Salive

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Sécrétion de la salive dans les canaux des glandes salivaires.

La salive est un liquide biologique sécrété par les glandes salivaires, à l'intérieur de la bouche chez la plupart des animaux. La salivation est la production de la salive, tandis que l'insalivation est l'imprégnation des aliments par la salive au cours de leur passage dans la bouche et de leur mastication. Certains animaux ont une salive pouvant devenir allergène pour L'humain (après une piqure de tique par exemple).

Chez l'être humain, elle contient aussi de nombreuses cellules provenant de la langue et des muqueuses de la bouche, ce qui la fait utiliser pour l'échantillonnage de l'ADN individuel[1]

Chez l'être humain[modifier | modifier le code]

Fonction[modifier | modifier le code]

En lien avec le système nerveux[2], la salive joue un double rôle d'humidification des muqueuses et de préparation des aliments pour leur digestion. Chez l'homme et d'autres mammifères, elle contribue directement à la digestion de l'amidon (à condition que la nourriture ne soit pas chaude ; l'amylase salivaire étant dégradée au-dessus de 37 °C).

Elle facilite le glissement des organes buccaux les uns sur les autres, et notamment lors des 3 000 déglutitions salivaires quotidiennes[3]. Chez l'adulte, ceci correspond à deux déglutitions par minute, de jour comme de nuit.

L'autre moitié permet d'humecter les muqueuses de la bouche et de prévenir les infections, notamment les caries. Elle contient le système sialoperoxydase permettant la production de l'anion antimicrobien hypothiocyanite et a ainsi un rôle de protection de l'œsophage.

La salive, en mettant en solution les composants des aliments, favorise la stimulation gustative. Ce qui explique que les personnes atteintes du syndrome sec ont une altération du goût.

La salivation est un acte réflexe, mais qui a également une composante culturelle et acquise : une bonne odeur ou la vue d'un gâteau peut faire saliver. La salivation peut aussi être provoquée par des douleurs, une sensation agréable, voire un souvenir, autant que par le contact mécanique avec les aliments. Elle est au cœur de l'expérience de Pavlov.

La salive peut contribuer à certains empoisonnements, notamment chez l'enfant, qui aurait en bouche un objet en plomb, ou qui lèche de la peinture (« Pica »), elle peut alors fortement aggraver le risque de saturnisme[4]. Dans certaines communautés amérindiennes et inuit où la chasse reste une tradition importante, il est courant que les enfants aient accès à une arme à air comprimé avant de pouvoir utiliser le fusil. Fréquemment entre deux tirs, ils tiennent entre les dents un ou plusieurs projectiles pour pouvoir recharger plus vite l'arme[4]. Une étude a porté sur 144 écoliers des Premières nations de la région ouest de la Baie James dont 152 ont pu participer (95%). parmi ces derniers, près de la moitié (41%) ont déclaré avoir utilisé ou utilisé des fusils à plomb (71% étaient des garçons et 17% des filles) ; 52% de ces élèves ont dit stocker des plombs dans leur bouche entre deux tirs (60% des garçons et 29% des filles utilisant ces armes)[4]. L'étude a montré que c'est une source significative et supplémentaire au plomb pour ces enfants déjà surexposés en raison d'une consommation plus élevée que la moyenne de gibier tué par des projectiles au plomb toxique sachant que 40 à 50% du plomb ingéré est considéré comme absorbé par les enfants, ce qui est bien plus que chez les adultes[5] ; Le plomb salivaire augmentait de jusqu'à 8 fois après la mise en bouche de seulement deux plombs/diabolos, passant de 1,5± 1,7µg/L à 12,4±5. 7mg/L)[4]. Les pêcheurs peuvent aussi sertir leurs plomb sur le fil de pêche au moyen de leurs dents.

Le baiser dit intime, profond ou passionné est source d'échange de salive et donc d'une partie du microbiome des partenaires[6], avec échanges d'ADN susceptible de perturber des analyses ADN[7], s'il est source de blessures ou de microtraumatismes, il pourrait alors aussi être source de transmission du virus HIV du SIDA[8].

