Élisabeth Jacquet de La Guerre

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Élisabeth Jacquet de La Guerre
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Élisabeth Jacquet de La Guerre
par François de Troy

Nom de naissance Élisabeth Jacquet
Naissance
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès (à 64 ans)
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Activité principale Compositrice, claveciniste

Élisabeth Jacquet de La Guerre ou Élisabeth-Claude Jacquet de La Guerre[1] (née Élisabeth Jacquet, , paroisse Saint-Louis-en-l'Île de Paris, Paris) est une compositrice et claveciniste française. Elle est la plus célèbre compositrice de l'Ancien Régime sous Louis XIV et Louis XV.

Biographie[modifier | modifier le code]

Second enfant du couple Claude Jacquet et Anne de la Touche, elle naît en 1665 et est baptisée le de la même année. Son père appartient à une dynastie de musiciens bien connue aux ramifications multiples. C'est lui qui se charge de l'éducation musicale d'Élisabeth et de ses trois frères et sœurs, qu'il mène avec autorité et ambition, étant lui-même facteur de clavecins. Enfant prodige, Élisabeth joue du clavecin à cinq ans devant Louis XIV, ce qui inaugure sa carrière de virtuose.

Sur le plan musical, la compositrice fait preuve de tout autant de modernité. Avide de découvertes, la jeune femme se classe sans conteste au rang des novateurs et pionniers. Son écriture révèle un véritable génie, capable d'absorber promptement les courants nouveaux de son entourage musical. Dans la virulente dispute autour de la suprématie de la musique française ou italienne, elle prend clairement parti contre les traditionalistes en défendant l'idée de la « réunion des goûts ».

Ses œuvres personnelles sont toutes, à des degrés divers, imprégnées d'influences italiennes. Élisabeth Jacquet de La Guerre s'essaie à tous les genres : musique religieuse ou profane, pièces de tradition française, « importations » italiennes. À la fois claveciniste, organiste, virtuose, improvisatrice et compositrice hors pair, Élisabeth Claude Jacquet de La Guerre est l'une des personnalités les plus étonnantes de l'histoire de la musique.

Après sa mort, Louis XV fait frapper en son honneur une monnaie portant cette inscription : « Des grands musiciens J'ay disputé le prix. Elisabeth-Claude Jacquet de la Guerre MDCCXXIX »[2].

Elle épouse l'organiste Marin de La Guerre (1658-1704) en 1684. Elle est une des rares femmes compositeurs de cette époque ; son œuvre comprend :

Avec ceux de Chambonnières, Lebègue et d'Anglebert, le recueil de 1687 fait partie des seuls livres de pièces de clavecin imprimés en France au XVIIe siècle ; les autres nous sont parvenus dans des manuscrits.

« On peut dire que jamais personne de son sexe n'a eu d'aussi grands talents qu'elle pour la composition de la musique et pour la manière admirable dont elle l’exécutait sur le Clavecin et sur l'Orgue[3]. »

— Évrard Titon du Tillet

« Cet art noté de l'improvisation rend compte, selon Titon du Tillet, du talent merveilleux qu'avait la musicienne pour préluder & jouer des fantaisies sur le champ, & quelquefois pendant une demie heure entiere elle suivoit un prelude & une fantaisie avec des chants & des accords extrémement variez & d’un excellent goût, qui charmoient les Auditeurs[4]. »

— Catherine Cessac

Sa contribution au monde de la musique[modifier | modifier le code]

Il n'était pas méconnu, à l'époque, qu'une jeune femme pratiquât un instrument de musique en tant qu'amateur du fait de son éducation. Ce qui était plus rare, en revanche, était qu'une femme pût se bâtir une carrière indépendante. Outre son éducation au foyer, Elisabeth épousa le sieur Marin de La Guerre, issu également d'un milieu musical. C'est ainsi qu'elle put, comme le mentionne Catherine Cessac, se forger une « double identité »[5] en utilisant le renom de deux familles musicales afin de se tisser des liens dans la communauté musicale. De plus, cette musicienne est considérée comme l'une des premières femmes en France à avoir composé un opéra-ballet[6] et est reconnue pour sa musique pour le clavecin.
Novatrice encore, comme dans la cantate, Élisabeth Jacquet de La Guerre compte parmi les tout premiers compositeurs de sonates en France aux côtés de son cousin François Couperin, de trois ans son cadet.

En 1707, elle publie six Sonates pour le Viollon et pour le Clavecin qui furent jouées à la Cour au petit couvert du Roi. On rapporte qu'à la fin du dîner, « Sa Majesté parla à Mlle de la Guerre, d'une manière trè-obligeante, & après avoir donné beaucoup de loüanges à ses Sonnates, elle luy dit qu'elles ne ressembloient à rien. On ne pouvoit mieux loüer Mlle de la Guerre, puisque ces paroles font connoistre que le Roy avait non seulement trouvé sa Musique très-belle ; mais qu'elle est originale, ce qui se trouve aujourd'huy fort rarement.[7] ».

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

En plus d'enseigner et de jouer en concert, cette musicienne compose plusieurs œuvres. Elle ne compose qu'une seule tragédie lyrique, Céphale et Procris, qui est interprétée à l'Académie Royale de Musique. Malheureusement, l'accueil y fut moins que chaleureux. Certains musicologues diront que la raison n'était pas tant la qualité de la musique que son sexe. Par la suite, il est important de noter qu'elle travaille parfois de pair avec Sébastien de Brossard[8]. Par la suite, elle publie six sonates pour violon et pour le clavecin en 1707, ainsi que ses Pièces de clavecin. C'est à la même époque qu'elle publie également deux collections de cantates françaises tirées de textes d'Antoine Houdar de La Motte. De ces cantates provient l'histoire de Judith. Sébastien de Brossard en donne également sa propre version, et, comme l'explique Cabrini, le compositeur suit de près la narration en mettant l'accent sur les mouvements et l'action, plutôt que sur les personnages et leur développement au fil de la pièce. Jacquet de La Guerre, pour sa part, toujours d'après Cabrini[9], a préféré un accompagnement instrumental et symphonique afin de laisser de la place mélodique à Judith, quoique le texte minimise son rôle.

Un fait intéressant de la vie musicale de cette artiste réside dans les dédicaces de ses œuvres, toujours adressées au roi Louis XIV. Toutes sauf les trois cantates françaises dédiées à l'Électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière, grand amateur de musique et lui-même joueur de viole de gambe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Aussi écrit « de la Guerre » avec une minuscule initiale à la dans les sources les plus anciennes.
  2. Susanne Kraft-Blachny
  3. (en) « Élisabeth-Claude Jacquet de la Guerre and the secular cantate françoise », sur Oxford Journals, Early Music.
  4. Le Sommeil d'Ulisse 3e Cantate, Avec Simphonie
  5. Claire Bernard, « Catherine CESSAC, Elisabeth Jacquet De La Guerre, Une femme compositeur sous le règne de Louis XIV, Arles, Actes Sud, 1995, 213 p. », CLIO. Histoire, femmes et sociétés [En ligne], no 25,‎ (lire en ligne).
  6. « Elisabeth Jacquet de la Guerre », sur La Médiathèque - Festival de Wallonie (consulté en 15 janiver 2016).
  7. Mercure Galant,
  8. « Elisabeth Jacquet de la Guerre », sur Oxford Music Online, accès réservé.
  9. (en) Michele Cabrini, « The Composer’s Eye : focalizing Judith in the Cantatas by Jacquet de la Guerre and Brossard », Eighteenth Century Music, vol. 9, no 1,‎ , p. 9-45.

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]