des chercheurs marocains et étrangers en philosophie, sociologie, communication, économie et relations internationales pour présenter et échanger sur leurs différents travaux de recherche[10].

Le Comité d’Organisation, sous la direction de Moulay Mounir El Kadiri, fils du Cheikh Jamal al Qadiri al Boutchichi , sélectionne un thème pour guider les échanges et les discussions de chaque édition autour d’une problématique actuelle. Pendant 3 jours, plus de 80 académiciens et experts se relaient autour de table-rondes pour débattre sur les axes thématiques proposés. La richesse intellectuelle et la diversité des participants représentent une contribution notable à la diffusion de la science, la connaissance de la spiritualité musulmane et le dialogue des cultures et des religions[11].

Ce colloque témoigne aussi de l’importance que donne la zaouïa Qadiriya Boutchichiya à une approche scientifique de la dimension éthique de l’Islam, à l’instar d’autres zaouïas soufies du Maroc qui ont traditionnellement œuvré pour une approche prônant un équilibre entre vie spirituelle, scientifique, culturelle et sociale de la société[12].

Année Édition Thème
2011 6e «Le Soufisme et la préservation des droits: Enseignement et comportement»
2012 7e «Soufisme et paix spirituelle: Fondements, Manifestations, et perspectives»
2013 8e «Le soufisme et l'édification de l'Homme: Pour une réforme harmonieuse»
2014 9e «Le Soufisme dans le Contexte Contemporain: Bilan et Perspectives»
2015 10e «Le Soufisme et la Quête de Sens: Le rôle des zawiyas dans la communication des valeurs de modération, de juste milieu et de beauté»
2016 11e «Soufisme et culture de la paix: Vision universelle de l’islam pour les valeurs, du Vivre-Ensemble et la Paix des civilisations»
2017 12e «Soufisme et Diplomatie Spirituelle Dimensions culturelles, développementales et civilisationnelles»
2018 13e «La culture soufie et le commun universel: Pour les valeurs du dialogue et du rapprochement»
2019 14e «Soufisme et développement: la dimension spirituelle et éthique dans l'édification de l'Homme»
2020 15e «Soufisme et gestion des crises: la dimension spirituelle et éthique au service de la bonne gouvernance»
2021 16e «Le soufisme et les valeurs humaines: du local à l’universel»

Relation avec le pouvoir[modifier | modifier le code]

Désormais proche du pouvoir, la zaouïa voit l’un de ses adeptes, Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques. Elle compte aussi de nombreux puissants hommes d’affaires, des diplomates, des hauts commis de l’État, des officiers de l’armée et des services sécuritaires et de renseignements, des cadres du privé. Elle a su s’adapter à l’esprit du temps, recrutant de nombreux intellectuels et universitaires[13].

Les valeurs que porte la confrérie, sa méthode, basée sur l’éducation, le travail, l’effort individuel dans la quête spirituelle, la confraternité, fait d’elle un acteur majeur de la politique religieuse du royaume par le biais de relais et d’antennes locales en Afrique, en Europe, aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Asie…

La tariqa a été un acteur clé pendant le Mouvement du 20 Février, en organisant une marche de soutien au projet de la nouvelle Constitution marocaine de 2011[14].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Zakya Daoud, « La confrérie Boutchichiya, un allié essentiel du pouvoir marocain - « Le soufi est le fils de son temps » », sur Orient XXI, (consulté le )
  2. « Maroc : voyage au cœur de la Boutchichiya – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com (consulté le )
  3. Le360, « Culture, polémique et religion: quatre confréries marocaines à connaître », sur Le360.ma, (consulté le )
  4. « Décès d'un grand cheikh soufi au Maroc », sur VOA (consulté le )
  5. LE MATIN, « Zaouia Boutchichia : le soufisme modéré », sur Le Matin (consulté le )
  6. « Boutchichiya : le passage d’une voie de la majesté à une voie de la beauté », sur ALBAYANE, (consulté le )
  7. « Au Maroc, mort du grand maître soufi Sidi Hamza », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. La-Croix.com, « Mort d’un grand maître soufi marocain », sur Documentation catholique - La Croix (consulté le )
  9. LE MATIN, « S.M. le Roi reçoit M. Jamal Eddine Al Boutchichi Al Qadiri qui a présenté au Souverain les condoléances à la suite du décès de son père Cheikh Hamza Al Qadiri », sur Le Matin (consulté le )
  10. « Rencontre Mondiale du soufisme », sur www.rencontremondialedusoufisme.com (consulté le )
  11. « 15 ème Rencontre mondiale du soufisme : un moment intense de spiritualité et de débats », sur L'Opinion Maroc - Actualité et Infos au Maroc et dans le monde. (consulté le )
  12. « Ouverture de la 16ème Rencontre mondiale du soufisme de Madagh », sur MapOujda, (consulté le )
  13. « Maroc : les soufis de Sa Majesté – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com (consulté le )
  14. yawatani.com, « La Tariqa Qadiriya Boutchichiya organise une marche de soutien au projet de la nouvelle Constitution. », sur Yawatani.com, (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]