Formation[modifier | modifier le code]

La salive primaire est formée dans les cellules acineuses, elle a la même composition que le plasma.
Elle est ensuite modifiée dans le canal excréteur pour former la salive secondaire. Au cours du passage dans ce canal, les cellules canalaires sécrètent activement du K+ et du HCO3- et absorbent activement du Na+ et du Cl-. Son efficacité dépend des glandes salivaires, mai aussi du pancréas[9]

Propriétés physiques[modifier | modifier le code]

Volume[modifier | modifier le code]

Seule une moitié du litre (environ) de salive produite par jour est secrétée lors des repas.[réf. nécessaire]

D'une personne à l'autre, la sécrétion peut varier de 500 à 1 200 ml par jour : 70 % d'origine parotidienne, 20 % submandibulaire (la production des autres glandes étant relativement négligeable). La sécrétion de repos serait d'environ 100 ml par jour alors que la sécrétion stimulée serait environ dix fois supérieure. Le débit de sécrétion montre des variations nycthémérales (minimum à h, maximum entre 12 h et 22 h). Un organisme humain peut produire plus de 36 000 litres de salive en une vie, soit plus d'une demi-tonne de ce liquide par an. À côté de la phonation et des repas, la déglutition salivaire est, de loin, le travail le plus important fourni par la bouche. En moyenne, il y a deux déglutitions par minute (de jour comme de nuit).

Viscosité[modifier | modifier le code]

La viscosité varie selon l’origine :

pH[modifier | modifier le code]

Le pH varie selon l’origine :

Globalement, la salive humaine a un pH approximatif compris entre 6,5 – 7,4.

N.B. Une stimulation de la sécrétion fait augmenter le pH.

Composition biochimique[modifier | modifier le code]

Compte tenu de sa riche composition en électrolytes[10] et protéines, la salive pourrait un jour remplacer (pour de nombreux paramètres) les prises de sang.

Une première étape clé dans cette voie a été franchie avec le décryptage complet du protéome salivaire. 1166 protéines ont en effet été identifiées dans la salive[11].

Les tests salivaires sont déjà employés pour la recherche de stupéfiants, de l'ADN ou du cortisol par exemple utilisé comme biomarqueur de stres[12],[13],[14].

La majorité des protéines présentes dans la salive sont impliquées dans les voies de signalisation activées par le corps en cas d’infection ou de lésion organique.

Des études précédentes[15][réf. incomplète] ont déjà prouvé qu’elles constituaient un bon indicateur pour diagnostiquer les cancers buccaux ainsi que l’infection par le virus du SIDA, par la recherche des anticorps ciblés sur le virus[16] (ce qui ne signifie pas que la salive soit contaminante pour le VIH ; elle ne l'est qu'en présence de plaie dans la bouche [17]). Cette liste sera probblement bientôt élargie pour inclure des principales causes de décès comme le cancer et les maladies du cœur. Si cette hypothèse se confirme, les médecins disposeront ainsi d’un nouvel outil de diagnostic plus aisé à mettre en œuvre et également moins coûteux, mieux adapté, par exemple, à des campagnes de dépistage à grande échelle ou à la pratique de la médecine humanitaire.

Eau[modifier | modifier le code]

Le pourcentage de volume[réf. nécessaire] d'eau dans la salive est de 99 %. Solution hypotonique (qui est moins concentrée en ions) comparativement au plasma sanguin, elle peut devenir isotonique ou même hypertonique dans certaines conditions. En dissolvant des aliments, la salive permet de détecter leur goût.

Composés inorganiques[modifier | modifier le code]

La salive n'est pas un simple ultrafiltrat du plasma ;

Ion Non-stimulée (mEq/l) Stimulée (mEq/l) Plasma (mEq/l)
Na+ 2,7 54,8 143,3
K+ 46,3 18,7 4,1
Cl- 31,5 35,9 100,9
HCO3- 0,6 29,7 27,5

N.B. Noter la grande différence entre les concentrations en ion sodium et ion hydrogénocarbonate selon la condition de prélèvement.

