Passage du Gois

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gois.
Passage du Gois
Le Gois à marée basse.
Le Gois à marée basse.

Autres noms D948
Historique
Ouverture XVIIIe siècle
Caractéristiques
Longueur 4,125 km
Direction est-ouest
Extrémité est Beauvoir-sur-Mer
Extrémité ouest Barbâtre
Territoires traversés
Région Baie de Bourgneuf

Le passage du Gois ou Gôa est une chaussée submersible située dans la baie de Bourgneuf, où elle relie l'île de Noirmoutier (commune de Barbâtre) au continent (commune de Beauvoir-sur-Mer), dans le département français de la Vendée. Le passage n'est praticable en voiture, à bicyclette ou à pied qu'à marée basse car il est recouvert à marée haute. Il existe d'autres sites de ce type, mais le caractère unique du Gois est son exceptionnelle longueur : 4,125 kilomètres[1]. Suivant le coefficient de la marée, la hauteur d'eau qui le recouvre à marée haute varie de 1,30 mètre à 4 mètres.

Depuis 1971, le pont de Noirmoutier, reliant l'île au continent, est une alternative au Gois.

En 2017, « l'ensemble paysager formé par le passage du Gois, l'île de la Crosnière (côté Beauvoir, sur le continent) et le polder de Sébastopol (côté Barbâtre) » est un site classé[2],[3], cette reconnaissance étant une première étape vers l'objectif du classement mondial à l'Unesco[4].

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le nom de Gois (Goy, Goï ou Goye en patois) remonte à environ 1577. Il est une déformation de gué, terme qui a non seulement attiré très tôt les chemins, mais également suscité villages et villes. Le gué se fixe en toponymie sous deux grandes familles, le rito celte (qui a évolué en vieux gallois rit, en gallois rhyd, en vieux breton rit, ret, se retrouvant dans les toponymes Niort, Chambord, Gisors, etc.) ; le vad(um) latin et son équivalent vieux-francique wad qui a évolué en ga, gas, gaou, gay, gois, goa, goua, gua, va, vez, voua, vuaz, wez[5],[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le passage du Gois et le pont de Noirmoutier en arrière-plan.

Cette curiosité quasiment unique au monde existe[réf. souhaitée] depuis l'effondrement du plateau ayant donné naissance à la baie de Bourgneuf au début de l'ère quaternaire. Il y a plus de mille ans, la rencontre de deux courants marins opposés qui contournent l'île de Noirmoutier, l'un par le Nord, l'autre par le Sud, donnant naissance à un banc de hauts-fonds sableux qui s'ancrent sur des écueils rocheux. Le remblaiement s'est exhaussé au fur et à mesure de la transgression flandrienne. Ces fonds sableux se sont continuellement déplacés avant de devenir franchissables à pied au XVIIIe siècle et se stabiliser au XIXe siècle à l'emplacement actuel[7].

On fait référence à ce passage depuis bien plus longtemps, alors que Noirmoutier s'appelait l'île d'Her. Les marins le nomment le Pé, mot emprunté au latin podium, hauteur, parce qu'il constitue un véritable haut-fond[8]. Le gois est pratiqué surtout par les passages « de pied » et les animaux depuis le XVIIIe siècle et est à l'époque beaucoup plus long car les anciennes digues sont plus loin de la côte. C'est en 1701 que ce passage reliant le continent à l'île est pour la première fois mentionné sur une carte géographique. La tradition orale veut qu'il aurait été traversé à cheval pour la première fois en 1766 par Pierre Gauvrit, un cordonnier et aubergiste (ou selon une autre version tailleur) de Barbâtre. En réalité, sa traversée n'aurait été exceptionnelle que parce qu'il était boiteux et bossu[9].

La grande mobilité des hauts-fonds rend l'exercice périlleux sans guide. Lors de la guerre de Vendée, pendant la Révolution, les royalistes se sont réfugiés sur l'île. Les 18 premières balises de bois jalonnant le trajet sont posées en 1786 mais l'hiver très rigoureux de 1788 provoque la formation de glaces qui les emportent[10].

Vers 1840, une ligne régulière est assurée par une voiture à cheval[réf. souhaitée].

