Télégramme Zimmermann

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Le télégramme, déchiffré et traduit.

Le télégramme Zimmermann est un télégramme qui a été envoyé le par le ministre des Affaires étrangères de l'Empire allemand, Arthur Zimmermann, à l'ambassadeur allemand aux États-Unis, Johann Heinrich von Bernstorff, au plus fort de la Première Guerre mondiale. Il donnait l'instruction à l'ambassadeur de se mettre en contact avec le gouvernement mexicain et de lui proposer une alliance contre les États-Unis. Il fut intercepté par le Royaume-Uni et son contenu a accéléré l'entrée en guerre des États-Unis.

Le télégramme[modifier | modifier le code]

Le message de Zimmermann contenait des propositions allemandes d'alliance avec le Mexique, alors qu'au même moment l'Allemagne essayait toujours de conserver la neutralité des États-Unis envers le conflit européen. En cas d'échec de cette politique, la note suggérait que le gouvernement mexicain devrait s'allier à l'Allemagne, essayer de persuader le gouvernement de l'Empire du Japon de faire de même et attaquer les États-Unis. En contrepartie, l'Allemagne promettrait une aide financière et la restitution du Texas, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona au Mexique (perdus lors de la guerre de 1846-1848).

Le texte, tel qu'il a été publié dans la presse[1] est le suivant :

« Nous avons l'intention d'inaugurer la guerre sous-marine à outrance, le 1er février. En dépit de cela, nous désirons que les États-Unis restent neutres, et si nous n'y réussissons pas, nous proposons une alliance au Mexique.
Nous ferons la guerre ensemble et nous ferons la paix ensemble. Nous accorderons notre appui financier au Mexique, qui aura à reconquérir les territoires du Nouveau Mexique, du Texas et de l'Arizona.
Les détails du règlement sont laissés à votre initiative.
Vous aurez à informer le président du Mexique de la proposition ci-dessus aussitôt que vous serez certain de la déclaration de guerre avec les États-Unis, et vous suggérerez que le président du Mexique, de sa propre initiative, communique avec le Japon, proposant à cette dernière nation d'adhérer immédiatement à notre plan, et vous offrirez en même temps d'agir comme médiateur entre l'Allemagne et le Japon.
Veuillez attirer l'attention du président du Mexique sur l'emploi sans merci de nos sous-marins qui obligera l'Angleterre à signer la paix dans quelques mois.
Signé : ZIMMERMANN »

La réponse mexicaine[modifier | modifier le code]

Le télégramme déchiffré par les cryptanalystes du British Naval Intelligence. Le mot « Arizona » ne figurait pas dans le livre de codes allemand et fut donc séparé en plusieurs parties.

Plus tard, un général, nommé par le président du Mexique Venustiano Carranza, évalua la possibilité d'une récupération de ses anciens territoires. Selon ses conclusions, reprendre les trois États aurait provoqué à coup sûr de nombreux problèmes dans le futur et peut-être une guerre avec les États-Unis. En outre, le Mexique n'aurait pas pu s'accommoder d'une grande population anglo-saxonne à l'intérieur de ses propres frontières. Enfin, l'Allemagne n'aurait pas été en mesure de fournir les armes nécessaires aux hostilités à venir. Carranza déclina les propositions de Zimmermann le 14 avril, après que les États-Unis eurent déclaré la guerre à l'Allemagne.

Interception britannique[modifier | modifier le code]

Le télégramme fut intercepté et suffisamment déchiffré pour en saisir le sens par les cryptanalystes Nigel de Grey et William Montgomery du service de renseignement de l'Amirauté, le Bureau 40, dirigé par l'amiral William R. Hall. Cette traduction a été possible car le code utilisé par le Foreign Office (0075) avait été précédemment partiellement cryptanalysé. Ceci à l'aide de diverses techniques, parmi lesquelles l'analyse de messages interceptés et d'un livre de codes d'une version plus ancienne du code trouvé sur Wilhelm Wassmus, un agent allemand opérant au Moyen-Orient.