Composés organiques[modifier | modifier le code]

Protéines[modifier | modifier le code]

Pathologies[modifier | modifier le code]

Récemment une « nouvelle forme de vie » y a été découverte par hasard lors d’un screening de l’ADN et d’ARN (analyse métagénomique de la microflore buccale) : il s'agit d'une minuscule bactérie parasite d'Actinomyces odontolyticus (une bactérie normalement présente dans le sol, mais aussi fréquemment trouvée dans la bouche, et qui peut être pathogène, cause de gingivites, de fibrose kystique et liée à des mécanismes de résistance aux antimicrobiens[19]). Dotée d’un patrimoine génétique très réduit (environ 700 gènes, à comparer aux 2200 d’A. odontolyticus), elle semble entièrement dépendante de son hôte Actinomyces[19]. Bien plus petite que la plupart des autres bactéries, elle peut vivre à la surface de ses bactéries-hôtes ; de telles caractéristiques n’avaient jamais été trouvées chez une bactérie. Il semble que dans un premier temps, les hôtes (Actinomyces) tolèrent ces parasites qui s’attachent eux-mêmes à sa membrane en y prélevant des nutriments, puis le parasite attaque et tue l’hôte en transperçant sa membrane[19]. C’est pourquoi cette espèce été difficilement isolée et récemment découverte (elle ne peut être cultivée en boite de Petri indépendamment de son hôte Actinomyces ; ceci laisse d'ailleurs penser que, pour la même raison, de nombreuses autres bactéries parasites pourraient exister sans avoir été découvertes, car de nombreux indices (génétiques notamment) plaident pour des interactions durables entre microbes, parasitaires notamment[19].

Pathogénicité : ce micro-parasite pourrait être lié à certaines pathologies, car des taux plus élevés de son ADN ont été retrouvés chez des patients victimes de maladies des gencives ou de fibrose kystique. Les Actinomyces sont connues pour être potentiellement pathogènes pour les gencives, mais sont normalement contrôlées par les globules blancs (macrophagie) ; or il semble que les bactéries infectées par ce parasite puissent échapper aux macrophages, ce qui leur permettraient de se développer impunément dans les gencives[19].

Antibiorésistance : Les mêmes chercheurs (de l’Université de Washington) avaient déjà trouvé une autre espèce de bactérie parasite, qui infecte des archées (les archées sont des microorganismes qui ont longtemps été confondus avec les bactéries, mais qui en sont en réalité biologiquement et génétiquement distincts, sans véritable noyau cellulaire et dépourvus de structures intracellulaires complexes) [19]. Curieusement, ces deux bactéries parasites présentent une propriété commune : elles rendent leurs hôtes résistants à la streptomycine, point qui pourrait éclairer les phénomènes croissants d’antibiorésistance [19]. Un traitement antibiotique par la streptomycine favorise donc indirectement la bactérie hôte, connue pour être pathogène pour l’Homme.

Pour les patients ne produisant pas assez de salive ou privés de glandes salivaires (suite à un cancer par exemple) on cherche à créer une salive artificielle[20],[21].

Chez l'animal[modifier | modifier le code]

Des animaux utilisent leur salive pour des usages autre qu'alimentaire ; ainsi :

