Saint-Philibert (bateau)

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Saint-Philibert
Image illustrative de l'article Saint-Philibert (bateau)
Saint-Philibert avant

Autres noms Les Casquets, Saint Efflam, Côte d'Amour
Type Navire à passagers jusqu'en
transformé en navire de charge
Histoire
Chantier naval Dubigeon
Quille posée 1923
Statut Démantelé en 1979
Caractéristiques techniques
Longueur 32 m
Tonnage 189 t
Propulsion Machine à vapeur
Carrière
Armateur Compagnie nantaise de navigation
Pavillon Drapeau de la France France

Le Saint-Philibert est un petit bateau de croisière et de promenade à vapeur, construit par les Chantiers Dubigeon de Nantes en 1923, pour la navigation côtière et dans l’estuaire de la Loire, dès la belle saison.

Le naufrage[modifier | modifier le code]

Le matin du dimanche , ce navire des « Messageries de l'Ouest », affété par la société Les Loisirs, qui regroupe des membres de l'Union des coopérateurs de Loire-Inférieure quitte le port de Nantes pour une excursion sur l'île de Noirmoutier. Plus de cinq cent personnes, essentiellement des ouvriers et employés de Nantes et du département et leur famille, mais aussi de nombreux touristes admis au dernier moment, ont été embarqués. 467 passagers sont contrôlés, mais les enfants qui accompagnent leurs parents ne sont pas comptés. C'est presque le double de la charge prévue qui est à bord, mais le temps s'annonce beau, et la navigation océanique dans la baie de Bourgneuf est considérée comme facile. Sept hommes d'équipage, encadrés par le capitaine Ollive qui est pourtant retraité, doivent veiller au bon déroulement des traversées. L’aller se passe normalement et le Saint-Philibert accoste à l’Herbaudière, sur Noirmoutier.

Lorsque le bateau doit appareiller pour le retour vers cinq heures du soir, les conditions météorologiques se sont dégradées dans le courant de l’après-midi. Quarante-six excursionnistes choisissent de ne pas réembarquer, certains préfèrent rester la nuit sur l'île, certains reviennent sur le continent par l'autocar qui emprunte le passage du Gois. Le Saint-Philibert qui embarque les autres affronte une mer déchaînée. La tempête, d’une force imprévisible, rend la navigation très difficile. Le vapeur n’est pas conçu pour le gros temps, possède des canots en nombre réduit et n'est pas équipé de TSF. Les passagers qui ne disposent pas de gilets de sauvetage, groupés sur la partie haute du pont du navire ce qui amplifie son instabilité, se portent à tribord pour éviter les paquets de mer qui arrivent par bâbord, ce qui fait dangereusement gîter ce bateau à fond plat, adapté à la navigation dans un estuaire encombré de bancs de sable et de hauts fonds rocheux, mais peu stable sur une mer formée. Une vague, plus forte que les autres, le fait chavirer. Touché par la lame, il se retourne et sombre presque immédiatement au large de la pointe Saint-Gildas, près de la bouée du Châtelier. Des remorqueurs venus de Saint-Nazaire, le Pornic puis le Saint-Georges et le canot de sauvetage de l'Herbaudière arrivent sur le lieu du naufrage et recherchent des survivants. Mais seuls huit hommes, sept français et un autrichien sont rescapés. Plus de deux cents corps s'échouent les jours suivants sur le rivage, suivis de nombreux autres pendant des mois. Certains corps ne sont jamais retrouvés.

Les 54 victimes nantaises n'ayant pas bénéficié d'une sépulture de la part de leurs proches sont inhumées par la mairie de Nantes dans le cimetière La Bouteillerie, puis sont transférées au cimetière Saint-Jacques quelques années plus tard, lorsqu'un monument citant les noms des victimes disparues lors du naufrage y est érigé[1].

L'émotion est considérable. Le , une foule immense accompagne les premières victimes quand elles sont inhumées à Nantes en présence du maire Léopold Cassegrain, du ministre de la Marine marchande Louis de Chappedelaine et du ministre des Affaires étrangères et député de la Loire-Inférieure Aristide Briand. Cet événement touche durement la basse-Loire industrielle et ouvrière, îlot d'implantation de la gauche laïque au sein d'une France de l'ouest encore largement traditionnelle et chrétienne. La période, troublée sur le plan politique et social, est le terreau favorable à des polémiques et allégations malveillantes, qui éclatent dès la fin des obsèques, et qui d'abord locales trouvent une audience sur le plan national. Certains dans les milieux d'extrême-droite, conservateurs ou cléricaux, appuyés par une certaine presse, cherchent à discréditer les victimes, souvent socialistes ou syndicalistes. Des rumeurs parlent d'alcool, de désordres et de violences à bord. Certains ne manquèrent pas de souligner, parlant alors de châtiment divin, que si les ouvriers et leurs familles avaient participé en bons catholiques aux processions de la Fête-Dieu, ce 14 juin, ils n'auraient pas péri. Un procès a lieu en 1933. Parodie de justice, les familles des victimes sont déboutées et les armateurs affranchis de toute responsabilité dans ce naufrage. Une autre conséquence de la tragédie est la défiance d'une partie de la population envers les poissons et crustacés de la région soupçonnés par elle d'avoir été contaminés par les restes des naufragés, ce qui a des conséquences importantes, pendant même plusieurs années, sur l'économie locale de la pêche. La crainte d'épidémie à cause des cadavres amenés sur les plages affecte aussi à l'époque le tourisme[2].

Deuxième carrière[modifier | modifier le code]

Saint-Philibert renfloué

Renfloué en août 1931 par une compagnie allemande, le Saint-Philibert est transformé en navire de charge et plusieurs fois rebaptisé, Les Casquets, le Saint-Efflam avant de finir sa carrière sous le nom de Côte-d'Amour (armement Piriou) et d'être désarmé, puis ferraillé sur le Trieux en 1979[3].

Hommage[modifier | modifier le code]

Le 30 novembre 1936, le conseil municipal de Nantes rend hommage au victimes du naufrage en donnant le nom de « place du Saint-Philibert » à l'ancienne « place de la Paix », situé non loin du quai d'embarquement du navire[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Kahn et Jean Landais, Des Lieux de mémoire : les quinze cimetières de Nantes, Nantes, Ouest éditions et Université inter-âges de Nantes, , 224 p. (ISBN 978-2-908261-01-1, LCCN 92161105), p. 47.
  2. Sur la rumeur, née du naufrage, lire l'article documenté de Patrick Macquaire, in revue Le Chasse-Marée no 37, 1988.
  3. Le Saint-Philibert : une journée d'excursion
  4. Pajot 2010, p. 192.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stéphane Pajot, Nantes histoire de rues, Les Sables d'Olonne, d'Orbestier, , 215 p. (ISBN 978-2-84238-126-4) ;
  • Roland Mornet, « Le Saint-Philibert sombrait », in Olona, juin 2011 [1] ;
  • Patrick Macquaire, « Le naufrage du St Philibert, quand s'enfle la rumeur », in Le Chasse Marée no 37, 1988. ;
  • Patrick Macquaire, " Le cercle des Homards, Hoëdic, une île entre rumeur et naufrage", Éditions Petra, Paris 2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]