Le gouvernement britannique, qui souhaitait rendre public le télégramme compromettant, fit face à un dilemme : s'il produisait directement le vrai télégramme, les Allemands suspecteraient que leur code était cassé ; et s'il ne le faisait pas, il perdait une occasion rêvée de faire entrer les États-Unis dans le camp des Alliés de la Première Guerre mondiale, le message étant envoyé à une période où le sentiment anti-allemand aux États-Unis était particulièrement fort, suite à la perte de deux cents vies américaines au cours d'attaques de sous-marins allemands (dont celle du paquebot RMS Lusitania le ) lors de la bataille de l'Atlantique.

Il y avait un problème plus grave : ils ne pouvaient pas non plus le présenter confidentiellement au gouvernement des États-Unis. En effet, du fait de son importance, trois voies différentes avaient été utilisées pour envoyer le message de Berlin à l'ambassadeur allemand à Washington, Johann von Bernstorff, à charge pour lui de le retransmettre à leur ambassadeur à Mexico, von Eckardt. Les Britanniques avaient obtenu le message par une de ces voies : l'accès que les Américains avaient donné à l'Allemagne à leur télégraphe diplomatique pour encourager l'initiative de paix du président Wilson. Les Allemands ne craignaient pas de l'utiliser parce que les messages étaient chiffrés et parce qu'à l'époque les États-Unis ne lisaient pas la correspondance diplomatique des autres pays par principe, et qu'en outre ils n'avaient pas de capacité de déchiffrement. Le message télégraphique partit de l'ambassade américaine de Berlin jusqu'à Copenhague puis par câble sous-marin jusqu'aux États-Unis via le Royaume-Uni (où il a été intercepté). Pour les Britanniques, révéler la source du télégramme aurait aussi été de faire admettre au gouvernement américain qu'ils écoutaient les communications diplomatiques des États-Unis.

La solution britannique[modifier | modifier le code]

Le télégramme Zimmermann tel qu'il fut envoyé au Mexique par l'ambassadeur allemand à Washington. Chaque mot a été chiffré en un nombre de quatre ou cinq chiffres, grâce à un livre de codes.

Le gouvernement du Royaume-Uni supposa que l'ambassade d'Allemagne à Washington enverrait le message à l'ambassade à Mexico via le système télégraphique, et qu'une copie existerait donc dans le bureau public de télégraphe à Mexico. S'il pouvait s'en procurer un exemplaire, il pourrait le transmettre au gouvernement des États-Unis en prétendant qu'il l'avait découvert en espionnant au Mexique. Il contacta donc un agent britannique à Mexico, connu seulement sous le nom de M. H., qui réussit à en obtenir un. Pour le plus grand plaisir des analystes britanniques, le message avait été envoyé à partir de l'ambassade d'Allemagne à Washington vers Mexico en utilisant le vieux code dans le livre de codes Wassmus et pouvait donc être complètement déchiffré ; sans doute parce que l'ambassade d'Allemagne à Mexico ne possédait pas le dernier livre de codes.

Le télégramme fut remis par l'amiral Hall au ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur James Balfour, qui à son tour contacta l'ambassadeur américain au Royaume-Uni, Walter Page, et lui remit le télégramme le 23 février. Deux jours plus tard, celui-ci le transmit au président Woodrow Wilson.

L'effet aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Le sentiment populaire aux États-Unis à cette époque était majoritairement plus anti-mexicain qu'anti-allemand. Le général John Pershing avait longtemps poursuivi le bandit-révolutionnaire Pancho Villa qui avait mené plusieurs incursions à la frontière. Cette opération était une dépense importante pour le gouvernement des États-Unis, et Wilson souhaitait suspendre la poursuite jusqu'à la tenue de nouvelles élections au Mexique, l'installation d'un nouveau gouvernement, et la promulgation d'une nouvelle constitution (une convention constitutionnelle, qui adopterait plus tard la constitution mexicaine de 1917, était en cours à cette époque). La nouvelle du télégramme exacerba les tensions entre les États-Unis et le Mexique, puisqu'un tel traité aurait compromis l'élection d'un nouveau gouvernement mexicain plus favorable aux intérêts américains.