Face au nombre croissant d'accidents, le Gois est stabilisé afin d'empêcher les bancs de sable de se déplacer. Pour résister aux assauts des vagues et des marées, il est à plusieurs reprises surhaussé, empierré. Il est balisé (balises jalons plantées tous les cent mètres) et macadamisé en 1924. En 1930, l'ingénieur Louis Brien fait élever trois balises à hunes et six balises dites « mâts de perroquets » (tous les cinq cent mètres) en charpente de bois et avec des échelons et des garde-corps métalliques fixés sur des socles de maçonnerie talutés, offrent une sécurité relative, aux piétons comme aux automobilistes surpris par la marée[10]. Aujourd'hui, ces neuf balises-refuges et des balises à cages éclairées brillant durant la nuit à chaque kilomètre, jalonnent le Gois et permettent aux personnes surprises de se repérer et de se réfugier. Malgré de très nombreux panneaux indiquant les horaires de marée, il y a chaque année des incidents, mais très rarement mortels.

Des petits passages sont construits en face des balises. Les pêcheurs à pied garent leur voiture en empruntant ce passage s'ls ne veulent pas abîmer leur moyen de locomotion ou s’enliser[11].

Le Gois est une partie de l'ancienne route nationale 148 qui reliait Noirmoutier à Limoges, devenue aujourd'hui la départementale 948. Le 11 juillet 1942, le Gois et ses dépendances (chaussées, digues et balises) sont inscrits à l'inventaire des monuments historiques.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Gois se découvre pendant 4 heures en mortes-eaux et 5 heures en vives-eaux. Suivant le coefficient de la marée, la hauteur d'eau qui le recouvre à marée haute varie de 1,30 mètre à 4 mètres[7].

Les risques du passage[modifier | modifier le code]

Pendant des années, le Gois a été emprunté par les Noirmoutrins, avant la construction du pont. De nombreux accidents furent répertoriés. Deux croix gardent l'entrée et la sortie du Gois.

Aujourd'hui, sa traversée représente certains risques si le voyageur ne respecte pas les horaires des marées de basses eaux. Il est convenu que l'on peut passer par beau temps et fort coefficient de 1 h 30 avant et après basse mer. À partir de 1830, les marées sont affichées près du passage. Le brouillard peut devenir très dangereux, surtout pour les pêcheurs à pied qui perdent tout sens de l'orientation et peuvent se faire piéger par la marée montante.

Le pavage de la chaussée[modifier | modifier le code]

Pavés du passage du Gois.

La chaussée étant à refaire, l'ingénieur Louis Brien conçoit, avec l'aide des entreprises Philbert Dupont de Noirmoutier et Jean Cornu de Bouin, un pavage et dote la chaussée d'une largeur permettant le passage de deux voitures de front. Les travaux qui durent de 1935 à 1939 ont lieu deux fois par jour, dans un laps de temps de deux heures à marée basse. À leur issue, le passage du Gois est devenu carrossable. Aujourd'hui encore, on peut observer ce pavage caractéristique (dalles en ciment armé de 40 x 40 x 12 cm) sur une grande portion du passage, même si une partie a été goudronnée[10].

Les pavés sont posés en diagonale sur un lit de sable et plusieurs couches de pierre. Les dalles de rive triangulaires sont bloquées sur les bords de la chaussée par des palplanches, pieux en bois battus dans le sable de chaque côté de l’ouvrage. Les joints, d’une largeur de 12 à 15 mm, sont remplis de brai. Depuis les travaux de Brien, des tronçons ont fait l'objet de plusieurs essais de revêtement, peu concluants (enrobé à froid, à chaud, enduit, bicouche)[12].

Autour du Gois[modifier | modifier le code]

Le Gois et le sport[modifier | modifier le code]

Une course à pied, Les Foulées du Gois, y est organisée chaque année depuis le 20 juin 1987. Le signal de départ est donné lorsque les premières eaux montantes franchissent la route. Certains concurrents arrivent avec de l'eau aux genoux.

Le Tour de France est passé plusieurs fois par le passage du Gois, notamment en 1999 (2e étape, 5 juillet), en 2005 (1re étape, 2 juillet) et en 2011 (1re étape du Tour de France, 2 juillet)[13].

Le Gois dans la littérature[modifier | modifier le code]

En 1961, dans Maléfices, Boileau-Narcejac présentent l'insolite passage du Gois.