  • de nombreux mammifères se lèchent le pelage ;
  • le martinet construit son nid par une lente accumulation de salive qui forme une paroi en séchant.
  • les araignées et de nombreux acariens injectent de la salive dont les enzymes vont lyser de la chair ou des cellules végétales, qui pourra ensuite être réabsorbée par le rostre piqueur
  • des moustiques piqueurs femelles ont une salive qui les aide à trouver les endroits où piquer pour leur repas sanguin[22]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Goode, M. R., Cheong, S. Y., Li, N., Ray, W. C., & Bartlett, C. W. (2014). Collecte et d'extraction de l'ADN de la salive pour le séquençage de prochaine génération.
  2. Garrett, J. R. (1987). The proper role of nerves in salivary secretion: a review. Journal of dental research, 66(2), 387-397.
  3. (en) Afkari S, « Measuring frequency of spontaneous swallowing » Australas Phys Eng Sci Med. 2007;30:313-7.
  4. a, b, c et d Tsuji L, Fletcher G & Nieboer E (2002) Dissolution of Lead Pellets in Saliva: A Source of Lead Exposure in Children |Bulletin of Environmental Contamination and Toxicology|68, 1, 1| URL : https://www.researchgate.net/profile/Evert_Nieboer/publication/7370461_Elevated_Levels_of_PCBs_in_First_Nation_Communities_of_the_Western_James_Bay_Region_of_Northern_Ontario_Canada_The_Use_of_Correspondence_Analysis_to_Identify_Source_of_Exposure/links/577a759f08aece6c20fbd13b.pdf
  5. Ziegler EE, Edwards BB, Jensen JL, Mahaffey KR, Fomon SJ (1978) Absorption and retention of lead by infants | Pediatric Res 12: 29-34
  6. Kort, R., Caspers, M., van de Graaf, A., van Egmond, W., Keijser, B., & Roeselers, G. (2014). Shaping the oral microbiota through intimate kissing. Microbiome, 2(1), 41.
  7. Banaschak, S., Möller, K., & Pfeiffer, H. (1998). Potential DNA mixtures introduced through kissing. International journal of legal medicine, 111(5), 284-285.
  8. Piazza, M., Chirianni, A., Picciotto, L., Guadagnino, V., Orlando, R., & Cataldo, P. T. (1989). Passionate kissing and microlesions of the oral mucosa: possible role in AIDS transmission. JAMA, 261(2), 244-245|URL : http://jama.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=375896
  9. Gayda T (2015) Influence de la ligature du conduit pancréatique sur le pouvoir amylolytique de la salive et du sang. Archives Italiennes de Biologie, 90(30), 165-170 |résumé.
  10. Schneyer, L. H., Young, J. A., & Schneyer, C. A. (1972). Salivary secretion of electrolytes. Physiological reviews, 52(3), 720-777 |résumé
  11. (en) UCLA Human Salivary proteome project
  12. Hellhammer D.H, Wüst S & Kudielka B.M (2009) Salivary cortisol as a biomarker in stress research. Psychoneuroendocrinology, 34(2), 163-171.
  13. Kirschbaum, C., & Hellhammer, D. H. (1994). Salivary cortisol in psychoneuroendocrine research: recent developments and applications. Psychoneuroendocrinology, 19(4), 313-333.
  14. Kirschbaum, C., & Hellhammer, D. H. (1989). Salivary cortisol in psychobiological research: an overview. Neuropsychobiology, 22(3), 150-169.|résumé
  15. Journal of Proteome Research
  16. Bigot, A., Zohoun, I., Kodjoh, N., Ahouignan, G., Zohoun, T., Tonato, S., & Burtonboy, G. (1994). Détection des anticorps anti-VIH dans la salive: étude préliminaire. Médecine d'Afrique noire, 41(1), 11-14.
  17. Rotily, M., Prudhomme, J., Pardal, M. D. S., Hariga, F., Iandolo, E., Papadourakis, A., & Moatti, J. P. (2001). Connaissances et attitudes du personnel de surveillance pénitentiaire face au VIH et/ou sida: une enquête européenne. Santé publique, 13(4), 325-338
  18. Wong D. « Les diagnostics salivaires » Pour la Science, décembre 2008, p. 54-59
  19. a, b, c, d, e, f et g Andy Coghlan (2016) New life form discovered in saliva is linked to human disease Article publié par New Scientist ; dans “Daily news” le 23 juin 2016
  20. Kang, M., Park, H., Jun, J. H., Son, M., & Kang, M. J. (2017). Facilitated saliva secretion and reduced oral inflammation by a novel artificial saliva system in the treatment of salivary hypofunction. Drug design, development and therapy, 11, 185.
  21. Apperley, O., Medlicott, N., Rich, A., Hanning, S., & Huckabee, M. L. (2017). A clinical trial of a novel emulsion for potential use as a saliva substitute in patients with radiation induced xerostomia. Journal of oral rehabilitation|résumé
  22. Ribeiro, J. M., Rossignol, P. A., & Spielman, A. (1984). Role of mosquito saliva in blood vessel location. Journal of Experimental Biology, 108(1), 1-7.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carolina, A. (2017). Food-saliva interactions: Mechanisms and implications. Trends in food science & technology |résumé.
  • Ho, A., Affoo, R., Rogus-Pulia, N., Nicosia, M., Inamoto, Y., Saitoh, E., ... & Fels, S. (2017). Inferring the effects of saliva on liquid bolus flow using computer simulation. Computers in biology and medicine, 89, 304-313|résumé
  • Kupirovič, U. P., Elmadfa, I., Juillerat, M. A., & Raspor, P. (2017). Effect of saliva on physical food properties in fat texture perception. Critical reviews in food science and nutrition, 57(6), 1061-1077.
  • Ngamchuea, K., Chaisiwamongkhol, K., Batchelor-McAuley, C., & Compton, R. G. (2018). Chemical analysis in saliva and the search for salivary biomarkers–a tutorial review. Analyst.