Le 1er mars, le gouvernement américain remit à la presse le texte en clair du télégramme. Les Américains crurent d'abord à une supercherie destinée à les faire entrer en guerre du côté des Alliés. Cette opinion était entretenue par les diplomates allemands, mexicains et japonais, par les pacifistes américains, et par les groupes de pression pro-allemands, qui dénoncèrent tous une contrefaçon.

Le discours d'Arthur Zimmermann[modifier | modifier le code]

Arthur Zimmermann.

Pourtant, contre toute attente, Zimmermann confirma son authenticité les 3 et dans un nouveau discours. Celui-ci avait pour but d'expliquer son point de vue sur la situation des relations américano-mexicaine. Il commença par déclarer qu'il n'avait pas écrit de lettre à Carranza, mais avait donné des instructions à l'ambassadeur allemand en empruntant « un chemin qui lui semblait sûr ».

Il expliqua aussi que malgré l'offensive sous-marine, il espérait que les États-Unis resteraient neutres. Sa proposition au gouvernement mexicain ne devait être prise en compte que si les États-Unis déclaraient la guerre, et il estimait que ses instructions étaient « totalement loyales vis-à-vis des États-Unis ». En fait, il reprocha au président Wilson d'avoir rompu les relations avec l'Allemagne « de façon extrêmement brutale » après l'interception du télégramme, et que du coup, l'ambassadeur allemand n'avait « plus l'opportunité d'expliquer l'attitude allemande, et que le gouvernement américain avait refusé toute négociation ».

Son discours était honnête puisqu'il aurait pu profiter de l'impact du télégramme et de ses effets secondaires, cependant, il s'était préparé à présenter ses idées d'origine. Cependant, cela révéla qu'il était très mal informé de la force réelle des États-Unis vis-à-vis de ses voisins du Sud par la faute des services secrets allemands.

Suite à cette débâcle diplomatique, il dut démissionner le .

Déclaration de guerre[modifier | modifier le code]

Bien que le télégramme débutât par la déclaration que l’Allemagne était plus intéressée par le maintien de la neutralité américaine que par l’attaque de sa flotte, cette confirmation de l’hostilité profonde provoqua une montée du sentiment anti-allemand. Wilson répondit à cette manifestation d'hostilité allemande à l'égard des États-Unis en demandant au Congrès d'armer des navires américains qui pourraient repousser de possibles attaques de sous-marins allemands. Quelques jours plus tard, le , Wilson demanda au Congrès de déclarer la guerre à l’Allemagne. Le , le Congrès accepta, faisant entrer les États-Unis dans la Première Guerre mondiale.

Les sous-marins allemands avaient déjà attaqué des navires des États-Unis près des Îles Britanniques et une série de sabotages allemands avait déjà eu lieu sur le sol américain, de sorte que le télégramme ne fut pas la seule cause de la guerre ; il joua, pourtant, un rôle très important en faisant évoluer l'opinion publique américaine. On a perçu comme particulièrement traître que le télégramme ait été transféré la première fois à partir de l’ambassade des États-Unis à Berlin vers l'ambassade allemande à Washington avant d’être transféré au Mexique. Quand le public américain tint le télégramme pour vrai, l’entrée des États-Unis dans la Grande Guerre devint inévitable.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrick Beesly, Room 40: British Naval Intelligence, 1914-1918, Harcourt, Brace, Jovanovich, New York, 1982 (ISBN 0-15-178634-8) ;
  • Peter Hopkirk, On Secret Service East of Constantinople, Oxford University Press, 1994 (ISBN 0-19-280230-5) ;
  • Barbara W. Tuchman, The Zimmermann Telegram, Ballantine Books, 1958 (ISBN 0-345-32425-0) ;
  • William F. Friedman et Charles J. Mendelsohn, The Zimmermann Telegram of January 16, 1917 and its Cryptographic Background, War Department, Office of the Chief Signal Officer, Washington, GPO, 1938.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Un complot allemand contre les États-Unis », Le Figaro, 2 mars 1917, p. 2