En 2010, dans son roman Boomerang, la romancière Tatiana de Rosnay situe une partie de l'intrigue sur l'île de Noirmoutier ; Antoine, l'un des protagonistes, est fasciné depuis l'enfance par le passage du Gois. François Favrat réalise, en 2015, le film Boomerang, tiré du roman.

Le Gois dans la bande dessinée[modifier | modifier le code]

Le passage du Gois a servi d'inspiration pour le Pas-du-Malin dans l'album La Voiture immergée de la série de bande dessinée Gil Jourdan de Maurice Tillieux[14].

En 1980, dans l'album Le Ponton des Passagers du vent de François Bourgeon, les protagonistes traversent le passage du Gois à pied[15].

La pêche à pied et l'ostréiculture[modifier | modifier le code]

La pêche à pied près du passage.

Lors des grandes marées, le lieu est réputé pour la pêche à pied. Dans la baie autour du Gois, on peut récolter des palourdes, des coques ou des huîtres.

L'ostréiculture y est aussi développée, car le Gois permet l'accès à marée basse aux emplacements ostréicoles.

Le tourisme[modifier | modifier le code]

Le tourisme est très développé autour du Gois. C'est un accès privilégié vers l'île de Noirmoutier. Il est également très fréquenté lors de la basse mer pour la pêche à pied par des passionnés, des habitués ou des vacanciers.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le Gois, la route sous la mer », sur mairie-beauvoirsurmer.fr
  2. Décret du 2 novembre 2017 publié au journal officiel du 4 novembre 2017
  3. Le passage du Gois est site classé
  4. « Le Gois, site d'intérêt national et patrimonial », sur ouest-france.fr,
  5. Pierre Gauthier, Noms de lieux du Poitou: introduction à la toponymie, Bonneton, , p. 206
  6. Stéphane Gendron, La toponymie des voies romaines et médiévales, Errance, , p. 69-70
  7. a et b Fernand Verger, « Le Gois. Étude de géographie historique », Revue Bas-Poitou, t. 69,‎ , p. 122-132.
  8. Ch.-F. Aubert, V. Vattier d'Ambroyse, Le littoral de la France, Victor Palmé, , p. 499
  9. Dominique Guillemet, Les îles de l'Ouest: de Bréhat à Oléron, du Moyen Âge à la Révolution, Geste, , p. 145
  10. a, b et c Eric Coutureau, Hubert Maheux, Yeu et Noirmoutier, L'Inventaire, , p. 108
  11. « Au Gois, quand l’eau se retire, les pêcheurs arrivent », sur ouest-france.fr (consulté en octobre 2017).
  12. « Le Gois », sur 12sur12.org, .
  13. « Passage du Gois de Noirmoutier », sur ina.fr, .
  14. Maurice Tillieux et Hugues Dayez (commentaires), La voiture immergée, Bruxelles, Niffle, coll. « Collection 50-60 », (réimpr. 1960) (1re éd. 1958), 96 p. (ISBN 978-2-873-93057-8, notice BnF no FRBNF43494567)
  15. François Bourgeon, Le Ponton, Éditions Glénat, (ISBN 2-7234-0164-2), p. 43, 44 et 45 de l'édition originale

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie et vidéographie[modifier | modifier le code]

  • Johan Vincent, Le passage du Gois menacé : un grand projet d'endiguement de la baie de Bourgneuf durant la Seconde guerre mondiale, Siloë, coll. « Pour mémoire », , 80 p.
  • Christophe Belser, Vendée, Le passage du Gois, Montreuil-Bellay, CMD, coll. « Questions de mémoire » (no 8), , 55 p.
  • Manuel Thiéry, Le Gois : Histoire et légendes d'un phénomène unique au monde, Saint-Gabriel, L'Étrave, , 21 p. (ISBN 978-2-909599-07-6)
  • Henri Martin, Extraordinaire histoire du passage du Gois, Chantonnay, Gaultier, , 332 p.
  • Jean Loiseau, Jean Michel Destang, Henri Martin, Maurice Gautier, « Le passage du Gois », dans Thalassa, 9 février 1990, sur France 3, reproduit sur le site de l'INA

Liens externes[modifier | modifier le code]